JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc

Absence prévue pour la semaine prochaine, donc deux chapitres à la suite aujourd'hui. Encore merci pour vos reviews, je vous adore.


Chapitre 20


John avait la bouche pâteuse en se réveillant, un mauvais pressentiment dans la poitrine et l'impression d'avoir oublié quelque chose d'important, de vraiment important. Il repoussa les couvertures, se redressa – constata distraitement qu'il était deux heures du matin – et frissonna quand ses pieds nus se posèrent sur le parquet. La porte de sa chambre était entrouverte, comme il l'avait délibérément laissée au cas où Sherlock aurait un problème.

Ah, Sherlock. Merde.

Un léger courant d'air frais venait du salon, et John traversa lentement le couloir, écoutant le souffle de sa propre respiration et le chuintement de ses pas. Il sentit l'odeur de tabac en arrivant dans la cuisine, devina que Sherlock était toujours avachi près de la fenêtre, se servit un verre d'eau et le but rapidement. Il le reposa dans l'évier et se tourna vers l'ex-junkie.

La douleur latente dans le gris de ses yeux avait quelque chose d'indécent. Ça devrait être interdit de souffrir autant, décida John. Mais il ne dit rien, restant juste là à le fixer. C'était drôle comme les mots pouvaient parfois sembler si futiles. Sherlock écrasa son mégot, ferma la fenêtre et se jeta presque dans les bras du médecin. L'étreinte était brusque, inattendue, maladroite, et John passa une main dans son dos, le serrant fermement contre lui.

Sherlock portait encore son trench mais son corps était froid.

Il se passa un instant plutôt long, instant où des doigts osseux et tremblants agrippèrent le t-shirt de John, puis finalement il le repoussa gentiment et examina brièvement son état. Plus de fièvre, sans de doute plus de nausée. Mais le manque, voilà. Le manque si fort, si intense, comme une vague – l'agonie perpétuelle, disait-il, et John ne pouvait qu'être d'accord. Il fallait que l'ex-junkie dorme pour aller mieux.

-Viens, murmura-t-il simplement.

Sherlock le suivit docilement jusqu'à la chambre, l'air un peu indécis mais indéniablement confiant. Il retira son trench, ses chaussures et posa son paquet de Dunhill sur la table de chevet, regardant à peine John qui se recouchait en prenant soin de lui laisser suffisamment de place. Il se laissa tomber à ses côtés, se blottit contre lui en soupirant et John rabattit les couvertures.

Sherlock s'endormit rapidement, écoutant le silence et le bruit feutré de la respiration du médecin en songeant qu'il ne méritait pas un type aussi bien que lui – et la dose, il lui fallait une dose, une putain de dose, une PUTAIN de PUTAIN de dose, une dose, une dose, une dose…


Ce fut l'odeur des pains au chocolat qui sortit John de sa torpeur. Il mit un moment à ouvrir les yeux, hésitant. Il sentait la chaleur de Sherlock, le poids léger de son corps contre le sien et en fut rassuré. Il ne savait pas comment il allait expliquer ça au petit-déjeuner, s'il allait réussir à laisser de côté le fait qu'un médecin ne devait pas dormir avec un patient, ce genre de choses qui ne comptaient pas pour Sherlock mais risquaient de le gêner, lui.

John en revint à l'odeur de pains au chocolat.

-Merde, Greg, c'est toi ? maugréa-t-il.

Il entendit un gloussement, quelque part à l'entrée de sa chambre.

-Bonjour, John. Bien dormi ? Je présume que oui. Enfin, si vous avez vraiment dormi, lança-t-il avec enthousiasme en insistant sur le dernier mot.

-C'est pas ce que tu crois, marmonna-t-il.

-Mais ça y ressemble foutrement.

John ouvrit les yeux, grimaçant sous la lumière du jour.

-Chut. Tu vas le réveiller, dit-il plus doucement.

Greg hocha la tête, souriant toujours, et indiqua le couloir derrière-lui d'un geste de la main. John se leva avec précautions pour ne pas déranger Sherlock, ne put s'empêcher de poser une main sur son front pour s'assurer que la fièvre n'était pas revenue et enfila un pull. La cuisine baignait dans un halo de lumière dorée, et John s'appuya contre le plan de travail en fixant le saladier rempli de pains de chocolat.

-On a pas couché ensemble, dit-il.

Greg, assis à la table, haussa les épaules.

-Je sais. Je te taquinais, John. Tu ne ferais jamais une chose pareille, tu es bien trop professionnel pour ça. Et puis, je ne crois pas que Sherlock soit franchement ton genre.

Le médecin sourit légèrement, visiblement moins crispé.

-Pas vraiment, non.

Il y eut un bref silence, puis Greg reprit la parole, sa voix un peu hésitante.

-Si tu veux en parler, libre à toi.

-C'est la première fois que je me rapproche autant d'un patient, dit-il un peu trop vite. Enfin, si Sherlock n'est toujours qu'un patient. Il va rester, après le sevrage.

-Oh.

Greg croisa les jambes et se racla la gorge.

-Tu as conscience que tu risques ton job, là ?

Apparemment pas, constata-t-il en voyant le visage du médecin se décomposer.

-Mais enfin, je ne fais rien de mal ou de contraire à l'éthique – pas complètement, je crois. C'est juste que…

John se tut brusquement, soupira et passa une main dans ses cheveux blonds. Comme il n'ajouta rien, Greg répondit.

-Je sais que tu es un type bien, John, dit-il prudemment. Tu n'es pas le genre à abuser de ta position. Tu as l'habitude de rencontrer des gens instables, d'évaluer leur comportement, donc je pense que tu es suffisamment expérimenté pour savoir si Sherlock peut être dangereux ou non. Mais tout le monde fait des erreurs.

Il leva une main pour intimer à John de se taire et continua.

-Tu es sincèrement attaché à ce type. Tu n'es pas d'un naturel violent, mais je te connais : tu as déjà collé quelques beignes pour protéger des patients, je t'ai toujours couvert et je le ferais toujours, ce n'est pas le problème. Alors dis-moi, jusqu'où irais-tu pour Sherlock ?

Le médecin ne trouva rien à dire, l'air ahuri.

-Très loin, j'imagine. Et est-ce que tu lui fais suffisamment confiance pour le laisser vivre chez toi ?

-Oui, parvint-il à articuler.

-C'est un junkie, enfin un ex-junkie.

-Bon sang, Greg, je croyais que tu avais compris que-

-Tu as peut-être l'habitude de ce milieu mais sache que moi aussi, John, coupa-t-il en haussant le ton. J'ai vu ce qu'ils sont capables de faire pour avoir une dose, combien ils peuvent s'avérer sans pitié. Un jour, Sherlock partira avec ton portefeuille et revendra la moitié de tes affaires pour se payer sa foutue drogue, et je serais à nouveau là pour te dire que ce n'était pas ta faute, que tu as fait tout ce que tu as pu.

Il criait presque, maintenant.

-Je ne veux pas que ce jour arrive, je ne veux pas revivre la même chose qu'il y a un an. Est-ce que tu peux le comprendre, bordel ? Je ne veux pas te revoir dans cet état, John !

Greg s'arrêta et inspira profondément, prenant conscience qu'il haletait. Son ami le dévisageait, partagé entre l'horreur et la surprise. Il ouvrit la bouche, sachant qu'il devait dire quelque chose, mais en fut incapable. Ils n'avaient jamais reparlé de la gamine des douches et ne savait pas que Greg aussi avait été blessé.

-Je ne ferais jamais une chose pareille, lança une voix un peu rauque.

John sursauta et regarda Sherlock, à quelques mètres à peine, enveloppé dans une couverture et les cheveux en vrac. Il semblait parfaitement éveillé, même s'il avait une marque de drap sur la joue. Le médecin fut abasourdi par toute l'affection qui le submergea rien qu'à le voir ainsi, déterminé et légèrement en colère.

-Je me connais mieux que vous, il me semble, siffla-t-il froidement à l'intention de Greg. Je ne suis pas un saint mais je préfère crever que faire le moindre mal à John. Alors oui, je suis en manque. Oui, je peux être dangereux – mais pas pour John, jamais pour John. C'est clair ou il faut que je répète ?

Greg hocha la tête par automatisme.

-Bien.

Sherlock prit un pain au chocolat, se retourna et traversa le couloir, drapé dans la couverture d'une manière si théâtrale que John eut envie de rire. Il entendit la porte de sa chambre claquer puis se tourna vers Greg.

-Désolé, il y est peut-être allé un peu fort.

L'inspecteur haussa les épaules, gêné.

-Non, c'est moi. Je suis vraiment trop con par moments, excuse-moi, dit-il en soupirant. Je m'inquiète pour toi, tu comprends ?

John acquiesça.

-Bien sûr que je comprends, mais il n'y a aucune raison de s'inquiéter, je t'assure.

-Vous avez l'air de bien vous entendre, en tous cas, remarqua-t-il distraitement.

Le médecin se demanda s'il devait rougir.

-Oh, ouais. Ça va.

Greg amorça un sourire.

-Je le préfère à Jeannette, finalement. Elle avait de plus jolies jambes mais au moins il est franc, ça change.

-Bon sang, puisque je te dis qu'on est pas en couple.

-Je vais faire du café.

-Bonne idée, le café.

John réprima un bâillement et échangea un regard avec Greg. Son expression devint plus grave et il ajouta, sachant que son ami comprendrait de quoi il parlait :

-Je suis désolé.

-T'as pas à l'être, dit-il après un silence.

-Si. C'était l'an dernier, j'allais mal, et je me rendais pas compte que tu souffrais aussi. J'ai été égoïste – donc je suis désolé, vraiment.

Greg le considéra un instant.

-C'est bon, ça va. Je m'occupe du café, va voir Sherlock.

John hocha vaguement la tête et rejoignit lentement la chambre. Il se sentait encore un peu confus après ce brusque éclat de voix de Greg, peu familier avec cette facette de son ami, mais il était foutrement reconnaissant envers l'ex-junkie et il avait envie de le voir.


Sherlock dévora le pain au chocolat, assis en tailleur sur le bord du lit, la couverture sur ses épaules. Il avait été réveillé par l'odeur appétissante au même moment que John, mais quand il avait comprit que c'était le flic de la dernière fois, il avait préféré faire semblant de dormir – l'illégalité était son domaine et il s'était instinctivement méfié. L'ex-junkie allait se recoucher quand il entendit le bruit des pas de John dans le couloir.

Il leva les yeux au ciel et resta assis.

-Entre.

Le médecin ne semblait pas perturbé de se faire inviter dans sa propre chambre, remarqua Sherlock. Il sourit, amusé, et se concentra sur John.

-Désolé pour le réveil un peu brutal.

L'ex-junkie haussa les épaules avec dédain.

-J'ai connu pire.

-Greg ne pensait pas vraiment ce qu'il a dit, continua-t-il en s'asseyant à ses côtés.

John sentait clairement le parfum de Sherlock, maintenant, une odeur masculine et épicée qui devait sûrement imprégner les draps. Presque familière, naturelle.

-Faux. Il le pensait.

Le médecin allait objecter mais le regard sombre de Sherlock le fit taire.

-Je sais parfaitement comment les gens me voient, John. Mais je m'en fiche, c'est tout. Ce qui compte, c'est comment toi tu me considères. Est-ce que tu veux que je parte ?

John écarquilla les yeux avant d'éclater de rire. Il se sentit mieux en reprenant son souffle, débarrassé de toute la nervosité qui l'habitait et de ses doutes futiles.

-Putain, non, Sherlock, dit-il en souriant. Mais je ne comprends pas, tu avais l'air sûr de toi quand tu as répondu à Greg.

Nouveau haussement d'épaules.

-J'ai retrouvé ma dignité, je voulais juste la défendre. Je n'aime pas qu'on se permette de me juger.

-Super. Fais abstraction de Greg, il ne te connaît pas et il s'inquiète juste pour moi.

John se leva, souriant toujours, et adressa un regard presque tendre à l'ex-junkie.

-Mais il est très bon pour ce qui est du café. Tu viens ?

Sherlock encra ses yeux gris dans les siens pendant un instant, puis resserra les pans de la couverture et se coucha sur le flanc.

-Laisse-moi une tasse, alors, marmonna-t-il. Il est trop tôt pour que je me sociabilise.

Le visage de l'ex-junkie était à moitié enfoui dans l'oreiller, mais en se penchant au-dessus de lui, John vit qu'il souriait.