JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

De retour de vacances mais toujours pas d'ordi, même si ça ne devrait plus tarder. Bon courage à tous ceux qui reprennent les cours, je comprends votre douleur puisque j'en fais partie. Est-ce que ça répond à ta question, Ruize, ou il faut que je m'énerve pour te prouver combien ça me parait injuste ? Hein ? Isatis, oui, j'ai un rythme de parution : une fois par semaine, le mardi. Je me demande si je ne vais pas devoir en changer, d'ailleurs. Dépendra de mon emploi du temps cette année.

Bref, encore merci à tous.


Chapitre 22


Mrs. Hudson avait croisé Solveig dans les couloirs du centre la veille au soir. La psy s'apprêtait à rentrer chez elle, son manteau jeté sur ses épaules avec une certaine théâtralité et une pile de dossiers dans les bras. Elle avait reçu l'expertise psychiatrique d'un patient qui avait tenté de tuer sa petite amie et devait confirmer ou non l'avis de son collègue. Malgré tout, elle ne semblait pas pressée, et avait calé sa paperasse contre sa hanche en s'arrêtant à sa hauteur.

-Bonsoir, Mrs. Hudson. J'ai entendu dire qu'un junkie en avait agressé un autre au petit salon. Il n'y a pas eu de blessé ?

La vieille dame sourit – la psy était toujours au courant de tout, au centre.

-Kurt, vous savez, le garçon avec les tatouages, a accusé Yann, le jeune homme roux qui est arrivé la semaine dernière, de lui avoir volé un sachet de cocaïne. Yann a nié mais s'est évidemment défendu quand Kurt l'a agressé. Pauvres garçons, ajouta-t-elle avec un soupir. Ils ne sont pourtant pas méchants, dans le fond, mais la drogue les rend fous. Enfin, ils se sont calmés. Ils vont sans doute avoir quelques bleus mais aucune blessure qui ne laissera des séquelles. Mon service à thé en porcelaine pourpre, celui dont les hanses sont dorées, est fichu, par contre.

Solveig arqua un sourcil.

-Yann est tombé sur la table basse, expliqua la vieille dame.

-Oh, je vois. Mais permettez-moi de vous corriger pour Kurt. C'est un sale type, il vient encore de sortir de prison – braquage à main armée, cette fois-ci.

-Vraiment ?

-Oui.

La psy s'accroupit et posa ses dossiers sur ses cuisses, dans un équilibre que lui envia Mrs. Hudson, elle qui pouvait à peine se pencher sans grimacer. Elle sortit son petit carnet bleu de la poche de son chemisier, l'ouvrit à une page bien précise et y nota quelque chose. Mrs. Hudson tenta de regarder ce qu'elle écrivait, mais Solveig le referma aussitôt et lui adressa un sourire amusé.

-La curiosité est un vilain défaut, Mrs. Hudson.

La vieille dame haussa les épaules, une lueur de malice dans le regard.

-Pas chez moi, jeune fille. Vous savez quand John reviendra travailler ?

Solveig se redressa tout en répondant, rangeant carnet et stylo avant de soulever la pile de dossiers.

-Il a pris une semaine de congé, donc normalement il devrait revenir dans trois jours.

-Normalement ? répéta-t-elle doucement.

La psy haussa les épaules.

-Malheureusement, personne ne peut prévoir les conséquences d'un sevrage, dit-elle platement avant de reprendre, constatant l'incompréhension de la vieille dame. Vous avez déjà rencontré Sherlock Holmes, n'est-ce pas ?

-Oui, une fois.

-Il a décidé d'arrêter la drogue et John s'occupe de lui. Dans son propre appartement. Ce qui n'est pas totalement une entorse au règlement si on admet que le centre est une structure particulière.

-Je comprends.

Il y eut bref silence, puis la vieille dame demanda :

-Vous pensez que c'est une bonne idée ?

-Bien sûr, c'est la mienne.

Solveig sourit pour elle-même.

-Pardon, je suis vraiment trop moi, parfois. Fred me le disait tout le temps.

Mrs. Hudson sentit sa curiosité naturelle revenir au galop.

-Qui est Fred ?

-Peu importe, dit-elle en s'efforçant de paraître indifférente, mais son expression se crispa quelque peu et ses yeux en amande s'assombrirent. Sérieusement, ne vous inquiétez pas pour John. Sarah et le flic sexy en font déjà assez pour nous tous.

-L'inspecteur Lestrade n'est-il pas un peu trop âgé pour vous ?

Solveig gloussa.

-J'aime les hommes matures. Il faut que j'y aille, Mrs. Hudson. Bonne soirée.

-Bonne soirée à vous aussi, jeune fille.

La vieille dame lui fit un signe de la main alors qu'elle s'éloignait, ayant déjà décidé de rendre visite à Wilfried le lendemain, ce qui constituait une bonne excuse pour voir John et Sherlock.


Les axes du rubik's cube grinçaient entre ses doigts et emplissaient le silence de l'appartement. Sherlock termina la face rouge, commença la jaune et finit par abandonner – une pointe d'agonie perpétuelle le prit aux tripes et il ferma les yeux, appuyant l'objet coloré et froid contre son front. John le lui avait donné pour qu'il s'occupe pendant qu'il préparait le déjeuner mais l'ex-junkie avait du mal à se concentrer, sans cesse distrait par le manque.

Sherlock soupira, reposa le cube sur la table basse et s'assit sur le canapé, ses jambes ramenées contre son torse.

-John ?

Le médecin émergea de la cuisine.

-Oui ?

-Il me faut une partition.

-Tu ne peux pas attendre après manger ?

-Non.

L'ex-junkie ne bougea pas et entendit un soupir dans son dos.

-Wilfried est sans doute chez lui, tu n'as qu'à lui emprunter son ordi – je crois qu'il a une imprimante, aussi. Et fais ça poliment.

Sherlock se leva aussitôt et devina le sourire du médecin. Le carrelage du hall était glacé sous ses pieds nus, et le léger courant d'air qui montait des escaliers le fit frissonner. Il sonna à la porte du voisin, espérant que c'était le bon. Le jeune homme aux cheveux décolorés vint lui ouvrir et sourit en le reconnaissant.

-Le coloc de John. Désolé, j'ai déjà zappé votre nom.

-Sherlock, indiqua-t-il en tentant de se souvenir comment être poli. J'aimerais vous emprunter votre ordinateur un bref instant, si ça ne vous dérange pas.

-Oh, non, pas de problème. Entrez.

L'appartement de Wilfried était un sacré bordel. Sherlock pouvait à peine deviner la couleur des murs. Il avisa le Mac dans ce qui devait être le salon, à moitié caché par un poster des Sex Pistols.

-Faites gaffe où vous posez les pieds, ma copine a perdu une boucle d'oreille la semaine dernière et on ne l'a toujours pas retrouvée.

Sherlock dévisagea lentement le jeune homme.

-Je vois. Je vais faire attention.

-C'est cool. Alors, vous êtes en plein sevrage ? demanda-t-il abruptement alors que l'ex-junkie repoussait un carton rempli de vinyles pour atteindre le Mac.

Il se figea immédiatement et se tourna vers Wilfried.

-Comment avez-vous su ?

-John bosse toujours au centre et il est trop raisonnable pour claquer son fric en putes ou au poker. Il n'a pas besoin d'un colocataire. Puis je connais ces marques sur vos bras, un de mes potes est mort d'une overdose l'an dernier.

Sherlock hocha la tête et prit conscience que les manches de son pull étaient relevées. Il se sentit stupide. Il détesta ça.

-Vous venez de déduire.

Wilfried haussa les sourcils, ne semblant pas avoir compris.

-Peu importe, lâcha l'ex-junkie avec une pointe d'amertume en revenant à l'ordinateur.

Sentir à nouveau la surface lisse d'une souris sous ses doigts et entendre le claquement sec du clavier quand il tapa partition Tchaïkovski dans la barre de recherches lui fit un effet étrange, un mélange de mélancolie et d'excitation. Il était en train de renaître, réalisa-t-il.

-Je peux imprimer quelque chose ? demanda-t-il d'une voix lointaine.

-Ouais, si vous voulez.

Sherlock n'eut aucun mal à trouver la fonction et sourit pour lui-même. Il s'était toujours intéressé à la technologie, bien avant la drogue et sa fuite, et ça lui avait manqué. Il se retrouvait peu à peu, semblable mais différent. Quelque chose avait définitivement changé en lui – la faute de John et finalement c'était mieux comme ça.

-Merci, marmonna-t-il à Wilfried en prenant la feuille noircie par les lignes et les notes.

Sherlock évita les cannettes de bière vides et s'apprêtait à sortir quand une silhouette se dessina dans l'ouverture de la porte. C'était Mrs. Hudson, en robe noire à motifs floraux et manteau long, souriante et complice.

-Bonjour, mon garçon.


John commença à se poser des questions au bout de dix minutes. Ça lui semblait un peu long pour quelques feuilles à imprimer, et il ne voyait pas Sherlock engager la conversation avec Wilfried. Le médecin traversa le hall et vit rapidement la source du problème. Elle était en pleine forme et malgré tout, il était content de la voir.

-Mrs. Hudson, dit-il quand il parvint à atteindre le canapé où elle était assise avec Sherlock.

Elle se tourna aussitôt vers lui et lui adressa un sourire.

-John, mon chéri, comment allez-vous ? Vous manquez à tout le monde, au centre.

-Je vais très bien, merci. Où est Wilfried ?

-En cuisine. Il cherche dans ses placards un moyen de me prouver qu'il est un bon neveu et qu'il sait recevoir des gens.

John coula un regard vers Sherlock.

-Tu as cette fichue partition ?

L'ex-junkie acquiesça.

-Une partition ? répéta Mrs. Hudson.

-Violon, indiqua-t-il platement et John devina qu'il avait à peine pu en placer une jusque là.

-Oh, vraiment ? C'est merveilleux, ça, mon garçon. Mon premier mari était un joueur fabuleux, j'aurais pu l'écouter pendant des heures.

John appréciait beaucoup Mrs. Hudson, néanmoins il savait aussi qu'elle était capable de leur tenir la jambe toute la journée. Mais il avait faim et voyait que la patience de Sherlock commençait sérieusement à s'effriter.

-Je n'en doute pas, dit-il rapidement. Sherlock et moi avons des choses à faire, si vous voulez bien…

Au sourire entendu de Mrs. Hudson, il comprit que ce n'était pas la meilleure chose à dire.

-Je comprends, mon garçon. Allez-y, je ne voudrais pas vous déranger. Je peux repasser plus tard, peut-être ?

-…Oui, bien sûr.

-Je vais faire un peu de ménage ici, ajouta-t-elle en parcourant des yeux le bordel qui régnait dans l'appartement. Oui, ce serait une bonne chose.

-Si j'avais su que tu venais, j'aurais rangé un peu, justifia Wilfried en revenant de la cuisine.

Mrs. Hudson arqua un sourcil, un air de reproche sur le visage.

-Mon chéri, on croirait qu'un ouragan est passé par là. Comment peux-tu décemment vivre dans un endroit pareil ?

John s'éclipsa quand Wilfried commença à protester, suivi par Sherlock qui ferma la porte derrière-eux et soupira dans le hall.

-Je ne m'attendais pas à la voir, nota John.

-Moi non plus.

-Peut-être qu'il y a un problème au centre. Carol a dû avoir les résultats de ses analyses.

Sherlock se tourna vers lui.

-Je t'en prie, John, s'il s'était produit quelque chose de grave, un de tes collègues t'aurait appelé. Arrête de t'inquiéter pour n'importe quoi.

-C'est normal que je m'inquiète, ce sont mes patients-

Le regard sombre de l'ex-junkie le fit taire.

-Tu es en congé, oui ou merde ?

-Ouais. Ça te va bien de dire ça.

-Je vais mieux, maintenant.

Sa voix grave était sincère et le gris de ses yeux ne trompait pas. John lâcha un soupir soulagé.

-Et le manque ?

Sherlock grimaça.

-N'en demande pas trop, quand même. Je me suis défoncé pendant trois ans, les choses ne vont pas s'arranger aussi vite.

Le médecin hocha vaguement la tête. Il faisait sombre dans le hall, mais ils étaient assez près l'un de l'autre et l'ex-junkie était réellement en forme, le blanc de sa peau moins cadavérique et sa silhouette moins fragile. John eut envie de le serrer dans ses bras. Là, maintenant, sans raison particulière. Sherlock le comprit sûrement puisqu'il marmonna un oh, bon sang avant de tendre un bras vers lui.

L'étreinte n'était pas maladroite ou brusque comme elle l'avait été au début. C'était une affirmation, une marque de confiance.

Comme une putain de promesse, songea Sherlock, et il sourit.


Sherlock accepta de finir son assiette et retourna aussitôt au salon. John se dit un peu bêtement qu'il préférait peut-être seul mais, quand il termina la vaisselle, le son limpide du violon monta dans l'air et il ne put s'empêcher de le rejoindre. L'ex-junkie était debout près de la fenêtre, l'instrument calé dans son cou et l'archet courant sur les cordes dans un geste vif et assuré.

John n'y connaissait rien en musique classique, mais ça, c'était foutrement puissant.

Les notes déchiraient, s'entrelaçaient, murmuraient, grimpaient et retombaient en une fraction de seconde, comme si Sherlock avait tout un monde sous ses doigts. John frissonna et s'assit prudemment, ne lâchant pas l'ex-junkie des yeux. Il y avait une certaine tension dans sa posture mais elle s'effaça progressivement, remplacé par une concentration extrême. Sherlock plissait les yeux, complètement perdu dans sa musique.

John aurait été incapable de dire combien de temps il resta là à l'écouter et à le regarder. À un moment, Mrs. Hudson vint s'asseoir à ses côtés et il sursauta quand elle posa une main ridée sur son genou.

-Il est très doué, murmura-t-elle.

John ne répondit pas, attendant que Sherlock finisse. Le silence qui tomba dans la pièce quand il stoppa son mouvement fut assourdissant. Il se tourna vers le médecin, baissa le violon et sourit légèrement. Il avait l'air d'un enfant qui espère recevoir les félicitations de ses parents.

-Tu es un enfoiré de m'avoir caché ça aussi longtemps, dit-il simplement.

Sherlock jugea que c'était mieux qu'un banal compliment.


See ya.