JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Ordi récupéré. Tout va bien. J'espère avoir répondu à tout le monde et je m'excuse d'avance si ce n'est pas le cas, mais avec le retard que j'avais pris je me suis légèrement emmêlée les pinceaux.
Chapitre 23
Régulièrement, quand un junkie parvenait à arrêter la drogue et reprendre une vie plus tranquille, il revenait au centre pour remercier les médecins qui l'avaient aidé. Mrs. Hudson ne faisait pas vraiment partie des professionnels, mais très souvent les anciens patients venaient la voir, s'asseyant sur un canapé comme avant et patientant pour le thé.
Mais ils étaient assurément en meilleure santé et la conversation venait à tourner autour de leurs petites amies, de leurs nouveaux jobs et c'était ces moments-là que Mrs. Hudson aimait tout particulièrement.
Savoir qu'on avait contribué à aider quelqu'un à aller mieux, à le faire se sentir vivant à nouveau était une chose magnifique.
Mrs. Hudson savait que les professionnels le ressentaient aussi, mais pour elle c'était encore plus fort et gratifiant. Elle ne connaissait pas grand-chose sur la drogue et son seul talent était celui des bavardages et du thé. Néanmoins, tous les mois, un ex-junkie montait les escaliers qui menaient au petit salon pour l'embrasser sur la joue et la remercier.
La vieille dame n'était pas certaine d'avoir réellement aidé Sherlock, encore moins qu'il vienne un jour lui exprimer la moindre reconnaissance, mais elle était sincèrement heureuse de le voir aussi détendu et lucide. John était décidément un type bien.
-Je vais faire du thé, dit-elle joyeusement en se levant.
Le médecin allait protester mais elle sourit malicieusement.
-N'oubliez pas que c'est la seule chose que je fais correctement, mon garçon.
Il hocha la tête et elle disparut dans la cuisine, chantonnant à voix basse ce qui semblait être une vieille chanson d'amour. John se tourna vers Sherlock, toujours debout à la fenêtre.
-Je suis sûr que le violon t'a manqué.
-Oui, admit-il.
-Tu aurais dû m'en parler avant, au lieu d'attendre que ton frère me le donne.
-Je savais qu'il finirait par le faire, il sait que j'y tiens et c'est tout à fait son genre d'espérer que combler mon manque matériel peut aussi combler mon manque affectif. Quel crétin.
Sherlock appuya ses mots d'un haussement de sourcils dédaigneux et John ne trouva rien à répondre. Il était visiblement en froid avec Mycroft, et sans doute depuis longtemps, et si le médecin n'avait pas apprécié qu'il fouille dans son passé et entre chez lui par effraction, il connaissait suffisamment les complexités des relations fraternelles pour savoir que tout n'était pas simple.
-Le violon, c'est aussi un aspect de ton… génie ?
C'était encore une facette de Sherlock avait laquelle il avait du mal. Le fait qu'il n'en ait pour l'instant aucune preuve – à part l'intelligence certaine qui luisait dans ses yeux gris – y était sans doute pour quelque chose.
-Oui, je présume. J'ai appris très vite.
Sherlock ne précisa pas, arrachant un sourire narquois au médecin.
-Est-ce que tu comptes sérieusement me parler de toi un jour ?
L'ex-junkie arqua un sourcil et vint s'asseoir face à lui, posant délicatement son violon et son archet sur la table basse
-Bien sûr, dit-il franchement. Je sais que tu te poses des questions sur moi, et je le comprends, mais pas aujourd'hui.
-D'accord.
Il y eut un bref silence un peu gêné, puis John ajouta :
-Fais-moi un signe quand tu seras prêt.
Sherlock sourit faiblement et John se sentit ridicule. Évidemment qu'il allait le savoir quand il serait prêt à parler, ils vivaient ensemble – et dormaient dans le même lit, bon sang – et il n'avait pas envie que ça change. Mrs. Hudson revint avec un plateau qu'elle posa sur la table basse. Elle versa l'eau chaude sans rien dire, se rassit et sourit à Sherlock.
-Vous êtes rayonnant, mon garçon. Je suis vraiment fière de vous.
L'ex-junkie hocha la tête en réponse et John songea que rayonnant était légèrement exagéré. Il lui manquait encore six ou huit kilos, au minimum.
-Tout va bien au centre ? demanda-t-il finalement, puisque que c'était malgré tout la première question qui lui était venue en tête quand il avait vu Mrs. Hudson.
Sherlock leva les yeux au ciel.
-Oh, comme d'habitude. Quelques bagarres, des nouveaux patients, des ennuis avec la police et beaucoup de paperasse pour Sarah – est-ce que c'est toujours elle qui s'en occupe, d'ailleurs ?
-Oui, c'est elle qui râle le moins. Babeth peste toujours dès qu'il faut signer le moindre bout de papier et moi je n'y comprends pas grand-chose. Par conséquent, il a été décidé que c'était à Sarah d'être tout en haut de la hiérarchie.
La vieille dame acquiesça. Le thé infusait lentement dans les tasses et une odeur sucrée de bergamote monta dans l'air.
-Darren m'a demandé de vous dire que Carol avait reçue les résultats de ses tests. C'est lui qui m'a amené – un charmant garçon, vraiment, très courtois.
-Alors ?
-Tout est négatif, répondit-elle avec un sourire.
Il sourit aussi, soulagé d'un poids. Sherlock ne dit pas un mot mais il semblait aussi un peu rassuré.
-Est-ce que le nom de Fred vous dit quelque chose ? reprit-elle.
-Heu, non. C'est un patient ?
Mrs. Hudson eut un hochement de tête négatif.
-La psy a mentionné un Fred, hier, mais elle a esquivé quand je lui ai demandé qui il était.
John fronça les sourcils.
-Solveig n'aimerait pas ça. Elle a toujours été très secrète sur sa vie privée, je ne pense pas que ce soit une bonne idée.
Elle haussa les épaules, mais elle semblait un peu déçue.
-Je vais m'en tenir là, alors.
Le bavardage de Mrs. Hudson les occupa une bonne partie de l'après-midi, et John fut ravi de la raccompagner. Elle descendait les escaliers du hall devant lui, sa silhouette fragile se découpant dans la lumière qui venait de la porte d'entrée. John se demanda quelle vie elle avait eu avant le centre, combien d'hommes elle avait épousés – jusque là, elle en avait mentionné trois – et si elle regrettait sa jeunesse.
Mrs. Hudson parlait assez peu d'elle, finalement, et il ne savait pas grand-chose à son sujet.
La vieille dame se tourna vers et sourit comme si elle avait lu dans ses pensés. Ses yeux clairs brillaient d'une lueur douce et éthérée.
-Vous semblez avoir rajeuni de dix ans, John, dit-elle. Je pensais que ce sevrage avec Sherlock serait un moment difficile, mais en fait, vous allez l'air plus beau et épanoui que jamais.
Le médecin détourna le regard, gêné.
-Je ne sais pas ce que vous imaginez à propos de Sherlock et moi, mais c'est complètement faux.
-Oh, mon chéri, je ne pensais à rien de sexuel. Mais vous vous êtes trouvé.
Sa voix s'était réduite à un murmure ému et John ne trouva rien à répondre.
-Je crois que nous avons tous quelqu'un qui nous attend quelque part, une personne qui voit en nous ce que nous sommes vraiment et qui peut nous rendre heureux. Et vous avez trouvé cette personne, John, et peut-être que vous n'êtes pas encore incapable de vous rendre compte, mais ça viendra, j'en suis certaine. Un jour, vous pourrez mesure combien votre vie a changé avec Sherlock, combien elle est devenue meilleure. Et il en fera autant.
-…Vous êtes une inconditionnelle romantique, Mrs. Hudson, répondit-il un peu maladroitement.
Elle sourit d'un air entendu.
-Vous voyez parfaitement bien où je veux en venir.
John lui tint la porte et elle tapota gentiment son bras pour le remercier.
-Darren vient vous chercher ?
-Non, je m'en voudrais de réquisitionner une nouvelle fois la camionnette du centre. Je vais rentrer en métro.
-Vous êtes sûre ? demanda-t-il en adoptant son air inquiet.
Mrs. Hudson leva les yeux au ciel.
-Wilfried m'a offert un teaser.
-Oh, je vois. C'est une bonne idée, on n'est jamais trop prudent.
-Je ne suis pas une de ses pauvres vieilles dames qui se font voler leurs sacs à main, jeune homme, dit-elle avec une pointe de fierté. Bonne soirée à vous deux.
-Bonne soirée, Mrs. Hudson, et merci pour le thé.
John lisait distraitement, assis sur le canapé avec Sherlock – les jambes de l'ex-junkie sur l'accoudoir et sa tête posée sur ses cuisses, ses boucles brunes effleurant le bas de son pull. Il tournait et retournait le rubik's cube dans tous les sens, marmonnant des trucs incompréhensibles au sujet d'axes et de possibilités. John se retenait de passer une main dans ses cheveux, parce que la situation lui semblait déjà assez bizarre comme ça.
Mais quelque part, il se sentait tout à fait à l'aise et à sa place.
Sherlock finit par jeter le rubik's cube à travers le salon et l'objet heurta le mur dans un bruit sourd. Le médecin leva les yeux.
-Mais qu'est-ce que tu fais ?
-Question stupide. Tu peux aisément comprendre que je viens de lancer ce cube et-
-Tais-toi.
Sherlock s'exécuta aussitôt.
-Je sais que tu es frustré par ce truc et en manque, mais ne commence pas à être désagréable avec moi, dit-il doucement mais fermement. Essaie de te reposer un peu, tu es encore fatigué.
Les yeux gris s'accrochèrent aux siens.
-C'est rare que tu utilises ton autorité.
-Je préfère éviter, en général.
-Pourquoi ?
John soupira.
-C'est parfois utile au centre, certes, sauf qu'on n'est pas au centre, là.
-Je suis plus ou moins ton patient.
-Tu n'es plus mon patient du tout, Sherlock, contredit-il en souriant.
-Qu'est-ce que je suis, alors ?
-C'est vraiment important ?
-Je déteste qu'on réponde à une question par une autre question, nota-t-il en fronçant les sourcils.
-Il va falloir t'y faire, dans ce cas.
Ils échangèrent un sourire et Sherlock ferma les yeux, remuant un peu pour s'installer plus confortablement.
John commanda des nouilles chinoises et ils mangèrent en regardant un feuilleton stupide à la télévision. Quelque chose de familier et terriblement domestique flottait dans l'air et Sherlock se sentit brusquement chez lui, un sentiment qu'il n'avait jamais éprouvé auparavant, pas même – surtout pas – à l'époque où il vivait à la maison avec ses parents et son frère.
Penser à Mycroft lui rappela qu'il avait toujours son portefeuille.
-Pourquoi tu souris ? demanda John en empilant les boites en carton.
-Rien d'important.
L'ex-junkie leva les yeux en sentant le regard du médecin.
-Quoi ?
-Comment est-ce que tu te sens ?
-Bon sang, John, je vais bien.
-Réponds, s'il te plait, je veux juste savoir, insista-t-il.
Sherlock réfléchit brièvement.
-Calme.
Il n'en avait pas franchement conscience avant de le dire. Pour la première depuis longtemps, il était apaisé, presque serein, comme si tous ses tourments et sa souffrance avaient disparu avec les derniers symptômes du sevrage. L'agonie perpétuelle croupissait encore en lui, et elle ne semblait pas décidée à le lâcher, néanmoins il était certain de pouvoir y faire face – en tous cas, durant les moments où elle refluait sourdement et se faisait lointaine, sifflante.
-C'est tout ?
La voix de John n'était pas vraiment inquiète, juste soucieuse et perplexe.
-Ouais.
John sourit légèrement. Il se leva, prit la pile de boites vides et disparut un instant dans la cuisine.
-Je vais me coucher, lança John en passant dans le salon.
-Hm, j'arrive.
Le médecin hocha vaguement la tête et disparut dans le couloir. Sherlock patienta jusqu'à entendre la porte de la chambre se fermer, se leva et alla fumer une clope à la fenêtre, comme il commençait à avoir l'habitude de le faire quand le manque devenait étouffant. Il resta là un moment, profitant du vent frais sur son visage et du goût du tabac.
Quand le mégot de sa cigarette lui brûla les doigts, il l'écrasa sur le rebord et trouva le portefeuille de Mycroft dans une poche de son trench.
Sherlock le vida entièrement sur la table basse et examina chaque carte, chaque papier et chaque penny. Il ne trouva rien qui lui permettrait de savoir ce qu'était devenu son frère en trois ans, s'il s'était marié ou quoique ce soit de ce genre. Il remit tout en place en soupirant de frustration et alla se coucher. Au moins, John ne protesta pas quand il se colla à lui. Il ne savait pas pourquoi, mais il en ressentait le besoin.
Le lendemain, il se réveilla en étant certain d'avoir rêvé de son adolescence.
Comme j'ai promis de ne plus dire qu'il ne se passait rien dans ce chapitre, je vous promets juste l'arrivée d'un personnage déjà évoqué et entendu pour la semaine prochaine.
