JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Jun-Fuu : merci beaucoup, je suis ravie que cette fic fasse partie de cette catégorie. Les amitiés chelous, y'a rien de plus cool. Et rassure-toi, on attend tous désespérément la saison 3. Ruize, ma grande, un seul mot : thanks.
Chapitre 25
Carol sortait d'une séance avec la psy quand elle aperçut Sherlock. Elle lui sourit largement, courut presque vers lui et claqua un baiser sur sa joue, juste au-dessous de sa pommette saillante. Il arqua un sourcil avec son dédain habituel mais ne protesta pas.
-Le sevrage s'est bien passé ?
Il leva les yeux au ciel et elle se dit que c'était une question stupide. L'ex-junkie était visiblement en meilleur état, son regard lucide et son allure plus assurée.
-Ouais, ça a été. Tu as eu tes résultats d'analyse, alors ?
Carol se figea et Sherlock se gifla mentalement.
-John t'a dit, alors ?
-Oui, dit-il simplement.
Pas de je suis désolé, c'est terrible ou ça va aller mieux avec le temps. Et bizarrement, elle préféra son silence à ces phrases toutes faites, qu'elle savait souvent fausses et hypocrites – non ça ne va pas aller mieux.
-C'est pas grave, peu importe, répondit-elle lentement. Je suis un peu rassurée, maintenant. J'avais peur de…
-De ne pas pouvoir t'occuper du gosse ?
-Ouais.
Tim était ce qui l'empêchait de couler. Elle l'aimait, bien sûr, mais elle se rattachait à lui comme à une bouée de sauvetage.
-En tous cas, je suis contente pour toi.
C'était sincère et Sherlock le savait. Il esquissa un vague sourire.
-Merci.
Carol sourit aussi.
-Il faut que j'y aille. John est venu ?
-Il est avec la femme blonde, je crois.
-Sarah ? proposa-t-elle.
Sherlock haussa les épaules.
-Tu crois sérieusement que j'ai retenu son nom ?
-Tu as bien retenu le mien.
-Hm.
Carol ouvrit la bouche, la referma et fronça les sourcils.
-Tu l'as bien retenu, n'est-ce pas ?
Il rit un peu, un rire spontané et franc qu'elle adora.
-Oui, Carol.
-C'est sympa de ta part, merci. Et au fait, commença-t-elle doucement, ce n'est pas mon nom complet.
L'ex-junkie arqua un sourcil et se pencha légèrement vers elle.
-C'est Carolyn. Mais garde ça pour toi, d'accord ?
-Pas de problème. Mais pourquoi me le dire ?
Elle haussa les épaules, hésitante.
-Je ne sais pas. Peut-être parce que je n'aime pas mentir.
Il acquiesça silencieusement et elle s'éloigna, ses cheveux bruns balayant ses épaules. Elle avait l'air si fragile de dos – quand ses yeux sombres ne pouvaient pas défier quiconque de venir lui chercher des noises – sa silhouette délicate et vulnérable. Sherlock se demanda ce qu'il pouvait faire pour elle. Il n'était pas gentil comme John, et sa voix grave et rauque ne pourrait jamais prendre ce ton tout-va-bien-je-suis-là du médecin. Mais en marchant dans les couloirs du centre, l'idée lui vint.
Il allait retrouver le salopard qui l'avait violée.
John avait échangé quelques banalités avec Sarah avant que la jeune femme ne finisse par poser la question qui semblait lui brûler les lèvres.
-Il n'y a rien de particulier entre Sherlock et toi ?
Le médecin soupira.
-Non. On est ami, c'est tout.
-Je me posais juste la question. Après tout, il vit chez toi, ajouta-t-elle en haussant un sourcil de manière suggestive.
John sourit mais il avait l'air un peu désabusé.
-Ce n'est parce qu'on partage un appartement qu'on couche ensemble, Sarah. Le sevrage s'est assez bien passé et je l'héberge le temps qu'il trouve un job, qu'il puisse recommencer une nouvelle vie.
Il s'abstint de lui dire qu'il ne voulait pas que Sherlock parte, et qu'il en venait presque à souhaiter que l'ex-junkie ne puisse jamais trouver de travail. C'était mesquin et égoïste, il le savait très bien, mais il ne pouvait pas s'empêcher. Imaginer sa vie sans Sherlock lui faisait mal. Il n'était pas seul avec lui.
-Enfin, peu importe. Tu as l'air en forme, nota-t-elle distraitement.
-Greg est passé pendant le sevrage.
-Oh. Excuse-moi, je n'aurais peut-être pas dû-
-Sarah, je ne t'en veux pas du tout, au contraire, coupa-t-il doucement. Ça m'a fait beaucoup de bien de le voir. Merci.
Elle rougit légèrement et haussa les épaules.
-Ce n'était pas grand-chose, l'idée venait de Greg.
-Pour moi, c'est déjà beaucoup.
Le sourire de John était éblouissant et Sarah oublia sa jalousie. Elle avait été stupide de penser qu'elle avait encore une chance avec lui, que Sherlock pouvait être un obstacle. Tout ce qui comptait était le bonheur de John et tant pis si ce n'était pas elle qui lui apportait.
-De rien.
Elle allait reprendre une conversation plus simple quand Solveig entra dans le bureau. La psy était vêtue d'une chemise en lin sur un pantalon en cuir rouge, et John songea que ça lui allait beaucoup mieux que ses pulls aux motifs ringards. Elle affichait néanmoins une expression grave et ses yeux en amande brillaient d'une lueur un peu triste. Elle sourit en voyant le médecin, un sourire factice qui ne dégageait aucune joie.
-John, comment vas-tu ?
-Ça va.
-Toujours aussi bavard, hein. Tout s'est bien passé avec Sherlock ?
-Plutôt bien, oui.
Solveig posa les dossiers sur le bureau de Sarah.
-Tant mieux, ça aurait été dommage de gâcher mon CV. Mrs. Hudson est passée vous voir, n'est-ce pas ?
-Oui, hier, répondit-il en se souvenant brièvement de ce Fred que Solveig avait évoqué. Je n'ai pas encore vu Carol, elle va bien ?
-Son état s'améliore mais je ne me fais pas d'illusion. Cette petite risque de garder des séquelles psychologiques toute sa vie.
John soupira, mais la psy sourit à nouveau, plus sincèrement cette fois.
-Ne t'en fais pas, tant qu'elle continuera à me parler, elle pourra gérer.
-Merci pour tout ce que tu fais pour elle.
-Je fais mon job, mon chou. Rien de plus.
John acquiesça et resta encore un moment à discuter avec elles, puis il s'excusa et sortit. Il se sentait plus léger, temporairement débarrassé du souvenir de l'expression douloureuse de Sherlock.
John rencontra Carol dans le couloir. La jeune femme tenait Tim dans ses bras, et elle soupira doucement en avançant vers le médecin.
-Toi aussi, tu es superbe. Vous étiez vraiment chez toi ou en vacances à Brighton ?
Il l'embrassa sur le front et sourit à Tim.
-Non, le temps était trop mauvais pour ça. Tu as vu Sherlock ?
-Juste à l'instant. Il est vraiment gentil, dans le fond.
-Je sais. Tu as une idée d'où il a pu aller ?
Carol sourit.
-Pas la moindre, admit-elle. Tu reviens bientôt ?
-D'ici après-demain, je pense.
John n'eut pas le temps de demander autre chose, Xander venait vers lui et tenait un dossier qu'il lui tendit aussitôt.
-Bonjour, John. Navré de te sauter dessus comme ça. Le type est arrivé la semaine dernière suite à une overdose, c'est l'hôpital qui nous l'a envoyé. Il s'appelle Yann et refuse de parler avec la psy. Un cas difficile.
-Je vais m'en occuper, bien sûr, mais je suis encore en congé pour le moment, dit-il en prenant néanmoins le dossier.
Xander hocha la tête.
-Je suis au courant, mon vieux, mais tu es le seul qui peut négocier avec ce gosse. Je te demande juste un quart d'heure, le temps de le faire sortir des toilettes.
-Bon sang, est-ce que tu peux être plus explicite ?
-Il s'y est enfermé il y a bien une heure et on s'est tous relayé pour le faire sortir.
-Même Solveig ?
-Même Solveig, confirma-t-il avec amertume. Elle a fini par dire de lui laisser du temps, mais je ne peux tout simplement pas laisser ce gosse là-bas. S'il parvient à se tuer d'une manière ou d'une autre…
Xander ne termina pas sa phrase, regrettant d'être allé aussi loin. Il n'avait pas oublié l'état dans lequel John avait fini après le suicide de la gamine des douches.
-Désolé, mon vieux, dit-il rapidement en posant une main sur son épaule.
-C'est bon, ça va. Je vais voir ce que je peux faire.
Il se tourna ensuite vers Carol.
-Navré, je repasserais te voir après.
-Pas de problème, vas-y. Tu m'accompagnes au dortoir, Xander ?
-Bien sûr.
Le médecin adressa un hochement de tête en guise de remerciement à John, puis s'éloigna dans le couloir avec Carol.
John trouva Sherlock juste avant d'arriver aux toilettes, et il sourit en voyant sa mine agacée.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
-J'ai voulu sortir pour fumer une clope et la fille de l'accueil a menacé d'appeler les flics. Elle m'appelle toujours l'homme qui ne doit pas franchir la porte. Je crois qu'elle se fout de ma gueule.
-J'aime bien ce surnom, moi. J'irais parler à Babeth plus tard, mais pour le moment j'ai un cas extrême sur les bras.
-Où ça ?
-Les toilettes pour hommes. Lis ce truc pour moi, s'il te plait, ce dossier est tellement épais que ça va me prendre une demie heure, ajouta-t-il en lui tendant. J'ai confiance en toi pour trouver les informations utiles, génie.
Sherlock esquissa un sourire narquois mais commença à feuilleter le dossier. Ils arrivèrent devant la porte des toilettes et John s'arrêta en soupirant.
-Yann ? appela-t-il d'une voix patiente et tranquille.
Il y eut du bruit dans la pièce, comme si quelqu'un se levait brusquement.
-Dégage.
La voix était jeune et hargneuse, un mélange que John avait appris à reconnaître.
-Je suis médecin et je m'appelle John. Je ne vais rien te demander de faire, d'accord ? Je veux juste discuter avec toi.
-Dégage, répéta-t-il sourdement.
Sherlock tira sur la manche de son pull et arqua un sourcil.
-Ses parents l'ont jeté à la rue quand ils ont appris qu'il était gay, murmura-t-il.
-Merde.
-Il a commencé à se droguer il y a quelques mois. Payait ses doses en volant. Overdose de cocaïne la semaine dernière, dit-il platement, mais John devina une certaine compassion blasée dans son regard. L'histoire classique.
-Merci.
John se racla la gorge et reprit plus haut pour que Yann l'entende.
-Pourquoi t'es-tu enfermé ici ?
-…Je veux pas être au centre. J'ai rien demandé.
-Ce sont les médecins de l'hôpital qui t'ont envoyé chez nous ? s'enquit-il.
-Ouais.
La colère dans sa voix était légèrement atténuée. Sherlock observa John avec une certaine admiration – il était doué pour mettre les gens en confiance, et il sut aussitôt que Yann aussi allait se faire avoir, tout comme l'ex-junkie lui-même.
-Quel effet ça t'a fait ?
Yann ne répondit pas immédiatement, alors John reprit.
-Est-ce que ça t'a mis en colère ? Tu as eu peur ?
-La deuxième.
-Tu n'as rien à craindre, ici, Yann. Tu es en sécurité.
Le gosse éclata d'un rire amer.
-Et le mec qui m'a tabassé hier ?
-Oh, Kurt, c'est ça ?
Il renifla.
-Ouais. Quel connard.
-Là-dessus, tu as complètement raison, répondit John avec un léger sourire. Kurt est un sale type, c'est sûr. Mais est-ce que tu connais le nom de médecin qui ait intervenu pour te protéger ?
Yann laissa passer un silence.
-Nan.
-Xander. C'est un nom original, je te l'accorde. S'il n'avait été là, tu aurais été sérieusement blessé. Si tu avais été dans la rue, et que quelqu'un comme Kurt t'avait agressé, tu aurais peut-être un bras cassé, ou pire. Mais ici, au centre, les médecins ne craignent pas d'intervenir.
-…C'est vrai.
Toute trace de hargne avait disparue de sa voix, remplacée par une forme de curiosité.
-Quel âge as-tu, Yann ?
-Dix-neuf ans.
-Tu es encore très jeune. Tu peux changer radicalement de vie, tu sais. Partir très loin de Londres, à l'étranger, même. Là où tu pourras faire ce que tu veux sans personne pour te juger. On s'en fiche, de tes parents. Tu ne dois penser qu'à toi et à toi seul, et tant pis pour eux.
Il y eut un autre silence, puis John entendit le verrou de la porte se débloquer et entra dans les toilettes. Yann était un jeune homme grand et mince, habillé en jean et t-shirt comme tous les gosses de son âge. Il avait de courts cheveux roux qui prenaient une teinte cuivrée sous la lumière des néons et un visage aux traits secs. John s'approcha lentement, souriant.
-Et si on commençait par te présenter aux autres patients ?
Yann hocha vivement la tête, des larmes dans ses grands yeux verts rivés sur le carrelage.
-Je serais dans le couloir quand tu te sentiras prêt.
-Merci, murmura-t-il faiblement.
John sortit, parvint à ignorer le bruit de ses pleurs et coula un regard vers Sherlock, resté dans le couloir.
-C'est comme si tu nous hypnotisais, dit-il, perplexe.
John haussa les épaules.
-Je me montre compréhensif, c'est tout.
-C'est un putain de don que tu as, John, contredit-il en secouant la tête sur le côté. Tu m'as sauvé comme tu as sauvé tous les autres avant moi.
-Non, pas tous, répliqua-t-il amèrement.
-Si.
Le médecin allait protester mais Sherlock lui adressa un regard sombre.
-Tais-toi. Je te dirais tout quand on sera rentré, parce que je sais que c'est important pour toi.
-Si tu ne te sens pas prêt, tu n'es pas obligé, Sherlock.
-Tu mérites de savoir quel genre de type je suis vraiment. Je tiens à être complètement honnête avec toi.
John soupira doucement.
-Bon, d'accord.
L'ex-junkie allait ajouter quelque chose quand Sarah apparut brusquement dans le couloir, haletante.
-La morgue vient d'appeler, annonça-t-elle abruptement.
-Quoi ?
-Après le départ d'Ida, j'ai lancé la procédure habituelle, expliqua-t-elle en reprenant son souffle.
Elle inspira profondément puis ajouta, sa voix douce réduite à un murmure :
-Ils pensent qu'ils l'ont retrouvée et ils veulent qu'on identifie le corps pour confirmer ou non.
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A la semaine prochaine, mes chéris.
