JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Oui, je n'ai pas encore répondu à tout le monde et je m'en excuse platement - trop de devoirs, de trucs à faire. Je m'en occuperais dès que possible, promis.
Merci beaucoup Tristana, mais n'en attends pas trop au niveau du "Johnlock", tout le monde garde ses vêtements. Ruize, je vais finir par écrire un poème à ta gloire.
Chapitre 26
Molly Hooper monta les escaliers dans un équilibre instable, tenant sa tasse de café dans une main et une pochette cartonnée dans l'autre, son sac en bandoulière terriblement lourd dans son dos. Elle soupira en atteignant la dernière marche et faillit tout laisser tomber en entendant une voix derrière-elle.
-Je peux vous aider ?
La jeune légiste se retourna et se détendit en reconnaissant l'inspecteur Lestrade.
-Oh, c'est vous, monsieur.
-Donnez-moi ça, ajouta-t-il avec un sourire.
Greg prit la pochette cartonnée et sa tasse de café avant de monter les dernières marches.
-Merci. Vous êtes venu voir un corps ?
-Oui, mais pas dans le cadre d'une enquête. L'adolescente inconnue qui est arrivée ce matin est bien sur votre liste ?
Molly arriva à sa hauteur et fronça les sourcils.
-Heu, oui. Mais je n'ai pas encore fait l'autopsie, je peux juste vous donner l'heure approximative du décès et-
-C'est pour une identification. Il se peut qu'elle soit la patiente d'un ami médecin.
Elle hocha la tête et indiqua le couloir d'un vague geste de la main.
-Ils ont dû la mettre dans la deuxième salle, je vais voir ça.
-Bien, je vous accompagne.
Molly acquiesça, remit distraitement une mèche de cheveux derrière son oreille et traversa le couloir, ses talons plats claquant sur le carrelage. L'ombre de Greg se superposait à la sienne, plus grande et plus carrée. Elle aimait bien l'inspecteur, il était plutôt gentil et avait quelque chose de paternel qui la rassurait.
Elle fut légèrement éblouie en entrant dans la salle d'autopsie.
La pièce était grande, presque vide et entièrement blanche. La peinture sur les murs avait été refaite récemment et Molly sentait encore l'odeur agressive qui s'en dégageait, couvrant celle du désinfectant industriel et du plastique. La lumière crue des néons rendait l'endroit plus froid encore, et la légiste n'aimait pas le teint maladif qu'elle lui donnait. Molly retira son sac et le posa sur son bureau, au milieu des dossiers et des boites de Pétri.
-Le numéro du casier est dans la pochette.
Greg l'ouvrit, tournant quelques pages avant de trouver.
-Neuf, lut-il.
-Merci.
Molly accrocha son manteau au dossier de la chaise et enfila sa blouse blanche, remettant en ordre ses cheveux bruns. Elle tira la poignée du casier sans la moindre difficulté malgré sa silhouette ténue avant de couler un regard hésitant vers Greg.
-On va attendre John.
-D'accord.
L'inspecteur ne semblait pas au meilleur de sa forme et Molly se mordilla la lèvre, se demandant si elle pouvait dire quelque chose pour briser le silence pesant. Elle ne trouva rien, soupira discrètement et se résigna à attendre.
Le trajet jusqu'à la morgue se fit sans un mot, et l'air de la camionnette du centre paraissait presque alourdi. Darren resta concentré sur la route et Sarah garda la tête baissée, ses longs cheveux blonds cachant son visage. Il l'entendit soupirer, une ou deux fois, et il ne sut jamais si c'était de fatigue, de lassitude ou de chagrin. Peut-être tout. Peut-être autre chose encore.
Derrière eux, John regardait par la fenêtre, l'expression impassible et indéchiffrable. Sherlock ne le lâchait pas des yeux, notant le léger tremblement de ses mains posées sur ses genoux. Il se contentait de le fixer, sachant que John finirait par s'en rendre compte, mais quand il lui parla enfin ils venaient tout juste d'arriver. John leva la tête et murmura, d'une voix si faible qu'il ne fut pas certain de ce qu'il avait entendu.
-Si c'est Ida, demande à Sarah d'appeler la psy.
Sherlock acquiesça. Darren leur souhaita bonne chance et aucun d'eux ne sut comment réagir. L'ex-junkie descendit de la camionnette, adressa un bref hochement de tête à Sarah qui semblait encore plus nerveuse que lui et elle lui répondit par un maigre sourire.
-Reste avec lui, il a besoin de toi, dit-elle tout bas.
-Je sais.
John était déjà entré dans le bâtiment et Sherlock s'empressa de le suivre, vaguement conscient d'être suivi par la femme médecin. Les couloirs étaient larges et blancs et interminables. Il leur fallut un siècle pour monter les escaliers, trouver la salle et rejoindre Greg Lestrade – il les avait prévenu qu'il viendrait, mais John parut presque surpris de le voir. Le légiste était une jeune femme brune aux yeux doux, et elle tendit les mains au-dessus du drap qui recouvrait le corps.
-Allez-y, dit John.
Ses doigts aux ongles vernis de rose soulevèrent le tissu jusqu'aux clavicules et Sherlock arrêta de respirer. L'adolescente avait des cheveux sales qui faisaient un halo noir autour de son visage blanc et figé, ses yeux étaient clos et une large plaie mal cicatrisée barrait sa joue, partant de sa lèvre à sa tempe. Il y avait un hématome violacé et assez moche de l'autre côté de sa tête, au niveau de son œil.
-Elle a des égratignures sur les mains et des traces de coup sur l'abdomen, énonça platement Molly. Elle s'est visiblement battue, quelqu'un l'a poussée et elle est tombée. La mort est due à une hémorragie interne.
Sherlock reprit son souffle et osa enfin regarder John à ses côtés. Son visage exprimait le vide absolu, le néant. L'ex-junkie songea que c'était plus terrifiant qu'une crise de larmes ou un cri de douleur. Il prit brusquement sa main, sans réfléchir, et la serra fort quand John prit la parole.
-C'est elle. C'est Ida.
Greg soupira derrière eux et Sarah gémit. Molly allait rabattre le drap mais John ajouta, le ton atone mais ferme :
-Non. Laissez.
La légiste baissa les bras. Il y eut un court instant qui s'étira éternellement, puis John se pencha au-dessus d'Ida et déposa un baiser sur son front, écartant délicatement les mèches collées à son front par le sang séché.
-Je suis désolé. J'aurais aimé faire plus pour toi.
Il se redressa, soupira vaguement et commença à rabattre lui-même le drap de sa main libre, sans lâcher celle de Sherlock. L'ex-junkie l'aida et lissa les plis du tissu.
John resta encore un moment à contempler la forme sous le drap, puis il se retourna et sortit, ses ongles plantés dans la peau de l'ex-junkie. Sherlock sentit un fin filet de sang couler le long de ses doigts. Il se dit qu'il allait avoir des cicatrices. Il se dit que ce n'était pas grave. Il se dit que ça faisait mal. Il se dit que ce n'était pas grave.
Ida n'allait plus jamais avoir mal, elle. Mais ça, ce n'était pas grave. C'était horrible. Horrible.
En sortant de la morgue, Sarah avait appelé Solveig et la psy les attendait quand ils arrivèrent au centre. Elle demanda à parler à John en privé, et le médecin acquiesça. Sauf qu'il ne lâcha pas la main de Sherlock. La psy ne fit aucun commentaire et ils s'assirent tous les trois dans son bureau. Elle posa la première question, sur un ton doux et très professionnel.
-Qu'as-tu ressenti, John ?
Le médecin inspira et les mots coulèrent de ses lèvres comme du miel.
-La douleur. La frustration. La déception. La colère. Le chagrin.
-Contre qui étais-tu en colère ?
-Contre moi, répondit-il aussitôt.
Solveig hocha la tête et croisa les bras sur son bureau. Elle ne joua pas avec un stylo, n'inscrivit rien dans son carnet bleu et son regard indiqua à Sherlock qu'elle prenait sur elle pour faire son job, pour aider John alors qu'elle-même était bouleversée. Il se jura de la remercier plus tard.
-Pourquoi ? reprit-elle.
-J'étais été incapable de la protéger, comme d'habitude. Je l'ai laissée partir. Je l'ai laissée mourir.
Sherlock se crispa. La voix de John n'était que rage et rancœur, méconnaissable pour l'ex-junkie.
-Tu penses qu'elle est morte par ta faute ?
Il rit, amèrement.
-Je ne pense pas, c'est le cas.
-Ida était déjà instable, c'était une adolescente fragile et elle souffrait de sa dépendance à l'alcool, commença-t-elle. Tu n'es pas responsable…
Elle s'arrêta subitement, soupira bruyamment et quand elle leva les yeux vers John, Sherlock vit les larmes qui menaçaient de couler.
-Je ne comprends pas, John, ça ne sert à rien de commencer aussi rapidement. Il vaut mieux que tu ailles te coucher, je ne sais pas, fais ce que tu veux mais sors d'ici, dit-elle avec une lassitude croissante. Je ne peux rien pour toi quand tu es comme ça, tu le sais très bien. Rentre chez toi.
Sherlock vit qu'il s'apprêtait à répliquer – et sans doute pas de la manière patiente et gentille et habituelle, parce que rien dans cette situation n'était habituel.
-On y va, John, intervint-il, et il serra plus encore sa main.
L'ex-junkie se leva sans lui laisser le temps de répondre et lança un regard reconnaissant à Solveig.
-Merci quand même.
Elle haussa les épaules et renifla, une larme coulant déjà sur sa joue. Sherlock sortit du bureau, tirant John derrière-lui, et il ne s'arrêta pas avant d'atteindre la camionnette de Darren. Le retour avait été tendu, mais au moins John n'avait pas lâché sa main. C'était ce que se disait l'ex-junkie pour tenter de se rassurer alors que le médecin entrait dans son appartement.
Il craqua dès qu'il franchit le seuil de la porte. Ce fut d'abord les cris, les protestations, et il insulta presque Sherlock quand il lui dit de se calmer. Puis les pleurs, les sanglots saccadés et entrecoupés de paroles incohérentes. Ils finirent allongés sur le canapé, John couché sur le dos et Sherlock avachi sur lui, sa main tenant toujours la sienne malgré la douleur et le sang qui séchait. Il se passa au moins une heure avant que l'un d'eux ne parle.
Les premiers mots de John furent pour Ida.
-Elle ne méritait pas ça.
Sherlock se redressa un peu, enfouissant son visage dans son cou. Ses boucles brunes chatouillèrent la joue du médecin et il sentit son autre main dans ses cheveux, légère et tremblante.
-Tu n'y es pour rien, John.
-C'est faux. J'aurais pu-
-Arrête, coupa-t-il avec douceur. Elle savait qu'elle allait finir comme ça. Elle est partie quand même et je suis sûr qu'elle ne t'en veut pas. Tu as fait de ton mieux, tu fais toujours de ton mieux mais parfois ça ne suffit pas – tu te souviens de ce que tu as dit à Mycroft, non ? Parfois, tes patients meurent.
John ne dit rien alors Sherlock leva la tête et encra ses yeux dans les siens, encore rougis par les larmes.
-Mais regarde-moi. Je suis vivant. Grâce à toi et à toi seul, John. Tu m'as sauvé.
-Tu as pris cette décision par toi-même.
-Parce que tu étais là, contredit-il. Je serais toujours dans la rue, sans toi. Peut-être même allongé à côté d'Ida.
John frissonna et Sherlock se blottit un peu plus contre lui.
-Mais tu ne peux pas sauver tout le monde. C'est tout.
Il enfouit à nouveau son visage dans son cou, soupira doucement et sentit la main de John descendre de ses cheveux à son dos pour enlacer sa taille.
-Je sais, dit-il, et sa voix n'était plus qu'un murmure dénué de toute émotion.
Il y eut un nouveau silence, puis Sherlock ne put s'empêcher de demander, se rappelant ce truc de psy que John lui avait déjà fait subir :
-Ce n'est pas la première fois, n'est-ce pas ?
-Non.
-On devrait en parler. C'est pour ça que tu m'as demandé d'appeler Solveig, pour en parler.
-Ouais.
John inspira profondément et Sherlock sentit sa nervosité.
-Tu sais très bien ça ne changera rien à ce que je pense de toi, John, dit-il en s'efforçant d'être rassurant.
Ça sembla fonctionner puisque le médecin se détendit un peu.
-…Il y en a eu un quand j'ai commencé à travailler au centre – un clochard qui s'était pris une balle et qui refusait d'aller à l'hôpital. Après, des bagarres qui se sont mal terminées. Une overdose. Quand ce genre de choses arrive, tout le monde dit qu'on ne pouvait pas le prévoir, qu'on ne pouvait rien y changer. Mais il y a eu la gamine des douches, continua-t-il d'une voix tremblante. J'aurais dû voir que ça n'allait pas.
-Celle de l'an dernier, dit Sherlock en se souvenant des paroles de Mycroft. Parle-moi d'elle.
John soupira, laissa passer un instant puis commença.
Le prochain chapitre sera plein de révélations.
