JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Merci beaucoup à Coco-miel pour sa review (Larmoie autant que tu veux, ça me fait plaisir. Sérieusement.).

Un chapitre qui avance un peu dans l'histoire, j'espère.


Chapitre 29


Carol avait soigneusement refoulé le souvenir du viol, et quand elle acceptait d'en parler à la psy, ce n'était que par bribes floues et elle finissait rapidement par changer de sujet. Alors quand Sherlock lui demanda de décrire le type, elle en fut d'abord incapable.

-Je ne sais plus, dit-elle faiblement.

Sherlock hocha lentement la tête, ses yeux gris rivés sur elle. Le dortoir était plutôt tranquille et le murmure des voix lui semblait provenir de loin, très loin. Carol était assise sur le bord d'un lit de camp, Tim sur ses genoux. Le gosse dormait encore, lové dans une couverture bleue. Sherlock soupira et s'accroupit à leur hauteur, patient mais frustré.

-Tu en es certaine ?

La jeune femme haussa les épaules. Elle avait réellement envie que l'ex-junkie trouve ce type, elle ne voulait pas être une victime toute sa vie. Mais le souvenir qu'elle avait tant repoussé lui paraissait inaccessible.

-Concentre-toi, dit-il doucement.

Elle hocha la tête et s'exécuta. Il y avait l'odeur d'alcool, le froid mordant, la rue presque déserte. Les images furent d'abord brouillées, puis elles s'améliorèrent et elle vit.

-Il était grand, dit-elle dans un murmure. Très grand. Pas autant que toi mais presque. Et maigre, aussi, mais très rapide. Je l'ai à peine vu venir.

-Décris-moi son visage.

-Il avait une mâchoire carrée. Avec des yeux très foncés, marrons peut-être. Ses cheveux étaient plutôt longs.

-Quelle couleur ?

Carol se mordilla la lèvre.

-Brun. Il était assez banal, en fait. Mais il avait une cicatrice sous son œil. Le droit, je crois. En forme d'étoile.

-Ni percings ni tatouages ?

-…Non, je ne pense pas.

-Quel âge ?

-Vingt ou vingt deux ans, pas plus.

-Bien, merci. Tu es courageuse, ajouta-t-il après une légère hésitation.

Elle se força à sourire.

-Je n'ai pas vraiment le choix.

Il y eut un bref silence, puis Carol osa poser la question qui lui brûlait les lèvres.

-Qu'est-ce que tu vas faire si tu le retrouves ?

Sherlock réfléchit un instant.

-Qu'est-ce que tu veux que je fasse ?

-Je ne sais pas.

-Bien. Dans ce cas, je vais d'abord lui casser la gueule puis j'appellerais l'ami flic de John. Ça te va ?

Elle hésita. Quelque chose en elle criait vengeance, mais elle ne voulait pas que Sherlock tue pour elle, ne voulait pas s'abaisser au niveau de ces gens-là.

-Oui, répondit-elle finalement. Fais attention à toi.

Sherlock hocha la tête, se redressa et partit sans un mot. Il était certain d'avoir déjà croisé un type avec une cicatrice sous l'œil – une cicatrice en forme d'étoile.


L'air du St James Park était frais et doux, l'herbe agitée par une brise légère et le soleil haut dans le ciel, très loin des locaux aseptisés du centre et du plafond blanc. Mais John ne cessait de revenir à Solveig, à son regard blasé et au ton de sa voix qui trahissait ses émotions. Il s'en voulait de l'avoir poussée à se confier. Il avait l'impression d'avoir commis une erreur, d'avoir mis en danger leur relation. Solveig était une amie et il ne voulait pas la perdre.

-Tais-toi.

John leva les yeux vers Sherlock. L'ex-junkie tenait deux barquettes de fish and chips et une cigarette se consumait entre ses lèvres.

-Je n'ai rien dit.

-Tu penses, c'est agaçant.

Le médecin soupira. Sherlock s'assit sur le banc à ses côtés, posa une barquette sur ses genoux sans un mot de plus et lui rendit son portefeuille.

-Merci. Tu es vraiment décidé à te réconcilier avec ton frère, alors ?

L'ex-junkie arqua un sourcil.

-Tu n'as pas utilisé son argent, précisa John.

-Oh, non, j'ai juste oublié son portefeuille à l'appartement. Mais la réponse à ta question était oui. Solveig m'a proposé de lui écrire une lettre. Elle dit que je dois considérer ça comme ma dernière chance de me faire pardonner, qu'il faut imaginer que je vais mourir demain.

John esquissa un demi sourire amusé.

-C'est bien son genre. Tu vas le faire ?

-Je pense que oui, répondit-il lentement. Tenter de fuir Mycroft ne m'a rien apporté, il est temps que j'essaye autre chose.

John acquiesça et piocha une frite da ns la barquette. L'odeur de la nourriture lui avait donné faim. Sherlock tira une dernière fois sur sa cigarette et l'écrasa d'un coup de talon.

-À quoi tu pensais ? demanda-t-il en commençant à manger.

Le médecin observa un instant les passants avant de répondre.

-Il y a trois ans, Solveig a perdu son mari et son fils dans un accident de voiture.

Sherlock ne trouva rien à dire.

-Je voulais savoir ce qu'elle cachait, mais je regrette de l'avoir poussée à se confier, continua John. Je n'aurais pas dû, ça ne me concernait pas.

Sherlock laissa passer un silence, avala un morceau de poisson et se tourna vers John.

-Je crois connaître le type qui a violé Carol, dit-il abruptement.

Le médecin le dévisagea, abasourdi.

-Si tu voulais changer de sujet, tu aurais pu faire ça de manière plus agréable.

-Pour parler de quoi ? De la météo ? marmonna-t-il en levant les yeux au ciel. Il fait beau, super, passons à autre chose : est-ce que tu connais l'art de la mémoire ?

-Le quoi ?

-C'est une technique de mémorisation très ancienne. Elle consiste à stocker ses souvenirs dans un lieu fictif, une rue ou une maison, peu importe. J'ai utilisé cette technique avant de commencer à me droguer, mais pas depuis. Si je parviens à le réorganiser, je pourrais retrouver ce que je sais au sujet du salopard.

-Merveilleux. Et tu comptes faire ça comment ? Avec une truelle, peut-être ?

Sherlock soupira mais il y avait un sourire dans ses yeux.

-Bien sûr que non, John. C'est mental.


Quand John s'était allongé dans l'herbe, Sherlock avait aussitôt posé sa tête sur son ventre. Il avait fermé les yeux et réfléchi à ce qu'il pouvait dire à Mycroft, souriant quand la main de John venait lisser ses boucles brunes. Le médecin s'était finalement souvenu qu'il était en congé, et que quelques heures perdues à profiter du soleil ne lui feraient pas de mal. Il était sur le point de s'endormir quand son téléphone portable vibra dans sa poche. Il décrocha en soupirant.

-John ?

C'était la voix monocorde de Xander, et il pouvait entendre le brouhaha du centre derrière-lui.

-Oui. Il y a un problème ?

-Kurt a été contrôlé par des flics alors qu'il était sorti s'acheter des clopes. Les deux grammes de coke qu'il avait sur lui et sa politesse habituelle l'ont envoyé direct en garde-à-vue. Il a demandé à parler à Greg sauf que notre cher inspecteur est à l'autre bout du pays pour une affaire de fraude fiscale, du coup j'ai dû négocier avec Donovan. J'ai juré que c'était la dernière fois et cette pimbêche a finalement accepté de le laisser sortir.

-Mais il faut quelqu'un pour aller le chercher, non ?

Xander changea le téléphone de main pour tourner une page d'un dossier.

-Exact. Sarah est sortie faire le tour des squats avec Darren, Babeth refuse de voir Kurt depuis qu'il l'a traité de putain sans cœur et les autres sont en pause déjeuner. Je suis obligé de rester sur place en cas de problème, donc ce serait sympa de ta part d'y aller. Tu connais Kurt, ajouta-t-il. S'il commence à s'impatienter, il va devenir insupportable et les flics ne voudront plus le lâcher.

-C'est bon, je m'en occupe.

-Merci, mon vieux. Je suis désolé, c'est le deuxième service que je te demande en si peu de temps – je te revaudrais ça, juré craché.

John sourit légèrement.

-J'espère bien. Comment va Yann ?

-Il est pas très causant mais la psy pense qu'il peut s'en sortir. D'ailleurs, en parlant d'elle, elle m'a demandé de te passer un message : j'ai dit que je pourrais pardonner n'importe quoi avec un café glacé. Elle a dit que tu comprendrais.

-Je vois, répondit-il en soupirant de soulagement. Je passe prendre Kurt et je vous l'amène.

John raccrocha, glissa son téléphone dans la poche de son jean et ébouriffa les cheveux de Sherlock.

-Lève-toi, génie, on doit passer à Scotland Yard.


Donovan n'avait jamais compris le dévouement de John pour ses patients. Elle estimait le médecin, mais l'affection qu'il portait à ces sales types voleurs et drogués lui semblait un peu dingue. Pour les femmes, elle comprenait – les filles qui se retrouvaient sur le trottoir, manipulées et exploitées par des hommes sans pitié méritaient mieux que ça. Mais protéger des criminels n'était pas quelque chose qu'elle pouvait envisager.

Pourtant John le faisait et tout le monde applaudissait.

-Hé, pouffiasse, Xander arrive quand ?

Donovan leva les yeux de l'écran de son ordinateur en reconnaissant la voix du junkie. Elle soupira, se promit de garder son calme et se tourna vers la cellule. Kurt était assis sur le sol, avachi contre les barreaux, et le regard qu'il jetait à Donovan n'avait rien d'amical.

-Je ne sais pas, et arrêtez de m'insulter, répliqua-t-elle froidement.

Il esquissa un sourire narquois et passa une main dans ses cheveux noirs. Le pull qu'il portait était sale et déchiré au coude, et son jean était tâché au niveau des genoux, comme s'il avait marché à quatre pattes dans l'herbe. Donovan haussa un sourcil et revint à son ordinateur. Elle reprenait à peine son rapport que Kurt l'appelait à nouveau.

-Allez, chérie, tu dois bien le savoir.

Nouveau soupir.

-Pour la dernière fois, non.

-Vous avez des clopes ? demanda-t-il en agrippant les barreaux d'une main.

Donovan le foudroya du regard et il sourit, provocateur.

-Non. Fermez-la, maintenant.

-Y'a bien un de vos collègues qui fume, non ?

-Non, répéta-t-elle sourdement.

-Vous êtes sûre, chérie ?

Elle l'ignora et se concentra sur son rapport. Kurt leva les yeux au ciel, se redressa et parcourut le commissariat du regard.

-Est-ce que quelqu'un a des clopes ? gueula-t-il. Allez, jouez pas au plus con, je suis sûr qu'il y en a qui fume ici !

-Ferme-la, répliqua un flic.

-Va te faire foutre, siffla-t-il en réponse.

Donovan soupira pour la énième fois. Elle leva les yeux et vit le flic qui avait parlé s'avancer vers la cellule.

-Laisse tomber, tu n'arriveras à rien avec lui, lança-t-elle.

Dimmock fronça les sourcils.

-Pourquoi est-ce qu'il est encore là, lui ?

-Personne n'est encore venu le chercher, dit-elle en haussant les épaules.

-Quoi ?

Il fit demi-tour et vint jusqu'à elle. Kurt soupira et s'assit contre les barreaux.

-Un des médecins du centre va passer le prendre.

-Bon sang, encore cet accord ridicule entre Lestrade et le docteur machin ?

-Docteur Watson, précisa-t-elle. Il prend en charge les cas désespérés dans son genre, c'est tout.

Donovan sut ce que Dimmock allait répliquer avant même qu'il n'ouvre la bouche.

-Ces mecs-là devraient être en taule, pas dans ce centre à la con. J'en reviens pas que Lestrade laisse faire une chose pareille.

-Ce n'est pas ton problème, Dimmock.

-Et toi, tu tolères ça ?

Elle arqua un sourcil dédaigneux.

-Parce que tu crois que ça me fait plaisir que ces tarés soient encore en liberté ? Greg n'aimerait pas que je rompe son engagement, c'est tout. Mais je te l'ai déjà dit, ce n'est pas ton problème.

-Ouais, mais-

-Dimmock, siffla-t-elle en le foudroyant du regard.

Il retourna à son bureau sans un mot. Donovan jeta un coup d'œil à Kurt, espérant que John ou un autre viendrait bientôt la débarrasser de ce type. Elle n'aimait pas cet accord, mais elle aimait encore moins qu'on critique son supérieur. Puis Greg lui faisait confiance et elle ne voulait pas le décevoir.


Sherlock écrasa sa cigarette sur le trottoir avant d'entrer dans le hall de Scotland Yard, suivant John de près en espérant qu'aucun flic ne le reconnaîtrait. Le souvenir des quelques heures qu'il avait passé en cellule était assez flou, mais il lui semblait qu'il avait frappé un type et que ça avait plu à John. Il sourit en se rappelant leur première rencontre au squat. C'était quelques semaines plus tôt et pourtant il avait l'impression qu'un siècle avait passé depuis.

-Reste discret, ils se souviennent sûrement de toi, glissa John en avisant la cellule.

Kurt les regarda à travers les barreaux, l'air reconnaissant.

-Docteur Watson, mon pote, ravi de vous revoir.

Sherlock parcourut le hall du regard. Quelques bureaux longeaient les murs où des flics s'occupaient de la paperasse. L'un d'eux, une femme au teint mat et aux longs cheveux bouclés, se leva en les apercevant – elle semblait encore plus soulagée que Kurt, avec une pointe de colère et d'agacement dans ses yeux sombres.

-Vous voilà enfin, soupira-t-elle en arrivant à leur hauteur, mais elle s'adressait visiblement à John. Je ne sais vraiment pas comment vous faîtes pour supporter ces types toute la journée, docteur.

John parut un peu gêné.

-Je suis désolé s'il a dit quoique ce soit de vexant.

Donovan haussa les épaules.

-J'ai l'habitude des hommes. Mais celui-ci est un sacré cas.

-Merci, chérie, susurra Kurt.

Elle le foudroya du regard.

-Je vais chercher les clefs. Restez-la.

Tournant les talons, elle s'éloigna en pestant entre ses dents. John se détendit quand elle disparut derrière une porte et échangea un regard avec Sherlock.

-Comparée aux autres, elle est charmante.

-Je n'en doute pas, répondit-il distraitement. Je vais faire un tour pendant que tu engueules ce type.

-C'est un commissariat, Sherlock.

Il arqua un sourcil, arrachant un sourire au médecin.

-Je serais sage, promis.

-J'abandonne, vas-y, céda-t-il.

Sherlock s'éloigna en souriant, songeant qu'il pouvait peut-être trouver quelques dossiers à feuilleter pour passer le temps.


La suite est facile à deviner, non ?