JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Merci mille fois pour vos reviews et bonne vacances à ceux qui en ont.


Chapitre 30


Donovan passa un temps fou à trouver les bonnes clefs – apparemment, un abruti n'avait toujours pas compris l'organisation d'un simple placard. Elle soupira, traversa le couloir et retourna dans le hall. Le docteur Watson et le casse-couilles derrière les barreaux discutaient, et elle parcourut la salle du regard pour trouver l'autre type, l'inconnu en trench. Il était assis à son propre bureau, dans l'angle de la pièce, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde.

Elle hésita entre l'insulter immédiatement et le laisser s'expliquer avant.

-Qu'est-ce que vous foutez là ?

Sherlock leva ses yeux gris froids et attentifs vers elle. Un dossier en cours était ouvert devant lui, et il était visiblement en train de le lire.

-Cette enquête est strictement confidentielle, siffla-t-elle en se penchant vers lui pour prendre les papiers.

-Je ne suis ni journaliste ni terroriste, dit-il calmement en se levant avec le dossier avant qu'elle ne parvienne à l'attraper. Je passais juste dans le coin, alors ne vous énervez pas.

Le ton dédaigneux de sa voix l'agaça.

-Je ne suis pas énervée, mais je risque de l'être si vous ne me rendez pas ce truc immédiatement. Et vous êtes qui, au juste ?

-Oh que si vous êtes énervée. Je dirais même hystérique.

Donovan écarquilla les yeux.

-Mais je vous emmerde ! cria-t-elle presque en prenant conscience qu'il était trop grand pour qu'elle puisse récupérer le dossier. Vous êtes qui, bordel ?

-Sherlock Holmes, enchanté. Je suis un ami du docteur Watson, son colocataire pour être plus précis.

Elle fronça les sourcils et le dévisagea. Il avait un air étrange, inhabituel, et pas seulement à cause de son visage anguleux et de ses yeux étonnants. Il se dégageait de lui quelque chose de mystérieux, de décalé.

-Pourquoi avez-vous pris ce dossier ? demanda-t-elle en s'efforçant de baisser la voix – il avait raison, bordel de merde, elle devenait hystérique.

Sherlock haussa les épaules.

-Je m'ennuyais. Vous permettez que je finisse ?

Donovan ne répondit pas, abasourdie, et il prit ça pour une autorisation. Il termina sa lecture, pencha légèrement la tête sur le côté et réfléchit rapidement.

-Est-ce que tous les enfants ont un alibi ?

-Pardon ?

-Les enfants de la victime, est-ce qu'ils ont tous un alibi ? Ce n'est pas précisé.

Elle se souvint de l'affaire – une vieille veuve assassinée le mois dernier, lors d'une réunion familiale, dont on avait toujours pas retrouvé le coupable. Ses trois enfants, entre trente et quarante cinq ans, étaient les seuls sur place lors du meurtre, mais tous avaient été innocentés. On envisageait quelqu'un de l'extérieur, peut-être un cambrioleur : la fenêtre était ouverte et il manquait des objets de valeur.

-Oui, ils étaient tous au salon en train de dîner. La victime était montée dans sa chambre pour aller chercher un gilet.

-Personne d'autre n'était sur place ?

-Non.

Sherlock hocha la tête, l'air pensif.

-Le coffre qu'on peut voir sur cette photo, ajouta-t-il en désignant une feuille du dossier, est-ce qu'il était vide ?

Elle s'approcha pour voir de quoi il parlait.

-Non, il y avait des bijoux.

-Seulement des bijoux ?

-Heu, oui.

Donovan ne savait même pas pourquoi elle l'écoutait.

-Personne n'achète un coffre aussi solide et grand pour stocker quelques boucles d'oreilles. Il devait y avoir de l'argent en liquide, beaucoup d'argent, d'une valeur plus importante que les objets qui ont été dérobés. L'ouverture se faisait grâce à une petite clef, et elle devait sûrement la garder en permanence avec elle – comme pendentif, par exemple.

Il reposa le dossier sur le bureau, tourna quelques pages et indiqua une autre photo.

-Vous voyez ces marques rouges sur son cou ?

Elle arqua un sourcil.

-Elle a été étranglée, ça semble plutôt clair.

Sherlock leva les yeux au ciel.

-Oui, je sais. Mais il y a d'autres marques, plus discrètes, sur les côtés. Vous les voyez ?

Elle prit la photo et plissa les yeux.

-…Oui, en effet. Je ne crois pas que le légiste l'ait mentionné dans son rapport.

-Alors virez cet incapable. La victime portait un collier avec la clef du coffre en pendentif, le coupable l'a tué puis lui a arraché pour voler l'argent. C'est un des enfants, sans aucun doute.

-Mais ils-

-Ils sont tous complices, coupa-t-il. Apparemment, leurs relations avec la victime étaient mauvaises mais ils s'entendaient tous très bien entre eux. Le plus jeune venait de se faire licencier et les autres ne roulaient pas sur l'or. Convoquez-les et parlez-leur du coffre, vous verrez.

Donovan sembla se souvenir qu'elle était en colère et reprit brusquement le dossier.

-Vous ne perdez rien à le faire, n'est-ce pas ? demanda-t-il doucement avec une pointe de suffisance.

Elle le foudroya du regard avant d'aller directement à la cellule où était enfermé le junkie. Le dossier sous le bras, elle déverrouilla la porte d'un geste maladroit et peu assuré. Elle avait eu une matinée horrible et maintenant ce type se permettait de donner son avis sur une affaire qui ne le concernait pas ? Non, c'était pire que ça – parce que sa démonstration tenait la route, parce qu'il avait peut-être raison alors qu'elle avait retourné le problème pendant un mois sans rien y comprendre.

-Foutez-le camp et ne revenez pas, siffla-t-elle en se tournant vers John.

-Merci d'avoir laissé sortir Kurt.

-Je ne fais qu'obéir au lieutenant Lestrade. Barrez-vous avant que je ne change d'avis.

John ne fit aucun commentaire et échangea un bref regard avec Sherlock. Donovan regarda partir les trois hommes et soupira en retournant s'asseoir à son bureau. Elle posa le dossier, l'ouvrit pour le relire brièvement et hésita un instant avant de noter, au stylo, de penser à convoquer les enfants de la victime. Sherlock lui avait tapé sur les nerfs, mais son professionnalisme l'empêchait de négliger une piste.

-Quel connard, ce type, murmura-t-elle pour elle-même.

Donovan soupira une dernière fois et reprit son rapport.


Comme Sherlock avait pris son bureau, John était assis à celui de Sarah, occupé à vérifier ses mails et à lire les dossiers des derniers patients. Il levait parfois les yeux pour observer Sherlock, concentré sur la lettre qu'il écrivait pour Mycroft. La main qui tenait le stylo hésitait parfois, raturait, et l'ex-junkie ne cessait de soupir de dépit. Se confier à John avait été simple, mais mettre ça par écrit était plus difficile.

Sherlock aurait aimé que son frère puisse le comprendre comme avant, quand ils étaient gamins.

-Je peux peut-être t'aider.

L'ex-junkie leva la tête.

-Je préfère faire ça seul, mais merci.

John hocha vaguement la tête.

-Donovan était furieuse quand on est parti, tout à l'heure. Tu as parlé avec elle ?

Sherlock reposa le stylo et repoussa le bloc-notes.

-Oui. Je n'avais rien à faire pendant que tu discutais avec ce type, alors j'ai fouillé un peu dans ses dossiers.

-Sérieusement ?

-Pourquoi je mentirais ? Bref, je lisais le compte-rendu d'une affaire non élucidée quand elle est arrivée et elle n'a pas vraiment apprécié. Je voulais d'abord trouver une excuse, mais mon cerveau a lié les données et j'ai trouvé une piste. Je lui ai expliqué, elle a commencé à se calmer, puis quand j'ai terminé elle s'est à nouveau énervée – elle est complètement hystérique, cette femme.

-Donovan a son caractère, admit-il en esquissant un sourire. C'était quoi, cette affaire ?

Sherlock haussa les épaules.

-Une veuve retrouvée morte, des enfants complices et un coffre dévalisé. Ça n'a pas d'importance. En fait, je lisais beaucoup de polars quand j'étais gosse et j'ai toujours aimé les enquêtes, dit-il après un silence. Apparemment, la drogue n'a pas endommagé mes capacités d'analyse.

-Et tu crois qu'elle t'a vraiment écouté ? Qu'elle va suivre la piste que tu lui as donnée ?

Sherlock arqua un sourcil.

-J'en sais rien, John. Tu pourras toujours appeler ton ami flic pour vérifier.

Le médecin acquiesça.

-J'y penserais. Ça te plairait de travailler dans ce domaine ? s'enquit-il.

-Pourquoi pas ?

-Comme flic ?

La grimace de l'ex-junkie le fit glousser.

-Sûrement pas.

-Et détective ?

Il y eut un bref silence, puis Sherlock haussa les épaules.

-Peut-être, dit-il d'un ton indifférent, mais la lueur dans le gris de ses yeux ne trompait pas le médecin.

Il reprit le stylo et revint à la lettre, ignorant le sourire satisfait de John.


Il faisait nuit quand ils rentrèrent à l'appartement. Sherlock ne cessait de penser à Carol, à la description du violeur qu'elle lui avait donné. John dut le comprendre puisqu'il soupira en retirant son blouson avant de se tourner vers lui.

-Au sujet du salopard, tu veux le faire seul ?

-Oui. Tu as toujours le Beretta ?

Le médecin hocha la tête par automatisme.

-Je n'ai toujours pas pensé à le donner à Greg. Tu sais t'en servir ?

Sherlock arqua un sourcil dédaigneux.

-Bien sûr. J'ai vécu trois ans dans la rue, tu imagines sérieusement que je n'ai jamais touché à un flingue ?

-Promets-moi que tu seras prudent, dit-il en tentant de cacher son inquiétude.

Sherlock le dévisagea brièvement avant de soupirer.

-Je sais me défendre.

-Ah oui ? Je ne pense pas que Sebastian Moran serait d'accord avec toi.

-John, je t'en prie, j'étais complètement défoncé. Je suis clean, maintenant.

Le médecin allait protester quand Sherlock prit son bras et encra ses yeux dans les siens, presque suppliant.

-Fais-moi confiance, juste une fois.

-Je te fais déjà confiance, rappela-t-il en soutenant son regard. Mais c'est risqué, et je ne veux pas retourner à la morgue pour…

Sa voix se brisa et l'ex-junkie se maudit intérieurement. Le souvenir du corps froid d'Ida sur le plateau était encore vif, il aurait dû y penser avant. Il soupira légèrement et lâcha son bras pour l'enlacer. John agrippa son pull et ferma les yeux contre son cou, inspirant son odeur familière. Un silence passa, puis Sherlock le repoussa doucement et colla son front au sien, ses yeux gris rivés aux siens. Sa voix était rauque et basse quand il parla.

-Je te promets que je serais prudent.

John hésita un bref instant.

-D'accord, dit-il faiblement. Mais tu prends mon portable et tu m'appelles s'il y a le moindre problème.

Sherlock recula et acquiesça.

-Je vais me coucher, ajouta John.

-Il faut que je réfléchisse à l'endroit j'ai pu croiser le salopard avant – l'art de la mémoire, souviens-toi.

La remarque arracha un sourire au médecin.

-Pas de truelle, tu es sûr ?

Sherlock leva les yeux au ciel.

-Bon sang, je ne vais pas construire un mur dans ton salon.

John gloussa et s'éloigna dans le couloir. L'ex-junkie apprécia un instant le silence, puis il ouvrit une fenêtre le temps de fumer une clope et remonta les manches de son pull. Sherlock n'avait pas la moindre idée de l'état du lieu après trois ans sans entretien, mais il allait sans doute devoir faire du rangement. Il s'allongea dans le canapé, ferma les yeux et inspira profondément. Allons-y.


Note :

Le prochain chapitre sera posté en avance d'ici vendredi puis il faudra attendre le 13 novembre.