JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Mes Chéri(e)s, je suis navrée pour cette absence et mon presque éternel retard pour les réponses aux reviews – et quelles reviews, bordel de merde. Merci encore à tout le monde.
On reprend avec la lettre de Sherlock à son frère adoré.
Chapitre 32
Mycroft,
Sache que je ne me drogue plus. Il me semble que commencer cette foutue lettre par une nouvelle appréciable est une bonne chose. Je peux ainsi espérer retenir ton attention jusqu'aux dernières lignes.
Tu dois te demander pourquoi je fais ça. Je crois que j'ai passé assez de temps à fuir pour te dire que ça ne donne rien, que ça ne change rien. Essayons autre chose, Mycroft. D'abord, ne dis rien aux parents. Absolument rien. Je ne les hais même plus, ils sont comme des inconnus pour moi. Et ce que j'ai à te dire est trop personnel pour être partagé avec des inconnus. Je t'en veux encore. As-tu un jour compris à quel point j'étais en colère contre toi ? J'ai l'impression que non. Tu m'as abandonné, Mycroft. Tu m'as trahi.
Tu m'as laissé derrière-toi et n'espère pas une seule seconde que je vais te pardonner ça. Mais j'ai moi-même des choses à me faire pardonner, je te l'accorde. Mes expériences autodestructrices étaient futiles et idiotes. Je le regrette. Sincèrement. J'ai presque honte quand j'y pense. Les cicatrices qu'il me reste m'y aident beaucoup.
Et John qui croyait que je les tenais de la rue. Comme si moi, je ne savais pas me défendre – bien sûr, il y en a quelques unes, néanmoins la plupart date d'avant la drogue. Je ne pensais pas être capable d'écrire ça aussi simplement. C'est sans doute pour ça que je ne voulais pas te parler, finalement. C'est plus facile comme ça. Excuse mes faiblesses.
Je voudrais que tu oublies l'idée d'interférer dans ma vie, aussi. J'ai presque trente ans, merde. Laisse John tranquille. Il ne me blessera pas, tu n'as pas à t'inquiéter – si tu t'inquiètes réellement. Je vais vivre avec lui pendant un moment, je pense. Si tu veux ton portefeuille, viens-le chercher.
Il se peut que j'aie vidé ton compte. Je ne vais pas m'excuser, tu ne l'as pas bloqué. Tu es toujours un crétin, My. C'est rassurant. Je me demande ce que tu as fait pendant trois ans. Tu me le diras sans doute, je sais que tu vas me répondre, tu es trop fier. Enfin, je suis désolé d'être parti comme ça à Noël. Comprends-moi. J'étais terrifié. Je pensais que je t'avais tué, Mycroft. Vraiment. Je ne savais pas quoi faire, alors j'ai fait ce que font toujours les lâches égoïstes dans mon genre : j'ai fui. Pardonne-moi.
Ça n'a pas été trois années faciles. Je ne vais pas me plaindre, parce que je l'ai voulu, mais savoir que tu payais ces types pour me suivre m'a maintenu en vie. C'est bizarre, non ? Je me disais qu'au moins tu te souciais un minimum de moi. Dis-moi que c'était le cas. Dis-moi que ça l'est toujours. Bon sang, tu es mon grand frère, tu n'es pas censé me protéger ou je ne sais quelle connerie du genre ?
Si tu ne m'avais pas abandonné, rien de tout ça ne serait arrivé. C'est ta faute. Ta faute si j'ai essayé de me détruire, ta faute si je me suis drogué.
Je t'en prie, pardonne-moi. Pardonne-moi. Je suis désolé pour tout.
Sherlock
Sherlock reposa le stylo et plia vivement la lettre en trois. Il savait que s'il la relisait, il risquait de la déchirer en morceaux et de recommencer. Mais il fallait qu'il le fasse, qu'il aille de l'avant. Il trouva une enveloppe et un timbre dans un meuble du salon, nota soigneusement l'adresse de son frère en espérant qu'il n'avait pas déménagé et inscrivit celle de John au dos.
Son café était froid et il grimaça en le terminant. Sherlock posa la tasse dans l'évier, glissa la lettre dans la poche de son trench et alluma une cigarette en traversant le couloir. Il la fuma rapidement à la fenêtre de la chambre et écrasa le mégot dans l'assiette creuse qui reposait sur le rebord. La vieille, il avait récupéré une chemise à sa taille et un jean noir au centre, prenant conscience en essayant les vêtements qu'il avait pris un peu de poids. Pas grand-chose, mais ses côtes étaient moins visibles sous sa peau et il avait perdu son air maladif.
John était ravi et Sherlock avait vaguement songé à acheter quelques fringues. Il retira le t-shirt et s'habilla, passant rapidement par la salle de bains avant de fermer la porte de l'appartement derrière-lui, son trench sous le bras et le Beretta 9 glissé à sa ceinture. Le poids de l'arme contre sa hanche avait quelque chose de rassurant.
Sherlock connaissait un informateur, un type maigre et discret, qui logeait dans un studio près d'un magasin d'alcool. Il ne l'avait rencontré qu'une seule fois, au début, quand il avait pris conscience qu'il était suivi presque partout où il allait. Doug avait été incapable de remonter jusqu'à Mycroft, mais les quelques rumeurs qu'il avait entendu avaient été relativement utiles.
Sherlock ne perdait rien à essayer, de toute façon. Il prit le métro, retrouva le chemin plus facilement qu'il ne l'aurait cru et évita de regarder les junkies assis sur le trottoir, juste devant le studio. Il faillit néanmoins heurter l'un d'eux et soupira en se disant que lui aussi, il avait été un drogué déshumanisé et pitoyable. Ça lui semblait terriblement loin, maintenant, et pourtant ça ne faisait même pas une semaine qu'il était clean.
Il frappa à la porte et attendit.
-C'est pour quoi ?
Doug le regardait, méfiant. Il était vêtu d'un survêtement sale et usé et d'un sweat trop grand.
-Je suis venu te voir, une fois, mais tu ne t'en souviens sans doute pas. Je cherche quelqu'un, tu devrais pouvoir m'aider. Je peux payer, ajouta-t-il.
Comme prévu, Doug le laissa entrer. Le studio sentait la cigarette et la pisse de chat.
-Je t'écoute, marmonna l'informateur.
-Le type s'appelle Alex. C'est un dealer, il fait à peu près ma taille, il est brun avec des cheveux longs et a une vingtaine d'années. Il a une cicatrice en forme d'étoile sous l'œil droit.
Doug acquiesça et sembla réfléchir un instant.
-Je crois que je le connais. Il raconte à tout le monde qu'il a pris une balle – d'où il tient sa cicatrice, je veux dire – mais c'est des conneries. Personne peut survivre à ça.
Sherlock l'écouta à peine.
-Tu sais où je peux le trouver ?
L'informateur laissa passer un silence, arrachant un soupir à l'ex-junkie. Il tira le portefeuille de son frère de la poche de son trench, en sortit un billet de cent livres et lui donna.
-Il est souvent du côté de l'Avenue aux putes. Va voir le premier immeuble, celui avec la façade blanche et les impacts de balles, et demande à voir la dominatrice. Elle saura où il est, elle connaît son patron.
-Son patron ? répéta-t-il.
Doug hésita le temps que Sherlock lui tende un autre billet.
-Alex bosse pas pour son propre compte. Je sais pas grand-chose sur lui, mais c'est pas un minable. Il y a des rumeurs qui courent, ajouta-t-il en voyant la perplexité de l'ex-junkie. On dit que c'est un genre d'homme d'affaires, un type que tu peux aller voir si tu veux te débarrasser de quelqu'un. On parle pas beaucoup de lui mais tout le monde le connaît.
Sherlock hocha la tête et rangea le portefeuille, ignorant le soupir déçu de Doug.
-Son nom ? s'enquit-il.
-Moriarty.
D'un geste lent et assuré, Irène Adler fit glisser la mine charbonneuse sous son œil. Elle reposa un instant le crayon sur le bord du lavabo, examina son reflet dans le miroir poussiéreux et sourit légèrement avant de retoucher son fard à paupières. Son dernier client lui avait fait remarquer que cette couleur, un bleu menthe très vif, donnait quelque chose d'irréel et étrange à son regard.
Elle s'était d'abord dit que c'était idiotement poétique.
Puis qu'après tout, elle s'en fichait, et elle avait recompté les billets avant de les ranger dans son sac à main. Ce n'était qu'une manière un peu ringarde de lui dire qu'elle était belle. Et Irène avait beau le savoir depuis longtemps, elle aimait qu'on lui dise. Elle reprit le crayon et termina de se préparer, se demandant si Moriarty accepterait de lui offrir une nouvelle identité si elle parvenait à extorquer quelques informations à un de ses concurrents.
Irène avait envie de changer de pays, le temps d'un an ou deux. Peut-être dans le sud de l'Europe, pour profiter du soleil et de la plage. La grisaille de Londres commençait à la fatiguer, mais elle savait qu'elle ne pourrait pas quitter la capitale sans son aide. Elle avait trop d'ennemis qui n'attendait que ça, qu'elle baisse sa garde et sorte de la rue. Et bien sûr, Moriarty ne faisait rien gratuitement.
Irène se surprit à sourire en pensant à lui. Elle avait toujours eu un faible pour les hommes de pouvoir, et Jim – il détestait quand elle l'appelait par son prénom, mais qu'importe – n'avait qu'à ouvrir la bouche pour que la ville se taise.
-Irène ?
La dominatrice ne tourna vers la jeune femme blonde dans l'ouverture la porte.
-Oui, Kate ?
-Un homme est ici. Je le laisse entrer ?
-Un client ? s'enquit-elle en haussant un sourcil.
-Non, il dit qu'il cherche quelqu'un que vous connaissez.
-Je m'en occupe.
Irène se leva, enfila son peignoir en soie par-dessus ses sous-vêtements et noua ses longs cheveux noirs en un chignon faussement négligé. Elle inspecta à nouveau son reflet. Sa silhouette harmonieuse, dont les formes parfaites étaient à peine dissimulées par le fin tissu vert émeraude. Son visage aux traits presque sévères, la courbe de ses lèvres et la couleur délavée de ses yeux, et ce sourire, aussi provocateur et que séducteur, qui avait mis des hommes et des femmes à genoux en un instant.
La dominatrice enfila ses escarpins et descendit les escaliers, le bruit de ses talons claquant sur le carrelage.
Sherlock patientait en silence, assis dans un fauteuil, les jambes croisées et les mains posées sur les accoudoirs. Il n'avait pas retiré son trench, se servant d'un pan de son manteau pour dissimuler le Beretta posé contre sa cuisse. Le salon où il se trouvait était presque vide, à peine meublé, et la lumière qui filtrait des fenêtres sales aux carreaux cassés était faible et froide.
Ça semblait désert, aussi. D'après ce que lui avait dit Doug, Sherlock s'était attendu à un bordel, mais il ne semblait y avoir que la femme qui l'avait fait entrer et cette dominatrice. L'immeuble comptait pourtant une dizaine d'étages. Peut-être que la propriétaire louait des chambres à d'autres prostituées – en fait, Sherlock s'en foutait, mais ce silence lui mettait les nefs à vif.
Il n'avait pas la moindre idée de ce qu'il allait faire si cette femme refusait de lui dire où était Alex. Il n'avait pas envie d'utiliser le flingue, il préférait garder ça pour le salopard. Et il ne voulait pas penser à ce que John dirait s'il frappait une femme. L'ex-junkie soupira, passa une main dans ses boucles brunes et alluma une cigarette. Il fumait distraitement en regardant le plafond quand Irène entra.
-Bonjour, dit-elle d'une voix langoureuse. Je peux vous aider ?
Sherlock se tourna vers elle, s'attendant à trouver une vieille pute trop maquillée. Il arqua un sourcil en la voyant. Elle était jeune, étrangement élégante dans son peignoir en soie et le sourire qui flottait sur ses lèvres illuminait son visage. Elle fit quelques pas, faisant claquer ses talons sur le carrelage, et s'arrêta face à lui. Sherlock se considérait depuis longtemps comme asexué, mais Irène était incontestablement sublime.
-Miss Adler, je présume, dit-il lentement.
Il n'aimait pas son regard. C'était comme si elle cherchait à lire en lui, à trouver ses failles.
-Appelez-moi Irène, je vous en prie. Et vous ?
-Peu importe. Je cherche un homme, on m'a dit que vous pouviez m'aider.
La dominatrice haussa un sourcil suggestif et l'ex-junkie leva les yeux au ciel.
-Pas pour ça. C'est un dealer, il travaille pour un certain Moriarty. Il parait que vous le connaissez.
Le sourire de la femme vacilla légèrement au nom, mais elle se reprit rapidement. Elle se pencha vivement vers lui et posa une main aux ongles rouges sur sa cuisse, juste à côté du Beretta. Sherlock lui attrapa aussitôt le poignet et encra ses yeux dans les siens. Il y eut un silence tendu, un silence interminable qui alourdissait l'air entre eux.
-Que voulez-vous à ce dealer ? murmura-t-elle.
-J'hésite encore entre lui casser la gueule et le tuer, répliqua-t-il froidement.
Irène ne souriait plus. Sherlock serra plus fort son poignet et elle grimaça.
-Lâchez-moi.
Il le fit et elle recula, trop fière néanmoins pour masser son poignet endolori. La dominatrice s'assit dans le fauteuil face au sien, croisant les jambes en prenant soin de remonter les pans de son peignoir en soie jusqu'à mi-cuisses. Elle fut vexée que ses yeux gris restent rivés aux siens, que son visage anguleux soit totalement indifférent à sa beauté. C'était la première fois qu'un homme se montrait insensible à ses charmes.
Le pire était qu'il lui plaisait bien, ce jeune homme mystérieux à la voix grave et aux pommettes aiguës.
-Je peux savoir ce que ce type vous a fait ? tenta-t-elle.
-Non.
-Je ne vous dirais rien, dans ce cas.
Irène se sentait puérile. Néanmoins, ça fonctionna et Sherlock arqua un sourcil dédaigneux avant de s'expliquer – bon sang qu'il est sexy, nota-t-elle.
-Ce salopard a violé une amie.
-Regrettable.
-Il s'appelle Alex, il est brun, assez jeune et a une cicatrice en forme d'étoile sous l'œil droit.
Irène hocha lentement la tête.
-Je vois. Ça ne m'étonne pas, c'est un sale type. Il travaille effectivement pour Moriarty mais je n'ai pas la moindre idée d'où il se trouve en ce moment.
Sherlock marmonna un merde en voyant qu'elle était sincère.
-Et ce Moriarty ?
-Je vous le déconseille, dit-elle, et il y avait une note étrange dans sa voix.
-Je ne vous ai pas demandé votre avis. Dîtes-moi où le trouver.
-Non.
Il la dévisagea un instant, puis détourna le regard et se leva, glissant le Beretta contre sa hanche.
-J'ai de l'argent, dit-il sans trop y croire.
Irène sourit comme si c'était la chose la plus ridicule qu'elle n'avait jamais entendue.
-Je ne suis pas intéressée.
-Par quoi êtes-vous intéressée, alors ?
Irène fut surprise par la question. Sherlock semblait déterminé à trouver Moriarty – et elle savait qu'il serait très en colère s'il y parvenait à cause d'elle, et c'était le genre d'homme qu'il valait mieux éviter de contrarier.
-Rien que vous puissiez m'offrir, dit-elle lentement.
Sherlock arqua un sourcil. Il songea à la menacer avec le Beretta mais oublia très vite cette idée. La femme semblait trop fière pour céder.
-Je vois, commença-t-il sans savoir où il allait. Vous ne perdez rien à me le dire, n'est-ce pas ?
Elle esquissa un sourire.
-Je n'y gagne rien non plus.
-Non, mais je ne crois pas que vous ayez besoin de grand-chose.
Irène soupira sans répondre. Sherlock s'approcha lentement, se pencha vers elle et posa ses mains sur les accoudoirs du fauteuil. Son visage était si proche du sien qu'elle pouvait sentir son souffle tiède, l'odeur de tabac froid qui se dégageait de lui. Un pan de son trench effleura sa jambe nue et elle frissonna.
Ses yeux ne quittaient pas les siens.
-Dîtes-le moi, murmura-t-il d'une voix rauque.
Ses lèvres étaient trop près des siennes. Elle pouvait presque goûter à ses mots. Si elle bougeait, ne serait-ce qu'un peu, elle pourrait l'embrasser. Mais elle ne céderait pas. Jamais.
-Non, souffla-t-elle.
Sherlock sourit légèrement et elle craqua.
-Reichenbach Road, l'entrepôt abandonné, juste à côté du terrain vague.
Irène voulut l'embrasser mais il recula brusquement, un air insolent de triomphe sur son visage anguleux.
-Merci beaucoup, Irène. Bonne journée.
Sherlock partit sans un mot de plus, et quand elle parvint à réaliser ce qui venait de se produire, il était déjà sorti dans la rue. Irène se leva, cligna des yeux et soupira. Que ce type réussisse ou non à venger son amie, elle était foutue.
-Kate, il faut quitter la ville au plus vite, cria-t-elle en commençant à penser à ce qu'elle allait emporter.
Note :
Cruelle, yep. Et n'hésitez pas à m'incendier au sujet d'Irène, je ne maîtrise absolument pas ce personnage. Juste une tentative pour Ruize.
