JUNKIE

Rating : T pour drogues et violence.

Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.

Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.

Encore merci à tout le monde. The Ice Cat : oui, Sherlock a posté sa lettre, entre le moment où il est sorti de l'appart et celui où il est allé voir l'informateur. K.Y.T : ouais, j'ai effectivement bossé sur l'histoire, le rôle des personnages, etc. Tout à fait d'accord pour la relation entre John et Sherlock, tu décris ça très bien. Puis merci, parce que vraiment, des compliments comme les tiens, ça fait un immense plaisir. Ryokushokumaru : tu es ange, ma chérie.


Chapitre 33


Sherlock courrait presque quand il atteignit Reichenbach Road. Il s'arrêta à hauteur du terrain vague, s'appuya contre le grillage le temps de reprendre son souffle et alluma sa dernière clope. Il tira quelques bouffées de tabac, parcourant du regard la rue presque déserte jusqu'à l'entrepôt. Personne n'attendait devant et, à travers les fenêtres aux carreaux brisés, il ne discernait aucun mouvement à l'intérieur.

Mais il savait que les apparences étaient souvent trompeuses – toujours, quand il s'agissait de la rue.

Sherlock recracha un peu de fumée et éteignit sa cigarette, gardant la moitié intacte pour plus tard, puis sa main retrouva le Beretta. La crosse de l'arme était lourde et froide entre ses doigts. Avoir l'air nonchalant ne lui fut pas difficile alors qu'il avançait vers l'entrepôt. L'adrénaline courrait dans ses veines, et pourtant il ne s'était jamais senti aussi calme et confiant.

La double porte n'était pas complètement fermée et il se glissa dans l'ouverture. L'endroit était trop sombre pour qu'il puisse réellement voir s'il y avait quelqu'un. Sherlock cligna des yeux, retint son souffle et fit quelques pas à l'intérieur. Quelque chose vint brusquement heurter sa joue et il se jeta au sol, roulant sur le côté pour filer un coup de pied au type.

-Putain de merde, lâcha une voix.

Le mec trébucha et recula, jurant toujours entre ses dents, et Sherlock se redressa vivement pour lui coller le canon du Beretta dans les côtes.

-Où est Moriarty ? siffla-t-il.

Le type lui sourit largement en regardant par-dessus son épaule et l'ex-junkie se demanda s'il devait tirer. Il enfonça un peu plus l'arme, arrachant un gémissement de douleur au type.

-Lâche-le.

Sherlock arqua un sourcil. Derrière-lui, le clic sinistre d'un flingue qu'on arme.

-Lâche-le ou je te tue, reprit-t-il.

Sherlock soupira et recula prudemment, baissant le Beretta en se retournant vers Sebastian Moran. Il était vêtu d'un blouson en cuir brun et d'un jean tâché – du sang séché, peut-être. Il souriait, amusé par la situation. Le serpent dans son cou semblait dormir, assombri par le manque de lumière.

-Encore toi, junkie ?

Sherlock ne se fatigua pas à répondre. Le Magnum de Seb était braqué sur lui, visant un point entre ses yeux, et Sherlock s'y connaissait suffisamment en arme pour savoir que celle-ci pouvait faire très mal.

-Pose ton flingue sur le sol, siffla l'ex-taulard.

Il s'exécuta sans protester et Seb avança vers lui, repoussant le Beretta d'un coup de pied. Le canon du Magnum était à un souffle de son front, maintenant. Sherlock fut surpris par sa propre capacité à garder son calme.

-Je présume que tu travailles pour ce Moriarty.

Seb amorça un sourire.

-Tu présumes bien, junkie. Combien de points de suture, déjà ?

Sherlock haussa les épaules.

-Je ne sais pas, à toi de me le dire. Et ne m'appelle plus junkie.

Seb le considéra un instant, méfiant, puis sourit plus encore en comprenant.

-Ce doc t'a vraiment fait arrêté, alors. Mes félicitations. T'es clean depuis combien de temps ?

-Une semaine, répondit-il en sachant ce qui allait suivre.

-Bien. N'y vois rien de personnel, mec, mais je vais devoir te tuer.

Sherlock sourit. Prévisible.


Sebastian Moran aurait dû se douter de quelque chose. C'était toujours quand il lui semblait qu'il avait la situation en main que son patron venait tout foutre en l'air.

-Seb, ne le descend pas tout de suite, appela Moriarty d'une voix suave.

L'ex-taulard soupira bruyamment et, sans lâcher Sherlock des yeux, répondit.

-Pourquoi ?

Il l'entendit glousser derrière-lui. C'était le Moriarty des bons jours, le moins effrayant, le plus gérable, mais aussi celui qui lui tapait le plus sur les nerfs.

-Nous n'avons même pas fait connaissance, justifia-t-il.

Seb se retint de lever les yeux au ciel. Face à lui, Sherlock fronçait les sourcils.

-Allez, baisse ce flingue et va faire chauffer de l'eau pour le thé.

-Bien, patron, concéda-t-il en s'exécutant. J'y vais.

L'ex-junkie avait l'air complètement ahuri. Seb ne pouvait que le comprendre, lui-même avait mis des mois avant de s'habituer à l'excentricité joyeuse de Moriarty.

-T'as de la chance, mec, glissa-t-il.

Sherlock le regarda s'éloigner, constata que le type qui l'avait frappé quand il était entré avait disparu et se tourna vers Moriarty. Il devait avoir à peu près son âge mais les traits de son visage avaient quelque chose d'enfantin, impression renforcée par son sourire teinté d'une joie sincère et presque candide. Il était vêtu d'une chemise impeccablement coupée au col entrouvert et d'un pantalon de costard noir.

Ses vêtements étaient légèrement froissés, datant sans doute de la veille, mais ça n'atténuait en rien son allure impérieuse et terriblement supérieure.

-Rappelle-moi ton nom, susurra-t-il d'une voix doucereuse.

L'ex-junkie se méfia. Quelque ne lui plaisait pas chez ce type, quelque chose de froid et venimeux malgré son apparence.

-Sherlock Holmes.

Moriarty hocha la tête et répéta lentement le nom, remuant les lèvres comme pour en apprécier la sonorité. Il semblait étrangement lointain, un peu ailleurs. Sherlock se souvint des paroles de Doug et comme Irène le craignait. Il jeta un bref coup d'œil en direction du Beretta, mais l'arme était trop loin et il se doutait que Moriarty n'allait pas le laisser faire.

-Je suppose qu'il est inutile de me présenter, Sherlock, reprit-il avec une bonne humeur incongrue.

Bon sang, il était entré ici armé, Seb avait faillit le tuer, et voilà que ce type apparemment dangereux le traitait comme un invité.

-Oui. Je cherche un de vos hommes.

-Vraiment ?

-Alex. C'est un dealer et-

-Viens, prenons d'abord le thé, et je verrais ensuite si je peux t'aider, offrit-il en tournant les talons.

Sherlock songea à récupérer le Beretta et sursauta quand la voix suave de Moriarty résonna à nouveau dans l'entrepôt.

-N'y pense même pas, chéri.

Il y avait une note de menace, cette fois, et Sherlock soupira avant de le rejoindre.


Seb avait toujours préféré le whisky au thé, alors il se servit un verre en attendant que l'eau se mette à bouillir. La petite cuisine était sale et à peine éclairée par une ampoule nue qui pendait au plafond. Elle ne servait qu'à stocker la nourriture et à préparer les repas. Seb jeta un coup d'œil à son reflet dans la vitre du four, arrangeant rapidement ses cheveux bruns et soupira avant de boire une gorgée de whisky.

Il avait son propre appartement un peu plus loin, mais ces derniers temps il n'y passait que pour prendre une douche et se changer. Moriarty bossait avec un réseau de trafiquants, une affaire dangereuse qui pourrait lui rapporter des millions de livres, et même s'il avait précisé qu'il n'avait pas besoin de Seb, lui n'aimait pas le laisser seul. Son patron avait trop d'ennemis, et Seb n'avait pas envie de le retrouver mort en revenant à l'entrepôt après une sieste chez lui.

Bon, Moriarty avait d'autres hommes de main, mais l'ex-taulard ne leur faisait pas confiance.

Si bien qu'aujourd'hui, alors que Sherlock approchait de l'entrepôt, Seb dormait sur un matelas jeté au sol près du bureau de son patron. Il n'avait pas le sommeil particulièrement léger, mais les bruits inhabituels le réveillaient immanquablement – même si ce n'était qu'un bruit de pas, parce qu'il savait reconnaître celui de Moriarty.

Le type qui restait près de la porte était intervenu le premier, il l'avait entendu aussi, mais Seb avait préféré voir par lui-même qui était l'abruti inconscient qui osait pénétrer l'entrepôt. Il ne s'attendait pas du tout à trouver Sherlock, et comme l'ex-junkie n'était d'aucune utilité, il s'était dit qu'il allait le tuer, tout simplement, mais voilà, Moriarty était un emmerdeur. Seb se demanda pourquoi il tenait à faire connaissance. Son patron était de nature curieuse, bien sûr, encore plus dans les bons jours, mais Seb ne pouvait pas s'empêcher d'être un peu jaloux.

Lui qui, depuis des années, faisait de son mieux pour rester intéressant aux yeux de son patron, était en train de se faire baiser par un type sorti de nulle part.


Le bureau était immense, rendu encore plus grand par le manque de meubles – seulement deux fauteuils disposés autour d'une table basse, un canapé dans un coin, deux armoires en fer et une bibliothèque qui couvrait tout un pan de mur. La rangée de fenêtres aux vitres brisées jetait une lumière froide et terne dans la pièce, rappelant celle de la morgue. Une odeur de tabac froid, d'alcool et de poudre flottait dans l'air.

-Assieds-toi, je t'en prie, dit Moriarty d'une voix toujours aussi enjôleuse, comme s'il offrait une mallette remplie de billets et non un simple siège.

Le sentiment de malaise de Sherlock menaça de s'accroître mais il reprit son assurance en se disant qu'il n'avait rien à perdre. Il ne voulait pas faire de mal à John ni décevoir Carol, mais il savait que chercher le salopard était risqué, et au moins il aurait essayé – tant pis si l'idée de ne jamais revoir John l'horrifiait, un peu d'esprit de sacrifice ne pouvait pas lui faire de mal. Il sourit en y songeant. Il n'était décidément plus le même.

Sherlock s'assit dans le fauteuil le plus près de la porte et Moriarty prit place dans l'autre.

-Comment m'as-tu trouvé, chéri ?

-Par un informateur.

Le criminel sourit.

-Vraiment ?

-Oui, mentit-il sans trop savoir pourquoi.

Bizarrement, il avait l'impression que Moriarty n'apprécierait pas qu'Irène ait craché le morceau. Même si Sherlock avait conscient d'avoir été vicieux avec elle, il ne lui voulait aucun mal.

-Intéressant. Les informateurs ne connaissent pas cette adresse, sauf un ou deux, et si je me souviens bien ils sont morts, reprit-il sur le ton de la conversation banale. Comment as-tu fait pour faire céder cette chère Irène ?

L'ex-junkie soupira sans répondre.

-Laisse-moi deviner, chéri, ajouta-t-il avec un haussement de sourcil suggestif.

-Ce n'est pas ce que vous croyez, contredit-il froidement.

-Cette petite gourde a craqué pour tes pommettes, n'est-ce pas ?

-Je ne sais pas.

-Je dois avouer que tu as un certain charme, continua-t-il. Un peu trop négligé pour moi, cependant.

Sherlock songea vaguement à s'enfuir.

-Je ne suis pas venu pour vous, rappela-t-il. Je cherche un de vos hommes, Alex.

-Seb ne te porte pas dans son cœur.

-Quoi ?

-Ce petit séjour en cellule l'a rendu amer, précisa-t-il. Merci pour ça, d'ailleurs, j'étais été obligé d'aller le chercher moi-même.

Moriarty croisa les jambes et attendit la réaction de Sherlock.

-Oh, c'était vous, le soi-disant avocat.

-Tout à fait, chéri. J'adore qu'on m'appelle maître, minauda-t-il.

Sherlock grimaça légèrement.

-Bon, écoutez, je n'ai pas toute la journée devant moi et je ne suis pas venu pour bavarder, alors si vous pouviez-

-Dis-moi, Sherlock, depuis combien de temps as-tu arrêté la drogue ? coupa-t-il brusquement.

L'ex-junkie haussa les épaules, de plus en plus agacé, et s'apprêtait à reprendre en ignorant sa question quand il perçut le changement d'humeur de Moriarty. Son sourire ressemblait plus à un rictus et toute trace d'enthousiasme et de malice avait disparu de son visage. Ses yeux froids brûlaient.

-Une semaine, répondit-il prudemment.

Moriarty arqua un sourcil.

-Si peu de temps ? Je suis impressionné. En fait, on croirait que tu n'as jamais touché à une seringue de ta vie.

Sherlock laissa passer un silence.

-Vraiment ?

-Oui. C'est ce qui m'intrigue, vois-tu.

Sa voix avait baissé d'un ton, comme un murmure, une confidence. Il affichait un air grave, et Sherlock n'aimait pas ça du tout.

-Tu es intelligent, Sherlock. Je le sens, je le sais. Lucide, aussi. Tu ne ressembles pas à un junkie, ni même à ex-junkie. Tu me ressembles.

La température avait brusquement chuté.

-Je ne comprends pas, avança-t-il.

-Bien sûr que si, tu comprends. Tu ne veux pas l'admettre, c'est tout.

Moriarty paraissait ennuyé par l'idée. Il s'enfonça dans son fauteuil et posa ses mains sur les accoudoirs, tapotant le cuir du bout des doigts.

-J'ai fait quelques recherches sur toi, Sherlock. Tu semblais si sombre, si tourmenté, si prompt à passer du côté obscur. De mon côté. Je voulais t'embaucher. Te faire entrer dans les affaires. Mais ce médecin, cet idiot de médecin si banal, il t'a fait briller. Il a chassé tes ténèbres. Regarde-toi, chéri, tu illumines !

Il grinça des dents, comme dégoûté, et reprit avec autant de ferveur.

-J'ai été déçu. Tu m'as déçu. Tu es du côté des anges, maintenant.

Moriarty renifla et détourna le regard, soudain perdu dans la contemplation du mur nu et fissuré.

-Je ne sais pas ce que je vais faire de toi. Je devrais peut-être laisser Seb te tuer. Je ne sais pas.

Sherlock le dévisagea un instant et se détendit enfin en comprenant. Il n'était sûr de rien mais il fallait qu'il essaie.

-Je suis désolé, commença-t-il en s'efforçant de paraître sincère. Je ne voulais pas te décevoir, je t'assure. Mais je suis sûr que je peux me faire pardonner.

Moriarty laissa passer un silence, puis il se tourna à nouveau vers Sherlock et l'ex-junkie sut qu'il avait son attention.

-J'aurais aimé être de ton côté, vraiment, mais c'est trop tard maintenant. Sauf qu'il reste une option. Tu le sais, n'est-ce pas ?

Un haussement de sourcil intrigué lui répondit.

-Si je suis contre toi, est-ce que ça ne rend pas les choses plus intéressantes ?

Moriarty amorça un sourire.

-On pourra voir lequel de nous est le plus intelligent. Lequel de nous est le meilleur joueur.

-Hm, ça me semble convenable. Mais tu vas perdre, Sherlock.

L'ex-junkie arqua un sourcil.

-N'en sois pas si sûr.

-Voyons, chéri, tu es du côté des anges.

-Oui. Mais ne crois pas une seule seconde que je suis l'un d'entre eux, répliqua-t-il lentement en encrant ses yeux dans les siens.

Il y eut un silence interminable, puis Moriarty sourit largement et se redressa dans son fauteuil.

-Parfait, Sherlock. Parfait.

L'ex-junkie acquiesça sans rien dire. Le sentiment de malaise était définitivement de retour.


Note :

J'ai été gentille, nan ?