JUNKIE
Rating : T pour drogues et violence.
Ceci est un UA situé à Londres, de nos jours. Présence de OC mineurs. Aucun spoil.
Je rappelle que la consommation, la détention et le trafic de stupéfiants est illégal et dangereux, etc.
Encore un immense merci à tout le monde. Vous flattez dangereusement mon égo.
Chapitre 34
Seb posa le plateau sur la table basse et recula dans un coin de la pièce, sur le canapé, avec sa bouteille de whisky. De là, il pouvait parfaitement les entendre et éventuellement descendre le connard d'ex-junkie d'une balle dans la tête. Son Magnum reposait sur le cuir, à sa droite, patient.
-Seb ? appela le patron en remuant une petite cuillère dans sa tasse de thé, l'air pensif.
-Oui.
-Est-ce qu'Alex est dans le coin, en ce moment ?
Seb le regarda sans comprendre.
-Alex, avec la cicatrice en forme d'étoile, précisa Sherlock.
L'ex-taulard lui jeta un regard noir, se demandant pourquoi il se permettait d'entrer dans la conversation – et pourquoi son patron ne disait rien.
-Non, il doit être en train de bosser du côté de l'Avenue aux camés.
-Appelle-le et dis-lui de venir au plus vite.
-Ici ?
-Oui. Maintenant, s'il te plait, ordonna-t-il en levant sa tasse.
Moriarty but une gorgée de thé sans quitter Seb du regard. L'ex-taulard soupira, prit sa bouteille de whisky et obéit, disparaissant dans le couloir en pestant entre ses dents. Sherlock se détendit légèrement quand il partit.
-Alors, comment comptes-tu faire ? demanda la voix doucereuse.
Sherlock se tourna vers lui.
-Pour être contre toi ?
-Oui.
Il prit le temps de boire une gorgée de thé avant de répondre, les jambes croisées et sa tasse posée l'accoudoir du fauteuil.
-Je ne sais pas encore. Dans quel genre d'affaires es-tu, à part le trafic de drogues ?
Sherlock n'aimait pas tutoyer ce type, il avait l'impression de réduire la distance qu'il aurait souhaitée entre eux, mais revenir au vouvoiement aurait été louche.
-Oh, un peu de tout, répondit-il évasivement. J'achète, je revends, je vole, je tue, je propose mes services.
-Comme un consultant ?
Moriarty esquissa un sourire satisfait.
-Exactement. Criminel consultant, c'est mon titre. J'ai un réseau à Londres, et dans toute l'Europe.
Il gloussa avant d'ajouter :
-J'aspire à devenir une multinationale.
-Je vois.
Sherlock but une autre gorgée de thé. Il n'arrivait toujours pas à refouler la nausée qui commençait à l'envahir.
-Alors, comment tu vas t'y prendre ?
-Détective consultant. Même principe mais but différent.
-Tu me piques mon idée, là, taquina-t-il.
Sherlock esquissa un sourire indulgent.
-Quel but, exactement ?
Nouvelle gorgée de thé.
-T'arrêter.
Moriarty chercha ses yeux et s'y accrocha.
-Intéressant. J'ai hâte de voir ça.
Plus tard, Seb revint et parla longuement affaires avec Moriarty – ils utilisaient une sorte de langage codé, et Sherlock ne chercha même pas à les comprendre. Il s'enfonça dans son fauteuil, passa une main dans ses boucles brunes et pensa à John en essayant de se retenir de vomir. Il avait l'impression de sentir à nouveau le manque, cette foutue agonie perpétuelle.
C'était terrifiant.
Puis Alex arriva et tout se passa très vite.
-Vous vouliez me voir, patron ?
Il souriait, nonchalant, et Sherlock le haït encore plus fort.
-Oui. Vas-y, chéri, indiqua-t-il avec un bref regard en direction de l'ex-junkie.
Sherlock se leva.
-Tu te souviens de la fille que tu as violée ? La brune avec le bébé ?
Alex haussa les épaules.
-Elle te transmet ses amitiés.
D'après l'air surpris et confus du dealer, il ne vit pas venir le coup de poing. Ni les suivants, d'ailleurs. Sherlock le frappa encore et encore, vaguement conscient qu'il allait trop loin, qu'il en faisait trop, que ses doigts lui faisaient mal et que le sang éclaboussait ses vêtements, qu'il devait s'arrêtait – maintenant, là. Il le fit. Un peu tard. Mais il le fit quand même et en fut soulagé.
-Je ne m'attendais pas à ça, murmura la voix joyeuse de Moriarty.
-Moi non plus, grogna Seb.
Sherlock se redressa, vit qu'Alex respirait encore et essuya son visage tâché de sang avec le bas de sa chemise.
-Il faut que j'y aille.
Sa voix était étrangement limpide. Il se tourna vers Moriarty, qui lui sourit aussitôt.
-Je compte sur toi, chéri. Raccompagne-le, Seb.
L'ex-taulard acquiesça et sortit dans le couloir, suivi par Sherlock. Il ne regarda pas en arrière et soupira de soulagement en atteignant la double porte. Elle était ouverte, cette fois, et l'air frais qui entrait à l'intérieur lui fit du bien.
-Ne reviens pas ou je te bute, c'est clair ?
Sherlock se tourna vers Seb.
-Je n'en avais pas l'intention.
-C'est sérieux, cette histoire de compétition ou je sais quoi entre le patron et toi ?
Bizarrement, il avait l'air inquiet. L'ex-junkie haussa les épaules.
-Il est complètement fou, dit-il simplement.
Seb eut un sourire sans joie.
-Je sais. Tire-toi, maintenant.
Sherlock s'exécuta aussitôt. Il marcha un peu, vomit près du terrain vague et trouva un muret où s'asseoir. Là, il alluma son reste de cigarette et fuma en regardant le ciel. Il faisait beau. C'était bien. Il allait pouvoir déjeuner en terrasse avec John. C'est ce qui compte. C'est tout ce qui compte.
Seb gifla le dealer trois ou quatre fois avant que celui-ci ne réagisse. Alex se redressa difficilement, cracha un peu de sang sur le sol et leva une main à son visage.
-Oh putain, bredouilla-t-il.
-Quoi ?
-C'était…
Il déglutit et inspira une goulée d'air par la bouche. Son nez était sans doute cassé.
-C'était qui ce type ? parvint-il à articuler.
-Un pote de la fille que t'a violée, apparemment. Et c'est dommage, mec…
Alex cligna des yeux.
-Parce que la seule chose que le patron ne cautionne pas, c'est le viol, acheva Seb en hochant gravement la tête.
Le dealer émit un gémissement plaintif en voyant le canon du Magnum. Seb n'aimait pas tirer à bout portant – ça foutait du sang et des bouts de cervelle sur ses fringues, c'était franchement dégueulasse – alors il se redressa et recula. La balle l'atteignit juste entre les deux yeux et il s'écroula mollement sur le sol.
-Sors-le de là, maintenant, avant qu'il ne commence à sentir, lança Moriarty.
-Oui, patron.
-Viens prendre un verre avec moi, après.
Seb se tourna vers lui. Le visage du criminel affichait un air doux et las qui ne lui était pas inconnu.
-Est-ce que ça va ? demanda-t-il en avançant vers lui.
-Oui, oui, ne t'inquiète pas.
Seb ne le crut pas une seule seconde.
-Je peux aller chercher ce connard et le buter, si vous voulez, reprit l'ex-taulard.
Moriarty leva les yeux vers lui et sourit légèrement.
-Non, surtout pas, je sens que notre jeu va être amusant.
-Vous en êtes certain ?
-Oui.
Seb laissa passer un silence, observant le criminel dont le regard s'était perdu dans le vide. Il semblait si vulnérable, parfois. Comme un gosse.
-Reste avec moi, Seb, ajouta-t-il d'une voix plus hésitante.
-Toujours, patron. Toujours.
Nouveau sourire, fragile, sincère.
-Merci.
L'ex-taulard hocha la tête sans rien dire et alla s'occuper du cadavre.
Au fur et à mesure que l'heure du déjeuner approchait, le centre se remplissait d'une symphonie de murmures et de questions. Certains rangeaient leurs affaires au dortoir, d'autres allaient fumer une clope dehors ou sortaient de leurs rendez-vous respectifs avec la psy ou un médecin, attendant le moment du repas. C'était un instant toujours très calme, très serein, ou chacun retrouvait un ami ou une connaissance autour d'une table pour parler de rien devant une assiette pleine.
Il n'y avait jamais de bagarres pendant le déjeuner, avait remarqué John. Comme si ce rituel rendait un peu d'humanité aux patients, de quoi se rapprocher de la société. Après tout, quoi de plus banal que la pause du midi ?
John cherchait un dossier sur son bureau quand Greg frappa à la porte entrouverte. Il leva les yeux, lui sourit distraitement et espéra qu'aucun corps ne l'attendait à la morgue. Il n'avait pas arrêté de penser à Sherlock et voir Greg au centre – fait rare – ne faisait qu'amplifier son angoisse.
-Salut.
-Salut, John. Je peux te parler une minute ?
-Rien de grave ? s'enquit-il en laissant tomber l'idée de retrouver son dossier.
Greg secoua la tête.
-Non, rassure-toi. Sherlock n'est pas avec toi ?
-Non.
Il n'était pas obligé de préciser, après tout. Greg enfouit les mains dans les poches de son manteau et tourna les talons. Le couloir était presque désert, et on entendait au loin les bruits de vaisselle et le raclement des chaises.
-Est-ce que ça va ?
John parut surpris par la question.
-Oui, pourquoi ?
-Hé bien, tu sais, la fille que tu as identifié, répondit-il évasivement.
-Oh, oui. Non, ça va. J'en ai parlé à Sherlock, et, bon, on se soutient mutuellement, tu vois ?
Il maudit ses propres hésitations. Bon sang, Greg était son ami, il pouvait comprendre.
-C'est bien.
Le flic souriait, visiblement soulagé.
-Vous êtes sûr que vous ne sortez pas ensemble ? ajouta-t-il sur un ton plus léger.
-Je m'en rendrais compte, non ?
-Vous ressemblez quand même à un couple.
John lui jeta un coup d'œil agacé.
-Peu importe. Tu voulais me parler de quoi ?
Ils passèrent devant l'accueil où Babeth, assise derrière son bureau, adressa un signe de la main au médecin. Une fois dehors, Greg sortit un paquet de Marlboro de la poche de son manteau et évita le regard accusateur de John.
-Je croyais que tu avais arrêté.
-C'est le cas. Juste une de temps en temps, ça ne va pas me tuer, justifia-t-il en allumant une clope. Sherlock t'a raconté sa petite rencontre avec Donovan ?
John esquissa un sourire, amusé.
-Oui. Alors, qu'est-ce que ça a donné ?
Greg tira une bouffée de tabac.
-Hé bien, elle m'en a parlé et j'ai eu envie d'essayer. On a demandé au légiste de vérifier pour les marques au cou, et il a trouvé des traces d'argent sur la peau. On a convoqué les enfants de la victime et on les a interrogés au sujet du coffre. Il a fallu un peu de temps, mais avec la preuve qu'elle portait un collier et la soudaine disparition de leurs problèmes financiers, l'un d'eux a fini par avouer. Celui qui l'a tuée – l'aîné – attend le procès en prison et les autres vont être inculpés pour complicité et faux témoignages.
-Sherlock avait raison, alors ?
Greg sourit.
-Complètement raison. Et il a compris tout ça juste en lisant le dossier.
Il laissa passer un silence.
-Donovan est furieuse, bien sûr. Et elle l'a été encore plus quand je lui ai parlé de mon idée.
John le dévisagea.
-C'est-à-dire ?
-Sherlock va avoir besoin d'un job, non ?
-Oui.
-Alors demande-lui de bosser pour moi. Je le prends à l'essai.
-Mais enfin, il ne peut pas-
-Il ne sera pas flic, coupa-t-il en souriant plus encore. Je voudrais juste avoir son avis sur les affaires plus délicates, et personne ne sera au courant, bien sûr.
John fronça les sourcils.
-Ce serait pas illégal ?
Greg leva les yeux.
-Pas plus que notre arrangement, mon vieux. Qu'est-ce que tu en penses ?
-…C'est une bonne idée, évidemment. J'imagine que tu ne peux pas embaucher un ex-junkie, de toute façon.
-En effet.
-Je vais lui en parler, assura-t-il.
Greg sourit à son ami, tira une bouffée de tabac et leva les yeux vers le ciel. Le soleil était haut et l'air se réchauffait tranquillement.
Note :
Quand je pense qu'il ne reste que deux chapitres.
