Une semaine. Cela faisait une semaine que je ne lui adressai plus la parole. Pourquoi ? Parce que j'en avais assez. J'en avais assez d'être pris pour un idiot, l'idiot Motochika. Je sais que je ne suis pas toujours délicat mais depuis que j'étais avec Motonari, je faisais attention à beaucoup de choses mais visiblement même tout ça n'était pas suffisant pour ses beaux yeux… Et vous savez quoi ? Il a l'air de très bien vivre cet éloignement. Ne plus m'avoir sur le dos, ça doit être un véritable rêve pour lui puisqu'il pas un mot, pas un message rien. Il voulait continuer ? Très bien, cela ne prouvait qu'un peu plus ce que je pensais depuis quelques temps et il allait certainement falloir que je me fasse une raison pour ne pas trop souffrir. Après tout on n'oublie pas comme ça son véritable amour n'est-ce pas ? Les cours… Cela m'énervait de plus en plus de devoir y participer, le voir jouer les bons élèves et rafler les meilleures notes du lycée. Il n'y avait vraiment que cela qui comptait pour lui ? Alors le reste, ce n'était qu'un morceau d'expérience pour lui ? Raaaah il fallait que j'arrête de penser à tout ça sinon j'allais devenir désagréable pour de vrai avec tout le monde, et ça je voulais l'éviter et puis les autres finiraient par venir me poser des questions déjà que ça commençait et qu'il fallait toujours que je sorte des excuses bidons… Et son cadeau ? J'ai déjà commandé son cadeau depuis quelques temps. Qu'est-ce que je vais en faire sérieusement ? J'ai économisé pendant des mois pour lui payer ça et le faire faire… Une pièce unique, quelque chose pour lui montrer à quel point je l'aime… Mais est-ce que tout ça en valait vraiment la peine… ? Sérieusement je ne sais plus… La seule chose que je sais aujourd'hui, c'est que tout ça va finir. Six mois… Je lui ai donné six mois de ma vie…
-Bordel !
Ma main. Elle me faisait mal… Pourquoi ?
-Chosokabe-kun tu saignes !
-Hein… ?
Du sang. En baissant le regard sur ma main je pouvais le voir et je pouvais me rendre compte de ce qu'il venait de se passer. Péter la vitre de la salle de cours… Il ne manquait plus que ça tiens ! Un léger rictus m'échappa, mon regard se dirigeant vers lui et croiser son regard. Pas un mot, pas un geste non il fit beaucoup mieux que ça, détournant le regard pour retourner à son livre. A quoi je m'attendais franchement… ?
-Viens je t'emmène à l'infirmerie !
Sans dire un mot je me suis laissé traîner jusqu'à l'infirmerie où l'infirmière me posa plusieurs questions auxquelles je répondis vaguement. Après tout que pouvais-je lui dire ? Je ne m'étais même pas rendu compte de mon geste avant de sentir une vive douleur dans la main et d'entendre les autres parler de sang et regarder la scène avec horreur.
-Je suis désolé… Ce doit être la fatigue.
Voilà une bonne excuse qui fit que l'infirmière se contenta de chercher de quoi me soigner avant de s'occuper de ma main, Sanada observant la scène avec toujours cet air inquiet sur le visage. A croire que j'allais mourir !
-C'est bon fais pas cette tête, c'est rien ça…
-Mais tu t'es ouvert la main…
-Je dois te rappeler ce qu'il s'est passé ya deux ans ?
-Mh… Non c'est bon.
Je savais qu'il n'aimait pas se rappeler de cet accident. D'ailleurs qui aimait s'en rappeler ? Les marques sur le côté droit de mon abdomen et mon œil manquant en disait déjà assez long… Soupirant légèrement, je lui m'amusais à lui ébouriffer les cheveux avant de me lever quand l'infirmier eut fini.
-Merci encore.
Je m'inclinais alors avant de sortir de l'infirmerie en compagnie de Sanada jusqu'à ce que mon regard se pose sur une silhouette que je ne connaissais que trop bien… Motonari… Qu'est-ce qu'il faisait par ici ? Il se faisait du souci ? Comme c'était mignon de sa part après une semaine sans nouvelle… Tsss il me prenait vraiment pour un idiot. De toute façon ce soir c'est les vacances et après demain Noël…
S'excuser, tourner la page… C'est ce que j'aurai du faire mais mon esprit refusait de m'obéir bien trop fier. Comment je pouvais faire hein ? Comment je pouvais lui dire que j'étais désolé dans ses conditions ? A chaque fois que je prenais mon portable pour l'appeler ou bien envoyer un message d'excuse, je le reposais et partais faire autre chose… Une semaine. Voilà une semaine que nous ne nous sommes pas adressé la parole et même lui n'est pas venu. En même temps je peux comprendre mais ça fait mal… Tellement mal… Mais je sais très bien que si il avait eut l'idée de venir j'aurai encore eut des paroles ou une attitude blessante et ça je ne le voulais pas… Je détestais ces sentiments qui avaient réussi à naître en moi parce qu'au final l'amour fait plus souffrir qu'autre chose et j'en prenais conscience avec mon premier amour… Le seul homme qui a réussi à attirer mon attention et que je veux aimer le plus longtemps possible et pourtant, je suis odieux avec lui… J'ai peur, j'ai peur du regard des autres, de mes parents, de mes amis et quelque part du sien… Je sais qu'il ne me fera jamais rien de mal bien au contraire mais j'ai l'impression d'être faible avec lui et je refuse de montrer cette facette de moi-même. Je dois être une personne vraiment odieuse au final et ce doit bien être la raison de son silence. Je peux parfaitement comprendre qu'il ait décidé de laisser tomber, de me laisser tomber tout simplement. C'est certainement la meilleure chose qu'il ait pu faire non ? Je suis fatigué…
Le nez plongé dans mes livres, je préfère ne pas le regarder ni tenter de l'écouter lorsque nous sommes en classe. Personne ne doit savoir et personne ne saura. Lui, il a l'air de bien le vivre. Il est là à discuter avec ses amis, tranquillement. Est-ce que lui aussi souffre ? Il n'en a pas l'air… Au contraire il a même l'air de bien rigoler et d'être vite passé à autre chose… Autant faire de même. Mais un bruit de verre cassé me fit relever le nez pour m'apercevoir qu'il venait de briser l'une des vitres de notre salle de cours. S'il cherchait à se faire remarquer il avait trouvé là un bon moyen quitte même à se faire renvoyer… Franchement, le dernier jour de cours avant les vacances… Il aurait pu trouver mieux ! Mais ce qui me perturbait été l'expression qu'il affichait. De l'incompréhension. Ne s'était-il pas rendu compte de ce qu'il avait fait ? Un soupire franchit alors mes lèvres. Etait-il si bête que ça… ? Je préférais regarder ailleurs pour ne pas lui montrer que je lui portais une quelconque attention. Cruel certainement mais c'était la seule chose à faire non ?
-Viens je t'emmène à l'infirmerie !
Sanada… Encore et toujours là pour tout le monde celui là. Ne se rendait-il pas tout simplement compte qu'à s'occuper de Motochika il s'attirait les foudres d'nue certaine personne ? Tsss. Il suffisait de regarder Date pour savoir qu'il avait envie de tuer Motochika et quelque part cela me faisait rire. Peut-être que ça lui servirait de leçon… Et lui qui suivait comme un bon toutou… Pourquoi cela me mettait-il en colère ? Pourquoi j'avais l'impression qu'il en profiterait… ? N'importe quoi. Pourquoi je pense à ce genre de choses complètement idiotes ! Mais voilà que malgré tout je fini par me lever pour quitter la salle de cours et les suivre le plus discrètement possible. Un gamin. Je n'étais qu'un gamin et pourtant je ne pouvais m'empêcher d'écouter aux portes. S'il avait l'intention d'en profiter il se mangerait des coups !
-C'est bon fais pas cette tête, c'est rien ça…
-Mais tu t'es ouvert la main…
-Je dois te rappeler ce qu'il s'est passé ya deux ans ?
-Mh… Non c'est bon.
Ce qu'il s'est passé il y a deux ans… Je ne me souviens pas vraiment comment c'est arrivé mais je me souviens surtout qu'il y avait beaucoup de sang… Motochika avait sauvé la vie de Sanada après que quelqu'un l'ait défenestré ce qui lui a valut de perdre son œil gauche. Je n'avais rien pu faire ce jour là et je m'en voulais même si oui ce n'était pas ma faute mais j'avais eut peur… Peur qu'il ne meurt…
-Merci encore.
Ils allaient sortir. Je devais disparaître et vite. Prendre la fuite une fois de plus mais pour une bonne raison. Je ne voulais pas qu'il me voit pleurer, qu'il se rende compte que je m'inquiétais et que j'avais tout entendu. Je voulais que cette journée se finisse rapidement même si passer les fêtes de Noël seul me faisait mal au cœur…
