Salut !
Encore une fois, merci à Matsuyama et Noumea de me suivre toujours dans mon aventure avec vos commentaires agréables à lire et merci aussi à toi Tam83 pour ton petit mot encourageant !
Déclaration : ce monde magique appartient à J.K. Rowling.
Bonne lecture !
Et merci encore, et toujours, à Persis pour m'avoir aidée dans mes corrections ! :)
Chapitre 4
Le Portoloin
Le temps était ensoleillé, quoique accompagné de vents froids annonciateurs de l'hiver qui approchait. Matilde suivait silencieusement Dumbledore, arpentant les trottoirs d'un pas rapide, traversant à pied le petit village où elle habitait avec ses parents depuis qu'elle était toute petite. Le sorcier lui jetait des coups d'œil furtifs de temps en autre, s'assurant sans doute qu'elle restait toujours derrière lui, triballant sa grosse valise à bout de bras. S'il avait l'air si pressé, songea Matilde, c'était probablement pour ne pas manquer le Portoloin…
D'ailleurs, c'était quoi un Portoloin ? Elle n'en savait rien. Peut-être devait-elle se risquer à le lui demander ? Non, bien sûr. Elle ne voulait pas lui exposer la moindre forme d'intérêt éprouvé envers ce monde magique. De plus, le sorcier pourrait voir là une tentative de créer des liens d'amitié, ce qui sous-entendrait qu'elle accepte qu'il l'enroule dans son jeu. C'était en partie pour cette raison qu'elle devait se refuser de lui parler, garder son air de méfiance et de lui manifester ostensiblement son opiniâtreté à ne jamais lui accorder confiance.
— Tu dois être en train de te poser plein de questions en ce moment, dit soudainement Dumbledore, faisant sursauter Matilde derrière lui. Si tu le veux bien, je peux être en mesure d'en élucider quelques-unes…
Mais elle garda le silence, la tête basse, toujours entêtée.
— Je sais que tu n'as pas confiance en moi, Matilde, poursuivit posément Dumbledore en modérant le pas pour marcher à sa hauteur. Et je comprends pleinement pourquoi. Un inconnu, quelque peu loufoque, débarquant chez toi comme ça pour t'annoncer que tu es une sorcière, n'est vraiment pas une chose facile à prendre… Dragées surprises ?
Matilde releva la tête et remarqua les rides joviales qu'il avait au coin de ses yeux bleus lorsqu'il ressortit le sac violet de sous sa cape turquoise qui voltigeait au gré du vent, tout comme sa longue barbe argentée. Il tentait sûrement de détendre l'atmosphère. Mais Matilde refusa une seconde fois en secouant la tête et, encore, le sorcier remit tranquillement le sac sous sa cape sans prendre lui-même aucune dragée.
— Pourquoi faites-vous cela ? demanda alors Matilde, oubliant momentanément qu'elle s'était promis de garder le silence.
— Pourquoi t'emmener à Poudlard ?
— Non. Vous m'offrez des dragées alors que vous n'en prenez jamais une seule. Pourquoi ? Seraient-elles empoisonnées ?
Dumbledore rit de bon cœur.
— Je vois, dit-il en passant devant une vieille femme, assise sur son perron, le regardant d'un air éberlué par son accoutrement bizarre. Je ne pensais pas t'indigner avec ça. Pour répondre franchement à ta question, si je n'ose prendre une seule Dragée surprise, c'est tout simplement parce que je n'ai pas assez de courage pour le faire…
Le cœur de Matilde rata un battement.
« Quoi ? songea-t-elle, de nouveau affolée. Ce fou venait-il d'avouer que ses dragées sont véritablement empoisonnées ? »
Devant son air un peu effrayé, le sorcier gloussa et entreprit de l'informer aussitôt au sujet de ces friandises :
— Les Dragées surprises de Bertie Crochue sont une confiserie des plus populaires dans le monde des sorciers, tu sais. Chaque dragée renferme une saveur des plus classiques aux plus étranges. Donc, il est possible de se retrouver avec un goût de fraise, comme on peut également tomber sur un goût de navet, ou même, de morve de troll…
— De morve de… ? Mais c'est horrible ! Pourquoi avoir inventé de tels bonbons stupides ?
— Disons que c'est le plaisir de prendre le risque à chaque bouchée, répondit Dumbledore, amusé, sans paraître offusqué en rien par la remarque indécente de Matilde. Cependant, je suis resté sur ma peur d'en remanger depuis que j'en ai goûté une qui avait un goût de poubelle…
— Un goût de poubelle ? répéta-t-elle, dégoutée. C'est n'importe quoi ! Si vous n'en mangez plus depuis, pourquoi se promener avec ça dans les poches, alors ?
— Parce que c'est un cadeau d'Halloween, répondit-il. Pauvre Anarcus… Il ne savait donc pas… Alors j'en offre à qui veut bien se montrer plus brave que moi en prenant le risque d'en manger.
Un court instant de silence s'en suivit, le temps de tourner le coin devant une maison en briques rouges à l'air un peu sinistre. Après qu'ils aient abouti dans une rue déserte, Matilde demanda :
— Alors l'Halloween existe dans votre monde ?
— Bien sûr, pourquoi pas ? répondit Dumbledore.
— Comme ça…
Matilde déduisit qu'ils devaient fêter Noël également. Et Pâques ? Elle ne le savait pas mais s'en fichait quelque peu.
Ils continuèrent à marcher dans cette rue déserte durant quelques minutes, puis ils bifurquèrent à droite sur un chemin de gravier qui s'enfonçait dans un bois aux couleurs d'automne. Épuisée rapidement de devoir marcher si longtemps avec une valise à traîner en plus, Matilde, haletante, interrogea d'un ton sombre :
— Vous n'avez pas de voiture ?
— Moi ? Non. Les sorciers n'ont pas tous l'habitude de faire marcher ces engins.
— Vraiment ? s'étonna-t-elle. Mais alors, les sorciers utilisent quoi pour se déplacer ? À part la marche… ? ajouta-elle d'un ton sarcastique.
— La plupart des sorciers transplanent, répondit-il, mais il est impossible de transplaner dans certain endroit comme Poudlard. Nous utilisons donc le réseau des cheminée, les Portoloins, les balais…
— Les balais ? l'interrompit Matilde d'une voix caverneuse. Ne me dites pas que les sorciers se promènent sur des balais comme font les sorcières typiques d'Halloween ou autre !
— Mais oui, sourit-il joyeusement, et non seulement pour se promener. Le Quidditch, par exemple, qui est le sport le plus rependu chez les sorciers, se joue sur des balais…
— Ne m'en dites pas plus ! coupa-t-elle, choquée. Tout cela me dépasse radicalement ! Ce que vous me dites depuis le début est insensé et si je ne me suis pas encore échappée, c'est bien parce que ma mère m'a demandé de ne pas faire de bêtises. D'ailleurs, qu'avez- vous donc fait à mes parents pour qu'ils aient soudainement confiance en vous ?
Dumbledore s'arrêta. Sans jamais avoir l'air offensé, il se retourna face à Matilde et répondit le plus calmement du monde :
— Je n'ai fait que leur dire la vérité…
— Et cette vérité est que je suis une sorcière en danger ? lança-t-elle sur un ton de défi. C'est cela ?
Dumbledore ouvrit la bouche pour répondre, puis la referma aussitôt comme s'il cherchait les bons mots et ne les trouvait pas. Néanmoins, il ne parut nullement mal à l'aise, ce qui exaspéra Matilde…
— Mais répondez ! ordonna-t-elle rudement, même si elle avait déjà ressenti la veille qu'il ne fallait pas brusquer cet homme étrangement digne de respect.
Mais n'empêche, pouvait-elle seulement un jour parvenir à le mettre en colère ?
— J'ai déjà répondu à cette question, hier, répliqua Dumbledore calmement.
— Et je n'ai rien compris ! Réexpliquez-moi ! exigea-t-elle avec toute l'autorité dont elle était capable.
Mais le sorcier ne se laissa intimider. Toujours aussi serein, il sortit tranquillement, de sa poche, une étrange montre en or dotée de plusieurs aiguilles et la consulta en fronçant les sourcils.
— Malheureusement, le temps ne me permet pas de t'expliquer tout ça ici, ma chère Matilde, dit-il doucement en replaçant sa montre soigneusement dans le fond de sa poche. Nous devons nous rendre au Portoloin avant qu'il ne parte sans nous. Ensuite, lorsque nous serons arrivés au Chaudron Baveur, je te promets de répondre à la grande majorité de tes questions…
— Pourquoi seulement « la grande majorité de mes questions » ? demanda aussitôt Matilde, sans toutefois manquer de noter que « Chaudron Baveur » était un nom vraiment ridicule pour un endroit.
— Simplement parce que je ne connais pas toutes les réponses… répondit Dumbledore sur un ton d'évidence qui agaça Matilde.
Celle-ci le dévisagea d'un air méfiant tout en se demandant s'il disait bien la vérité ou s'il se jouait d'elle depuis le début. Pourtant, l'air imposant et confiant de cet homme qui ne se froissait jamais, inspirait désagréablement la vérité. Elle aurait tant aimé qu'il soit exécrable pour que ce soit plus facile de lui résister.
— D'accord, dit-elle enfin, résignée. Je vous suis…
Se contraignant à le suivre sur le chemin de gravier, elle se promit qu'elle aurait des réponses bientôt. Ils passèrent alors au côté d'une vieille lanterne toute rouillée, à moitié brisée, qui reposait dans un tas de feuilles mortes au pied d'un grand arbre. Voyant que Dumbledore s'y intéressait beaucoup, au point de s'arrêter pour mieux l'observer de près, Matilde avisa machinalement :
— C'est une vieille lanterne toute pourrie. Il vaudrait mieux ne pas la toucher parce qu'elle pourrait nous couper avec sa vitre brisée.
— Sois sans crainte, Matilde. Nous aurions à la toucher que du bout des doigts…
— Pardon ? s'indigna-t-elle en écarquillant les yeux, ébranlée par la réponse inopinée et complètement absurde de Dumbledore.
Celui-ci éclata de rire lorsqu'il vit sa mine stupéfaite.
— C'est un Portoloin, clarifia-t-il.
— Ah bon, dit-elle incrédule, à la fois contrariée. Ce n'est donc pas une lanterne pourrie !
— Oui. Mais cette lanterne pourrie, comme tu dis, a été transformée en Portoloin. Ce qui signifie qu'à un horaire précis — dans notre cas il se trouve que ce soit à deux heures tapantes — l'objet s'agitera et il nous faudra alors le toucher à temps pour qu'il nous transporte à l'endroit prévu.
— Vraiment ? dit Matilde en regardant l'objet en question d'un air sceptique. Alors ce serait un peu comme se téléporter ailleurs ?
— Si tu veux…
— Alors on va voir ça !
Se croisant les bras d'un air hautain, elle fixa la lanterne dans l'espoir qu'il ne se produirait rien, tandis que le sorcier ressortait sa montre une deuxième fois.
— Ça ne sera pas très long, informa Dumbledore en regardant les aiguilles tourner sur le cadrant. Moins de trois minutes… Nous ferions mieux de toucher le Portoloin tout de suite pour éviter de le louper.
Après avoir insisté du regard pour que Matilde se penche vers l'objet, Dumbledore remit rapidement sa montre dans sa poche et se courba vers le Portoloin.
— Touche la lanterne, ordonna-t-il d'un ton ferme après avoir posé lui-même le bout de ses doigts sur l'objet pourri, et empoigne solidement ta valise.
Hésitante, Matilde toucha le Portoloin de son index, à contrecœur, tout en évitant soigneusement de frôler la moisissure qui avait envahi presque la totalité de la surface de la lanterne.
« C'est complètement ridicule ! », pensa-t-elle en se sentant vite gênée dans cette posture idiote. Elle se demanda ensuite à quoi penserait Catherine si elle la voyait présentement accroupie dans les feuilles mortes, comme l'étrange vieillard fou à côté d'elle, alors qu'ils touchaient tous deux, d'un doigt, une insignifiante lampe complètement moisie. Bien sûr, peut-être que Catherine les aurait rejoint bêtement pour tenter de disparaître avec le Portoloin, elle aussi. Elle avait toujours cru à n'importe quoi de toute façon. Selon elle, la plupart des histoires surréalistes était vraies. Catherine aimait y croire tout simplement, et refusait de prétendre, comme Matilde, qu'il n'existait pas d'autre chose que le hasard lors des situations inexplicables.
N'empêche, elle avait cru tout de suite que le stylo n'avait pas roulé vers Matilde par coïncidence et avait su résolument que c'était elle qui l'avait attiré dans sa main. Encore une fois, Catherine l'avait su tout simplement, et elle avait eu raison. Matilde regretta alors de l'avoir traitée de cinglée, surtout en sachant que c'était la dernière chose qu'elle lui avait dite jusqu'à présent…
— J'espère que tu te sens bien, dit Dumbledore, jovial, en sortant brusquement Matilde de ses sombres pensées, tout en maintenant la pose ridicule devant l'objet. Tu sais, c'est une sensation pas très agréable lorsqu'on voyage par Portoloin, surtout la première fois. Mais ensuite, on s'y habitue…
Qu'il lui dise ces choses n'était pas très rassurant, surtout lorsque c'était dit sur cet habituel ton confiant qu'utilisait le directeur. À présent, Matilde n'était plus très convaincue de s'embarquer dans cette aventure, et songea une seconde qu'elle pourrait toujours enlever son doigt juste à temps pour voir disparaître le sorcier seul, pouvant ainsi retourner tranquillement chez elle. Mais évidemment, ses parents ne seraient pas d'accord et le lui feraient sûrement regretter amèrement…
Tout-à-coup, l'objet sous le doigt de Matilde brilla d'une couleur bleuâtre et se mit à s'agiter. Sous l'émotion de la surprise, elle tenta de retirer son doigt mais il resta solidement collé à la surface de la lanterne. Puis, au niveau du nombril, elle ressentit comme un crochet l'attirer vers l'objet, lui donnant subitement l'impression de sombrer dans le vide. Dans une panique totale, Matilde hurla en voyant le décors culbuter dans un tourbillon de couleurs d'automne avant de fermer étroitement les yeux, espérant de toutes ses forces que tout cesserait de tourner bientôt.
Un bang sonore retentit, et elle s'effondra à plat ventre sur un sol solide. Un violent haut-le-cœur lui survint, et c'est en essayant de se relever de peine et de misère que Matilde vomit. Encore étourdie, elle bascula sur le dos et, tremblante, n'osa plus bouger.
— Pas si mal comme premier voyage, commenta la voix enjouée de Dumbledore, à ses côtés.
Matilde ne répondit pas, terrorisée. Elle fixait un ciel dégagé où planait un avion loin au-dessus d'elle. Comment ce faisait-il que ce Portoloin ait fonctionné exactement comme avait prétendu Dumbledore ? Se pouvait-il vraiment qu'ils se soient téléportés ? Comme ça ? Comme par magie ? C'était tellement improbable et inconcevable que Matilde ne voulut pas y croire sur le moment. Mais il y avait eu tellement de choses depuis la veille qu'elle avait dû forcément croire… Elle ne savait plus quoi penser…
Matilde tourna la tête à sa gauche, question d'apercevoir le nouveau décor qui s'étendait maintenant autour d'elle. Il y avait des gens qui marchaient sur les trottoirs, des voitures bruyantes qui arpentaient les rues en klaxonnant par moment, des bâtiments commerciaux et même des gratte-ciel qui apparaissaient au loin. Tout paraissait normal, au grand soulagement de Matilde. Au moins, cela semblait être une ville très réaliste…
— Tu vas bien ? interrogea Dumbledore qui s'était penché au-dessus de Matilde, l'air inquiet, scrutant son corps à la découverte de quelconques blessures.
Elle tourna alors lentement la tête vers lui, confuse.
— Dites-moi que je rêve… murmura-t-elle.
Sa tête lui tournait douloureusement devant l'évidence de trop choses absurdes et elle sentait sa cheville droite lui faire mal.
— Hum… Je crois que tu as grandement besoin d'une bonne bièraubeurre, toi ! constata Dumbledore en se redressant aussitôt.
Il aida Matilde à se relever en passant un bras sous ses épaules — celle-ci s'en dégagea très vite, manifestant volontairement son embarras —, puis l'invita vers un petit pub à l'air miteux, orné d'un panneau au dessus de la porte indiquant : « Chaudron Baveur ».
Matilde hésita à enter dans ce pub qui ne lui inspirait pas confiance — comme tout, finalement… D'ailleurs, elle ne voulait pas d'un autre manège comme celui qu'elle venait tout juste d'obtenir contre son gré… Mais devant la ferme insistance de Dumbledore, elle ne put faire autre chose que de se résigner à clopiner à l'intérieur, suivit de près par son tortionnaire.
