Réservation pour Deux (Party of Two)

CHAPITRE 4

L'énigme

Castle et Beckett se regardèrent un instant droit dans les yeux, en ayant cette même envie de voir ce qu'il y avait de l'autre côté. L'écrivain était le premier à s'élancer pour partir à la découverte de cet endroit, mais il n'avait même pas atteint le seuil de la porte, que Beckett lui attrapa la veste. Ce qui eut pour effet de le faire reculer. Il émit un son proche d'un grognement pour manifester son mécontentement.

Kate, prudente, ne sortit que la tête. Elle put ainsi constater que la porte donnait sur un couloir assez long. Elle sortit alors entièrement de la chambre, mais avant qu'elle ne puisse se retourner, elle croisa un individu plutôt grand et baraqué qui la regardait du coin de l'œil. Il ne lui adressa même pas la parole, il se contenta de passer devant elle et continua sa route au bout du couloir, passa une double porte et disparut.

Beckett laissa échapper un : « Bizarre » avant d'être bousculée par Castle qui voulait aussi voir ce qu'il se passait.
En arrivant à son tour dans ce couloir, il remarqua à quel point cet endroit était chic. Pas comme un « trois étoiles », mais leur hôte avait prit la peine de les enfermer dans un endroit plutôt accueillant. Si on occultait les barreaux aux fenêtres, cela pouvait être un sympathique lieu de vacances.

- « Prête à explorer cet endroit… Katlijn chérie ? » Lança Castle, tout sourire. Avant de ravaler sa bonne humeur quand il vit le regard que Beckett venait de lui lancer :

- « Chérie ? »
- (Faisant l'innocent) « On est mariés, soyons convaincants ! »

Elle émit un petit grognement, un peu du même genre que Castle quand elle l'avait réveillé avec une délicatesse légendaire.

- « Tu ne perds rien pour attendre. »

Avant qu'ils puissent débattre de leur mariage et, surtout, de leur futur divorce. Kate changea de comportement quand elle vit une femme se diriger vers eux : une blonde, environ un mètre soixante dix, lunettes noires, jeans noir et une veste en cuir qui cachait partiellement un débardeur blanc. On pouvait apercevoir un pistolet accroché à sa taille. Beckett reconnu rapidement un Sig Sauer P226 Equinox. Décidément, cet endroit comptait sans doute autant d'armes au mètre carré qu'un commissariat. L'inconnue fixa le couple un moment, un peu surprise et intriguée, puis continua sa route vers cette double porte.
En la voyant passer, Castle détourna son attention de Beckett et posa ses yeux sur le corps de cette femme. Il pencha légèrement la tête sur la droite en parcourant les formes de cette jolie blonde.

- « J'aime de plus en plus cet endroit. » dit-t-il sur un ton admiratif.

La réaction de Beckett ne se fit pas attendre, elle le pinça un bon coup. Puis, elle décida d'entrer dans le jeu. Au point où ils en étaient et devant le peu d'information, son collègue lui ayant fait remarquer un peu plus tôt, professionnellement parlant, elle se devait d'être convaincante. De plus, ça allait être une occasion d'énerver Castle…

- « Tu viens chaton, on la suit… » Ajouta Beckett.
- « Hey ! Je croyais qu'on était d'accord sur le fait de ne plus m'appeler chaton. »
- « C'est vrai. Mais nous sommes mariés, faut bien que je te donne un petit nom. »
- « D'accord, mais pas chaton. »
- « Ok… Alors il faut que j'en trouve un autre. »

Elle se gratta la tête pour faire germer quelques idées.

- « J'ai trouvé ! »
- « Là, j'ai peur… »
- « Bichon ! »
- « Quoi ? »
- « Bah alors, on ne veut plus jouer ? »

Il soupira.

- « Je demande le divorce. »

Avant qu'ils puissent continuer de se chamailler, un homme les interrompit.

- « Il y a de l'eau dans le gaz entre vous, on dirait… »
- « Il est du genre grincheux quand il a l'estomac vide… » Répondit Beckett en affichant un immense sourire.

Castle préférait se taire, mais elle n'avait pas tort.

- « Je vois, raison de plus pour aller… Là-bas »

L'homme montra cette fameuse double porte, puis reprit sa route dans sa direction.

- « Ecoutons-le, on ne va pas rester dans le couloir indéfiniment. » ajouta Beckett.

Alors qu'ils parcouraient le couloir, ils remarquèrent des noms sur les portes. L'un d'eux retenu particulièrement l'attention de Kate :

- « Bully… Je connais ce nom… »
- « Pardon ? »
- « Je l'ai déjà vu quelque part… » (Se grattant, une nouvelle fois le sommet de son crâne) « Mais pas moyen de me rappeler où… »
- « Un collègue, peut-être ? »
- « Non… »
- « Un ami ? »
- « Non plus… »
- « Un ex-petit ami ? »
- « Toujours pas. »
- « Hum… » Il afficha un sourire coquin. « Une ex-petite amie ? »
- « Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre… » répondit-elle, dépitée.
- « Oh, je sais ! »

Beckett attendait patiemment l'illumination de Castle, avant d'être durement frappée par la réalité de son collègue d'infortune :

- « Le nom d'un stripteaseur ».

Elle lui jeta un regard noir mais avant qu'elle puisse ajouter quelque chose, l'écrivain fit marche arrière en direction de leur chambre et de la porte où cette sublime blondinette était sortie plus tôt.

- « Qu'est-ce que tu fais ? Bichon ? »

Quelques instants plus tard, après avoir regardé, il revint :

- « On ne sait pas qui est ce Bully, mais cette jolie blonde doit être Val'… Et nous c'est : Trigger et Vendetta… C'est la classe, nan ? »
- « La classe ? (Elle soupira) Je ne sais pas ce qui m'énerve le plus, être au milieu de nulle part, ou être au milieu de nulle part avec toi… »
- « Alors ça, c'est petit ! »

Ils continuèrent leur route vers cette double porte. En arrivant à sa hauteur, Beckett fut la première à poser sa main sur la poignée, elle la tourna et la porte s'ouvrit sur une grande pièce. Au centre se trouvait une table assez grande pour accueillir une dizaine de personnes. Le grand baraqué, qu'elle avait vu plus tôt, était déjà installé sur l'une de ces chaises et semblait lire quelque chose. La blonde aussi avait déjà choisit une place, il y avait aussi l'homme qui leur avait parlé il y a quelques instants. En fait, ils étaient tous penchés sur la feuille de papier se trouvant devant eux. Ils n'avaient pas quitté leur lecture en voyant les deux nouveaux invités débarquer dans la pièce.
Du regard, elle parcourut les moindres recoins, dans l'un d'eux elle distinguait un réfrigérateur, puis une cuisinière et un micro-onde. Dans un autre, elle remarqua un téléviseur posé sur un meuble en chêne. D'où elle se trouvait, il lui était impossible de savoir ce qu'il y avait dedans. En voyant Kate bloquer à la vue de ce placard, Castle lui chuchota à l'oreille :

- « J'suis sûr qu'il y a un lecteur DVD, là dedans… »

Elle se contenta de soupirer.

- « Chérie, tu penses qu'il y a des films coquins ? » ajouta l'écrivain.
- « Bichon, tais-toi, où je te gifle devant tout le monde… »

Pour éviter de se faire entendre des autres, Castle s'approcha de Beckett et lui murmura :

- « Quitte à avoir un surnom, je préfèrerais : Moby-dick. »

Son regard se mit à faire un balayage vertical précis, sur l'homme se trouvant juste à côté d'elle… Puis elle répondit :

- « Nan… Je vais garder bichon. »

C'était au tour de Castle, de prendre un air blasé. Il décida alors de commencer une fouille minutieuse de cet endroit en laissant Beckett s'approcher et s'installer sur l'une des chaises.

En analysant la pièce, l'écrivain finit par jeter son dévolu sur le meuble télé… Bien qu'il ait hésité un long moment avec le frigo (C'est à se demander pourquoi). Il s'en approcha, l'air de rien, et sauta sur la porte et l'ouvrit en grand. Son instinct d'explorateur intrépide en prit un coup quand il vit qu'il était vide. Hormis les quelques araignées qu'il venait d'extirper de leur quiétude.

Après avoir digéré cette déception, il poursuivit son exploration, tout en se dirigeant innocemment vers le réfrigérateur. Quant à Kate, elle venait de se saisir de la feuille se trouvant sur la table, posée juste devant elle. Elle resta quelques bonnes secondes les yeux rivés sur ce qu'il y avait d'écrit, n'arrivant pas à y croire.

L'écrivain était bien trop occupé à faire l'inventaire du placard pour prêter attention à quoi que ce soit d'autre. Alors qu'il allait passer à autre chose, il trouva, au fond de celui-ci, un jeu complet de carte. Il s'en saisit et le mit dans l'une de ses poches. « On ne sait jamais, ça pourrait servir » Se dit-il tout regardant Beckett du coin de l'œil.
Son regard finit par se porter sur la télé. Il hésita un moment et finit par appuyer sur le bouton. « Alors ça c'est nul, elle ne marche pas ». Marmonna-t-il, avec une once de déception perceptible dans sa voix. « A quoi ça sert de mettre une télé si elle ne marche pas… » (Il tapota le dessus du téléviseur) « Va falloir que j'en parle à l'Oncle Sam. »

Castle poursuivit sa route vers le réfrigérateur, quand il vit le gars, plutôt baraqué, se lever juste devant lui, lui bloquant ainsi la route. Ils se regardèrent un moment droit dans les yeux, puis l'homme finit par sortir de la pièce. Castle laissa échapper un : « Flippant le type », avant de continuer son périple vers le frigo. En arrivant à sa hauteur, il fit rapidement un balayage de la pièce (Comme si personne ne connaissait ses intentions et certainement pas Beckett) pour s'assurer qu'on ne lui passerait pas devant.
D'ailleurs, il était tellement subjugué par le contenu du frigo qu'il n'entendit même pas Kate qui tentait d'attirer son attention sur ce qu'elle venait de lire. Elle essaya même de le fixer du regard, pensant peut-être déclencher une sorte de lien télékinésique pouvant le détourner de sa trouvaille. C'était peine perdue, Kate constata qu'il était extrêmement difficile, voir impossible, de détourner l'attention d'un homme qui venait de découvrir un frigo bien garni.

Lassée d'attendre, elle finit par se lever et se dirigea vers l'écrivain, l'interrompant dans l'inventaire culinaire qu'il avait entreprit.

- « Tu tombes bien, on va pouvoir se préparer un festin de roi avec tout ce qu'il y a dedans. » (Lui montrant le contenu du frigo)
- « J'ai plus intéressant… »
- (lui coupant la parole) « Plus intéressant que ces fines tranches de jambon de Bayonne découpées tendrement et posées sur cette délicate assiette, encerclée par quelques feuilles de cette délicieuse salade ? »
- (blasée) « C'est bon t'as fini ? »
- « Je vous écoute : Madame Van der… Van Der, quoi déjà ? »
- « Braun… Van Der Braun… »
- « Ils auraient pu choisir un nom un peu plus facile à retenir… »
- « Comme bichon? »

Les deux tourtereaux décollèrent leur tête du frigo et se redressèrent. Fermant au passage la porte vers ce monde culinaire.

L'homme qui leur avait parlé plus tôt et indiqué cet endroit se leva à son tour et sortit. Il ne restait plus que cette blondinette qui avait fait tant d'effet à l'écrivain.

Pour rester proche de son personnage et de son rôle qu'il était censé jouer (et aussi pour se venger de ce surnom de bichon), Castle passa son bras dans le dos de sa partenaire.
Surprise, ses muscles se raidirent presque instantanément quand elle sentit cette main parcourir son dos et pour trouver position autour de son cou. Elle était partagée entre l'envie de lui coller un coup de pied bien placé entre les jambes et l'envie de sortir son glock 28. Après avoir réfléchit, elle choisit d'opter pour la diplomatie et resta un moment sans bouger. Castle, amusé par sa réaction, finit par lui chuchoter :

- « Tu voulais me dire quelque chose ? »
- « Oui, retire cette main de mon cou où je fais un malheur. » Lui lança-t-elle.

Il avala sa salive et obéit immédiatement.

- « Regarde ce que j'ai trouvé sur la table. »

Beckett ne lui laissa pas le temps de faire une remarque qu'elle lui mit la feuille sous le nez. Les premiers mots qu'il put lire le confortait dans son hypothèse sur la CIA. A force de la sortir à chaque fois, il va bien finir par avoir raison, un jour où l'autre.

- « De plus en plus intéressante cette histoire. » Lança-t-il, avec un brin d'enthousiasme dans la voix.

Elle retira rapidement la feuille de son champ de vision, lui lança un regard noir pour le prévenir de ne pas prononcer CIA devant elle. Puis elle le lui remontra. Il recommença sa lecture : « L'orientation, l'agilité, la stratégie, l'adresse, la résistance, la précision et la présentation seront les seules amies que vous aurez ces prochains jours. Rendez vous à l'extérieur. Vous êtes dix, ce soir, vous ne serez plus que sept. »

Mais avant qu'ils puissent commenter cette dernière ligne, la blondinette les interrompit :

- « C'est donc vous, les célèbres : Trigger et Vendetta ? »
- « Peut-être. » Répondit timidement, Castle.

Beckett le frappa sur le torse avant de lui murmurer :

- « Peut-être ? Alors ça, c'est de la réponse, bravo… Laisse-moi faire la prochaine fois. »

Val' se leva et s'approcha d'eux.

- « Vous êtes les seuls à vous comporter en couple, alors je pense ne pas me tromper. »
- « Effectivement. Vous ne vous trompez pas. » Confirma Kate.
- « Votre réputation vous précède… »
- « Vraiment ? » Répondit-elle, un peu plus intriguée.
- « Et vous êtes ? » Demanda timidement Castle.

Elle l'observa un instant, profitant de ce petit moment de silence pour l'examiner en détail, des pieds à la tête tout en se pinçant la lèvre inférieure. La façon qu'elle avait de le regarder énerva légèrement Beckett qui se mit à faire un mouvement de la tête de gauche à droite. Puis l'inconnue finit par répondre :

- « On m'appelle Val'. »

Ne leur laissant pas le temps d'ajouter quelque chose, elle poursuivit :

- « Je serais bien restée papoter avec vous, mais comme vous avez pu le voir, on doit se rendre à l'extérieur. Et je déteste perdre alors… »

Sur ces mots, elle sortit de la pièce, laissant Castle, Beckett (et le frigo), seuls.

Kate se dirigea à son tour vers la double porte mais quand elle arriva à son niveau, elle s'aperçut que Castle était, une fois de plus, dans le pays culinaire qu'il avait quitté un peu plus tôt.

- « Quand tu veux… » s'impatienta Beckett qui tapait du pied en attendant le bon vouloir de son mari.

Castle finit par sortir la tête du frigo, et tout en le refermant prononça un : « J'arrive », incompréhensible avec ce qu'il venait de mettre dans la bouche…


En arrivant à l'extérieur de leur prison dorée, le couple d'infortune constata avec surprise ce que Beckett avait vu plus tôt par la fenêtre : des arbres… Des arbres et encore des arbres à perte de vue… Castle se tourna en direction de l'hôtel, histoire d'avoir une vue d'ensemble.

L'hôtel se mariait parfaitement avec son environnement, les façades étaient faites en rondin de bois et à en juger par sa couleur, cela devait être certainement du chêne. L'humidité présente, et normale au milieu d'une forêt, laissait apparaitre quelques filets d'eau parcourant librement les tuiles Canada en ardoise. Ces dernières revêtaient un joli marron foncé qui tranchait parfaitement avec la couleur claire de l'ossature.
Alors que l'écrivain admirait l'endroit comme s'il avait prévu d'en devenir l'heureux propriétaire, Kate le ramena à la réalité quand il lui semblait avoir entendu : « Bichon ». Il regarda Beckett, dubitatif.

Ils regardèrent autour d'eux, mais sans trouver un indice sur ce qu'ils étaient censés faire une fois dehors. Ils s'apprêtèrent à faire le tour de l'hôtel quand, Val', les interpela.

- « C'est par là. » Montrant la direction dans laquelle elle venait. Puis se dirigea au nord, et disparu dans la végétation.
- « Elle est sympa. » Ajouta Castle.
- « Sympa ? Méfie-toi, on ne sait pas qui elle est. »
- « Certes, mais elle a l'amabilité de nous aider. Je trouve ça chou moi. »

Kate leva les yeux au ciel et se dirigea dans la direction indiquée par la jeune femme. Elle fut rapidement rejointe par l'écrivain qui avait enfin détourné son regard de l'hôtel.
Ils suivirent un petit sentier les éloignant de ce dernier. Ils pouvaient ainsi profiter du chant des oiseaux, du bruit des branches pliées et craquées sous l'effet du vent qui caressait la végétation tout en douceur. Ils eurent la surprise d'arriver au bout du sentier qui s'arrêtait au pied d'un petit ruisseau. L'endroit était plutôt idyllique et romantique à souhait. Mais pas assez paradisiaque pour entrainer Beckett dans un faux-semblant angélique. L'écrivain lui, était complètement émerveillé par cet endroit.

- « Il n'y a rien ici ! » Soupira Beckett.
- « Rien ? La forêt, le chant des oiseaux, ce ruisseau, le bruit du vent… Cet endroit, c'est magique ! » S'exclama Castle, ne pouvant cacher plus longtemps son émerveillement.
- « Bichon, au lieu de commenter les lieux, tu ne peux pas m'aider à trouver un indice ?… »
- « Pas la peine » Lança fièrement l'écrivain avant de pointer du doigt une petite crevasse dans les rochers, là où le ruisseau jaillissait timidement.

Beckett se tourna et attrapa une petite boite en métal noire. Elle l'ouvrit et trouva à l'intérieur un morceau de papier. « Allez au nord, suivez les ours et savourez votre vie. Si vous n'êtes pas revenus dans vos quartiers après les Complies, vous serez éliminés. »

- « Une énigme, j'adore ça ! » Cria Castle, amusé par ce jeu grandeur nature.

Kate leva une nouvelle fois les yeux vers le ciel, abaissant ses bras le long de son corps pour montrer une pointe de découragement :

- « Suis-je la seule à m'inquiéter au sujet du mot : éliminés ? »
- « Peu importe dans quoi on est, on ne peut pas y faire grand-chose, donc ça ne sert à rien de s'en préoccuper. » Lui répondit-il. « On aura tout le temps de s'en préoccuper au moment venu… Hein, Vendetta ? Oh ça sonne bien je trouve… »
- « Vendetta ? »
- « Bah oui, faut entrer dans nos personnages. Tu es Vendetta ne l'oublie pas. »
- « Et qu'est-ce qui te fait croire que je suis Vendetta et toi Trigger, pourquoi pas l'inverse ? »

Castle la regarda un instant, coupé dans son élan puis réfléchis.

- « Je trouve que ça te va bien, Vendetta. »

Elle préférait ne pas répondre et regarda Castle qui s'était mit à faire les cents pas devant elle, répétant sans cesse dans sa tête l'énigme qui leur était posée.

- « Ok, dans ce cas, tu peux m'expliquer ce que c'est : Complies ? »
- « Au Moyen-Âge, il s'agissait de la dernière prière de la journée. Prière qui se déroulait après le coucher du soleil. »
- « Donc on a jusqu'au coucher du soleil pour suivre les ours et savourer notre vie… On est mal ».
- « Un peu d'optimisme, chérie, un peu d'optimisme ! »

Castle, le pas décidé, s'élança vers le nord suivit rapidement par Beckett qui se demandait vraiment s'il savait où aller. Mais alors qu'ils allaient s'enfoncer un peu plus dans la forêt, l'écrivain s'arrêta net, Kate en fit de même avant de lui demander :

- « Pourquoi tu t'arrêtes ? »
- « Euh… (Montrant la direction dans laquelle ils allaient) C'est bien par là, le nord ? »

En voyant la tête de sa collègue, il ajouta rapidement :

- « Je plaisante ! Je sais où c'est. »


Alors qu'ils venaient de passer un magnifique chêne, probablement centenaire, quelque chose retint l'attention de Castle. Il était bien trop loin pour voir ce que c'était. Mais avant qu'il puisse s'approcher de cette masse sombre qu'il venait de voir dans un buisson, il sursauta. Son portable venait de sonner. En l'entendant, Beckett se retourna rapidement vers l'écrivain.

- « Oh, c'est marrant je capte ici. » Lança-t-il.
- « Quoi ? T'avais ton portable avec toi depuis tout ce temps et tu ne m'as rien dit ? »
- (Tentant de se défendre) « Bah c'est à dire que, je n'y ai pas pensé. Je ne captais pas tout à l'heure à l'hôtel… Et puis avec tout ce qui s'est passé, les armes, les couteaux, nous deux dans une même chambre, dans un même lit. Oui, j'avoue que ça m'est sortit de la tête ! »
- « J'hallucine ! »

Il sortit son portable de la poche.

- « Ah c'est Esposito… » Il lui tendit, timidement, le téléphone. En espérant ne pas subir le gourou du lieutenant de New-York. « Je te le passe ? ».

Elle lui arracha le téléphone des mains.

- « Pendant que tu réponds, je vais… » (Regardant autour de lui.) « Je vais voir ailleurs si j'y suis… ».
- « Bonne idée ! » Lui répondit-elle, agacée.

Castle s'éloigna de quelques pas avant de se retourner :

- « Et si je tombe nez-à-nez avec un ours ? »
- « Et bien, tu cours. Ça te fera les pieds ! »

Puis il disparu laissant à Beckett le loisir de répondre tranquillement.

- « Beckett. »
- « Ah bah enfin ! Qu'est-ce que je suis content d'entendre ta voix ! »
- « Et moi donc ! »
- « Une minute, où est Castle ? »
- « Parti chasser les ours. »

Un moment de silence se fit entendre. Kate n'eu pas de mal à deviner la tête que son collègue de New-York était en train de tirer en ce moment.

- « Qu'est-ce qu'il s'est passé, ça va vous ? » Demanda Javier.
- « Je vais te faire la version courte : Opéra, taser, réveil à l'hôtel, valise avec des armes, couteaux puis rencontre de personnes bizarres. Pour le moment, on ne sait pas exactement où on est. On est encerclé par des arbres. Et Castle pense que c'est… »
- (Lui coupant la parole) « La CIA. »
- « Ouais. »
- « Pourquoi vous n'avez pas répondu plus tôt ? Depuis l'enlèvement, on tente de vous joindre, sans succès. »
- « Il doit y avoir un brouilleur dans l'hôtel. Là, on est en forêt. »
- « A chasser les ours ? »
- « C'est à peu près ça. Tu peux lancer une recherche sur les noms Trigger et Vendetta ? »
- « C'est qui ? »
- « J'ai l'impression qu'il s'agit des noms qu'utilisaient nos deux victimes. Trouve tout ce que tu peux. On vous recontacte le plus vite possible et j'espère que t'auras trouvé quelque chose qui puisse nous faire avancer. »
- « C'est comme si c'était fait. »
- « Pendant ce temps, on va continuer à enquêter… Quelque chose me dit que notre empoisonneur est ici avec nous. »
- « Ok, faites attention à vous. »

Elle raccrocha et éteignit le téléphone pour économiser la batterie. Ensuite, elle se mit à la recherche de Castle.


Alors que Beckett était toujours au téléphone, Castle s'était éloigné d'au moins cinquante mètres sans réellement s'en rendre compte. Il était sur le point de faire demi-tour quand il se retrouva à côté de la masse sombre qui l'avait interpelé avant que son téléphone ne sonne. « Si c'est un ours et qu'il me bouffe, je reviendrai la hanter ! » Se dit-il en pensant à Beckett. Avant de retirer les quelques branches sur cette chose. « Qu'est-ce que ? ». Il se releva brusquement, surpris et à la fois effrayé par sa découverte macabre. Il s'agissait du cadavre d'un homme, la quarantaine. A l'évidence, il avait reçu deux coups de couteau : l'un dans l'abdomen et l'autre directement dans le cœur. Puis son tueur a tenté, en vain, de masquer son crime en le cachant dans un buisson et en le recouvrant de quelques branchages.
Castle s'apprêta à faire demi-tour pour avertir Beckett quand il sentit une vive douleur dans le dos : un homme venait de lui asséner un coup derrière la nuque. Étourdi, à genoux, il tenta de se relever. Mais l'individu lui passa une corde autour du cou. Par réflexe, l'écrivain eût juste le temps de mettre ses mains entre son cou et cette corde. Mais il savait qu'il n'allait pas tenir bien longtemps comme ça. Il avait juste retardé ce qui l'attendait : une bonne et longue, très longue nuit. Son agresseur ne disait rien, il se contenta de serrer un peu plus fort la corde.
L'oxygène commençait à manquer sérieusement, Castle sentit ses jambes l'abandonner. Une sensation d'engourdissement l'envahit. Il était à deux doigts de perdre connaissance, quand il entendit un coup de feu. Il tomba, face contre terre. L'homme avait lâché prise, il retira rapidement la corde et se mit à tousser.

Pendant que Castle tentait de retrouver une respiration normale, Kate se précipita sur l'homme sur lequel elle venait de tirer. Elle prit son pouls. Rien. Alors elle commença un massage cardiaque pour tenter de le faire revenir, et si possible, obtenir des réponses sur les raisons pour lesquelles il voulait étrangler l'écrivain.
Malgré ses efforts, elle n'arriva pas à le faire revenir. Elle tenta de cacher sa déception. Elle détestait devoir tirer sur quelqu'un et surtout lui prendre la vie. Mais elle n'avait pas eu le choix, d'ailleurs elle n'avait même pas réfléchi, c'était la vie de cet inconnu ou celle de Castle. Il n'y avait pas matière à réflexion, juste agir, et c'est ce qu'elle avait fait.
Pourtant, elle se sentait mal, coupable de quelque chose. Pourquoi avait-elle visé directement la poitrine ? Pourquoi pas dans l'épaule ? Elle avait tout le loisir de tirer pour blesser, et non pour tuer. Pourquoi ce choix ?
Elle finit par abandonner le massage cardiaque. Ses mains couvertes de sang témoignaient de ce qu'elle avait tenté de réaliser. Elle s'assit un instant près du corps de cet homme. Réfléchissant à ce qu'elle venait de faire. Elle finit par se relever, frotter ses mains contre son pantalon pour ce débarrasser de cette triste couleur rouge, et alla vers Castle.

Alors que l'écrivain était toujours à genou, à la recherche de sa respiration. Il sentit une main se poser sur son épaule. Quand il leva la tête, il vit Beckett tenant son glock dans ses mains tachées de sang. A en juger par sa tête, elle avait eu aussi peur que lui.

- « Est-ce que ça va ? » Demanda-t-elle, inquiète.

Après avoir savouré quelques bonnes bouffées d'air, Castle arriva enfin à lui répondre :

- « A merveille ! Merci. »
- (Montrant l'homme sur lequel elle venait de tirer) « C'était qui ? »
- « Aucune idée. Il a oublié de se présenter avant d'essayer de me tuer. Tu le crois ça ? »
- (Montrant maintenant l'autre cadavre) « Et lui ? »
- « Aucune idée non plus. Il n'a pas voulu répondre quand je lui ai demandé. »
- « Tu peux être un peu plus sérieux ? »
- « Là, tout de suite, maintenant ? Non. Il a essayé de me tuer, et l'humour… Et bien ça me détend. »
- « Et bien, quand tu seras un peu plus détendu, tu me feras signe. »
- « Avec joie. »

Castle finit par s'asseoir le long d'un arbre pour se remettre de ses émotions. Il regarda Beckett se rendre une nouvelle fois près du corps de l'homme qu'elle avait tué pour lui sauver la mise. Elle lui semblait ailleurs comme perdue dans ses pensées.

- « Au fait, je sais où on doit aller. »
- « Ah bon ? T'as eu une illumination quand l'autre a tenté de t'étrangler ? »
- « Ouais, ça aide à voir les choses autrement. »
- « C'est-à-dire ? ».
- « L'énigme disait de suivre les ours. Et bien, je sais ce que ça veut dire. »
- « Je suis toute ouïe. »
- « On sait tout les deux que les ours ont la manie de se frotter contre les arbres. On doit juste chercher des arbres ayant ce genre de marques ».

Il venait de pointer un arbre qui semblait usé à environ un mètre trente du sol.

- « Pendant que l'autre m'étranglait, j'en ai remarqué un autre, un peu plus loin. Vers le nord justement. Comme l'énigme le suggérait, d'ailleurs. »

Castle se leva.

- « On y va ? »
- « Et les corps, on en fait quoi ? »
- « On ne peut plus rien faire pour eux et de toute façon, ils ne vont pas se sauver. Je suggère qu'on termine cette énigme, histoire de ne pas être éliminés. On aura tout le loisir de faire venir une équipe pour les emballer dans un joli sac en plastique. »

Beckett acquiesça et ils se mirent tout les deux en chemin.


Au bout de quelques heures, ils approchèrent d'un petit cabanon perdu au milieu des bois.
Castle ne cacha pas sa joie d'arriver, enfin, au bout de l'épreuve. Cette petite promenade dans la forêt n'avait pas été de tout repos, entre le téléphone, le cadavre, l'autre type qui lui saute dessus… Il était bien content d'être arriver à bout de cette énigme, et d'ailleurs il n'était pas le seul. Kate aussi ne cacha pas son bonheur de constater que cette épreuve était derrière eux. Pourtant en arrivant au pied du cabanon, il n'y avait rien qui leur laissait penser que c'était terminé.

- « Quoi ? Comment ça ? Pas de buffet, pas de ligne d'arrivée avec des jolies filles pour nous applaudir ? Pas de comité d'accueil ? C'est nul ! » S'exclama Castle, extrêmement déçu.
- « J'aurais aussi espéré un peu d'eau ! » Continua Beckett.

Ils regardèrent autour d'eux, voir s'ils étaient bien au bon endroit. En faisant le tour, il n'y avait plus de trace sur les arbres. Excepté là où ils venaient.

- « Ça doit être le bon endroit. »
- « Comment on peut en être sûr ? » Se demanda Kate.

Elle n'eut pas le temps d'ajouter quelque chose, qu'une voix venant du cabanon les interrompit :

- « Vous avez terminé cette partie de l'épreuve. Pour la compléter : retournez dans vos quartiers avant les Complies. »

Surprit, le couple d'infortune se regarda droit dans les yeux en fronçant les sourcils.

- « Y a quelqu'un là dedans ? »

Castle commençait à tapoter dans le cabanon, à la recherche d'une fausse cloison.

- « C'est un enregistrement, banane ! » Lança Beckett en lui tapant l'épaule.
- « Banane ? Bah merci. »
- « Écoutons-le, et retournons à l'hôtel. »
- « Hum, j'aime quand une femme me dit cela. »

Sur le chemin du retour, Kate ne put s'empêcher d'effectuer un petit crochet vers l'endroit où elle avait tiré sur l'agresseur de Castle et où ce dernier avait trouvé un cadavre dans les buissons.
En arrivant au même endroit, ils eurent la surprise de constater que les cadavres avaient simplement disparus. Hormis quelques traces de sang, rien ne laissait penser qu'il y avait, quelques instants plus tôt, deux corps gisant à même le sol.

- « Ok, ça c'est bizarre. » Lança Beckett.
- « Je ne trouve pas. »
- « Tu ne trouves pas ça bizarre, deux cadavres qui disparaissent aussi vite ? ».
- « Bah non, vu qu'on est dans un camp d'entrainement pour… »

Elle lui coupa la parole voyant déjà trois lettres arriver au galop :

- « Ah non, hein ! On en a déjà parlé. Je ne veux pas encore ces trois lettres sortir de ta bouche ! »
- (Levant les bras) « Ok, comme tu veux… (Hésitant un moment) chérie. Mais tu verras que j'ai raison. »

Alors que Castle commença à partir en direction de l'hôtel, Beckett l'interpela :

- « Attends, je vais profiter qu'on ait du réseau pour téléphoner à Esposito. Voir s'ils ont du nouveau sur les recherches que je lui ai demandées de faire. »
- « Ok. Moi je retourne à l'hôtel. »
- « Ah non ! Tu ne bouges pas d'un poil ! Je n'ai pas envie que la mésaventure de tout à l'heure se reproduise. Tu restes dans mon champ de vision, ou c'est moi qui t'étrangle. »

Castle s'exécuta, et resta debout devant elle sans oser bouger. Beckett sortit le téléphone de sa poche et l'alluma.

- « Il faudra penser à me le rendre. » Protesta l'écrivain.

Kate lui fit un signe de la main pour qu'il se taise.

- « Et ce serait bien qu'on se dépêche, on est limité dans le temps. » Ajouta l'écrivain. Beckett se contenta de lui envoyer un regard noir, qui fit effet immédiatement.

- « Beckett, j'attendais ton coup de fil. » Lança Esposito, heureux de réentendre sa voix.
- « Tu as pu apprendre quelque chose sur les noms que je t'ai donné ? ».
- « Alors on a rien trouvé… »
- (Lui coupant la parole) « Pas de chance. »
- « Attends. On a rien trouvé ici, aux USA. Mais Ryan a eu l'idée de contacter Europol. Et on a trouvé pas mal d'infos sur Trigger et Vendetta. Ce sont des tueurs professionnels, principalement connus pour sévir en Europe. Trigger alias Andreas Van Der Braun alias plein d'autres jolis petits noms, est originaire d'Angleterre. Ses armes de prédilections étant les pistolets ou les revolvers. Vendetta que tu connais sous le nom de Katljin vient de France. Réputée pour manier le couteau avec perfection. »
- « Super. Des tueurs professionnels, je commence enfin à y voir plus clair. Merci Esposito. On vous recontacte dès que possible. »

Elle raccrocha et tendit le téléphone à Castle qui avait quitté le monde réel en entendant : « Tueurs professionnels ».

- « Ai-je bien entendu, ce que j'ai entendu ? »
- « Pas maintenant, poussin. »

Il finit par reprendre son Iphone et le mit dans sa poche arrière. Même s'il ne disait rien, ces petits surnoms commençaient à l'énerver.

Après quelques temps, ils virent enfin l'hôtel se dessiner devant leur yeux…