Bon, bon, bon... voilà, je suis démasquée... Effectivement, j'ai un certain accent de campagne quand je parle et je fais de gros efforts pour ne pas trop que ça paraisse dans les lignes que j'écris. Mais je suis contente que vous m'ayez démontré quelques-unes de mes erreurs. Grâce à vous, je doublerai d'effort dans la correction de mes prochains chapitres. Merci beaucoup :)
Bonne lecture !
(Ce monde magique appartient à J.K. Rowling)
(Merci encore à Persis pour m'avoir aidée dans mes corrections.) :D
Chapitre 6
Fleury et Bott
Dumbledore, suivi de Matilde qui clopinait toujours, se rendit derrière le pub du Chaudron Baveur après avoir salué amicalement le barman Tom. Ils aboutirent dans une petite cour entourée de grands murs de briques rouges, où quelques poubelles envahies de mauvaises herbes s'entassaient dans un coin.
— Voilà, dit vivement Dumbledore en se retournant vers Matilde. Nous sommes présentement à l'entrée du Chemin de Traverse.
— Vraiment ? dit-elle en regardant autour d'elle d'un air craintif.
Elle ne voyait aucune porte existante à la surface des briques et elle appréhendait terriblement une autre aventure semblable à celle du Portoloin.
— Mais tu es blessée, remarqua enfin Dumbledore, alors que Matilde s'était approchée, en boitillant, des poubelles pour y jeter un coup d'œil soupçonneux.
— Je me suis fait mal en atterrissant tout à l'heure, répondit-elle en espérant que cela serait pris en considération lorsqu'il ouvrirait l'entrée du Chemin de Traverse.
— Vraiment navré de ne pas avoir aperçu ta souffrance plus tôt, dit Dumbledore. Tu aurais dû m'en faire part.
Il plongea la main sous sa cape turquoise.
— Je vais t'arranger ça…
Mais lorsqu'il ressortit cette même abominable branche qui avait mis le feu à la table basse du salon la veille et la pointa sur Matilde, celle-ci recula aussitôt avec panique.
— Non ! supplia-t-elle en mettant les mains devant elle pour tenter de se protéger. Ne pointez pas ça sur moi ! Je vous en prie !
Dumbledore rabaissa immédiatement sa baguette.
— Tu n'as pas à avoir peur, Matilde, assura-t-il avec douceur. Ma baguette ne te ferait jamais de mal.
— Ne pointez plus jamais cette chose sur moi ! menaça Matilde en froissant sous l'affolement la lettre qu'elle tenait toujours entre ses mains.
— Cette chose est une baguette, Matilde, dit Dumbledore avec calme, et il se trouve que tu en auras besoin d'une pour tes études à Poudlard.
— Mais ce truc est dangereux !
— En effet, ce truc est dangereux, confirma-t-il. Mais cela dépend toujours du sorcier qui l'utilise.
Matilde observa Dumbledore qui caressait sa baguette de ses longs doigts fins. Elle savait bien qu'il ne lui ferait pas de mal mais s'obstinait toujours à ne pas lui faire confiance.
— Si tu me le permets, reprit Dumbledore d'un ton amical, je te montrerai les bienfaits de la magie. Mais seulement si tu le veux bien…
— Vous allez faire quoi ? demanda Matilde d'un air farouche.
— Simplement réparer ta cheville…
— Elle guérira toute seule, avisa-t-elle sèchement. Je n'ai pas besoin de magie… D'ailleurs, j'ai très bien su vivre sans magie jusque-là.
— Mais maintenant il va falloir apprendre à vivre avec la magie. Tu es une sorcière, Matilde, rappela désagréablement Dumbledore.
Puis, sous le regard venimeux que lui asséna Matilde, il se retourna vers le mur au-dessus des poubelles et se mit à étudier les briques.
— Oh, et si tu changes d'avis au sujet de ta cheville, ajouta-t-il nonchalamment, ça me fera grandement plaisir de la soigner. Nous aurons à marcher encore longtemps, tu sais.
— Je n'aime pas la magie… grommela Matilde.
Soudain, la panique revint s'emparer d'elle lorsqu'elle s'aperçut qu'elle n'avait plus sa valise depuis déjà un long moment.
—Où est ma valise ? demanda-t-elle à Dumbledore.
— Quelqu'un est venu la chercher pour l'expédier directement à Poudlard, répondit-il posément. Je me suis dit qu'elle deviendrait vite encombrante sur le Chemins de Traverse.
— Mais je ne me rappelle pas qu'un individu quelconque soit venu la chercher, se récria-t-elle en regardant autour d'elle comme si sa valise pouvait s'y trouver quelque part.
— Non, bien sûr, dit Dumbledore. Tu étais encore en état de choc suite à ta première expérience du Portoloin. Il était de passage devant le Chaudron Baveur et a donc dû repartir rapidement...
— Qu'est-ce qui vous dit que ce n'était pas un voleur ? demanda Matilde, courroucée.
Elle n'appréciait pas du tout le fait que Dumbledore ait confié sa valise à quelqu'un sans son consentement.
Dumbledore sourit.
— Tout simplement parce que je connais bien Wilkin et qu'il était sous mes ordres.
Il tapota, du bout de sa baguette, quelques briques rouges du mur devant lui.
— Et c'est qui Wilkin ? interrogea Matilde avec froideur.
— C'est l'un des elfes de maison qui travaillent à Poudlard...
Mais Matilde ne put lui demander ce qu'était un « elfe de maison » puisque Dumbledore la bouscula un peu pour l'écarter du mur qui s'était soudain mis à trembler et à s'animer...
Horrifiée, Matilde s'agrippa à la manche de Dumbledore. Les briques se déplaçaient d'elles-mêmes dans des mouvements précis, roulant et se frottant les unes contre les autres dans des bruits assourdissants, puis s'immobilisèrent aussitôt qu'elle eut formé une ouverture béante sur la surface du mur, à l'endroit précis où Dumbledore avait fait passer sa baguette. Un nuage imposant de poussière s'était élevé en tourbillonnant dans toute la cour.
— Bienvenue sur le Chemin de Traverse ! dit joyeusement Dumbledore.
Matilde, hébétée, lui lâcha la manche et plissa les yeux dans la poussière. Un chemin s'étendait de l'autre côté de l'ouverture. Elle distingua un assortiment de boutiques étranges et quelques sorciers s'y promenaient tranquillement, emmitouflés dans des capes à l'abri de la neige qui continuait de tomber légèrement en cette journée de novembre.
— Tu viens ? l'invita Dumbledore en s'engouffrant le premier dans l'ouverture.
Au cas où le mur se refermerait brusquement devant elle, la laissant seule derrière le pub comme une idiote, Matilde lui emboîta rapidement le pas.
Elle n'avait jamais vu d'endroit pareil. Lorsqu'elle marchait tant bien que mal au côté de Dumbledore, elle ne put s'empêcher d'afficher un air fasciné devant tous ces magasins aux toits blanchis par la neige, au point d'en oublier quasiment la douleur à sa cheville. Elle contemplait l'intérieur des vitrines avec curiosité et observait les hiboux perchés sur les panneaux au-dessus des boutiques. Elle put y lire : « Tissard et Brodette », qui indiquait un magasin de vêtements des plus bizarres, et « Fleury et Bott »,qui représentait une boutique de livres à en juger par les étalages remplis d'ouvrages qu'elle voyait à travers la vitrine. Quelques chats se promenaient par-ci et par-là, et elle vit un homme sortir d'une boutique nommée « Magasin d'accessoires de Quidditch » avec un balai à la main.
— Hé ! Faites donc attention où vous marchez, dit brusquement un sorcier à la cape rouge sur laquelle elle avait trébuché par mégarde.
— Désolée, marmonna Matilde.
Mais il ne lui accorda pas le moindre regard. Il disparut hâtivement derrière la porte de l'« Apothicaire » et Matilde, offusquée, l'observa un moment de l'autre côté de la vitrine encombrée de toutes sortes de fioles et de bocaux dont certains récipients présentaient un contenu assez répugnant.
« Crétin ! » pensa-t-elle.
Elle détourna les yeux et chercha Dumbledore du regard. Il ne fallait absolument pas qu'elle le perde de vue. Elle n'osa pas s'imaginer ce qu'elle ferait seule dans ce monde excentrique. Mais elle l'aperçut bien assez vite, qui lui faisait de grands signes de la main, non loin de la boutique « Fleury et Bott ». Elle retourna donc sur ses pas d'un air exaspéré.
— Avertissez-moi lorsque vous vous arrêtez à l'avenir ! lui lança-t-elle, irritée, en s'appuyant d'une main sur le rebord de la vitrine de Fleury et Bott pour observer sa cheville qui sembla avoir considérablement enflé.
— Elle a l'air très mal en point, commenta Dumbledore qui fronçait les sourcils. Je t'offre encore mes services pour la soigner, tu sais.
Matilde lui jeta un regard noir. C'était les soins d'un docteur dont elle avait besoins et non pas d'un stupide sorcier !
— D'accord, comme tu voudras… dit Dumbledore comme s'il avait lu ses pensées.
Puis il suggéra :
— Pourquoi n'irais-tu pas chercher tes manuels scolaires pendant que j'irais acheter tes autres fournitures inscrites sur ta liste ?
— Je ne sais pas, répondit Matilde, mal à l'aise, je n'aime pas l'idée de me retrouver seule dans une boutique.
— Oh, mais tu n'as rien à craindre, Matilde, assura-t-il. En général, les gens sont gentils ici… Bonjour, lança-t-il d'un ton joyeux à l'adresse d'un beau jeune homme blond qui s'apprêtait à entrer chez Fleury et Bott.
Matilde estima du premier coup d'œil qu'il devait tout juste avoir atteint la vingtaine d'années.
— Ah, bonjour professeur Dumbledore, dit le jeune homme blond en souriant. C'est sympa de vous voir dans le coin.
— Merci, il est plaisant de te revoir également Ranbbie… Matilde, je te présente Ranbbie Hedlund. C'est un ancien étudiant de Poudlard.
Matilde lui fit un faible sourire.
— Et voici Matilde, Ranbbie, dit Dumbledore en désignant sa protégée d'un geste paternelle. Elle est cependant un peu timide…
— Je ne suis pas timide, protesta-t-elle à mi-voix, recevant aussitôt, de la part de Ranbbie, un large sourire qui lui dévoila un charme troublant.
Elle sentit ses joues s'enflammer. Gênée, elle se surprit à vouloir soudainement se diriger vers la boutique de Fleury et Bott dans l'intention d'y entrer se cacher.
— Je vais aller acheter mes livres, dit-elle alors, avant de se hâter vers la porte mais Dumbledore lui demanda d'attendre un peu.
Il plongea la main dans sa poche et en retira une bourse de couleur vert foncé et tachetée de noir.
— Tiens, dit-il en la lui donnant dans les mains, c'est de l'argent pour payer tes livres. Je serai au magasin de chaudrons si tu me cherches ensuite. Sinon, viens faire un tour à la Boutique de Brocante.
Il lui adressa un clin d'œil. Matilde acquiesça d'un signe de tête et fourra la bourse dans sa poche de manteau avec la liste.
Dès qu'elle entra chez Fleury et Bott, le tintement d'une cloche retentit, et la première chose qu'elle vit est une grosse pile de livres qui montait jusqu'au plafond sans aucun signe avertissant qu'un effondrement était sur le point de se produire.
« Ça tient sûrement par magie » songea-t-elle, impressionnée.
Puis elle remarqua qu'il y en avait d'autres un peu partout, autour d'elle. D'innombrables étagères remplies à craquer de toutes sortes d'ouvrages à rayures de différentes couleurs s'entassaient dans toute la boutique.
Lorsque la porte se referma d'elle-même derrière elle, Matilde sursauta et se retourna. À travers la vitrine, elle vit Dumbledore qui discutait tranquillement avec Ranbbie. Matilde pensa que si elle parvenait à acheter ses livres rapidement, avec un peu de chance, Dumbledore serait toujours près de la porte à l'attendre. Elle ne se réjouissait guère de devoir le rejoindre à une autre boutique et ainsi traverser le Chemin de Traverse seule à la rencontre de divers personnages loufoques et inquiétants.
— Bonjour, dit une voix lasse derrière le comptoir qui lui provoqua un nouveau sursaut. Je peux vous aider, mademoiselle ?
C'était un homme à l'air fatigué, le crâne dégarni, qui l'observait derrière les piles de livres posées sur son comptoir.
— Heu… je… en fait, je…, balbutia Matilde au dépourvu. Ça va, merci…, dit-elle enfin avec un sourire forcé.
Et, sous le regard soupçonneux du libraire, elle se faufila rapidement à travers les piles d'ouvrages et vint s'adosser au bout d'une étagère, hors de vue. Là, elle respira un bon coup pour tenter de se calmer. Sa cheville l'élançait. Mais qu'est-ce qui lui prenait donc d'être si effrayée à rien ? Simplement parce qu'elle n'était pas dans son monde, voilà tout, songea-t-elle avec amertume. Tout était étrange ici, même ce volume qui s'agitait sur l'étagère, devant elle, en émettant de faibles ricanements étouffés. En le regardant de plus près, Matilde put lire en lettres dorées sur sa reliure : « Enchantements par le rire ».
Puis elle promena ses yeux sur les autres titres de livres autour : « Sorts pratiques contre les nuisibles magiques », « Les sortilèges d'embrumes », « Sautons dans le chaudron », « Les secrets des licornes »…
— Les secrets des licornes ? relut Matilde à voix basse, intriguée. Mais les licornes n'existent pas, tout de même !
Elle se saisit de l'ouvrage, l'ouvrit, et le feuilleta avec intérêt. Elle tomba sur une biographie d'une licorne supposément célèbre pour avoir perdu sa corne lors d'une guerre contre les gobelins.
« Les gobelins ? »
Décidément, il existait n'importe quoi dans ce monde de fous. Matilde remit l'ouvrage à sa place et un gros album à la reliure épaisse attira ensuite son attention. On pouvait y lire : « L'énorme livre des dragons énormes ». Trouvant le titre stupide, elle le saisit aussitôt et le feuilleta en songeant que les dragons ne pouvaient forcément pas exister aussi. Elle lut alors un paragraphe expliquant tout ce qu'on pouvait créer avec de la peau de dragon.
« C'est absurde… »
Retenant le lourd album d'une main, Matilde plongea l'autre main dans son manteau et en ressortit la bourse de Dumbledore. La couleur vert foncé tachetée de noir ainsi que la texture solide du matériel l'intrigua soudainement. Était-ce de la peau de dragon ? Troublée, elle remit la bourse dans sa poche et replaça « L'énorme livre des dragons énormes » à sa place sur l'étagère. Elle avait assez perdu de temps. Elle devait à présent trouver les livres figurants sur sa liste pour sortir d'ici au plus vite. Elle sortit donc la lettre de sa poche, la déplia et examina la partie où les ouvrages et les manuels étaient énumérés.
— Le livre des sorts et enchantements (niveau 1) de Miranda Fauconnette, lut-elle à mi-voix.
Matilde regarda autour d'elle. Découragée, elle se demanda bien comment allait-elle parvenir à trouver un ouvrage spécifique dans tous ces tas d'étagères qui surchargeaient péniblement la boutique. Elle se rendit vite à l'évidence : elle allait devoir demander de l'aide au libraire.
Hésitante, elle s'avança vers le comptoir recouvert d'innombrables piles de livres. L'homme au crâne dégarni était installé derrière, le nez plongé dans un bouquin à la couverture cuivrée. Il ne sembla pas avoir remarqué que Matilde clopinait silencieusement vers lui.
« Il devrait faire le ménage dans sa boutique au lieu de lire, pensa-t-elle avec humeur. À moins qu'il ne s'agisse d'un guide qui explique comment agencer une librairie proprement… »
Soudain, la cloche de la porte retentit et Ranbbie entra dans la boutique. Le libraire leva aussitôt la tête dans sa direction.
— Bonjour, répéta-il de son ton las et machinal, je peux vous aider monsieur ?
— Non, ça va, merci, répondit vivement Ranbbie en jetant des coups d'œil partout autour de lui, comme s'il cherchait quelque chose en particulier, ou quelqu'un...
Lorsqu'il aperçut Matilde qui s'était figée entre deux longues piles de livres en équilibre précaire, il s'avança aussitôt vers elle, d'une démarche désinvolte.
— Tiens donc, dit-il d'un ton narquois. La jeune fille non-timide…
Matilde s'embrasa encore une fois. Cet homme blond l'intimidait et elle ne savait pas trop pourquoi. Peut-être était-ce son air d'arrogance ?
Voyant qu'elle ne répliquait pas, Ranbbie en profita pour se rapprocher d'elle et lui susurrer à l'oreille :
— Sais-tu que tu es particulièrement jolie lorsque tu rougis comme ça ?
Les entrailles de Matilde se mirent aussitôt à bouillonner. Il osait lui faire des avances ! Elle exécrait ces garçons qui prenaient toujours avantage de leur physique parfait. Combien de fois, au lycée, elle s'étaient fait harceler par la bande des « beaux garçons à qui aucune fille ne devait leur résister » ? Décidément, ils étaient tous pareils, qu'ils soient sorciers ou pas ! Le repoussant brutalement d'une main, elle le regarda d'un air offusqué.
— Laissez-moi tranquille ! lui dit-elle froidement avant de passer devant lui, la tête haute.
Par-dessus son bouquin, le libraire les regarda avec curiosité.
— Dis-moi, Matilde, lança Ranbbie dont la voix n'avait pas changer de ton, pourquoi ne pas guérir cette cheville qui te gêne ? Tu serais bien plus élégante si tu n'avais pas à boiter de la sorte.
— Mêlez-vous de vos affaires, répliqua-t-elle sèchement sans se retourner.
— Tu peux me tutoyer, tu sais…
— Fichez-moi la paix !
Elle le fusilla du regard par-dessus son épaule et s'arrêta devant le comptoir du libraire qui la regarda d'un air sévère.
— Calmez-vous, jeunes gens, gronda-t-il. Je ne veux pas de ça ici ! Si vous avez des comptes à rendre, allez faire ça dehors !
— Désolée, s'empressa de s'excuser Matilde avec un sourire gêné.
L'homme la dévisagea un moment et replongea brusquement le nez dans son livre. Soudain, Matilde eut l'impression désagréable que le portrait de l'auteur, au dos de l'ouvrage qu'il tenait, s'animait. Elle se ressaisit aussitôt en clignant plusieurs fois des yeux, convaincue qu'il s'agissait sûrement d'une hallucination, puis elle reporta son attention sur le libraire.
— Heu… c'est parce que j'aurais besoin de votre aide…
L'homme leva lentement les yeux et la scruta d'un air mauvais. Matilde ressentit alors l'envie subite de s'enfuir, de courir hors de cette boutique pour aller se cacher quelque part où elle serait enfin à l'abri de tout ces gens redoutables. Mais, prenant son courage à deux mains, elle lui tendit néanmoins sa liste de fournitures scolaires.
— Vous pouvez m'aider à trouver tous ces livres ? demanda-elle timidement.
Le libraire soupira ostensiblement, prit la liste d'une main et plongea l'autre dans sa poche de veston pour en retirer une lunette poussiéreuse, rattachée par une chaîne en or, avec laquelle il examina la liste attentivement. Matilde en profita pour se retourner un instant et inspecter la pièce à la recherche de Ranbbie. Au moment où elle se disait qu'il avait dû filer en douce, elle l'aperçut entre deux étagères, en train de tourner les pages d'un gros grimoire terni. Ranbbie lui sourit d'un air aguichant dès qu'il remarqua qu'elle l'observait et Matilde détourna immédiatement les yeux.
« Quel con ! » pensa-t-elle en se sentant rougir à nouveau.
— Vous n'avez pas trouvé un seul de ces livres dans ma librairie ? demanda le libraire d'un ton ennuyé.
Ses yeux bondissaient d'un bord à l'autre de la liste, derrière sa lunette poussiéreuse.
— En fait, je n'ai pas vraiment le temps de fouiller, avoua Matilde. Je me suis dit que vous saviez sûrement l'emplacement exact de tous ces livres…
— Vraiment ? dit le libraire en regardant Matilde comme s'il la soupçonnait d'essayer d'être drôle. Vous n'utilisez donc pas le sortilège d'attraction ?
— Le… le sortilège d'attraction ? balbutia-t-elle, interloquée. Heu... Je… je ne possède pas de baguette…
— Une sorcière sans baguette magique ! s'étonna le libraire d'une voix sonore alors que Matilde se ferma les yeux avec désespoir.
Elle espéra que Ranbbie ne soit pas dans son dos en train de l'observer avec amusement.
— J'imagine que vous l'avez égarée quelque part par maladresse ! Si j'étais vous, j'irais sur-le-champ la retrouver ou m'en procurer une autre ! C'est honteux se promener ainsi sans baguette et il est surtout imprudent…
— Monsieur ! interrompit Matilde, accablée, je veux seulement acheter mes livres et décamper d'ici le plus rapidement possible.
Un silence de malaise tomba, durant lequel le libraire lui jeta un terrible regard de reproche. Puis, lentement, il rangea sa lunette dans sa poche de veston et sortit sa baguette magique de sous son comptoir. Matilde frissonna lorsqu'il pointa ses étagères.
— Accio « Le livre des sorts et enchantements (niveau 1) » de Miranda Fauconnette, grogna-t-il.
Un ouvrage violet titré en lettre d'or surgit alors d'une étagère et vint retomber avec fracas sur le comptoir devant Matilde.
— Accio « Histoire de la magie » de Bathilda Tourdesac !
Même manège, avec un manuel nacré venant se poser lourdement par-dessus l'ouvrage des sorts et enchantements.
— Accio « Magie théorique » de Adalbert Lasornette !
Et ce fut la même chose pour tous les livres de la liste, formant une jolie pile chancelante sous les yeux ahuris de Matilde.
— Ça fera cinquante-six Gallions et quatorze Mornilles, déclara froidement le libraire en lui redonnant la liste avec raideur.
— Cinquante-six… Gallions et… ? répéta Matilde, hébétée, en rangeant la liste dans sa poche de manteau.
— Quatorze Mornilles, acheva le libraire.
Encore quelque chose qui sortait de l'ordinaire, pensa Matilde en soupirant. Les sorciers se servaient d'une monnaie différente des gens normaux — pour ne pas dire Moldus. Mais la bourse de Dumbledore devait assurément contenir ce genre de monnaie. Matilde retira alors la bourse de sa poche et dénoua le cordon sous le regard impatient du libraire. À l'intérieur, elle vit des pièces en or scintiller. Se demandant si c'étaient des Gallions ou des Mornilles, elle en sortit quelques-unes pour les déposer de façon hésitante sur le comptoir, en guettant l'expression faciale du libraire.
— C'est cinquante-six Galions, répéta-t-il, agacé, et quatorze Mornilles.
— Oui, je sais, répliqua Matilde.
Elle posa une à une les pièces sur le comptoir en les comptant. Elle s'arrêterait à quatorze. Comme ça, s'il s'agissait de Gallions, il lui répéterait qu'il en manquait encore. Sinon, si c'était des Mornilles, il les prendrait en réclamant les cinquante-six Gallions. C'était son plan. Et comme de fait, elle suspendit sa main au dessus de la quatorzième pièce, à l'affût de la moindre réaction du libraire.
— Vous n'avez plus d'argent ? interrogea celui-ci.
Matilde aurait préféré quelque chose comme : « Vous n'avez plus de Gallions ? » ou bien : « Vous n'avez plus de Mornilles ? »,mais estima qu'avec un peu de logique, ces pièces en or devaient forcément être des Gallions. Elle replongea donc la main dans la bourse et entreprit de sortir d'autres pièces. Tout en les ressortant une à la fois pour les déposer en tas sur le comptoir, elle remarqua soudain qu'une pièce, plus petite, en argent, avait atterri sur les autres par inadvertance. Lorsqu'elle prit le temps de la regarder d'un air intrigué, le libraire s'impatienta :
— Cela fait une Mornille, mademoiselle, dit-il d'un ton irrité. Il vous manque donc vingt-sept Galions et treize Mornilles et dépêchez-vous ! J'ai un autre client qui attend derrière vous !
Matilde se retourna vivement et vit Ranbbie, l'air amusé, un petit guide à la couverture terreuse dans les mains, intitulé « Méthodes efficaces pour dégnomer un jardin ». Il ne manquait plus que ça ! Étirant brusquement le cordon de la bourse, Matilde replongea sa main à l'intérieur pour en ressortir une poignée d'or étincelante ainsi que trois Mornilles. Elle les compta rapidement et les jeta sur le comptoir. Elle refit le même manège plusieurs fois et finit par remettre les pièces en trop à l'intérieur de la bourse.
Puis, sans un dernier regard vers Ranbbie, elle s'empara de ses huit livres à grand-peine et se dirigea en titubant vers la sortie. Mais lorsqu'elle tenta, d'un geste rapide, de rattraper « Forces obscures : comment s'en protéger » qui avait glissé inopinément du haut de sa pile, une douleur insupportable éclata dans sa cheville. Elle s'écroula alors lourdement sur le sol, dans un gémissement, ses livres s'éparpillant en tous sens autour d'elle.
Je sais, c'est un peu abrupte comme fin de chapitre... mais la suite ne tardera pas à venir ! Vous en pensez quoi de Ranbbie ?
