Réservation pour Deux (Party of Two)
CHAPITRE 5
A Corps Perdu
A peine Beckett eut-elle franchi le pas de leur chambre, elle agrippa les bords de son débardeur et le retira, se souciant peu de l'homme qui l'accompagnait et de son regard. Elle avait besoin de retirer ses vêtements, de retirer ce sang qui la salissait, qui s'accrochait à son corps, qui la souillait. Jetant son haut sur le sol, elle se dirigea vers la salle de bain alors même qu'elle commençait à défaire les boutons de son jeans, déchaussant ses chaussures au passage. Lorsqu'elle arriva devant la salle de bain, le jeans tomba à ses pieds et elle pénétra dans la pièce, refermant la porte derrière elle d'un coup de pied. Elle enleva ses sous-vêtements et pénétra dans la douche sur-dimensionnée, elle ouvrit les deux robinets et se plaça sous l'eau chaude frottant son corps avec vigueur, teintant l'eau qui dégoulinait sur son corps d'une couleur écarlate.
Castle jeta un coup d'œil sur l'horloge. Cela faisait près d'une heure que Beckett était rentrée dans la salle de bain. Il reposa l'arme avec laquelle il était en train de jouer dans son tiroir et se dirigea vers la porte de la salle de bain. Il pouvait toujours entendre l'eau couler. Il allait frapper à la porte mais y renonça, décidant de laisser à Beckett le temps dont elle avait besoin.
Il regarda à nouveau l'horloge. Cela dit, il avait faim et le dîner devait être servi incessamment sous peu.
Il se dirigea vers une des tables de nuit et en ouvrit les tiroirs. Ne trouvant pas son bonheur, il fouilla la deuxième mais ce qu'il cherchait n'y était toujours pas. Frustré, il tenta une exploration des tiroirs du bureau, mais elle ne fut pas plus fructueuse. Il réfléchit un instant, jeta un coup d'œil vers la porte de la salle de bain d'où filtrait toujours le son de l'eau qui coule. Finalement, il quitta la chambre.
Kate ressortit de la douche, vidée. Elle avait réussi à enlever le sang qui l'avait souillée, mais les images qui défilaient dans sa tête, elles, n'avaient pas disparu. Pourquoi diable était-elle si perturbée par la mort de cet homme? Elle avait déjà tiré pour tuer dans le passé. Elle n'aimait pas ça, n'avait jamais aimé ça, mais ne s'était pourtant jamais senti aussi bouleversée auparavant. Mais ces images ne la quittait pas... Castle à genoux, l'homme derrière lui l'étranglant, Castle en détresse, un coup de feu qui retentit, Castle cherchant de l'air, l'homme tombant comme une masse... Elle avait réagi par instinct. Tuer ou se faire tuer. Protéger Castle. Elle n'était pas en tort. Elle avait réagi, juste... réagi.
Elle récupéra une serviette qu'elle enroula autour de son buste et en prit une deuxième qu'elle utilisa pour sécher ses cheveux.
Lorsqu'elle eut absorbé le plus gros de l'eau dans ses cheveux elle se redressa et se regarda dans la glace. Elle fit une grimace et laissa échapper un long soupir.
Puis comme frappée par la réalisation elle se tourna vers la porte de la salle de bain, puis regarda sa 'tenue' dans le miroir.
- « Et merde! »
Elle agrippa fermement sa serviette, ne voulant pas prendre le risque qu'elle tombe à un moment inopportun, et se dirigea vers la porte. Elle sortit seulement sa tête d'abord, à la recherche de Castle. Elle fut surprise de ne pas le trouver dans la chambre, s'attendant clairement à le voir affairé sur le lit, en train de tritouiller ses nouveaux joujoux. Elle tourna la tête de l'autre côté, sortant carrément de la salle de bain et s'arrêta net.
Castle était bien là.
Il s'était installé dans ce qui faisait office de petit salon. Sur la table basse, elle vit deux assiettes contenant une large pizza chacune, quatre bouteilles de bière et sur le côté un verre rempli d'eau dans lequel Castle avait déposé sa rose complètement décrépie.
Elle resta figée, surprise de le voir là et surprise aussi par ce dîner qui l'attendait. Elle remarqua aussi que Castle avait tourné la tête quand il avait vu sa tenue et admirait la vue à travers les fenêtres barrées. Elle sourit légèrement, attendrie par ses délicates attentions. Finalement, lui sauver la vie avait du bon.
Sans un mot, elle entra dans la penderie et jeta son dévolu sur un baggy gris et un t-shirt blanc.
Lorsqu'elle en ressortit, Castle était en train de finir de découper une des deux pizzas. Quand il la vit, il déposa son couteau et récupéra une des bouteilles de bière, en enleva la capsule et la lui tendit.
- « Après une journée comme la nôtre, je ne connais pas meilleur remède. »
Elle sourit et accepta volontiers la bouteille, prenant au passage position sur le canapé, une jambe repliée sous l'autre.
- « Merci Castle. »
Une pizza et deux bières plus tard, Beckett avait retrouvé un semblant de sourire et, même si elle n'oublierait jamais le visage de cet inconnu, visage qui avait dorénavant sa place à côté de ceux des autres rares personnes qu'elle avait tuées, elle avait réussi à repousser ce souvenir suffisamment pour ne pas le laisser l'atteindre moralement.
- « Vous croyez que si on laisse nos restes sur le pas de la porte, ils viendront les récupérer, comme dans un hôtel? »
- « J'en doute Castle, » elle se leva et récupéra leurs assiettes, « mais comme vous êtes allé les chercher, je vais les rapporter. »
Il regarda sa montre.
- « Ne tardez pas trop lieutenant, les portes se ferment dans quinze minutes... »
Elle regarda sa montre à son tour et remarqua qu'il lui restait encore plus d'une demi-heure.
- « Je crois que je devrais pouvoir y arriver Castle... »
Lorsque Beckett retourna dans la chambre, elle trouva Castle en jogging et t-shirt en train de défaire le grand lit.
- « Qu'est ce que vous faites? » demanda-t-elle en s'approchant de l'autre côté du lit.
- « Je prépare le lit... »
Elle le toisa du regard.
- « Quoi? »
- « Castle, ne pensez pas une seule seconde que l'on va partager le même lit. »
- « Mais... »
- « Et il n'est pas question que je prenne le canapé. »
Il regarda le canapé, qui avait certes l'air confortable mais n'était pas ce large lit douillet qui le tentait tant. Il fit une moue déçue d'un enfant privé de dessert.
- « Arrêtez ça Castle. »
Elle repoussa les couvertures. Il accompagna sa moue des yeux de chat potté.
- « Même pas en rêve. »
Elle ouvrit le tiroir d'armes et récupéra le couteau de combat qu'elle plaça sur la table de nuit puis déposa son glock sous son oreiller. Il tenta timidement de repousser les couvertures de son côté.
- « Castle, vous mettez ne serait-ce qu'un pied dans ce lit et votre masculinité fera connaissance avec ce couteau. »
Il déglutit et observa le couteau avec appréhension.
Il tira la couverture d'un coup sec, ne laissant qu'un drap sur le lit.
« Très bien, mais je prends la couverture! »
Elle ouvrit la bouche pour protester puis se ravisa. Elle récupéra un coussin et le lui balança avec sa délicatesse légendaire à la figure.
- « Et Castle? » Il se retourna, tenant le coussin et la couverture fermement contre son corps « J'ai le sommeil très léger. »
Alors qu'il installait son petit lit sur le canapé en grommelant et qu'elle s'apprêtait à rentrer sous les draps, elle se tourna à nouveau vers lui.
- « Une dernière chose... » Il se tourna vers elle, appréhendant une nouvelle règle, une nouvelle réprimande : « Merci pour ce dîner. » dit-elle doucement avec un sourire chaleureux.
Puis elle se glissa sous le drap et éteignit sa lumière.
Il l'observa se tourner et se retourner jusqu'à ce qu'elle soit confortablement installée, un léger sourire en coin.
- « Non, merci à toi, » murmura-t-il trop bas pour qu'elle puisse l'entendre.
Le lendemain, les portes s'étaient à nouveau ouvertes automatiquement à sept heures et après s'être changé, le couple s'était dirigé vers le réfectoire.
Ils y trouvèrent Val installée à la table en train de finir une assiette qui avait dû contenir des tartines ainsi qu'une autre femme et un homme qu'ils n'avaient pas encore vu. La femme était plutôt petite, les cheveux courts et rouges, en apparence elle ne semblait pas plus dangereuse qu'une autre et si elle ne se savait pas entourée d'assassins, Beckett ne s'en serait même pas méfiée tellement elle avait l'air ordinaire. L'autre homme attira l'attention de Beckett en revanche. Déjà de part le regard qu'il lui lançait; elle n'arrivait pas à décider s'il essayait de la séduire ou si il la menaçait. Dans tous les cas, elle sentit un frisson dans le bas du dos et inconsciemment, elle se rapprocha un peu plus de son partenaire. L'homme n'était pas en soit très grand mais il était fort, il arborait un long tatouage le long de son biceps droit et elle remarqua une cicatrice qui s'étirait le long de sa clavicule.
Beckett vit un nouveau papier sur la table et s'en approcha, s'installant sur une chaise pour sa lecture pendant que Castle s'aventurait, sans grande surprise vers l'espace cuisine.
Elle fronça les sourcils lorsqu'elle en découvrit le contenu. La voix de Val la tira de sa lecture.
- « Inquiète pour votre homme? »
Elle leva les yeux vers la femme blonde qui était assise en face d'elle.
- « Je devrais? » demanda-t-elle sèchement.
- « Oh... vous devriez. » assura Val sur un ton qui n'avait rien de menaçant, mais plutôt séducteur.
- « Je suis sûre qu'il s'en sortira. » répondit Beckett avec autant d'assurance qu'elle le pouvait.
Val sourit et quitta la table mais pas avant de lui lancer un « Et vous? » qui replongea Beckett dans sa lecture, curieuse et légèrement inquiète.
Alors qu'elle arrivait au bas de la page, les sourcils froncés, la double porte s'ouvrit et Bully pénétra dans le réfectoire à son tour. Elle l'observa un moment et grimaça.
Puis elle reposa le papier et se leva pour rejoindre Castle qui n'était pas reparu. Elle le trouva à côté des plaques de gaz, en compagnie d'une poêle et une spatule à la main.
- « Qu'est ce que tu...? »
- « Ah! Tu tombes bien! Tu veux bien me passer deux assiettes? »
Elle regarda l'omelette qui finissait de cuire dans la poêle, puis Castle et à nouveau l'omelette. Elle sourit et récupéra deux assiettes. Lorsqu'elle les posa sur le comptoir, elle remarqua deux tasses remplies d'un liquide noir qui lui avait terriblement manqué.
- « Est ce que c'est... ? »
- « Un café au lait? » finit-il avec un large sourire « Par contre, désolé, je n'ai pas trouvé de sirop vanillé, je t'ai mis deux doses de faux sucre à la place »
Elle prit la tasse et la porta aussitôt à ses lèvres, laissant échapper un gémissement de plaisir lorsque le liquide chaud coula le long de sa gorge.
Castle prit les deux assiettes et commença à s'acheminer vers la table, mais elle l'arrêta.
- « Allons plutôt dans notre chambre, chéri.» proposa-t-elle en lui tirant le bras.
Il la regarda, clairement surpris. Il ne manqua pas le regard inquisiteur des personnes assises autour de la table qui les observaient et se contenta de leur adresser un sourire en coin, avant de suivre Beckett.
- « Mais bien sûr mon amour... »
Lorsqu'ils arrivèrent dans leur chambre, Beckett referma la porte tandis que Castle déposait leurs assiettes sur la table basse.
- « Alors chérie? Des projets pour ce petit déjeuner? » demanda-t-il d'une voix suave.
Beckett roula des yeux et le dépassa.
- « Tu sais, ça ne nous ferait pas de mal de nous mêler à la foule, faire connaissance un peu. »
- « Castle combien de fois je dois vous répéter que l'on n'est pas ici en vacances? »
- « Je veux dire pour enquêter! » se défendit-il en s'asseyant sur le canapé « Apprendre à connaître nos adversaires, voir qui pourrait être notre empoisonneur... »
- « Castle, que connaissez-vous des techniques de combat rapproché? » interrompit Beckett en s'asseyant à côté de lui.
Il leva un sourcil, tout en avalant une bouchée d'œufs brouillés. Il ouvrit ensuite la bouche pour parler puis la referma. Il l'ouvrit à nouveau, réfléchissant un instant...
- « Donc... Rien. »
Il la regarda en avalant une autre bouchée.
- « En gros. Pourquoi? »
- « Notre épreuve du jour. »
- « On va devoir se battre? », malgré son inaptitude un brin d'excitation se ressentait dans sa voix.
- « Cet après-midi, combat rapproché. Et vous allez être content, votre adversaire sera cette charmante blonde que vous aimez tant. »
- « Val? » cette fois son excitation était aussi teintée d'un brin d'appréhension. Ce que Beckett ne manqua pas.
- « Inquiet? »
- « Moi? » Il posa une main sur son torse, qu'il releva, fier « Du tout! »
Beckett hocha la tête et ils mangèrent leur petit-déjeuner en silence. Quelques bouchées plus tard, Castle se tourna vers sa partenaire.
- « Vous pourriez m'apprendre à me battre lieutenant? »
Beckett cacha son sourire. Elle avait pensé que cette question serait venue une bouchée plus tard.
Elle finit d'avaler ses œufs et vida sa tasse de café avant de se lever.
- « J'ai besoin de me changer » Elle examina la tenue de Castle qui portait un jeans et une chemise « Et vous aussi. »
Elle pénétra dans la penderie, récupéra un pantalon large, marron et un t-shirt beige et les balança à Castle.
- « Vous prenez la salle de bain. »
Castle s'écrasa misérablement sur la moquette avec un grognement.
Beckett lui tendit la main.
- « Vous n'y allez pas de main morte lieutenant. »
- « Vous croyez que Val vous fera une fleur en étant douce avec vous Castle? » rétorqua-t-elle alors qu'elle l'aidait à se relever.
Il resta penché en avant, les mains sur les genoux, tentant de retrouver son souffle.
- « On pourrait faire une pause? »
Ils s'entraînaient depuis plus d'une heure, Beckett tentant d'apprendre quelques parades et attaques à Castle sans grand succès. Ils étaient tout deux en sueur, haletants, Castle plus que Beckett.
- « On fera une pause quand vous ne tomberez plus Castle. »
Ils reprirent leur position l'un en face de l'autre.
- « On réessaye. Et cette fois-ci Castle, ne vous laissez pas surprendre. »
Beckett attaqua la première, décochant un coup de poing de la main droite que Castle bloqua, elle enchaîna aussitôt avec un gauche qu'il bloqua aussi. Elle sourit. Au moins jusque là, il s'en sortait.
- « Bien. Attaquez-moi Castle. »
Il décocha une droite à son tour, mais son geste était tellement lent que Beckett se saisit de son bras, l'écarta, fit un pas en avant s'approchant de lui et lui infligea un coup de genou dans l'abdomen. Trop rapidement pour Castle, elle l'agrippa à la gorge, et lui balaya une jambe avec la sienne, utilisant son corps pour le pousser en arrière. Tombés à terre tout deux, elle le tenait toujours par la gorge, et posa un genou sur son torse. Il toussa.
- « Sérieusement? Vous appelez ça m'attaquer? »
Elle relâcha ses prises et se releva. Il grommela en tentant de ramasser le peu de dignité qu'il lui restait tandis qu'il se remettait sur pieds.
- « Castle, ça fait une heure qu'on s'entraîne et vous n'avez pas essayé de m'attaquer une seule fois. Ne me dites pas que vous n'osez pas frapper une femme? »
- « Je suis peut-être vieux jeu mais ouais... je n'aime pas l'idée de frapper une femme. »
Beckett ne put s'empêcher de sourire avant de retrouver son sérieux habituel.
- « C'est très honorable de votre part, mais lorsque vous vous battez au corps à corps, il faut oublier vos manières. Castle, si vous ne rétorquez pas, Val ne fera qu'une bouchée de vous! Et même si rien sur le papier n'indiquait que cette épreuve était 'éliminatoire', après hier, je ne veux pas prendre le risque, vous m'entendez? »
Elle reprit une position de combat face à lui.
- « Alors attaquez-moi! » ordonna-t-elle.
Il fit une pause avant d'adopter la même position. Il respira un bon coup avant de s'élancer sur Beckett, le bras droit prêt à lui en mettre une. Mais Beckett anticipa son coup et s'approcha elle-même de lui, bloquant son bras dans les airs d'un côté et lui infligeant un coup de palme entre les pectoraux de l'autre, le repoussant ainsi avec force.
- « Réessayez » commanda-t-elle.
Il reprit sa respiration. Et retenta son attaque du bras gauche. Beckett arrêta à nouveau son mouvement, fit un petit pas en arrière et lui envoya un coup de pied latéral dans les côtes, le repoussant à nouveau.
- « Encore! »
Il s'approcha à nouveau, avec appréhension et tenta quelques coups de poings que Beckett se contenta de bloquer. Elle répliqua en voulant lui donner un coup de genou mais il réussit à bloquer son coup. Il enchaîna aussitôt avec un coup de poing du visage, Beckett le para de justesse, s'écartant de lui en le repoussant.
La surprise qu'il vit sur son visage lui soutira un énorme sourire.
- « J'ai failli vous avoir! » déclara-t-il avec fierté.
Beckett retint un autre sourire.
- « Ne soyez pas trop fier. Vous avez eu de la chance. »
Ils échangèrent à nouveau quelques coups et parades, Castle devenant de plus en plus apte à parer les coups du lieutenant, leurs échanges devenant ainsi plus longs. Finalement, Castle fatigua le premier et Beckett profita de sa relâche pour lui faire perdre son équilibre, le forçant dos à terre. Elle se plaça aussitôt à califourchon sur lui et plaça ses deux mains sur son torse.
Castle était trop abasourdi par sa chute pour rétorquer. Et lorsqu'il reprit ses esprits la seule chose qu'il retint était la vue de Beckett, haletante, les cheveux en pagaille, en sueur placée au dessus de lui. Il déglutit difficilement.
Beckett ne manqua pas la transformation dans le regard de Castle, ses yeux étaient devenus beaucoup plus noirs subitement. Elle reconnut ce regard et sentit ses joues rougir. Elle se rassura de savoir que sa réaction ne serait pas visible, ses joues étant déjà bien rosies par l'effort.
Elle aurait dû se lever, ou lui demander de tâcher de se relever. Elle aurait dû réagir, dire quelque chose mais elle n'en fit rien. Figée au dessus de lui, sentant le mouvement de sa poitrine se levant et se baissant rapidement sous son corps, calquant sa propre respiration.
Quelques secondes qui lui parurent une éternité passèrent avant qu'elle ne sorte de sa transe.
Elle appuya un peu plus fort sur la poitrine de Castle, lui soutirant un « Hmmpf » avant de se relever.
- « Levez-vous Castle! » ordonna-t-elle, en lui tournant le dos, tâchant de retrouver son aplomb.
Il s'exécuta.
- « Je m'améliore non? »
- « Peut-être, mais vous perdez toujours. Castle, s'il s'agissait d'un combat à mort vous seriez déjà six pieds sous terre. Concentrez-vous! » Rappela-t-elle, autant à lui, qu'à elle-même.
Ils recommencèrent à échanger quelques coups. La fatigue commençant à se faire sentir pour tout les deux. Beckett l'attaqua, prête à enfoncer son poing gauche dans sa mâchoire s'il ne réagissait pas, mais leurs heures d'entraînement avaient enfin finies par payer et il lui attrapa le poignet. Il tira son bras vers le bas, et posa sa main gauche sur son épaule, la tirant en arrière. Sous la force de Castle - car malgré son inexpérience Beckett avait très vite remarqué la force de l'écrivain - elle se trouva déstabilisée il en profita pour lui balayer la jambe soutenant son poids. Elle se retrouva ainsi dos à terre, le bras toujours maintenu par Castle.
Surpris d'avoir réussi à mettre à terre le lieutenant et hésitant sur la marche à suivre ensuite, il décida de se placer au dessus d'elle, entre ses jambes et posa ses mains sur ses hanches dans une tentative improvisée pour la garder bloquée au sol.
Il sourit triomphalement à la fois à la surprise qui se lisait clairement sur le visage de Kate mais aussi à la lueur qu'il vit dans les yeux de la jeune femme.
- « On dirait que j'ai réussi à vous... »
Mais Beckett ne lui laissa pas le temps de finir sa phrase, elle enserra Castle par la taille avec ses longues jambes. Si ce geste n'avait pas suffit à le surprendre à lui tout seul, elle agrippa ses avant-bras qu'elle tira en avant, le forçant à quitter ses hanches et s'appuyer sur le sol. Il se retrouva alors à quatre pattes juste au dessus d'elle, ses jambes toujours accrochée à sa taille.
Beckett regretta aussitôt son choix de tactique lorsqu'elle vit le visage de Castle si près du sien et vit un certain désir dans ses yeux. Mais ce qui la gênait le plus était qu'elle imaginait très bien que son propre regard reflétait le sien. Le sourire en coin qu'il lui adressa en attestait.
Décidant qu'il était temps d'en finir avec leur session d'entraînement, elle agrippa le poignet droit de Castle et posa un pied sur sa hanche pour le repousser puis passa son autre jambe entre leurs deux corps. Elle tira ensuite sur le bras qu'elle tenait pour le ramener à elle et enroula sa jambe autour de son cou, tandis que l'autre s'enroulait dans son dos. Castle se retrouva alors aplatit sur la poitrine de Beckett, en train d'étouffer dans l'étreinte de ses jambes.
Mais l'écrivain ne semblait pas être dérangé outre mesure par ce petit 'détail', appréciant tout à fait la position dans laquelle il se trouvait. Il sourit même et s'apprêta à faire une remarque déplacée lorsque Beckett resserra un peu plus son étreinte et à la place il toussa et tapa vigoureusement sur le sol.
- « Relevez-vous tout de suite Castle! »
Son ton et son manque d'oxygène le dissuadèrent de tenter d'aller à l'encontre de ses désirs et il se remit aussitôt sur pieds. Il lui tendit une main qu'elle ignora et elle se leva à son tour.
Castle se massa la nuque en ronchonnant.
Beckett l'observa et se retint de se gifler elle-même.
Elle le trouvait indéniablement sexy dégoulinant de sueur dans son t-shirt beige qui collait à sa peau, les cheveux ébouriffés, les joues rouges, la respiration haletante, tous les muscles de son corps tendus.
Elle se mordit la lèvre alors même qu'il relevait la tête vers elle. Leurs regards brûlants se croisèrent.
- « Encore? » demanda Castle avec un enthousiasme qu'elle trouva aussitôt suspect.
- « Non. Le vrai combat aura lieu dans quelques heures. Il faut que vous gardiez vos forces. »
Elle commença à se diriger vers la salle de bain.
- « Continuez de répéter les mouvements que je vous ai appris pour l'instant. Je vais me doucher. »
Elle laissa tomber ses vêtements sur le sol de la salle de bain et pénétra dans la douche. Elle se positionna sous le jet et tourna l'eau froide au maximum.
Quelques heures et un bon repas plus tard, Castle et Beckett quittèrent leur chambre pour la 2e épreuve de leur 'aventure'.
Castle portait un autre pantalon large et un nouveau t-shirt, tout les deux noirs. Beckett avait opté pour une tenue similaire, portant ainsi un pantalon de jogging noir et un débardeur de la même couleur. Elle avait attaché ses cheveux en une queue de cheval haute.
Alors qu'ils sortaient de leur chambre, ils croisèrent le dénommé Bully qui leur jeta un regard que Castle trouva inquiétant. Il se tourna vers Beckett et vit que tout son corps s'était tendu aussitôt. Apparemment il n'était pas le seul à le trouver flippant.
- « Ce type me fiche des frissons! » murmura-t-il au lieutenant.
Celle-ci ne répondit rien, se contentant d'observer le dos de l'homme tandis qu'ils le suivaient dans le grand hall où ils retrouvèrent Val, le type à la cicatrice et un autre homme qu'ils n'avaient encore jamais vus.
Lorsqu'elle vit le couple arriver, Val leur adressa un large sourire et un clin d'œil. Beckett la fusilla du regard même si elle leur avait déjà tourné le dos et se tourna vers Castle. Elle fut quelque peu rassurée de voir qu'il ne souriait pas bêtement mais semblait au contraire légèrement inquiet.
Elle posa une main rassurante sur son bras, attirant son attention.
- « Tu vas t'en sortir » le rassura-t-elle.
Mais l'anxiété qu'il entendit dans sa voix eut l'effet complètement inverse.
Ils suivirent le petit groupe jusqu'à une salle de sport au milieu de laquelle se trouvaient des tapis collés les uns aux autres.
- « Est ce qu'il est trop tard pour décider que finalement je n'aime pas du tout cette aventure? » demanda timidement Castle.
- « Surtout n'oublie pas. Ne baisse jamais ta garde et ne la laisse pas entrer dans ta zone de défense. »
Ils s'approchèrent du reste du groupe et Castle eut une soudaine révélation. Il se tourna vers Beckett et posa une main sur son bras pour la freiner. Il la retira aussitôt quand il vit son regard désapprobateur.
- « Au fait tu ne m'as pas dit contre qui tu te battais toi? »
- « Tu n'as pas demandé. » répondit-elle en reprenant sa marche.
- « Je... » Il referma la bouche puis la rattrapa « Alors je te le demande maintenant. Qui dois-tu affronter? La petite rousse? Dis moi que c'est la petite rousse! Un combat de femme à femme, de la sueur, les cheveux au vent... » Il laissa son esprit divaguer et manqua presque d'entendre la réponse de Beckett.
- « Bully » déclara-t-elle sans cérémonie avant de reporter son attention sur le 'ring'.
Castle se tut aussitôt.
- « Bully? Mais il est... »
Beckett ne le laissa pas finir sa phrase et s'approcha du ring, le regard déterminé, froid, distant. Castle resta en arrière, trop choqué par cette révélation pour bouger. La matinée avait tourné autour de lui, de sa préparation. Elle avait tout fait pour l'aider, le préparer physiquement et mentalement. Pas une seule fois, il ne s'était soucié du sort de sa partenaire. Il la savait forte et très bonne combattante donc pour lui n'importe quel adversaire aurait été une partie de plaisir pour le lieutenant... Il avait simplement oublié que Bully était un de ces adversaires potentiels.
Il posa son regard sur l'homme en question et grimaça. Ses yeux se portèrent involontairement sur les mains de l'homme et son cœur se serra à l'idée que ces mains puissent enserrer le cou de sa partenaire et la tuer en quelques secondes seulement.
Chassant cette horrible image de son esprit, il prit place à côté de Beckett.
L'homme à la cicatrice se positionna au milieu du ring improvisé et exigea avec la voix rauque d'un fumeur obsessionnel que les combats commencent puisqu'ils étaient tous réunis.
- « Salvation, ramène-toi! »
L'homme brun, qu'ils venaient de découvrir dans le hall, se positionna alors sur le ring.
Alors que les deux hommes commençaient leur combat, Castle se pencha légèrement vers Beckett.
- « On échange si vous voulez » proposa-t-il dans un murmure, à moitié sérieux.
Il fallut un moment à Beckett pour sortir de la bulle dans laquelle elle s'était réfugiée et se rendre compte que Castle lui avait parlé; et un autre moment pour qu'elle comprenne ses paroles et leur implication.
Elle se contenta de lui sourire et reporta son attention sur le combat. Puis, sans qu'elle lui donne vraiment la permission, sa main se glissa dans celle de Castle. Si celui-ci fut surpris – et il le fut sans doute – il ne le montra pas et se contenta de lui serrer la main un peu plus, ne détournant pas non plus son regard du ring.
Le combat se termina lorsque Salvation enserra la gorge de son adversaire au sol jusqu'à ce que celui-ci étouffe et tape contre le tapis indiquant sa défaite. Salvation ne lâcha pas prise aussitôt cela dit, il semblait trop prendre son pied. Lorsque l'homme a la cicatrice défaillit, il relâcha son étreinte et le laissa tomber sur le tapis, quittant le ring avec un sourire satisfait.
Beckett sentit la main de Castle se tendre dans la sienne et elle la serra un peu plus.
'C'est ce que Katlijn aurait fait', raisonna-t-elle pour justifier ce geste qui ne lui ressemblait pas.
Bully se porta volontaire pour porter l'homme à la cicatrice évanoui hors du ring pour que les combats puissent continuer.
Val s'approcha du couple et, avec un sourire aguicheur s'adressa à Castle.
- « Alors, qu'en dites vous Trigger? Près pour une petite séance de corps à corps? »
Tout bien réfléchit, Beckett n'aurait pas été contre l'idée d'échanger leurs partenaires, si ce n'était pas juste pour pouvoir régler son compte à cette blonde à l'accent nord européen.
- « Vous me le prêtez Vendetta? Je vous promets de ne pas trop vous l'amocher. »
Cette voix, suave et apaisante, n'eût pour effet que d'énerver Beckett encore plus.
Elle lui offrit un sourire glacial avant de se tourner vers Castle.
Elle monta sur la pointe des pieds et l'enlaça, plaçant sa bouche à côté de son oreille. Aux yeux de tous, elle offrait un baiser d'encouragement à son mari.
- « N'oublie pas, maintien ta garde. Et survit. » murmura-t-elle.
Elle se retint de déposer un baiser sur ce lobe d'oreille qui la tentait tant. Et relâcha son étreinte.
Castle se sentit d'un coup requinqué par cette étreinte et la sensation du souffle chaud de sa partenaire contre son oreille l'envoya sur un petit nuage.
Petit nuage dont il redescendit la seconde où il mit le pied sur le tapis.
Val lui adressa un autre sourire aguicheur.
- « Prêt? »
La jeune femme blonde s'approcha de lui et lui envoya une série de coups de poings et pieds que Castle réussit à bloquer. Mais Val avait de toute évidence beaucoup plus d'entraînement que l'écrivain et un de ses coups arriva à destination sur la mâchoire de Castle qui recula en titubant. Elle en profita pour s'avancer et lui envoya un coup de genou dans le ventre. Il se pencha légèrement en avant de douleur et elle lui en asséna un autre sur la poitrine. Il se pencha d'avantage et elle l'acheva d'un coup de coude dans le dos, le faisant s'aplatir comme une crêpe sur le tapis.
Beckett serra les poings et les dents de colère et de douleur pour son partenaire.
Celui-ci se releva et se retourna pour constater que Val avait un sourire béat sur le visage.
- « Ne me dites pas que votre éducation de gentleman anglais vous empêche de frapper les femmes » se moqua-t-elle en s'approchant à nouveau de lui.
Castle jeta un coup d'œil vers Beckett qui l'encourageait du regard autant qu'elle le pouvait. Non, il n'allait pas se laisser faire, il se devait de se battre, au moins pour impressionner Beckett.
Castle décocha alors une droite, mais Val la bloqua aussitôt tout en s'écartant sur sa gauche, sortant de l'axe de frappe de Castle.
Beckett grimaça pour son partenaire, anticipant le prochain mouvement de la femme.
Val planta en effet à nouveau son poing gauche dans la mâchoire de l'écrivain avant d'enrouler son bras autour de celui de Castle qu'elle tenait toujours. Profitant de l'accroche qu'elle avait alors autour de son bras, elle le ramena en arrière, forçant Castle à se pencher et finalement tomber sur le dos, une grimace de douleur sur le visage. Elle posa un genou sur son torse et une main sur son cou.
- « Vous êtes vraiment mignon vous savez? Ça me brise le cœur de défigurer votre joli minois. »
Elle se releva et il resta quelques instants allongé sur le tapis, laissant le temps à son esprit de se remettre en place. Il sentit quelque chose couler le long de ses lèvres et lorsqu'il y porta sa main, il constata que sa lèvre était ouverte et qu'un filet de sang s'en échappait. Il essuya sa bouche sur sa manche et se releva, frustré.
Lorsqu'ils reprirent leur combat, il tenta de nouvelles attaques qu'elle esquiva sans difficultés.
Finalement, il voulu lui planter son poing dans le flanc, mais elle bloqua son bras par l'intérieur, et l'agrippa, rentrant dans sa zone.
Beckett et lui grimacèrent en même temps: « Ne jamais laisser l'adversaire entrer dans votre zone. » Sa voix résonna dans sa tête pendant la seconde qu'il fallut à Val pour s'approcher de lui. Elle lui asséna alors une série de coups de poing sur le torse, lui coupant le souffle à répétition. Enfin, elle lui mit un coup de pied contre le genoux, repoussant sa jambe et lui faisant perdre son équilibre. Elle utilisa alors son poids pour le faire tomber en arrière.
Lorsqu'il fut à terre elle s'assit immédiatement à califourchon sur lui et serra ses cuisses autour de son cou.
Castle tenta d'écarter, de repousser ses jambes avec ses bras mais rien n'y faisait, elle continuait de serrer de plus en plus fort, un sourire jouissif sur le visage.
Il tourna légèrement la tête vers Beckett. Val suivit son regard.
- « Vous croyez qu'elle apprécie la vue? »
Sans relâcher son étreinte autour de son cou, elle passa une main dans les cheveux de Castle et de l'autre traça les contours de son visage.
Si Beckett avait eu son glock avec elle, elle aurait tiré sans hésitation.
Castle se débattait, cherchant à se libérer de ses jambes, à faire basculer son poids, mais rien ne marchait. Il commençait sérieusement à manquer d'air et sa vue se brouilla. Quand il commença à tourner de l'œil, il sentit l'étreinte se relâcher et les lèvres de Val déposèrent un baiser sur les siennes.
- « C'était marrant. »
Il sentit son poids se soulever et inspira profondément.
Lorsque Val quitta le tapis, elle passa devant Beckett et lui adressa un sourire de gagnante.
- « Il est bon. »
De voir cette femme, hautaine et triomphante si près d'elle, Beckett ne put se retenir. Elle l'agrippa par la gorge, utilisant la force de sa lancée elle s'appuya contre le corps de la jeune femme, plus petite qu'elle et lui balayant la jambe, l'accompagna au sol. Elle posa un genou sur son torse et resserra légèrement son étreinte autour de son cou. Elle se baissa à quelques centimètres de son visage, le regard noir.
- « Recommencez ce genre de connerie et vous vous prenez un couteau entre les deux yeux. C'est clair? »
Val ne répondit que par un sourire et Beckett resserra son étreinte et appuya encore plus son genou sur sa poitrine.
- « Est ce que c'est clair? » répéta-t-elle en articulant bien les mots.
Le sourire de Val disparut lorsque l'air commença à lui manquer. Et elle hocha légèrement la tête.
Beckett détendit alors sa main et se releva alors même que Castle sortait des tapis en boitant légèrement.
Val se leva à son tour et s'éloigna du couple, la main autour du cou.
Beckett offrit son corps comme béquille à Castle et le dirigea vers une chaise. Il lui offrit le plus beau sourire possible dans de telles circonstances.
- « C'était plutôt cool ce que tu viens de faire. »
Elle réfléchit un instant. Non, ce qu'elle venait de faire était stupide et impulsif. Mais dieu que ça lui avait fait du bien. Aussi, elle rendit son sourire à Castle alors qu'elle l'installait sur une chaise.
Elle posa une main sur son menton et examina les dommages infligés à sa mâchoire.
- « Ca va laisser une marque. »
- « N'est ce pas? Je vais avoir de sacrées blessures de guerre avec tout ça. » commenta-t-il l'air fier.
Beckett secoua la tête. Maintenant que son moment de stress était passé, elle retrouvait le Castle qu'elle connaissait si bien, blagueur et insouciant.
- « Comment tu te sens? »
- « Comme si j'étais passé au rouleau compresseur. »
- « Il faut dire qu'elle ne t'a pas raté. »
- « Mais je me suis bien défendu non? »
Beckett lui adressa un sourire de pitié. Il avait été plutôt pitoyable, mais enfin...
- « Tu sais, si tu veux embrasser ton pauvre mari souffrant, je ne suis pas contre » déclara-t-il sans gêne.
Elle posa une main sur son torse et l'autre sur le mur derrière sa tête et s'approcha à quelques centimètres seulement de son visage, si près que leurs souffles se mélangeaient et il pensait pouvoir entendre le cœur de Beckett battre. Puis, alors qu'il croyait vraiment qu'elle allait l'embrasser, elle dévia sur la droite pour trouver son oreille.
- « Continue de rêver Ricky » murmura-t-elle avec une sensualité qui déclencha une onde de plaisir le long de son corps. Radical pour oublier ses blessures.
Derrière eux, le combat entre la petite rouquine et un homme blond se terminait, ce dernier ayant assommée la jeune fille et encore une fois, Bully se chargeait d'évacuer le corps inerte.
- « En fait dans mes rêves, tu... »
Ses révélations furent interrompues par la voix de Bully derrière eux.
- « On dirait qu'il ne reste plus que toi et moi ma belle. »
Le changement d'attitude de Beckett fut radical. Elle se releva et se raidit aussitôt, la mâchoire serrée.
- « Je peux aller lui casser la figure si tu veux » offrit-il plus pour la détendre que sérieusement.
Sa phrase fonctionna et elle lui adressa un léger sourire avant de se tourner vers le ring.
Il lui retint la main et la fit se retourner; il plongea ses yeux au plus profond des siens.
- « Fais attention à toi. » dit-il sérieusement.
Elle émit une légère pression sur sa main avant de la lâcher et de s'aventurer sur les tapis .
Beckett s'était entraînée maintes fois lors de ses années dans la police au combat rapproché. Elle avait affronté toutes sortes d'adversaires, souvent plus grands et plus forts qu'elle. Elle connaissait les attaques, les parades, les esquives... En théorie, elle était prête. Mais elle ne pouvait nier que l'armoire à glace qui faisait trois fois son gabarit et la regardait avec des yeux de prédateur lui glaçait le sang.
Elle n'avait rien dit à Castle, mais lorsqu'ils avaient appris qu'ils étaient entourés d'assassins, elle s'était souvenue pourquoi le nom de « Bully » lui semblait familier. Bully était un tueur à gage, très réputé dans l'Ouest du pays, ayant la réputation peu surprenante de tuer ses victimes avec la seule force de ses mains, généralement en écrasant leur cage thoracique ou leur trachée. On retrouvait d'ailleurs souvent ses victimes avec d'autres os du corps broyés.
Elle chassa immédiatement cette image de son esprit, décidant qu'elle ne l'aidait en rien à se concentrer sur son combat à venir.
Bully s'élançait d'ailleurs déjà sur elle et elle l'esquiva de justesse. Il répéta l'opération quelques fois et elle continua de l'éviter. Mais leur petite danse ne pourrait durer longtemps, et elle en était bien consciente.
Finalement, Bully tenta une approche plus lente et se contenta de lui envoyer coups de poings et pieds. Beckett n'eut aucune difficulté à parer ses coups. Mais très vite, elle commença à fatiguer. Ses bras dénudés étaient déjà couverts d'hématomes sous la force de frappe de son adversaire et ses muscles commençaient à fléchir. Il lui fallait mettre un terme à cette série de coups avant qu'elle ne finisse par plier sous leur poids.
Elle opta pour une technique radicale et fit quelques pas en arrière pour s'écarter de l'homme. Puis, prenant appui sur sa jambe gauche, elle se prépara à lui infliger un coup de pied dans les côtés, coup qu'il était en train d'anticiper. Mais au dernier moment, elle reposa son pied droit et utilisant l'impulsion de son corps, envoya le haut de son pied à la rencontre de sa mâchoire. Le coup eut l'effet escompté et le fit tituber quelque peu. Mais Bully ne se laissa pas déstabiliser longtemps et revint à la charge.
Castle s'était levé de son siège, titubant en grimaçant jusqu'au bord du ring. Il ne cachait en rien son inquiétude pour le lieutenant. Bien sûr, il avait complètement confiance en ses capacités mais... Bully était quand même imposant!
Il sourit fièrement quand il la vit réaliser ce coup de pied phénoménal qui repoussa Bully. Mais il reprit aussitôt un air sérieux quand quelques secondes plus tard elle tenta un autre coup de pied et que Bully lui attrapa la jambe. Pendant le dixième de seconde entre deux prises, il vit le regard inquiet de Beckett et son cœur se serra. Un dixième de secondes plus tard, Bully balayait son autre jambe et elle s'écrasa avec fracas contre le tapis sous le poids de Bully.
Heureusement pour elle – ou pas – Bully semblait vouloir jouer avec elle avant d'en finir et il se releva aussitôt. Elle en fit de même, cachant tant bien que mal la douleur qui se propagea le long de sa colonne.
Ils échangèrent à nouveau quelques coups. Parfois le poing de Beckett atteignait sa cible mais cela ne semblait pas gêner Bully. En revanche, lorsque le poing de l'homme était entré en contact avec son estomac, elle avait ravalé la bile qui lui était montée à la gorge et lorsque son poing trouva son visage dans un moment d'inattention, elle tituba et essuya le sang qui s'écoulait de sa lèvre ouverte.
A moitié assommée, elle retourna à la charge, voulant lui décocher une droite, sans trop d'espoir qu'elle trouve sa cible. Mais la réaction de Bully la surpris dans son mouvement. Au lieu de bloquer son bras, il se pencha et l'attrapa de chaque côté par les cuisses. Elle émit un petit cri de surprise lorsqu'il la souleva au dessus de son épaule avant de la laisser retomber sur le tapis sans cérémonie.
Elle atterrit sur son bras gauche et se mordit la lèvre – déjà bien ensanglantée – pour s'empêcher de crier de douleur.
Noyée dans le bourdonnement de son oreille, elle entendit une voix qui lui était familière crier son nom.
- « Kaaaaate! »
Voyant que Bully ne continuait pas son attaque au sol, elle s'accorda un moment pour reprendre ses esprits et chercha Castle du regard. Elle le vit là, debout à côté des tapis. Il était livide, le corps tendu, les poings serrés. Mais lorsque ses yeux croisèrent les siens, elle y trouva un regard qui contrastait complètement avec son attitude. Il n'y avait ni peur, ni pitié ou colère mais encore et toujours cette tendresse et admiration qui semblait ne jamais quitter ces beaux yeux bleus.
Dans ce regard elle trouva aussi la force dont elle avait besoin pour se relever.
- « Tu en veux encore ma jolie? »
Elle plissa les yeux, fusillant l'homme du regard.
Elle rassembla sa colère, sa fatigue, sa douleur et les transforma autant qu'elle le pouvait en force.
Castle ne put s'empêcher à ce moment précis d'admirer la femme qui se tenait debout, droite sur les tapis. Il lui connaissait une grande force d'esprit mais il ne l'avait réellement vu qu'à de rares moments. Et cet instant était un de ceux-là. Il la savait fatiguée, blessée et pourtant elle continuait de se relever, de se tenir la tête haute, fière, menaçante. Car elle était vraiment menaçante et - ce n'était peut-être pas le meilleur moment pour penser ça, mais elle était aussi extrêmement sexy.
Un bon nombre de ses cheveux s'étaient déjà depuis longtemps échappés de l'élastique et retombaient de chaque côté de son visage. Elle était en sueur, une marque apparaissant clairement sur son débardeur noir au milieu de sa poitrine. Le sang écarlate qui coulait de sa lèvre se mêlait aux gouttelettes de sueur qui coulaient le long de son visage, son cou et sur le haut de sa poitrine. Son corps était tendu, et ils pouvaient voir les muscles de son dos et de ses bras trembler d'exhaustion. Elle avait un côté sauvage, rebelle qui la rendait extrêmement sexy.
Et elle l'était d'autant plus qu'elle semblait maintenant déterminée à mettre un terme à ce combat et à en sortir victorieuse.
Aussi, lorsque Bully attaqua avec un poing droit, elle le bloqua par l'intérieur et fit un pas dans sa zone défense, aussitôt, elle replia le bras et son coude entra en contact avec sa mâchoire à gauche puis elle réitéra le coup du côté droit, sonnant efficacement son adversaire. Castle afficha un sourire béat.
La petite rouquine qui s'était réveillée s'était approchée de Castle et regardait le combat avec une certaine admiration.
- « Elle en a à revendre votre femme dites donc! »
- « C'est la meilleure » répondit-il sans détourner son regard du lieutenant.
Bully venait d'agripper Beckett par la gorge et pendant un instant Castle crut que s'en était fini. Il pria pour que l'homme n'aille pas jusqu'à tuer sa partenaire et était prêt à bondir s'il ne la relâchait pas très vite.
Beckett tenta de se dégager de son étreinte, utilisant les techniques de combat rapproché qu'elle connaissait mais rien n'y faisait face à la force de son adversaire.
Alors que l'air commençait dangereusement à lui manquer, elle opta pour une autre technique.
S'appuyant fermement sur sa jambe gauche, elle planta la droite sur la cuisse de l'homme en face d'elle. Elle l'attrapa alors par le col des vêtements et se laissa tomber en arrière, l'attirant dans sa chute. Grâce à la position de son pied et l'élan de son corps, elle le projeta au dessus de sa tête et il atterrit sur le dos derrière elle.
Profitant que Bully était sonné par son mouvement, elle se jeta aussitôt sur lui et lui agrippa un bras, le tira en arrière et le força à se tourner sur le ventre. Le flic en elle reprit alors le dessus et elle immobilisa son adversaire d'un genou entre les omoplates, continuant de tirer son bras en arrière jusqu'à ce que Bully laissa échapper un cri de douleur. Elle s'accorda le plaisir de le tirer un peu plus avant de relâcher prise. Elle laissa l'homme se remettre de ses émotions et quitta les tapis.
- « Kate est ce que ça va? » s'enquit aussitôt Castle, lui proposant son corps meurtri comme béquille.
Elle le refusa.
- « Allons-y » commanda-t-elle en dépassant Castle et se dirigeant vers la sortie, ignorant les regards d'admiration et de curiosité des personnes présentes dans la salle.
Castle la rejoignit et posa une main sur le bas de son dos.
- « Kate? »
Elle l'ignora et continua sa marche déterminée dans les couloirs de leur hôtel/prison. Il laissa retomber sa main et la suivit en silence, en clopinant, jusque leur chambre.
Lorsque la porte se referma derrière lui, le corps de Beckett la lâcha enfin et il la vit commencer à tomber, ses jambes se pliant sous son poids. Il fit aussitôt un pas supplémentaire en avant et la rattrapa. Le choc de son poids sur son propre corps meurtri lui soutira un gémissement mais il serra les dents et rattrapa sa partenaire.
- « Kate? » appela-t-il inquiet.
Il passa un bras autour de sa taille et, ignorant sa douleur l'emmena jusqu'à leur salle de bain. Lorsqu'ils entrèrent dans la pièce, il la laissa glisser sur le carrelage et appuya son dos contre le mur.
Il ressortit quelques instants et reparut avec une bouteille d'eau du mini-bar à la main. Inclinant légèrement la tête de Beckett en arrière, il la força à boire quelques gorgées d'eau et elle émit des sons de protestations.
- « Je vais bien Castle » assura-t-elle d'une voix faible.
Il l'ignora et récupéra une serviette qu'il passa sous l'eau froide, puis il s'agenouilla à nouveau à ses côtés. Il repoussa quelques mèches de cheveux et appliqua la serviette sur ses lèvres enflées et tamponna sa peau le long de son cou et le haut de sa poitrine, tentant d'essuyer le sang qui avait coulé.
- « Castle... » protesta-t-elle faiblement en posant sa main sur la serviette lorsqu'il s'approcha de son décolleté.
Elle prit la serviette et la changea de côté avant de la poser sur la joue de Castle. Il gémit au contact du coton sur sa joue sensible.
- « Ne soit pas un bébé »
Elle laissa tomber la serviette et ils se regardèrent un moment l'un et l'autre. Une palette d'émotions parcourant leur visage.
Finalement c'est Castle qui brisa le silence qui s'était installé.
- « Tu sais que tu as été assez fantastique? »
Beckett réprima un petit rire et grimaça à la douleur que ce simple mouvement provoqua.
- « Tu n'étais pas trop mauvais non plus. »
Castle sourit et se ravisa, grimaçant à son tour.
- « Je trouve aussi. On forme une sacré paire quand même. »
Elle examina l'écrivain et ses yeux se portèrent sur sa jambe.
- « Comment va ton genou? »
- « Extra. Ton dos? »
- « Super. »
Ils se regardèrent à nouveau en silence. Puis Castle se releva à moitié et passa un bras autour de la taille de Beckett.
- « Castle! Qu'est ce que tu fais? »
- « Je t'aide à te relever » expliqua-t-il en la mettant debout. Tout deux émirent des petits sons de douleurs.
- « Tu es blessé et je peux marcher toute seule » protesta-t-elle. Mais à peine eut-elle fait un pas que sa jambe fléchit à nouveau sous son poids.
Il reposa son bras autour de sa taille et l'amena ainsi jusqu'au lit où il la fit s'asseoir.
Elle alla s'allonger lorsqu'il la retint et posa ses deux mains sur le bord de son débardeur, prêt à le soulever.
Aussitôt les mains de Kate arrêtèrent son mouvement.
- « Qu'est ce que tu crois que tu vas faire au juste? »
- « Du calme Kate, je veux juste t'aider à te changer. »
- « Je peux me... » elle ne finit pas sa phrase, son visage se contorsionnant de douleur lorsqu'elle tenta la manœuvre.
- « Kate... Je te promets de ne rien tenter. Mais tes vêtements sont ensanglantés et trempés... »
Elle repoussa ses mains gentiment et radoucit son ton en lui répondant.
- « Je peux le faire Castle. Tu devrais plutôt te changer toi aussi. »
Elle lui offrit un sourire, promettant qu'elle n'avait aucune intention méchante dans sa voix, mais simplement un désir de conserver sa pudeur. Il comprit le message et se dirigea vers la salle de bain.
Lorsqu'il en ressortit quelques minutes plus tard, Kate était déjà blottit sous son draps, les yeux fermés.
Il se dirigeait vers son canapé en boitant lorsqu'il entendit sa voix endormie le rappeler.
- « Tu es blessé... Viens au lit... »
Il crut d'abord que son ouïe lui jouait des tours, mais décidant que le lit lui ferait en effet du bien, il récupéra oreiller et couverture et s'approcha en silence. Il hésita un moment avant de se glisser sous les draps. S'assurant ainsi qu'il avait bien entendu. Lorsqu'il ne l'entendit pas protester, il commença à soulever le drap.
- « Castle... » sa voix l'arrêta dans son mouvement « N'oublie simplement pas que je dors avec une arme » finit-elle d'une voix groggy.
Il sourit et s'installa dans le lit à ses côtés.
- « Reposez-vous bien lieutenant. »
Il tira la couverture au dessus de ses épaules et se pencha légèrement pour déposer un baiser sur son front. Elle émit un léger « Hmmm » et il se glissa sous les draps à son tour, un petit sourire toujours sur ses lèvres.
