Un immense merci particulier à toi Charlotte pour avoir pris le temps d'enfin m'écrire un petit mot. J'étais si heureuse de recevoir ton mot avant d'aller me coucher hier soir.
Pour répondre à l'une de tes questions : oui, cette histoire est déjà toute écrite et ça m'a pris environ cinq mois, quasiment à temps plein, pour réussir à la terminer, bien qu'il m'a fallut ''redresser'' ensuite considérablement mes premiers chapitres (j'avais de la difficulté à écrire au début...). Vous devriez tous remarquer mon amélioration au fil des nouveaux chapitres... enfin, je l'espère bien... Je corrige encore mes chapitres scrupuleusement avant de les publier un à un sur ce site.
Bon maintenant, je vous laisse à la lecture du chapitre 7. Merci encore à Matsuyama et Noumea de ne jamais manquer de me laisser vos commentaires sincèrement motivants à la fin de chacune de vos lecture.
(Merci à Persis :)
Chapitre 7
Le fabricant de baguette
Matilde, le genou replié contre sa poitrine, tenait sa cheville souffrante à deux mains. Elle entendit des pas précipités puis sentit quelqu'un se pencher au-dessus d'elle.
— Ça va, je vais arranger ça, assura Ranbbie d'un ton confiant en lui mettant la main sur l'épaule.
Matilde le vit alors sortir sa baguette et la pointer vers sa cheville.
— Non… se plaignit-elle, les larmes aux yeux, je ne veux pas… Je veux un docteur…
Elle essaya de le repousser mais ne parvient qu'à accroître la douleur. Elle laissa échapper aussitôt un autre gémissement. Ranbbie hocha la tête d'un air navré.
— Tu es pitoyable, Matilde, dit-il. Tu es là, souffrante comme un chien battu, et tu refuses toujours l'aide de la magie.
— Je veux un docteur, répéta-t-elle, entêtée.
— Oublie les docteurs ! Tu es une sorcière maintenant !
— Mais... je ne veux pas en être une… hoqueta Matilde d'une voix brisée.
Puis elle se mit à pleurer à chaudes larmes. Ranbbie se pencha alors un peu plus vers elle et lui dit d'une voix douce, nuancée de gravité :
— Tu n'es pas seulement une sorcière, Matilde, tu es aussi une Parguenaise. Et il est donc très dangereux de refuser la magie à ce point, comme tu t'obstines à le faire en ce moment. Si tu continues comme ça, il est certain que tu finiras par mourir tristement et bien assez tôt.
— C-comment sais-tu que… ? s'étonna-t-elle, effarée.
Les sorciers de ce monde étaient-ils tous au courant concernant son état de Parguenaise ?
Ranbbie sourit.
— Je travaille au ministère de la Magie, répondit-il, et je fais également partie du conseil qui étudie présentement ton cas. Ce serait malheureux si tous nos efforts pour te sauver tomberaient en vain.
— J'ai accepté d'étudier la magie, objecta Matilde qui frottait sa cheville vigoureusement. C'est déjà beaucoup.
— Cela implique que tu acceptes aussi le sort qui guérira ta cheville.
Agacée, Matilde détourna les yeux de ceux de Ranbbie. Elle savait trop bien qu'elle était stupide de refuser ainsi l'aide de la magie — d'autant plus que, en cet instant, elle suppliait secrètement qu'il lui envoie le sortilège afin que sa cheville cesse enfin de lui faire mal. Mais elle ne voulait pas le lui avouer.
— Laisse-toi faire, conseilla Ranbbie avec calme, ça ne fera pas mal.
À nouveau, il visa la cheville de Matilde puis prononça un étrange mot insensé qu'elle ne comprit pas. Elle ressentit alors immédiatement une chaleur apaisante lui enrober la cheville et toute trace de douleur disparut aussitôt, comme si rien ne l'avait blessée auparavant.
Elle se sentit soudain honteuse. Couchée sur le flanc, elle n'osa plus bouger. Elle aurait dû accepter tout de suite que Dumbledore la soigne devant le mur de briques, plutôt que d'agir comme une enfant immature et têtue. Toute cette mésaventure aurait pu être alors évitée.
—Allons, lève-toi, dit gentiment Ranbbie.
Il se redressa pour lui prêter main forte, mais Matilde, un peu tremblante, préféra l'ignorer et se lever d'elle-même. Le libraire était resté debout, non loin d'elle, et observait la scène silencieusement depuis le début. Un peu plus mal à l'aise, elle balaya la poussière sur son manteau, toujours en prenant soin d'éviter croiser le regard de Ranbbie, puis elle voulut se baisser pour ramasser ses livres qui s'étaient éparpillés sur le sol. Mais Ranbbie l'en empêcha d'un geste.
— Laisse, dit Ranbbie, je m'en occupe.
D'un coup de baguette, les livres volèrent dans les airs et atterrirent d'eux-mêmes dans les bras de Ranbbie, en une pile bien droite. Matilde ne se laissa pas impressionner. D'un air sombre, sans daigner le remercier, elle prit les livres qu'il lui tendait aimablement et tourna les talons vers la porte que Ranbbie, en la devançant précipitamment, lui ouvrit juste à temps. Puis, avant qu'elle ne sorte de la boutique, il lui conseilla sur un ton qui se percevait comme un ordre :
— Fais attention à toi !
Le froid lui rafraîchit la figure lorsque Matilde sortit de chez Fleury et Bott. Les bras encombrés de livres, elle s'avança lentement sur le chemin, manquant de se faire bousculer par un troupeau de badauds qui n'avaient d'autre intention que de se ruer sur le magasin d'accessoires de Quidditch, et chercha du regard la boutique où Dumbledore devait l'attendre. Mais le nom que Dumbledore avait mentionné — quelque chose comme « Bocal » ou « Braguette » —, ne lui venait plus en mémoire. Tout ce dont elle se rappelait, était qu'il serait au magasin de chaudrons avant qu'il ne s'y rende. Mais à cette heure-là, il ne devait forcément plus y être. Elle songea donc qu'elle reconnaîtrait peut-être le nom de la « boutique de Braguette » si elle le voyait inscrit au-dessus d'une porte…
Marchant du côté gauche du chemin, elle scruta les panneaux et les écriteaux à la recherche d'un nom de boutique familier. Elle revit la boutique « Tissard et Brodette », d'où ressortaient trois sorcières avec quelques paquets à la main, puis le « Magasin d'accessoires de Quidditch », ainsi que l' « Apothicaire » où elle revit, derrière la vitrine, ces choses répugnantes, flottantes dans des bocaux. Un hibou hulula soudain au dessus de sa tête et Matilde sursauta. Le volatile était perché sur le panneau de la boutique, qui se balançait doucement au vent dans un grincement continu.
« Stupide hibou ! », pensa-t-elle en se souvenant de celui qui l'avait harcelée chez elle en revenant du lycée.
En face de L' « Apothicaire », Matilde vit une boutique à l'allure sinistre avec des angles tordus par endroit. En s'approchant de plus près, elle put lire « Le magasin de chaudrons » sur l'écriteau au-dessus de la porte. Dumbledore y était sûrement passé. Était-il encore à l'intérieur ? Devait-elle risquer d'y entrer pour jeter un coup d'œil ? Surveillant les alentours comme si elle s'apprêtait à faire quelque chose d'illégal, elle s'avança d'un pas hésitant vers le magasin. Un chat noir miaula au pied de la porte. Matilde se remémora alors la fois où elle avait trouvé ridicule que Catherine déclare un jour que les chats noirs étaient un présage de malheur. Son amie était tellement superstitieuse — au point de l'empêcher, à tous les coups, de passer sous les échelles inclinées contre les murs. Cependant, tout pouvait être possible à présent qu'elle se trouvait dans ce monde de fous et il y avait donc des chances que ce chat soit effectivement un présage de malheur.
Matilde s'arrêta.
« Qu'est-ce que je dois faire ? » se demanda-t-elle, désemparée, les bras chargés de livres qui devenaient de plus en plus lourds.
Elle regarda à sa gauche au hasard et aperçut un énorme bâtiment dominant toutes les autres boutiques du Chemin de Traverse. Elle se demanda alors pourquoi elle avait tant tardé à le remarquer, puis elle trouva la réponse bien assez tôt : ayant la même blancheur que la neige, l'édifice avait tendance à disparaître derrière les innombrables flocons tourbillonnants dans l'air. Puis, soudain, la longue barbe argentée flottant dans le vent, Dumbledore fit son apparition, un gros chaudron à la main duquel dépassait un bout d'objet cylindrique. Apparemment, il revenait du grand bâtiment en question.
— Ah, tu es là, dit-il en souriant, dès qu'il fut à la hauteur de Matilde qui fut soulagée de le retrouver enfin. Pardonne-moi mais, étant donné qu'il n'y avait plus de télescopes usagés à la Boutique de Brocante (« La Boutique de Brocante, bien sûr, c'était ça le nom que je cherchais », pensa Matilde en soupirant), j'ai dû en acheter un neuf, ce qui ne me laissait plus assez de Gallions sur moi pour acheter ta baguette. J'ai donc dû me rendre chez Gringotts... Je vois que tu as réussi à acheter tous tes livres, remarqua-t-il en désignant la pile de livres encombrants dans les bras de Matilde.
— Oui… répondit-elle timidement.
Elle espérait qu'il ne perçoive pas qu'il s'était passé des choses gênantes chez Fleury et Bott.
— Mets-les dans le chaudron, suggéra Dumbledore en le balançant au bout de sa main. Ça te libérera de la charge inutile qui pèse sur tes bras.
Matilde ne se fit pas prier, elle avait hâte de s'en débarrasser enfin. Elle les laissa tomber aussitôt dans la marmite, contre l'objet cylindrique qui s'avéra être le télescope neuf que Dumbledore venait d'acheter pour elle.
— Bien, dit Dumbledore d'un air enjoué, maintenant allons chez Ollivander.
Il se remit en marche et Matilde le suivit.
— C'est quoi Gringotts ? demanda-t-elle tandis qu'ils croisèrent sur leur passage deux sorciers à l'air mauvais qui lorgnaient Matilde.
Celle-ci, par prudence, se rapprocha un peu plus de Dumbledore.
— C'est la banque des sorciers, répondit-il. C'est l'un des endroits les plus sûrs au monde pour y déposer nos objets de valeurs…
Puis, d'un air amusé, il inclina la tête vers Matilde.
— Tiens donc, on dirait bien que ta cheville a fini par guérir toute seule…
— Ouais… marmonna-t-elle en baissant les yeux d'un air gêné.
Mais Dumbledore n'insista pas et Matilde le remercia intérieurement.
— Nous y voilà ! annonça Dumbledore, un instant plus tard.
Il désigna une très petite boutique à l'aspect miteux où l'insigne au dessus de la porte indiquait : « Ollivander – Fabricants de baguettes magiques depuis 382 avant J.-C. ».
— Trois-cent-quatre-vingt-deux avant Jésus-Christ ? relut Matilde, incrédule.
Elle s'approcha de la vitrine poussiéreuse, derrière laquelle une simple baguette était exposée sur un coussin pourpre et complètement usé.
— Cela fait des générations et des générations que les Ollivander tiennent cette boutique, informa Dumbledore sur un ton joyeux avant de pousser la porte.
Matilde hésita un moment, puis le suivit à l'intérieur d'une sombre petite pièce délabrée, étouffante de poussière. À part un petit bureau et une simple chaise en bois, il n'y avait que des milliers de petites boîtes rectangulaires qui s'entassaient jusqu'au plafond.
« Non mais vraiment, songea Matilde en regardant ce fouillis de boîtes où des araignées avaient même fait des toiles par endroit, les sorciers ne font donc jamais de ménage ? »
— Dumbledore, retentit soudain une voix enrouée. Je vous attendais avec impatience, vous savez.
Un vieil homme échevelé aux yeux pâles avait surgi de l'ombre et rejoignait son bureau.
— Bonjour Ollivander, dit aimablement Dumbledore qui posa le chaudron rempli de livres à coté de la porte.
Ollivander regarda fixement Matilde, l'air avide. Ses yeux brillaient comme deux lunes dans la pénombre de sa boutique.
— Alors, c'est elle ? demanda-t-il d'un ton abrupte. C'est elle, la... la... ?
— Oui, c'est elle, répondit Dumbledore.
Il passa la main derrière le dos de Matilde et la poussa légèrement vers le fabricant de baguette, comme pour lui permettre de mieux la voir.
— Je n'ai jamais vendu de baguette à un Parguenais, avoua Ollivander d'un air songeur, sans jamais cesser d'observer Matilde de ses yeux pâles et brillants, ni aucun de mes ancêtres d'ailleurs. Si ça se trouve, elle sera la première Parguenaise à utiliser une baguette magique.
— Est-ce que ça veut dire que c'est un risque à prendre ? demanda aussitôt Matilde en s'imaginant se faire attaquer par une énorme baguette magique démente.
Dumbledore regarda alors intensément Ollivander comme s'il espérait qu'il réponde quelque chose d'important à sa question, mais le fabricant de baguette ne répondit pas. Il gardait résolument les yeux fixés sans vaciller sur Matilde. Alors Dumbledore brisa rapidement le silence :
— Nous devrions commencer, mon cher ami.
— Oui, bien sûr, dit précipitamment Ollivander.
Il sortit un long mètre ruban de sa poche puis fonça tout droit vers Matilde qui recula instinctivement d'un pas.
— Vous êtes priée d'allonger le bras, lui dit-il d'un ton professionnel.
Hésitante, Matilde fit néanmoins ce qu'il lui demanda et observa avec curiosité les manœuvres du fabricant de baguette. Il lui mesura le bras, puis la main, puis du bout des doigts jusqu'au coude, puis du coude à l'épaule, puis des doigts jusqu'à l'épaule sans toutefois rien noter par écrit. Lorsqu'il eut terminé, il se dirigea vers une étagère à la droite de son bureau. Matilde le vit dégager une boîte usée, à peine visible d'entre un tas d'autres boîtes qui menaçaient de s'écrouler dans toute la pièce, et revenir derrière son bureau en y faisant glisser le couvercle. Il en retira une longue baguette brunâtre qu'il tendit résolument vers elle.
— 36,4 centimètres en bois d'ébène, indiqua Ollivander, très souple. Son cœur contient un crin de licorne.
Matilde frissonna. Elle allongea lentement le bras pour toucher la baguette du bout des doigts, mais juste avant de parvenir à la frôler, elle suspendit son geste, soudain effrayée par ce qu'il pourrait bien se produire si elle la prenait.
— Allez-y, l'incita Ollivander, le regard brûlant, prenez-la !
Matilde lança un coup d'œil en biais vers Dumbledore et, puisqu'il l'encouragea également d'un signe de la tête à le faire, elle prit une grande inspiration et s'empara de la baguette en se fermant les yeux étroitement. Elle attendit ensuite qu'un quelconque évènement se produise, mais rien. C'était le silence total autour d'elle et la baguette se faisait sentir comme un vulgaire et ridicule bout de branche entre ses doigts.
— Mais il faut l'agiter ! dit Ollivander avec brusquerie, comme s'il s'agissait d'une évidence.
De nouveau, Matilde regarda Dumbledore dans l'espoir qu'il lui ferait comprendre ce que le fabricant de baguette voulait dire par « l'agiter », mais il ne la regardait pas. Il semblait concentré sur la baguette qu'elle serrait, dans l'attente probable qu'elle l'agite, justement. Alors Matilde décida d'essayer quelque chose. Elle pointa au hasard les boîtes derrière Ollivander et remua la baguette d'un coup sec.
Brusquement, une lumière vive jaillit avec force du bout de la baguette et Matilde bascula par derrière sur le sol. Une tonne de boîtes tombèrent ensuite, en rafale derrière le bureau où Ollivander s'en protégea aussitôt, les bras levés en croix au-dessus de sa tête, puis une étagère se renversa avec fracas à quelques centimètres de Matilde. Affolée, celle-ci roula précipitamment sur le côté et s'efforça de se relever à toute vitesse pour déguerpir de cet endroit soudain devenu démoniaque, mais au moment où elle esquissa le moindre mouvement, une boîte la frappa violemment sur la tête, suivie d'une autre, puis d'une averse de boîtes qui s'affaissèrent lourdement sur son corps, la faisant instantanément suffoquer dans la poussière.
— Finite Incantatem ! s'écria alors la voix de Dumbledore et tout s'arrêta aussitôt d'un coup.
Les dernières boîtes retombèrent sur le plancher dans des bruits mats parmi les baguettes éparpillées pêle-mêle dans toute la boutique et Matilde tremblait de tout son corps lorsqu'elle se releva en toussant. Elle regarda Dumbledore, apparemment le seul resté debout parmi les décombres de la pièce, et vit qu'il la dévisageait d'un air grave, la baguette encore dans les airs. Quant à Ollivander, couvert de poussière, il émergea lentement de derrière son bureau et promena ses yeux ahuris dans toute sa boutique chambardée.
— Je suis désolée… marmonna Matilde. Je n'aurais pas dû…
— Il lui faut essayer une autre baguette magique, lança Dumbledore d'une voix ferme à l'adresse d'Ollivander. Celle-ci n'avait évidemment pas la volonté de lui appartenir.
Il montra du doigt la baguette fendue que Matilde tenait encore entre ses doigts tremblants et Ollivander, visiblement toujours en état de choc, acquiesça fébrilement avant de disparaître derrière une étagère vacillante.
— Une autre baguette magique ? répéta Matilde, effarée. Mais vous avez vu ce que cette baguette à fait quand je l'ai agitée ? Si cet homme m'en donne une autre, il est certain que nous ne sortirons pas vivants d'ici !
Mais Dumbledore ne sembla pas l'avoir écoutée. Ollivander avait refait son apparition au même moment.
— Peut-être que celle-ci ferait mieux l'affaire, dit-il en ouvrant une autre boîte pour en sortir une baguette un peu plus petite que la précédente. 17,6 centimètres en bois de vigne, elle contient un ventricule de dragon.
Il la présenta à Matilde mais celle-ci ne fut pas du tout convaincue.
— N'aie pas peur, la rassura Dumbledore en lui faisant signe de s'approcher.
Matilde laissa tomber la baguette brisée sur le sol avec un bruit mat. Son cœur battait à tout rompre. Elle s'avança néanmoins, lentement, en chancelant sur les nombreuses boîtes qui jonchaient le plancher, et se rendit à la hauteur d'Ollivander. Son estomac se contracta lorsqu'elle tendit les doigts à contrecœur et prit la baguette sous le regard avide des deux sorciers.
— Maintenant, dit Ollivander à mi-voix, agitez-la. Mais pas dans cette direction, s'empressa-t-il d'ajouter en détournant la baguette de son index pour la faire pointer ailleurs que sur lui.
Matilde tremblait toujours. Elle était pétrifiée à l'idée de déclencher une autre avalanche de boîtes sur sa tête. Mais, ressentant la forte pression qui pesait sur elle, elle n'eut guère le choix de l'agiter, visant cette fois une échelle servant à rejoindre les boîtes hors d'atteinte.
Ce fut alors une détonation semblable à un coup de canon qui se répercuta dans toute la petite pièce poussiéreuse. L'échelle éclata brusquement en milles morceaux qui fusèrent partout en tous les sens et Matilde, hurlant de toutes ses forces, lâcha aussitôt la baguette et porta rapidement les mains au-dessus de sa tête en guise de bouclier. Dès que tous les débris de l'échelle finirent par rejoindre les boîtes et les baguettes sur le parquet, Dumbledore, une pointe d'irritation dans la voix, s'écria une nouvelle fois :
— Il lui faut essayer une autre baguette !
— Non ! protesta Matilde, les jambes flageolantes, le visage égratigné à plusieurs endroits d'où perlaient des gouttes de sang. Je ne veux plus ! Ça devient ridicule ! Je vais finir par me faire tuer !
— Professeur Dumbledore, dit alors Ollivander d'un ton réticent, je peux toujours essayer de trouver une autre baguette qui pourrait peut-être se soumettre aux mains d'une Parguenaise, mais si vous permettez mon avis, la réaction considérable de ces deux baguettes à laquelle nous venons d'assister amène déjà la conclusion flagrante que les pouvoirs de cette jeune fille sont beaucoup trop forts pour être canalisés à l'intérieur d'une simple baguette. Par conséquent, je crains fort qu'aucune baguette ne veuille jamais d'elle comme maître…
Il y eut un silence. Dumbledore, la mine songeuse, se mit alors à faire les cents pas parmi les fragments d'échelles et les décombres sur le sol poussiéreux, poussant les boîtes du bout des pieds. Et tandis qu'il fronçait les sourcils comme s'il s'efforçait à réfléchir à une solution rapidement, Matilde baissa la tête vers le sol et essuya du revers de la main les quelques gouttes de sang qui lui offusquaient les yeux. Elle se remémora les stylos qu'elle avait fait rouler d'eux-mêmes au courant des jours passés et Dumbledore lui avait affirmé qu'il était impossible à son âge — ou en temps normal — de faire bouger des objets sans l'aide d'une baguette magique. Après tout, peut-être qu'elle n'avait tout simplement pas besoin d'une baguette… ?
Alors, d'un geste presque machinal, elle ouvrit la main au-dessus d'une des baguettes répandues au travers les boîtes sur le parquet, dans l'intention de l'attirer vers elle. Puis, comme si elle l'avait toujours fait auparavant, la baguette s'éleva dans les airs en tournoyant lentement sur elle-même et, contrairement à la première fois qu'elle en fit l'expérience, Matilde se laissa émerveiller par ce phénomène étrange. Elle observa le petit bâton innocent d'un air curieux, qui sembla soudain ne plus rien avoir en commun avec une baguette maléfique à présent qu'il se trouvait suspendu à quelques centimètres sous sa main, comme rattaché par un fil invisible.
— Intéressant, murmura Ollivander.
Intrigué, ses yeux pâles suivaient les mouvements que décrivait la baguette sous la main de Matilde.
Dumbledore s'immobilisa brusquement et leva les yeux vers elle à son tour. Sans jamais toucher la baguette une seule fois, Matilde la faisait maintenant flotter autour d'elle, lui fit exécuter des valses, l'éleva plus haut dans les airs et la rabaissa lentement, comme une sorte de long petit poisson en bois.
— Nous partons, déclara Dumbledore d'un ton abrupte en se dirigeant d'un pas vif vers la sortie.
Matilde laissa aussitôt retomber la baguette par terre dans un bruit sourd. Voyant son air déterminé, elle ne tarda pas à le suivre, tout en envoyant une expression d'excuse par-dessus son épaule à l'adresse d'Ollivander.
Celui-ci lança d'un ton navré :
— Je suis désolé… Vraiment… J'aurais bien aimé pouvoir être le premier à vendre une baguette à une Parguenaise…
— Vous avez fait tout ce qui était en votre pouvoir, assura Dumbledore en ramassant le chaudron rempli de livres, à présent recouverts de poussière, qu'il avait déposé contre la porte en entrant. Et je vous en remercie. À la prochaine, mon cher Ollivander, lança-t-il d'un ton courtois avant de sortir à l'extérieur, Matilde sur ses talons.
