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Pour vous tous, voici enfin la suite des aventures de Matilde ! Vous m'en direz des nouvelles !
(Ce monde magique appartient à J.K. Rowling)
(Merci à Persis :)
Chapitre 9
Le Poudlard Express
La barrière se dressait devant Matilde, comme une menace, et il fallait qu'elle s'élance vers ces barreaux droits et solides. Pourquoi, dans ce monde magique, tout sortait de l'ordinaire ? pensa-t-elle, irritée.
Elle regarda autour d'elle. Les gens continuaient à marcher paisiblement dans les environs, sans se soucier d'elle, à part certains qui lui lançaient des coups d'œil intrigués. Ces gens normaux qui ne savaient même pas que la magie existait… Eux, au moins, pouvaient vivre tranquillement leur vie sans avoir peur d'être tués par des pouvoirs magiques trop puissants. Pourquoi cette histoire lui était-elle arrivée, justement à elle ?
Matilde vit une cabine téléphonique à proximité et elle eut l'envie soudaine d'appeler ses parents. En avait-elle le droit ? Et pourquoi pas ? Un petit appel juste pour rassurer ses parents qu'elle allait bien ne devait sûrement déranger personne... Elle s'avança alors, d'un pas résolu, vers la cabine, en contournant les gens. Mais lorsqu'elle décrocha le combiné, elle s'aperçut bien vite qu'elle n'avait pas de pièces de monnaie sur elle. Tout son argent de poche était resté dans sa valise et elle n'avait, en sa disposition, que de l'argent de sorciers qui s'avérait bien inutile en ce moment. Mais peut-être que quelqu'un pourrait être en mesure de lui refiler une pièce ?
— Pardon monsieur, dit Matilde, d'une petite voix, à un homme vêtu d'un imperméable bleu, qui passait devant elle. Vous n'auriez pas… ?
— Excusez-moi, mais je suis pressé, répondit-il brutalement en accélérant le pas.
Matilde, offusquée, se retourna vers le suivant :
— Pardon, monsieur… ?
Mais, comme le précédent, celui-ci ne manifesta aucun intérêt et passa tout droit.
« Décidément, ce sont tous des cons, ici ! » pensa Matilde, insultée.
— Mademoiselle, dit soudain une voix de femme derrière elle.
Matilde fit volte-face. Elle crut un instant que quelqu'un allait enfin lui venir en aide, mais ses espoirs s'écroulèrent aussitôt lorsque la femme lui demanda :
— Vous ne semblez pas utiliser le téléphone. Est-ce que je peux passer un appel ?
Le regard sombre, Matilde lui tendit le téléphone et retourna se faufiler indolemment dans la foule. Elle revint devant la barrière, à son point de départ, et son estomac se contracta de nouveau. Elle n'avait aucune envie de s'assommer sur cette barrière. Si seulement elle avait pu appeler ses parents : ils auraient peut-être pu lui redonner un peu le moral…
Encore une fois, Matilde regarda autour d'elle. Elle cherchait une aide quelconque qui ne venait pas. Tout ces gens allaient sûrement se moquer d'elle lorsqu'ils la verraient se ruer vers la barrière pour la percuter de plein fouet.
Une grosse horloge suspendue à un mur indiquait : 16h55. Matilde sentit brusquement la panique s'emparer d'elle : il ne restait que cinq minutes avant que le train ne parte sans elle ! Il fallait qu'elle se dépêche. Fixant la barrière, elle s'élança alors, serrant le chaudron dans sa main droite, marchant de plus en plus vite. Cependant, lorsqu'elle ne fut qu'à quelques pas de la barrière, elle fut incapable de continuer. Par peur soudaine, elle s'arrêta net, manquant de glisser par terre, le cœur battant à tout rompre.
« Je ne serai jamais capable de faire ça ! pensa-t-elle, haletante, complètement désemparée. Je me sens trop ridicule ! Pourtant, il le faut bien ! Je vais rater le train… Allez Matilde, s'exhorta-t-elle alors, tu peux y arriver ! »
Elle retourna sur ses pas et refit face à la barrière. Des gens passaient devant elle sans lui prêter attention. Prenant une grande inspiration, elle essaya de se calmer, puis elle s'élança de nouveau en courant de toutes ses forces. Elle vit la barrière se rapprocher dangereusement d'elle et ferma alors les yeux pour attendre le choc. Mais au lieu de frapper quelque chose de dur et de solide comme elle s'y était attendue, c'est quelque chose de gros et de mou qu'elle percuta de plein fouet. Elle s'effondra brutalement sur le sol. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle constata avec horreur qu'elle avait heurté un homme corpulent aux cheveux épais qui avait malencontreusement passé devant elle.
— Je suis désolée, dit précipitamment Matilde.
Bien des gens s'étaient arrêtés pour observer la scène d'un air curieux.
Encore sur le dos, l'homme tentait de se relever avec difficulté. Alors Matilde se leva immédiatement pour lui prêter main forte, mais il la repoussa avec brusquerie.
— Tu es folle ! s'écria-t-il, furieux. Va te faire soigner !
Il réussit à se relever à grand-peine et ramassa sa valise qui avait glissé un peu plus loin dans sa chute. Après un regard menaçant vers une Matilde profondément embarrassée, il s'éloigna en fulminant des paroles inaudibles parmi la foule.
« Raté ! pensa Matilde, désespérée, et je dois recommencer en plus… »
Elle ramassa le chaudron, qu'elle avait échappé dans sa collision, et remit à l'intérieur les livres et le paquet poussiéreux qui s'étaient répandus sur le sol. Lorsqu'elle souleva le chaudron, elle hoqueta avec surprise : il était beaucoup plus lourd qu'il ne l'était avant qu'elle ne l'échappe. Le sortilège de légèreté ne faisait donc plus effet.
Consultant une seconde fois l'horloge sur le mur, Matilde vit qu'il ne lui restait que deux minutes. Son cœur se serra : il fallait faire vite ! Rassemblant toutes ses énergies et son courage, elle ne se donna plus le droit de penser et s'avança précipitamment vers la barrière. Puis, au moment où elle croyait la heurter douloureusement, elle vit le décor de la gare basculer pour laisser place à un immense nuage de vapeur grise. Matilde marcha lentement sur un sol de pierres, quelque peu déconcertée, et aperçut enfin le Poudlard Express. Un coup de sifflet retentit sur le quai 9 ¾ et un homme qui s'avéra être le contrôleur du train s'approcha d'elle d'un pas vif.
— Vous arrivez juste à temps, lui dit-il, vous avez votre billet ?
Matilde mit la main dans sa poche et ressortit le billet que Dumbledore lui avait donné. Elle le tendit au contrôleur qui le prit aussitôt.
— Embarquez à bord, Mademoiselle. Nous partons à l'instant !
Impressionnée par l'immense engin écarlate qui crachait ses volutes de vapeur sur l'étendue du quai désert, Matilde suivit l'homme, en traînant le gros chaudron à bout de bras, et monta à bord du train. Une fois à l'intérieur, elle fit coulisser la porte du premier compartiment à sa droite, jeta le lourd chaudron sur l'une des deux banquettes et s'affala sur celle d'en face. Matilde ferma les yeux, soupira de soulagement, et se félicita d'avoir réussi : elle était enfin dans le train, en route pour Poudlard.
Elle n'arrivait pas à croire qu'elle était bel et bien parvenue à passer la barrière. Un peu plus et elle repartait chez elle en taxi… L'idée n'aurait pas été mauvaise, bien sûr, mais Dumbledore n'aurait pas été fier d'elle, ni ses parents d'ailleurs. Et de toute façon, il fallait bien qu'elle guérisse de ces Pouvoirs Fortifiés qui grouillaient — apparemment — à l'intérieur d'elle, et elle était consciente que cela risquerait de prendre du temps. Mais si elle s'appliquait, elle pourrait revenir plus tôt chez elle et reprendre ses projets d'avenir. Avec un peu de chance, elle serait de retour à temps pour Noël…
Le convoi s'ébranla et se mit à vibrer à mesure qu'il prit de la vitesse. Matilde regarda par la fenêtre et ne vit que du noir : en cette mi-novembre, la nuit était déjà tombée. Elle se demanda combien de temps le voyage durerait. L'Écosse était tout de même loin de Londres.
À présent, Matilde se laissait peu à peu emporter par la fatigue. Ses paupières s'alourdissaient et il ne lui a fallu que de quelques instants de somnolence pour qu'elle sombre enfin dans un sommeil profond.
Un bang ! tonitruant retentit brusquement et elle se réveilla en sursaut. Encore engourdie par le sommeil, elle mit un peu de temps à se souvenir où elle était. Puis elle aperçut le chaudron, roulant de côté sur le sol, secoué par les vibrassions du train — les livres, le paquet renfermant l'uniforme de Poudlard, le télescope neuf, une balance en cuivre et une boîte carré (qu'elle n'avait jamais vue jusqu'alors) étaient répandus sur tout le plancher du compartiment.
Matilde se redressa sur la banquette en se frottant les yeux et saisit la boîte. Celle-ci émettait des cliquetis venant de l'intérieur. Intriguée, elle la posa sur ses genoux et entreprit de dénouer le cordon qui rattachait le couvercle. Mais, lorsqu'elle parvint à ouvrir la boîte, elle constata avec déception qu'il ne s'agissait seulement que de quelques fioles anodines en verre dont certaines s'étaient brisées en plusieurs morceaux, suite au choc causé par le chaudron en tombant en bas de la banquette.
Matilde mit la boite de coté et s'approcha de la fenêtre pour tenter d'apercevoir quelque chose qui lui indiquerait où elle se trouvait, mais la nuit noire l'empêchait de voir quoi que ce soit. Elle se demanda alors combien de temps avait-elle dormi et combien de temps restait-il au voyage. Après avoir observé les alentours dans l'espoir d'y voir une horloge, elle finit tout simplement par se maudire de ne pas avoir eu la brillante idée de porter sa montre bracelet. Puis elle prit le paquet de Mme Guipure dans l'intention d'enfiler l'uniforme. Si le convoi arrivait bientôt à destination, il fallait qu'elle soit prête. Elle n'avait pas envie de paniquer encore à la dernière minute.
Elle enleva alors ses gants en peau de dragon et le manteau qu'elle avait porté toute la journée, et déchira le papier brun du paquet couvert de poussière. Elle y découvrit trois robes noires, une longue cape d'hiver avec des attaches en argent et un chapeau pointu. Le chapeau pointu était ridicule. Matilde n'était pas très enchantée par le fait qu'elle devrait le porter. D'ailleurs, aucun de ces vêtements noirs ne la séduisaient. C'était donc à contrecœur qu'elle entreprit de se changer rapidement, jetant son pull vert lime et son jeans sur la banquette contre la boîte de fioles, tout en lançant nerveusement des coups d'œil vers la vitre de la porte du compartiment pour s'assurer que personne ne venait l'observer derrière.
Lorsqu'elle fut toute habillée de l'uniforme de Poudlard (omettant tout de même de se coiffer du chapeau), Matilde contempla son reflet qui apparaissait sur la vitre noire du compartiment, et dut s'admettre que c'était moins terrible qu'elle ne le croyait : Mme Guipure avait si bien pris ses mesures que la robe mettait en valeur sa taille et ses courbes. De toute évidence, elle était bien plus jolie dans cette tenue que dans son pull vert lime.
Matilde se rassit sur le bout de la banquette, où reposait le chaudron avant qu'il ne glisse sur le sol avec fracas, et se surprit à espérer revoir Dumbledore bientôt. Sa bienveillance et son air enjoué lui manquaient déjà. Aussitôt, elle secoua la tête, comme pour refouler ces pensées qu'elle qualifia d'absurdes, et envisagea plutôt de s'occuper à lire quelques livres de magie pour passer le temps. Elle lut le titre du premier livre qui lui tomba sous les yeux et se courba pour s'en saisir. Le livre violet des sorts et enchantements de Miranda Fauconnette, incrusté de lettres dorées, devait être utile pour aider ses pouvoirs à se manifester. Pourquoi ne pas apprendre quelques tours de magie maintenant ? Parce qu'elle n'avait pas de baguette, tout simplement, se répondit sombrement Matilde. Cependant, elle était certaine qu'elle arriverait sans problème à effectuer tous ces tours magiques sans l'aide d'un stupide bout de bois. Bien sûr, elle n'avait pas oublié les inquiétudes de Dumbledore face à ses Pouvoirs Fortifiés, mais elle restait néanmoins sceptique à l'idée que le mystère caché derrière ses pouvoirs se révèle vraiment dangereux. Selon elle, faire rouler des stylos dans sa direction ne ressemblait en rien à de la Magie Noire…
Elle ouvrit donc le livre à une page au hasard et découvrit le sortilège Collaporta : un sort permettant de verrouiller les portes. Ce sortilège était décrit avec beaucoup de techniques et de théories et il fallait arriver à maîtriser un quelconque mouvement avec la baguette magique pour le réussir. Mais elle releva la tête vers la porte du compartiment et voulut essayer néanmoins le sortilège sans baguette. Pourquoi attendre ? Encouragée par la pensée que plus elle ferait de la magie, plus elle guérirait de la pression de ses Pouvoirs de Parguenais, et plus vite elle retournerait chez elle, Matilde allongea la main, pointa la poignée de ses doigts, et d'une voix fébrile, elle marmonna :
— Collaporta !
Tenant toujours la pose, elle attendit que quelque chose se produise, mais au lieu de ça, elle se sentit vite ridicule. Mais elle se leva quand même vers la porte et alla actionner la poignée. La porte coulissa et se referma sans problème et Matilde conclut alors que le sort n'avait pas fonctionné. Soupirant de déception, elle retourna s'asseoir. Peut-être qu'elle n'avait pas été assez concentrée sur son objectif ? Elle fixa de nouveau la poignée et insista de toutes ses forces pour que celle-ci se barre. Puis, sentant que la concentration était à son maximum, elle tendit les doigts et s'écria d'une voix plus assurée :
— Collaporta !
Un déclic retentit.
— Ça a marché ! s'exclama-t-elle d'allégresse en bondissant de la banquette pour se ruer sur la porte.
Celle-ci refusait maintenant de s'ouvrir.
Le cœur battant à toute allure, elle retourna s'asseoir, ressaisit son livre d'enchantements et tourna les pages énergiquement. Elle s'arrêta sur la formule Wingardium Leviosa, un sortilège de lévitation. Un sort facile, puisque Matilde l'avait déjà exercé sur une baguette chez Ollivander. Pourtant, à ce moment-là, elle se souvint de n'avoir prononcé aucune formule... Ce pourrait-il qu'elle puisse réaliser tous les sorts et enchantements de ce livre, sans baguette et sans formules ? Ce serait trop simple…
Matilde regarda son pull vert lime sur la banquette devant elle, plissa les yeux, et refit le même geste théâtrale de la main, sans toutefois prononcer de paroles. Aussitôt, le pull s'éleva au-dessus de la banquette et se dirigea lentement vers elle en tournoyant sur lui-même, comme s'il était plongé dans une eau invisible. Ravie que ce soit si facile, elle repoussa son pull dans les airs et, d'un geste leste du doigt, le reposa aisément sur la boîte de fioles au coté de son jeans et de son manteau. Elle redressa ensuite le livre devant ses yeux avides.
— Evanesco, lut-elle à voix haute.
Ce sortilège permettait de faire disparaître des objets, des liquides ou des taches. Matilde regarda à nouveau vers la banquette en face et s'efforça alors de faire disparaître son pull. Soudain, en se concentrant de la sorte, elle vit que de la fumée noire et opaque commença à s'échapper du pull. Elle cessa brusquement sa manœuvre. Bizarre, pensa-t-elle, ce n'était pas ce qu'elle prévoyait… La fumée s'intensifia rapidement et se répandit sur le jeans, puis sur le manteau... Horrifiée, Matilde se rua précipitamment sur la porte et tourna la poignée dans l'intention de sortir et d'aller chercher de l'aide, mais la porte refusa de s'ouvrir : elle était toujours sous le sortilège du Collaporta.
— À l'aide ! cria-t-elle en tambourinant sur la porte tandis que, derrière elle, ses vêtements se consumaient dans un épais nuage noir. S'il vous plaît ! Quelqu'un !
Elle s'efforça alors de se concentrer et d'essayer de déverrouiller la porte, mais la panique qui lui était trop élevée lui bloquait le cerveau.
— Il y a quelqu'un ? hurla-t-elle de toutes ses forces, mais personne ne semblait l'entendre.
Désemparée, elle s'adossa à la porte, le cœur lui martelant littéralement les côtes. Puis, avec stupéfaction, elle vit la fumée se dissiper et s'éclipser aussi subitement qu'elle était apparue. La banquette se retrouvait maintenant intacte, mais complètement dépourvue de ses affaires.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? se demanda-t-elle, effarée. Qu'est-ce que j'ai fait ? »
Son pull, son jeans, son manteau et la boîte contenant les fioles de verre brisé s'étaient totalement envolés.
Des coups frappèrent soudain à la porte derrière elle et Matilde fit volte-face.
— Ça va à l'intérieur ? demanda une vieille femme à l'air inquiet derrière un chariot rempli de friandises.
Matilde lui fit signe que oui à travers la vitre et afficha un sourire nerveux pour tenter de la rassurer. À présent qu'il n'y avait plus de raisons de s'affoler, elle se sentit stupide d'avoir réagi de la sorte.
La femme mit la main sur la poignée et, comme la porte refusait de s'ouvrir, elle regarda Matilde avec l'air de dire : « Mais ouvre donc ! ».
— Je n'arrive pas à l'ouvrir, répondit Matilde à travers la vitre.
Et elle lui montra d'un geste inutile que rien ne se produisait lorsqu'elle actionnait la poignée.
La femme roula les yeux d'un air agacé et sortit sa baguette. Après un déclic, la porte coulissa et Matilde ressentit l'embarras au même moment.
— Je suis désolée, dit-elle, gênée.
Silencieusement, la femme rangea sa baguette sous son tablier et promena ses yeux sur les fournitures scolaires en désordre, éparpillées sur le sol. Enfin, elle demanda :
— Que s'est-il passé ?
— R-rien, tout va bien, assura Matilde nerveusement. C'est seulement le chaudron qui a glissé de la banquette et qui a tout renversé son contenu…
— Et c'est ça qui vous a fait hurler à ce point ?
— Heu…, répondit Matilde, mal à l'aise. Disons que j'ai eu un peu peur du chaudron…
Dès qu'elle eut prononcé ces mots sans réfléchir, elle trouva vite son mensonge bien peu convainquant. Mais elle songea ensuite qu'il avait dû être efficace, puisqu'elle vit la femme l'observer un moment, d'abord sceptique, puis hausser les épaules avant de prendre soudain un air professionnel en s'éclaircissant la voix bruyamment :
— Vous voulez acheter quelque chose ? demanda-elle en désignant son chariot. Fondant au chaudron ? Chocogrenouilles ? Dragées surprises ?
— Quoi… ? Heu… non, ça va… Merci…
— Pas même un bon jus de citrouille glacé ? insista la femme. Après toutes ces heures de sommeil, vous devriez sûrement avoir soif, si ?
En effet, Matilde avait très soif et faim, et un jus — même à la saveur de citrouille — n'aurait pas été de refus. Néanmoins, elle se rappela que la bourse de Dumbledore se trouvait dans la poche de son manteau anéanti par la fumée. Matilde n'avait donc plus d'argent.
— Non merci, répondit-elle tristement. Ça va aller…
— Ah… D'accord…
L'air déçu, la femme poussa donc son chariot pour s'en retourner.
— Oh, mais attendez, s'empressa de s'écrier Matilde.
La femme s'arrêta et se retourna.
— Vous ne pourriez pas me dire si on arrive bientôt à Poudlard ?
La femme, qui avait visiblement espéré que Matilde se ravise au sujet du jus de citrouille, prit aussitôt un air lassé.
— Environ une heure, lança-t-elle avant de reprendre son chemin entre les compartiments.
Matilde retourna s'asseoir et croisa les bras. Au moins, elle avait dormi tout le voyage, mais il lui restait tout de même une heure à tuer et il était hors de question qu'elle remette le nez dans ces livres. D'ailleurs, elle avait été idiote d'exercer la magie sans baguette alors que Dumbledore l'avait déjà mise en garde au sujet de ses Pouvoirs de Parguenais. Ça aurait pu être pire ! Elle avait maintenant perdu son manteau avec la bourse et sa boîte de fioles. Pour le reste, elle s'en fichait bien : son pull vert lime et ses jeans ne lui manqueraient pas. Encore heureux que ses gants en cuir de dragon avaient été épargnés : ceux-ci avaient glissé en bas de la banquette au moment de l'incident.
Pour passer le temps, Matilde décida de ramasser son fouillis. Elle vida le chaudron du reste de poussière venant de chez Ollivander et remit proprement les livres dedans après les avoir époussetés un par un. Elle y déposa ensuite la balance et le télescope à leur coté, ainsi que les gants, les deux autres robes noires et le chapeau pointu ridicule. Puis, après avoir plié soigneusement la cape d'hiver qu'elle posa sur la banquette, elle retourna s'asseoir, recroisa les bras et fixa le tas de poussière du chaudron, qui recouvrait à présent une partie du plancher entre les banquettes.
Comme le temps pouvait sembler long lorsqu'on était impatient, surtout quand la faim et la soif se faisaient ressentir cruellement !
Enfin, après s'être tourné les pouces durant un temps qui s'était éternisé, Matilde sentit que le train perdait de la vitesse. Les roues crissèrent sur les rails et le convoi s'arrêta dans une secousse. Matilde se leva aussitôt, s'emmitoufla dans la cape noire d'hiver et, saisissant son lourd chaudron au passage, s'engouffra d'un pas hâtif dans le couloir en direction de la sortie.
Tout était calme et sombre lorsqu'elle sortit à l'extérieur. Des volutes de vapeur tapissaient le sol du quai minuscule, plongé dans la pénombre. La température était devenue très froide et Matilde remonta le col de sa cape sous la neige qui tombait par gros flocons. Un chemin étroit s'étendait dans l'obscurité. Plissant les yeux, elle vit une petite lueur qui valsait au loin et qui grossissait à mesure qu'elle se rapprochait. Puis une ombre gigantesque se découpa autour de la lueur. Matilde sentit ses entrailles se glacer de terreur : un monstre s'avançait dans sa direction. Pétrifiée, elle lâcha son chaudron qui atterrit dans la neige dans un bruit étouffé et recula d'un pas.
— Ah, te voilà ! dit le monstre d'un ton amical qui ne collait pas du tout à son aspect terrifiant.
Lorsqu'il fut assez près de Matilde, celle-ci put alors discerner, à la lueur de sa lanterne, qu'il s'agissait d'un véritable géant au visage hirsute.
— Q-qui êtes-vous ? demanda-t-elle d'une voix tremblante. Et où est Dumbledore ?
— Rubeus Hagrid, Gardiens des clefs et des Lieux à Poudlard, se présenta-t-il d'un ton important, en portant sa gigantesque main à sa poitrine. C'est le professeur Dumbledore qui m'envoie. Le voyage s'est bien passé ?
Matilde hocha la tête timidement.
— Bon. Alors allons-y ! déclara Hagrid avant de tourner les talons.
Rassurée d'apprendre que ce géant était envoyé par Dumbledore, et non venu de lui-même dans l'intention de lui faire du mal, Matilde ramassa son lourd chaudron à deux mains et le suivit sur le chemin étroit en pente raide, titubant dans l'épaisse neige qui crissait sous ses bottines.
— Attention, avertit Hagrid en se retournant pour éclairer le chemin devant Matilde, ça pourrait être glissant…
Le chemin s'enfonça dans une forêt, si l'on en jugeait par les arbres illuminés par la lanterne du géant, qui bordaient le passage enseveli de branchages.
— Tu vas apercevoir bientôt Poudlard, dit Hagrid sur un ton jovial. Après le tournant là-bas…
Le chemin déboucha alors sur une rive où s'étendait un grand lac noir et, perché au loin sur les collines, se dressait un immense château hérissé de tours pointues, percé d'une multitude de fenêtres étincelantes.
Matilde resta abasourdie devant ce spectacle.
