Réservation pour Deux (Party of Two)
CHAPITRE 10
Raisons et Sentiments
Le déverrouillage de la porte réveilla l'écrivain. Il faut dire qu'il avait passé la nuit la plus désagréable depuis qu'ils étaient arrivés. Il enviait même celle quand il avait été drogué, au moins là, il avait réussit à trouver le sommeil. Pas cette fois-ci.
La douleur qu'il ressentait à l'abdomen était continuelle, peu importe la position dans laquelle il se mettait, il avait mal. Assez pour l'empêcher de tomber dans les bras de Morphée.
En s'aidant de son bras droit il se redressa sur le lit. Il jeta un coup d'œil vers Beckett. Elle était toujours sur le canapé, emmitouflée dans les couvertures. En la voyant si paisible et si calme, il esquissa un petit sourire qu'il ravala aussitôt en repensant à leur dispute de la veille. C'était officiel, ils étaient à fond dans leur rôle de couple. Avec tout ce qui va avec, y comprit les disputes.
Il soupira et secoua légèrement la tête de gauche à droite. Il se leva péniblement, passa par la case 'penderie' et en délogea une chemise blanche et un jean puis il disparu dans la salle de bain. Il fit une pause en arrivant près de la glace et regarda plus en détail le bleu qui ornait à présent son abdomen. Une blessure de guerre. En temps normal il aurait sourit en ayant hâte de raconter à tout le monde comment il l'avait eu, mais il n'avait même pas le cœur à ça.
Il finit par entrer dans la douche.
Sur le canapé, Kate ne dormait pas. Elle aussi avait passé une très mauvaise nuit. Dès qu'elle fermait les yeux, elle voyait l'écrivain s'écrouler s'imaginant le pire. En pensant qu'elle n'avait pas été capable de le sortir de là et de le protéger. 'Protéger et servir' , la devise des policiers, elle avait l'impression de l'avoir trahie. Elle n'avait pas le droit de mettre Castle dans ce genre de position. C'était elle la flic, elle se devait de le protéger…
Et enfin quand elle avait trouvé le sommeil, elle s'était retrouvée enfermée dans son propre rêve. Rêve qui tourna rapidement au cauchemar quand elle revit en boucle la scène de la clairière. Le premier coup de feu. Castle qui ne réagit pas à temps. Le deuxième coup de feu. Volcanic qui se tient bien droite. Castle qui titube. Castle qui s'écroule. Elle assistait encore et encore à la mort de l'écrivain. Elle repassait par toutes les émotions qui l'avait envahit à ce moment : la peur, la colère, la culpabilité, la tristesse… Elle l'entendait encore gémir et se marrer comme un gamin à qui on avait fait une mauvaise farce. Au moins quand elle était éveillée, elle pouvait lutter contre ce genre de pensées, contre ce genre d'images. Mais dès qu'elle s'imaginait le cauchemar terminé, il se rembobinait comme si son subconscient la forçait à revivre ça.
Elle était bien consciente qu'elle avait du mal à partager ses sentiments. Mais c'était plus fort qu'elle. Elle craignait que si elle le faisait quelque chose de terrible allait arriver et qu'elle le perdrait pour de bon. Elle pensait certainement que c'était plus facile de garder cachés ses sentiments pour se protéger… Elle avait érigé un mur autour de son cœur depuis la mort de sa mère. Car la peur de s'attacher à quelqu'un et surtout la crainte de le perdre la forçait à garder ce mur, cette carapace.
« La mort n'est pas un jeu, la mort ce n'est pas drôle… Quand est-ce qu'il va le comprendre. Quand est-ce qu'il va comprendre qu'il me fait mal quand il réagit comme ça ? »Elle enfouit un peu plus sa tête dans les couvertures et ferma les yeux. Elle laissa la douce pensée qu'en les rouvrant, elle se retrouverait dans son appartement de New-York…
Elle entendit l'eau couler dans la salle de bain. Elle n'avait pas la force de l'affronter ce matin, de lui parler, de le regarder dans les yeux. Il pourrait aisément déchiffrer ce qu'elle ressentait, et ça, elle ne le voulait pas. Elle se retourna le plus discrètement possible pour faire face au dossier du canapé, et ainsi éviter le regard de l'écrivain s'il décidait de rester dans la chambre.
Elle entendit la porte s'ouvrir, il marchait doucement probablement pour ne pas la réveiller. Mais elle n'avait pas réussi à bien dormir non plus. Elle le sentait prêt d'elle, il devait la regarder, allongée sur ce canapé, pensant qu'elle dormait. Elle sentit son cœur s'accélérer. Heureusement pour elle, les couvertures la camouflaient assez bien pour éviter qu'il s'aperçoive qu'elle était bel et bien réveillée et qu'elle évitait son regard.
Elle l'entendit ensuite s'éloigner, tourner la poignée, puis sortir. Elle laissa échapper un soupir de soulagement. Elle rabattu les couvertures sur ses pieds et s'assit. Elle posa ses mains sur sa tête, ferma les yeux une fraction de seconde, assez pour revoir Castle allongé, inerte dans l'herbe. Elle se frotta les yeux frénétiquement comme pour chasser cette image.
Elle se leva et passa aussi par la case 'penderie'. Elle prit de quoi être à l'aise pour la journée, priant pour qu'il n'y ait pas d'épreuve, elle voulait rester enfermée dans la chambre. Mais surtout, elle souhaitait rester seule. Elle en avait besoin. Se retrouver avec elle-même et faire le point sur ses sentiments. Ça serait tellement plus simple à gérer si elle n'éprouvait rien pour lui…
En arrivant dans la cuisine, Castle n'avait pas la tête à préparer un truc, alors il se dirigea directement vers un placard à la recherche d'un petit quelqu'un chose à grignoter en guise de petit déjeuner. Il trouva un paquet de gâteaux au chocolat. Il s'en saisit et s'installa autour de la table. Il fut surprit de voir qu'il n'y avait pas de 'note' annonçant une prochaine épreuve. Il balaya rapidement la pièce d'un regard attentif pour chercher une feuille qui aurait pu se glisser quelque part… Ne trouvant rien, il commença son petit déjeuner mais il l'avait à peine commencé que Val' entra à son tour. Il aurait préféré ne voir personne et surtout pas elle. Elle le salua et il répondit poliment.
- « Votre femme n'est pas avec vous ce matin ? Pas de super petit-déjeuner pour lui faire la surprise ? »
Il la regarda sans répondre. Ça ne la regardait pas après tout.
- « Oh, vous êtes de mauvaise humeur ? » Dit-elle amusée. « Pas de réconciliation sur l'oreiller ? C'est bien dommage… »
Il ne répondit toujours rien, se contentant de croquer dans son gâteau . Val' s'installa juste à côté de lui et posa l'une de ses mains sur son genou. Castle se crispa au contact de cette main sur lui.
- « Vous savez, Trigger. Mon offre tient toujours. »
Il marmonna un timide « Je suis marié. »Pensant que ça allait la décourager.
- « Marié, je sais. Toutes mes condoléances d'ailleurs. »
Elle retira sa main de son genou puis elle fit un mouvement de la tête comme si elle cherchait à indiquer la position de Beckett à travers les murs.
- « Surtout avec une femme pareil ! »
Ces paroles ne firent qu'un tour dans la tête du romancier et sans réfléchir plus que ça, il répondit sèchement.
- « Ne parlez pas d'elle comme ça. Vous ne la connaissez pas ! »
- « Et bien, encore heureux ! » Lança la 'petite' blonde tout en rigolant.
Castle se leva laissant son paquet de gâteaux sur la table et il sortit de la pièce. Abandonnant Val' et ces 'réflexions' mal placées. En arrivant dans le couloir, il croisa Volcanic. Elle devait sans doute penser au duel de la veille. Elle afficha un immense sourire quand elle le vit poser sa main gauche au niveau de son abdomen.
- « Ça va mieux ? » Lui demanda-t-elle.
- « A merveille. » Répondit l'écrivain en tentant de masquer la douleur.
- « Et votre femme ? »
- « Super. »
- « Vous mentez très mal, Trigger. »
- « On me le dit souvent. »
Sur ces mots, il prit la porte et se retrouva à l'extérieur. « Un peu de marche ne me fera pas de mal. » Pensa-t-il.
En arrivant dehors, il eut la surprise de constater qu'il faisait plutôt bon malgré l'heure. Il disparut ensuite dans la forêt. Perdu dans ses pensées, il n'avait même pas remarqué Val' qui le suivait…
Après avoir prit une bonne douche qui l'aurait aidée, pensait-elle, à y voir un peu plus clair, elle sortit de la chambre, prit ses couteaux et alla vers la cuisine. En priant pour qu'il ne soit pas là, à l'attendre pour discuter ou à faire comme si de rien était. En ouvrant la porte, elle ne vit que Volcanic, sur une chaise, devant un café.
Elle s'attendait à quoi ? Voir Castle… Certainement, même si elle n'avait pas la force de lui parler maintenant, ils devaient remettre les pendules à l'heure, pour le bien de l'enquête. « Oui pour le bien de l'enquête ». Répéta-t-elle inconsciemment dans sa tête essayant de se convaincre par la même occasion. Si seulement ça ne concernait que l'enquête ce serait plus 'simple' à gérer. Si seulement elle n'avait pas encore ce petit pincement au cœur qui ne l'aidait pas à trouver une solution…
Dans le silence le plus complet, elle se prépara un café et prit place sur l'une des chaises qui encerclait la table.
- « Courte nuit ? » Demanda la petite rousse.
- « On peut dire ça. » Répondit Beckett dans un souffle presque incompréhensible.
- « C'était quoi le but de l'épreuve d'hier, à votre avis ? Je veux dire, ce faux duel. Nous faire croire qu'on allait s'entretuer. »
- « Franchement… Je n'en sais rien. Peut-être voulaient-ils savoir si on était capable d'obéir aveuglément. »
- « Peut-être. Même si je dois vous avouer, Vendetta, que je trouve aucune logique à organiser un duel, soit disant à mort, juste pour un super 'contrat'. »
Avait-elle bien entendu 'super contrat'. Tout ça, toute cette mascarade c'était pour qu'un milliardaire (ça ne pouvait être qu'un milliardaire vu les moyens à leur disposition) trouve un tueur professionnel. Que le meilleur soit choisit ? Beckett sortit de ses pensées quand elle entendit Volcanic lui parler.
- « M'enfin, on s'est bien amusés dans cette clairière, c'est déjà ça. »
La rouquine avala une gorgé de son café et elle se leva en faisant couiner la chaise au passage.
- « Vous saviez que les balles étaient fausses, pourquoi n'avoir rien dit ? » Demanda Beckett.
- « Eh bien. D'une parce que je ne savais pas si les balles à lui, étaient fausses. Et de deux, comme je l'ai dit juste avant… C'était quand même plus marrant, comme ça. »
« Suis-je la seule à ne pas trouver ça drôle ? »Pensa le lieutenant.
En voyant la tête de Vendetta, Volcanic ajouta.
- « Ça se voit que vous êtes amoureuse de lui ... » Elle était à deux doigts de quitter la pièce quand elle se retourna pour ajouter. « Heureusement que vous êtes mariés sinon on pourrait trouver ça bizarre. » Elle se mit à rigoler et disparu en passant la double-porte.
Beckett avala difficilement les dernières gorgées de ce précieux liquide noir et sentit ses joues rougir. Puis elle décida de partir à la recherche de l'écrivain. En priant pour qu'il ne soit pas en train d'inventer une bêtise ou de s'attirer des ennuis…
Castle vagabondait toujours dans la forêt juste pour se changer les idées. Il trouva un coin sympathique le long d'un petit ruisseau. Il s'installa sur un rocher puis il ramassa une petite branche qui avait la forme d'un 'y'. Il se mit à attendre... Mais attendre quoi ? Il ne le savait pas vraiment. Sans doute cherchait-il des réponses en fixant presque obsessionnellement le reflet du ciel dans l'eau. Ou c'était simplement histoire de passer le temps et laisser la pression retomber.
« Et si elle avait raison… Qu'elle n'avait pas vraiment besoin de moi ? Peut-être que ce partenariat touche à sa fin, qu'il est temps pour moi de jeter l'éponge. »
Quand cette pensée lui traversa l'esprit il ressentit un frisson amer le parcourir. Il baissa la tête et se concentra d'avantage sur le morceau de bois qu'il tenait dans les mains.
« Elle l'a dit de toute façon. Elle n'a pas besoin de moi 'tout court'. Quelle idée j'ai eu de débarquer dans sa vie, comme ça. On ne peut pas continuer comme ça. »
Il jeta sa brindille devant lui puis se leva doucement comme s'il souhaitait au fond retarder la confrontation avec le lieutenant.
« Toutes les bonnes choses ont une fin… »
L'air amer, il se retourna pour rentrer à l'hôtel et retrouver Beckett pour le lui annoncer. Mais alors qu'il allait se mettre en marche il aperçut Val', sur le chemin. Elle avait ses mains sur ses hanches comme si elle attendait quelque chose. Il s'insulta intérieurement de ne pas avoir prit un pistolet, ça aurait pu servir.
- (Etonné de ne pas être seul) « Val' ? »
- « Trigger… Je vous cherchais justement. »
Surprit, ne sachant pas pourquoi elle l'avait suivit, il ne bougea pas. Elle commença alors à s'approcher de lui et plus elle s'approchait, plus il reculait jusqu'à se retrouver coincer par le tronc d'un arbre. Il restait toujours planté là comme un piquet.
Elle s'avança encore jusqu'à être assez proche pour poser ses deux mains sur son torse et laisser glisser l'une de ses jambes sur celle de l'écrivain. « Repousse là, qu'est-ce que tu attends ? » Pensa-t-il.
Il fit un pas sur la droite pour se libérer de son emprise.
- « Val'… Non. Ça suffit hein ! »
« C'est la pleine lune, ou quoi ? »Hurla-t-il dans sa tête.
A peine s'était-il éloigné de quelques centimètres, qu'elle se rapprocha encore.
- « Voyons, Trigger… »
- « Je suis marié ! » Lança-t-il. Imaginant un court instant que ça allait finir par la dissuader.
- « Marié ? »
Elle s'approcha encore puis elle enroula ses mains autour de son cou jusqu'à se coller à lui et poser sa poitrine contre son torse.
- « Mais cela ne me dérange pas, je ne suis pas jalouse. » Continua-t-elle.
Il allait encore protester quand il sentit l'index de Val' se poser sur ses lèvres. Il plaça l'une de ses mains sur son épaule, pour tenter de la repousser mais il n'obtint pas l'effet escompté. Au lieu de s'éloigner, elle recula légèrement son épaule pour pouvoir s'avancer. Elle se serra encore plus à lui tout en glissant l'une de ses mains sous sa chemise. Castle émit un petit bruit qui arracha un sourire charmeur à Val'.
- « Val' ! »
Il se recula encore mais cette fois-ci il garda ses distances avec elle en positionnant ses deux mains sur les épaules de la jeune femme.
- « J'aime ma femme. » dit-il d'un ton sérieux et solennel.
- « Je n'en doute pas, Trigger. Mais comme je l'ai dit, cela ne me dérange pas. »
- « Moi si, justement ! » Répondit-il rapidement.
Elle se saisit des deux mains qu'elle avait sur ses épaules et elle les posa sur ses hanches. Aussitôt, Castle les éloigna en écarquillant les yeux.
Elle s'approcha.
Il recula encore.
Quand il sentit le tronc d'un arbre l'empêchant de reculer à nouveau, il soupira.« Il y a vraiment trop d'arbres dans cette forêt ». Murmura-t-il.
Elle faufila une nouvelle fois sa main sous sa chemise et s'arrêta sur la blessure causée par la balle en caoutchouc. Elle le regarda en affichant un petit sourire quand elle le vit faire la grimace.
- « Ça fait encore mal ? » Dit-elle avec une voix douce et sensuelle.
Il avala difficilement sa salive.
- « Ma femme est.. »
- « A l'hôtel. On a tout le temps que l'on désire… »
- « Ce n'est pas ce que je voulais dire. »
Elle laissa ensuite son autre main se perdre dans la chevelure de l'écrivain. « Elle s'est droguée, c'est pas possible autrement. »
- « Vous avez prit quelque chose, ou quoi ? » Demanda-t-il, d'un air suspicieux.
Val' s'arrêta net, plongea son regard dans celui de l'écrivain.
- « Prit quelque chose ? » Répéta-t-elle tout en laissant sa langue mouiller ses lèvres. « Tu parles d'une 'protection'? »
« La prochaine fois, je la mettrai en veilleuse. »
- « Hein ? Quoi ? Non ! »
- « Détends-toi… » Lui souffla-t-elle à l'oreille.
Avant qu'il puisse ajouter quoique ce soit d'autre, il sentit les lèvres de Val' se poser contre les siennes…
Beckett était à l'extérieur de l'hôtel à la recherche de Castle. Elle venait de faire le tour du bâtiment, elle n'avait aucune idée de où l'écrivain avait bien pu aller. Elle retourna vers la porte d'entrée et aperçu un homme. Il la regardait bizarrement, des pieds à la tête en secouant cette dernière par intermittence comme s'il jugeait la femme qu'il avait devant les yeux. Beckett tapa du pied pour lui faire retrouver ses esprits et attirer son attention.
- (Tout en lui lançant un regard noir) « Vous regardez quoi ? Je peux savoir ? »
- « Vous. Vendetta. »
- « Moi ? »
- « Comment ne pas regarder une femme comme vous. »
Il s'approcha d'elle lentement.
- « On s'arrête tout de suite ! Je suis mariée. »
- « C'est marrant que vous dites cela. »
- « Marrant ? En quoi c'est drôle ? »
- « Ça n'a pas empêché votre 'mari' d'aller dans la forêt. »
- « Et ? »
- « Et bien. Je parie qu'il n'est pas parti chercher des champignons. »
- « Eeet ? » Se contenta-t-elle de répéter.
- « Et… Il était suivi, si vous voyez ce que je veux dire. »
- « Suivi ? Par qui ? »
- « Une blonde. Il me semble que c'est Val'. »
- « Ils sont allez où ? »
- « Par là-bas. »
Il montra l'est et un petit sentier qu'ils n'avaient jamais emprunté jusque là. Elle abaissa sa tête comme pour le remercier de le lui avoir dit. Puis elle le dépassa, le bousculant légèrement au passage et fonça en direction de ce chemin de terre.
Après quelques bonnes minutes de marche, elle entendit comme deux personnes discuter. Elle s'approcha un peu plus en se mettant sur la pointe des pieds. Elle essayait de ne pas marcher sur les quelques brindilles jonchant le parcours, pour éviter d'en faire craquer une, et ainsi révéler sa position.
Elle reconnut rapidement la voix de l'écrivain. Il n'avait pas l'air d'être en danger, ce qui était plutôt bon signe.
Elle s'approcha encore de quelques centimètres, poussa une branche d'un arbre qui obstruait sa vue et elle le vit, là : Il était appuyé contre un arbre, collé à… Une autre femme. Ils s'embrassaient. Son sang ne fit qu'un tour, la colère qui était un peu retombée revint subitement l'habiter. Elle sortit l'un de ses couteaux de lancer par réflexe, prête à s'en servir sur cette blonde qui accaparait son 'mari'. L'idée de s'en servir aussi sur Castle lui traversa l'esprit un millième de seconde en le voyant ainsi. Même s'il n'avait pas les mains posées sur Val' et qu'il avait l'air plus surpris qu'autre chose, il ne l'avait pas plus repoussée que ça. Pour le moment…
Alors qu'elle était toujours en train de l'embrasser, Castle reprit ses esprits et avec ses deux mains, il la repoussa.
- « Arrête ! » Lui dit-il sur un ton autoritaire.
Val' fut surprise, elle avait pensé qu'il l'aurait laissée faire et qu'ils seraient allés plus loin. Surtout après avoir eût vent de la dispute qui avait éclaté la veille entre lui et Vendetta. Mais non.
- « Je peux vous aider, peut-être ! »
L'écrivain détacha son regard de la 'petite' blonde et regarda en direction de cette voix. C'était Beckett. Son visage était fermé, partagé entre la colère et l'impression d'avoir été trahie. Elle tenait fermement son couteau de lancer dans sa main, prête à s'en servir. Castle avala difficilement sa salive de peur que le couteau lui soit réservé.
Val' contempla, à tour de rôle, Vendetta, le couteau et Trigger.
- « Je ferai bien de vous laisser. » Dit-elle en décochant un petit clin d'œil à l'écrivain puis elle lui chuchota : « Ce n'est que partie remise ». Il lui répondit en fronçant les sourcils.
Beckett la regarda s'éloigner. Sans s'en rendre compte, le lieutenant caressait le métal froid de son couteau. Comme si elle hésitait encore à l'utiliser… Ses yeux finirent par se porter sur l'écrivain.
- « Tu peux me dire ce que tu étais en train de faire ? »
- « Rien ! »
- « Tu appelles ça rien, toi ? Te tirer dans la forêt avec cette… J'ai même pas envie de terminer ma phrase ! »
- « Elle m'a suivit ! »
Elle s'approcha dangereusement de lui, tout en pointant la pointe de son couteau dans sa direction.
- « Bien sûr, je devrais te croire peut-être ? »
- « C'est la vérité ! J'étais parti marcher un peu, pour réfléchir. »
- « Et pour 'réfléchir' t'as trouvé le besoin de faire une exploration buccale ? »
- « Mais… Mais… » Il chercha quoi dire… « Je n'ai même pas ouvert la bouche en plus ! »
Elle secoua la tête de gauche à droite, épuisée d'écouter l'écrivain qui tentait de se justifier.
- (Toujours en agitant le couteau) « Tu aurais pu la repousser ! »
- « Tu veux poser ce couteau oui ?
- « Ne détourne pas la conversation ! »
Il regardait toujours la lame danser devant lui.
- « 'La repousser'… Tu voulais que je fasse quoi ? »
- « Je sais pas… Quelque chose ! »
- « J'ai essayé ! »
- « 'Tu as essayé', oh oui ça se voyait que tu 'luttais' de toutes tes forces. »
- « Tu voulais quoi ? Que je lui mette un coup de boule ? »
- « Par exemple ! »
L'écrivain se redressa tout en écartant les bras, ne comprenant pas pourquoi Beckett réagissait aussi violemment.
- « Mais pourquoi tu le prends comme ça ? ».
- « Pourquoi, pourquoi ? » Elle se retourna, posa sa main sur son front, prit une grande inspiration et fit face à l'écrivain. « Pourrais-tu te mettre deux secondes à ma place ? »
« Deux secondes à ta place… Euh… »Il réfléchissait au moyen de prendre sa place, et surtout il cherchait dans sa caboche les mots que Kate voudrait entendre.
- « Ok, j'ai merdé, je l'avoue ! »
Elle finit par ranger le couteau pensant qu'il allait enfin comprendre ce qu'elle ressentait.
- « Je suis désolé, Kate. Je sais que ça aurait pu foutre en l'air notre couverture. »
- « Notre couverture ? Notre couverture ? Tu ne comprends donc pas, hein ?
- « Comment veux-tu que je te comprenne, tu ne me dis rien ! » (Il insista bien sur ce mot) « C'est à cause des raisons pour lesquelles on est là, c'est ça ? »
- « Ça serait tellement plus simple si ça ne concernait que le boulot, Castle ! » Répliqua-t-elle.
Ce duel dans la clairière aura permis au moins une chose, elle s'était rendue compte qu'elle l'aimait et le fait d'avoir été à deux doigts de le perdre lui avait ouvert les yeux. Mais maintenant cette crainte la possédait… Elle avait toujours ce film qui s'affichait devant elle : lui s'écroulant dans l'herbe, abattu. Même si c'était une simple mise en scène, maintenant elle pensait sans arrêt : « Et si ça avait été une vraie balle ? »Elle ne supporterait pas de revivre ça.
- « Kate, dis moi ce qui te tracasse, je t'en prie. Parle-moi ! » Son ton se faisait suppliant.
Elle vit dans son regard qu'il était sincère et pourtant elle n'y arrivait pas. Elle se maudissait intérieurement de ne rien oser lui dire, ça la rendait folle. D'une parce qu'elle s'était enfin avouée à elle-même ce qu'elle éprouvait pour lui. Et de deux, elle craignait qu'à partir de l'instant où elle le lui dirait, les choses deviendraient 'réelles' et elle en avait peur. Peur de le perdre, peur de tout gâcher, peur… Tout simplement.
- « C'est parce que je me suis marré après le duel, c'est ça ? »
Elle se mit à faire les cents pas devant lui ignorant ses paroles.
- « Si c'est vraiment ça je suis désolé, mais c'est la seule façon que j'ai pour dédramatiser… »
- « Dédramatiser ? Tu ne comprends pas Castle. Quand tu réagis comme ça, ça me fait mal ! »
Elle ressortit son couteau et le fit tournoyer autour de ses doigts pour tenter de calmer le sentiment qui prenait possession d'elle.
- « Kate ? »
Il n'obtint aucune réponse.
- « Je reconnais que c'était stupide, mais je te l'ai dit, j'ai besoin de l'humour pour m'en remettre. Ce n'était pas contre toi, c'est juste que… »
Il voyait bien qu'elle ne l'écoutait pas, trop occupé à creuser une tranchée dans la terre en effectuant autant de va et vient.
- « Tu comptes arriver jusqu'en Chine comme ça ? »Dit-il en plaisantant.
« Elle ne m'écoute vraiment pas là. »
- « Kate ? »
Il tenta de l'appeler plusieurs fois, mais les seules réponses qu'il réussissait à avoir étaient un petit mouvement de la tête. Le genre de mouvement que l'on fait pour faire croire à notre interlocuteur qu'on l'écoute. Typique du 'hmm', quand on est au téléphone…
Ça lui faisait mal de la voir ainsi. Il savait qu'elle voulait lui dire quelque chose, car il mourrait aussi d'envie de le lui dire, mais que ça n'arrivait pas à sortir non plus. Et à en juger par le comportement de Beckett, ce n'était pas le bon moment non plus.
Il attendait là, debout, qu'elle se calme d'elle-même, mais il voyait bien que ce n'était pas efficace.
Il prit une grande inspiration… « Allez mon vieux, un peu de courage. » Puis il s'élança : il s'approcha de Beckett qui avait encore le dos tourné. Il remarqua tout de même le couteau dans l'une de ses mains, il espérait qu'elle ne l'utilise pas. Alors qu'elle allait se retourner pour recommencer sa 'ronde' interminable, il posa ses deux mains de part et d'autre de son visage, l'emprisonnant ainsi dans son étreinte. Il parcouru les quelques centimètres qui les séparait rapidement. Elle sentit son corps contre le sien, elle appréciait la chaleur qui s'en dégageait. Elle ressentait la douceur de ses mains sur son visage. Elle se perdit un instant dans ses yeux avant de pouvoir suivre le rythme de sa respiration quand elle sentit son torse contre sa poitrine. Elle aurait eu tout le loisir de réagir, de l'en empêcher, mais elle ne souhaitait pas l'arrêter. Elle sentit ensuite ses lèvres se poser contre les siennes et inconsciemment elle lui rendit ce baiser.
En agissant ainsi, il s'était surpris lui-même.
En le laissant faire, elle s'était surprise elle-même.
Après quelques instants, il relâcha son emprise. Libérant le visage du lieutenant. Profitant toujours de l'effet de surprise, Castle apposa son front sur celui de Beckett et lui murmura :
- « Kate… Je tiens à toi plus que tu ne pourrais l'imaginer. N'en doute jamais. »
L'écrivain s'éloigna de Beckett d'un pas pressé pour éviter de subir la réaction du lieutenant. Si réaction 'violente', elle devait avoir.
Ils savaient que ça n'avait pas simplement été un simple 'baiser'. Il y avait autre chose…Quelque chose de plus fort, quelque chose qui les habitait depuis longtemps mais qu'ils s'étaient toujours refusés d'accepter.
C'est dans un silence étrange mais apaisant qu'ils retournèrent à l'hôtel…
En retournant dans leur chambre ils trouvèrent deux paquets au pied du lit et une feuille posée sur l'un d'eux. Beckett passa à côté sans y prêter plus attention et elle se réfugia dans la salle de bain qu'elle verrouilla. Castle la regarda disparaitre pensant qu'elle avait besoin d'être seule pour réfléchir à son geste de tout à l'heure. Au moins, elle ne l'avait pas frappé ou engueulé encore plus, ce qui était déjà un excellent point. En y repensant, il esquissa un petit sourire qu'il n'arrivait plus à faire disparaitre.
Il s'installa sur le lit et commença à lire la feuille : « Demain soir vous allez participer à un gala de charité organisé à New-York au Plaza. Inutile de vous dire que vous devrez vous adapter à ce milieu et éviter de vous faire repérer. Auquel cas vous serez éliminés. Vous serez chargés de trouver une personne ; La cinquantaine, cheveux grisonnant, environ un mètre quatre vingt. Il portera une montre en or au poignet droit. Il répondra uniquement au nom de 'David'. Il vous communiquera le nom de votre future cible pour la dernière épreuve. Vous trouverez vos tenues dans les paquets ».
Beckett finit par sortir de la salle de bain. Ils se regardèrent un moment en souriant puis Castle lui donna le morceau de feuille qu'elle lut rapidement.
- « Demain soir… Un gala… Au 'Plaza' ? »
- « Ouais au 'Plaza' ! J'ai tellement hâte de fouler ce sol !» Lança fièrement l'écrivain avec une touche d'excitation dans sa voix.
- (étonnée) « Tu n'y as jamais été ? »
- « Et non, Kate. Il y a encore des endroits dans le monde qui me sont totalement inconnus et que j'ai hâte de découvrir. » Il se leva. « Je vais chercher un truc à manger. »
- « Et moi je vais sortir pour prévenir Ryan et Esposito de notre retour à New-York pour une soirée, on saura ainsi ce qu'ils ont pu apprendre. »
- « Mon téléphone est dans la table de nuit. Tu leur passeras le bonjour. »
Beckett prit l'Iphone de Castle et sortit de l'hôtel pour trouver du réseau. Pendant ce temps l'écrivain fit quelques 'courses' dans la cuisine de leur prison.
Après avoir marché quelques petites minutes, elle alluma le téléphone.
- « Ce n'est pas trop tôt ! » Lança l'homme au bout du fil.
- « Esposito, c'est Beckett. »
- « Ah ! Il va bien Castle ? »
- « Oui, oui très bien, il vous passe le bonjour d'ailleurs. »
- « Pourquoi vous n'avez pas téléphoné plus tôt ? »
- « On a un peu été occupé avec les 'épreuves' qu'on nous demande de faire. Ça n'a pas été de tout repos. »
- « Ah oui je vois. »
Elle rougit bénissant le fait qu'elle était au téléphone.
- « Bref. Demain on doit assister à un gala au 'Plaza'… »
- « Au 'Plaza', la classe. »
- « Laisse moi finir, la batterie du téléphone est bientôt morte… »
- « Ok donc, on vous retrouvera au 'Plaza' et…
- « Esposito ? Allo ? »
Elle regarda le téléphone qui venait de s'éteindre et maudit par la même occasion les quelques bribes de souvenirs d'une partie de scrabble. Elle espérait qu'Esposito avait comprit le message et qu'ils seraient présents lors de cette soirée de Gala.
En retournant à l'hôtel et en ouvrant la porte elle eût la bonne surprise de trouver sur la petite table basse, une bouteille de vin, des verres, et deux assiettes avec une part de pizza. Elle vit Castle assit juste à côté, il n'avait pas encore commencé sa part, pour une fois il l'avait attendu. Ce petit détail la fit sourire puis ils commencèrent à manger tout les deux.
Dans un silence religieux mais détendu, ils terminèrent leur assiette. Elle disparu une nouvelle fois dans la salle de bain pour se mettre à l'aise avant d'aller se coucher, quand elle en ressortit Castle prit sa place.
Kate commença à s'installer dans le lit quand elle regarda Castle se diriger vers le canapé. Il commença à s'installer pour y passer la nuit quand le lieutenant l'interrompit :
- « Qu'est-ce que tu fais ? »
- « Bah je te laisse le lit. Pour quel homme, je passerais si je te laissais dormir sur le canapé. »
Elle sourit et s'emmitoufla dans les couvertures. « Et moi pour quelle femme je passerais si je te demandais de me rejoindre dans le lit. »Pensa-t-elle tout en rougissant. Elle éteignit enfin la petite lampe ce qui plongea la chambre dans l'obscurité.
Ils s'endormirent rapidement tous les deux en se ressassant ce 'baiser' volé dans la forêt…
