Bonjour tout le monde !

Me revoilà, toujours au rendez-vous avec un nouveau chapitre !

Merci (en retard) à SilyKat pour avoir mis ma fic dans ses favoris. Et merci énormément pour tous vos reviews qui m'encouragent toujours autant.

Maintenant je crois bien qu'il est temps de répondre à votre question cruciale : À quelle époque se situe ma fic ? Et bien pour tout vous dire, lorsque j'ai débuté ma rédaction, je n'avais aucune idée de l'époque. Puis Matilde s'est rendue à Poudlard et j'ai réalisé que le célèbre trio de Rowling n'avait tout simplement pas sa place dans mon histoire. Bien sûr, j'aurais pu les faire entrer en scène en tant qu'amis avec Matilde, mais ils auraient toujours restés un peu ''figurants'' dans cette aventure et je respecte trop ces personnages pour les laisser ainsi faire seulement partie du décor... Alors j'ai décidé de les mettre de côté en enlevant toutes traces de leurs exploits légendaires. Si je dois situer une époque pour ma fic, je dirais plutôt que ça se passe dans l'une des années précédant l'entrée de Harry à Poudlard. Et donc, pas de Voldemort non plus... Mais ne vous inquiétez pas, Matilde aura tout de même son propre ''méchant''...

Alors sur ce, j'espère que je ne perds pas trop de lecteurs parce que je vous réserve encore plein de péripéties...

(Poudlard et ses personnages appartiennent à J.K. Rowling)

Bonne lecture !

(Merci encore à Persis :)

Chapitre 12
Un triomphe terrible

Lorsque Matilde sortit dans le couloir où plein d'armures s'alignaient le long du mur, elle se rendit vite compte qu'elle ne connaissait pas assez les couloirs de Poudlard pour s'y aventurer seule. Elle s'avança alors lentement et s'efforça de se rappeler le chemin pour retourner à la Grande Salle. Lorsqu'elle tourna un angle de mur, une jeune fille aux nattes brunes venait à sa rencontre.

— Excuse-moi, lui dit Matilde, tu pourrais m'indiquer le chemin que je dois prendre pour me rendre à la Grande Salle ?

— C'est simple, répondit amicalement la jeune fille aux nattes brunes. Tu vois les escaliers là-bas ? Eh bien, il faut les descendre jusqu'au rez-de-chaussée. Tu trouveras la Grande Salle assez rapidement.

— Merci, dit Matilde en s'élançant aussitôt dans la direction désignée.

— Mais attend ! s'écria la jeune fille.

Matilde se retourna.

— Ça ne te fait pas peur d'être une Parguenaise ?

Devant son air inquiet, Matilde haussa nonchalamment les épaules et reprit la direction des escaliers. Mais qu'avaient-ils donc tous à l'interroger sur ce que ça lui faisait d'être une Parguenaise ?

Elle arriva devant les escaliers et emprunta celui qui menait tout droit au rez-de-chaussée. Arrivée en bas, elle s'engouffra dans un large couloir et se retrouva un peu plus tard dans le hall d'entrée. Matilde se précipita sur les marches de marbre et rejoignit les portes de la Grande Salle. Des groupes d'élèves en déferlèrent dans un tumulte de conversation — sans doute regagnaient-ils leur salle commune dans l'intention de se préparer à leur premier cours de la journée —, puis plusieurs s'arrêtèrent pour observer Matilde avec curiosité.

— Excusez-moi, marmonna-t-elle en se faufilant parmi eux, à contre-courant, pour tenter de pénétrer dans la Grande Salle.

Lorsqu'elle réussi à passer les grandes portes à grand-peine, elle s'aperçut avec détresse que toutes les tables de la salle se vidaient à l'instant. Celle des professeurs était occupée par une femme très mince aux gigantesques lunettes épaisses, le minuscule professeur assis sur sa pile de livres, et l'homme sombre aux cheveux gras. Dumbledore n'était plus là : son fauteuil en or au milieu de la table était désert.

Lorsque la femme aux lunettes écarta sa chaise et se retourna vers une porte située à l'arrière de la table, Matilde, sans réfléchir, se rua vers elle.

— Madame ! s'écria-t-elle. Attendez !

La femme s'arrêta et se retourna avec intérêt. Matilde sentit alors un imposant parfum étourdissant de xérès bon marché qu'exhalaient ses nombreux châles autour de son cou.

— Sa… savez-vous…, toussa Matilde avant de se ressaisir rapidement. Savez-vous où est allé Dumbledore ?

— Le professeur Dumbledore ? répondit-elle d'une étrange voix éthérée et rêveuse. Probablement à son bureau…

— Il vient de partir ?

— À peine quelques minutes… je crois…, dit la femme en fronçant les sourcils dans un effort de concentration, comme si elle essayait de se rappeler les dernières minutes passées en compagnie de Dumbledore. Mais si vous prenez la direction de son bureau, vous ne le manquerez pas.

Puis elle se retourna vers la porte. Instinctivement, Matilde posa la main sur son bras décharné pour l'empêcher de partir tout de suite.

— Pouvez-vous m'indiquer le chemin à suivre pour me rendre à son bureau alors ? demanda-t-elle d'un ton pressant. S'il-vous-plaît, ajouta-elle dès qu'elle la vit s'offusquer.

Matilde retira précipitamment la main de sur elle.

— Je n'ai malheureusement pas le temps, répondit la femme d'un ton courroucé en serrant convulsivement l'un de ses châles autour de son cou, je suis pressée. J'ai un cours à préparer vous savez.

— Mais cela ne vous prendrait que quelques minutes, insista Matilde, agacée. Vous n'avez qu'à me dire dans quel chemin je dois m'engager et...

Soudain, ce fut une voix glaciale qui interrompit Matilde, la frappant comme un coup de poignard :

— Comment osez-vous parler à un professeur de cette façon !

Matilde fit volte-face et reconnut alors le professeur vêtu de noir, au teint cireux, qui s'avançait lentement vers elle, à la manière d'un serpent prêt à attaquer à tout moment. Son regard noir était fixé sans vaciller sur elle et Matilde eut l'impression que son cœur cessait de battre. Terrifiée, elle recula vers la porte, manquant de bousculer la femme aux lunettes épaisses, et tourna la poignée dans la seule intention de mettre plus de distances possibles entre cet homme et elle.

— D-désolée, balbutia Matilde dans un souffle à peine audible.

Et elle s'élança à toutes jambes dans le couloir derrière la porte. Ce ne fut seulement qu'en atteignant un coin de mur dans un couloir bien éloigné de la Grande Salle, en heurtant quelques élèves sur son passage, que Matilde s'arrêta pour reprendre son souffle. Le cœur battant à tout rompre, elle s'affaissa contre une affreuse statue représentant un sorcier à l'air austère. Le professeur sombre l'avait-il suivie ? C'était idiot de s'être enfuie de cette manière, Matilde le savait bien. C'était un professeur à la fin ! Il n'y avait donc aucune crainte à avoir envers cet homme... Pourtant, sa seule vue avait provoqué une de ces frousses tellement désagréables. Encore une fois, elle pria de toutes ses forces pour de ne pas retrouver ce professeur sinistre à son horaire de cours privés.

— Miss Beauregard ?

Matilde tressaillit violemment. C'était le professeur McGonagall. Debout près de Matilde, elle paraissait un peu inquiète.

— Vous allez bien ? demanda-t-elle.

Encore pantelante, Matilde répondit d'une voix blanche :

— Oui, je vais bien...

— Mais que faites-vous là ? interrogea sèchement le professeur McGonagall d'un œil scrutateur. Pourquoi êtes-vous si pâle ? Vous avez vu un fantôme pour la première fois de votre vie ?

Matilde sourit nerveusement et se redressa lentement contre le mur, les jambes flageolantes.

— Je… je… j'allais voir Dumbledore… bredouilla-t-elle en se déplaçant doucement vers la droite, évasive.

Elle n'allait quand même pas lui dire qu'un professeur l'avait affolée bêtement...

— Bien. Mais le bureau du professeur Dumbledore est par-là, objecta McGonagall en désignant le couloir de gauche.

— Ah…, dit Matilde en pivotant aussitôt à gauche, heu… merci…

— Vous tournerez à votre droite au bout du couloir..., commença le professeur McGonagall.

Mais Matilde filait déjà au bout du couloir et les dernières indications que le professeur McGonagall lui avait criées (« vous escaladerez l'escalier et rendez-vous ensuite devant la statue… ») s'étaient avérées inutiles puisque Matilde reconnut instantanément le chemin devant elle, grâce aux bustes disgracieux qui bordaient le couloir. Rapidement, elle arriva devant la statue du griffon majestueux et souffla le mot de passe qu'elle n'avait pas oublié :

Dragées surprises.

Elle s'engouffra dans l'ouverture et se laissa élever par l'escalier escalator jusqu'à la porte en chêne aux reflets chatoyants.

Mais cette fois, Matilde s'abstint de frapper. Bien qu'elle n'eût pas encore sa montre bracelet sur elle pour s'en assurer, elle était certaine d'être en avance. Et elle voulait en profiter pour surprendre Dumbledore. Son plan était simple : se concentrer, se ruer dans le bureau en tendant la main devant elle, et attirer de force la baguette de Dumbledore, sans que celui-ci n'ait le temps d'esquisser aucun geste pour l'en empêcher. De cette façon, elle n'aurait pas à subir une autre séance de combat. Elle n'aimait pas lorsque Dumbledore brandissait sa baguette magique contre elle. Cela l'effrayait. Il pourrait finir par la blesser grièvement…

Après un instant de focalisation mentale sur sa cible, Matilde se sentit prête. Elle prit donc son courage à deux mains, ouvrit la porte à la volée et tendit la main devant, résolue à s'emparer de la baguette magique de Dumbledore à l'instant. Mais l'intensité en éveille de ses Pouvoirs Fortifiés s'abattit violemment sur le bureau au milieu de la pièce et le fit basculer en avant, dans un fracas infernal. Des livres, des parchemins et plusieurs instruments tombèrent par terre. Certains objets fragiles se brisèrent sous le choc. L'oiseau au plumage flamboyant, qui s'était réveillé en sursaut sur son perchoir, laissa échapper une rafale de plaintes effarées.

— Non ! s'exclama Matilde à la vue du désordre qu'elle venait de créer involontairement. Mais qu'est-ce que j'ai fait ?

Et Dumbledore n'était même pas là, constata-t-elle avec consternation. Mis à part l'oiseau qui continuait à crier son désarroi et les portraits affolés qui poussaient des exclamations d'indignation et de frayeur, la pièce circulaire était déserte.

Matilde referma la porte d'un geste tremblant. Il fallait qu'elle répare les dégâts qu'elle avait causés, et en urgence ! Si Dumbledore n'était pas dans son bureau, il n'allait sûrement pas tarder. Mais comment allait-elle s'y prendre ? Elle ne connaissait pas de sort qui permettait de réparer les objets brisés. Elle remit tout de même le lourd bureau sur ses quatre pieds à l'aide de ses Pouvoirs de Parguenais qui lui avaient permis de le léviter aisément, et ramassa les livres et les parchemins sur le sol qu'elle disposa, au hasard, sur sa surface. Puis, d'un air désolé, elle recueillit avec précaution tous les instruments brisés et les entassa, eux-aussi, sur un coin du bureau. Lorsqu'elle eut terminé de remettre un peu d'ordre dans la pièce, elle ne perdit pas un instant de plus et alla se cacher derrière une grande armoire près de l'escalier. Là, elle attendit le retour du directeur.

Plusieurs minutes s'écoulèrent pendant lesquelles les portraits s'étaient quelque peu calmés — Matilde espérait de tout cœur qu'ils ne révéleraient pas sa cachette à Dumbledore — et l'oiseau avait fini pas cesser ses complaintes. Sentant ses jambes s'engourdirent de plus en plus à force de tenir la pose inconfortable derrière l'armoire, Matilde répétait en boucle son nouveau plan dans sa tête : Dumbledore allait entrer calmement, se diriger vers son bureau et sortir sa baguette magique dès qu'il remarquerait que quelqu'un l'avait chambardé. Matilde tenterait alors de déloger sa baguette de sa poigne en la faisant glisser dans une autre direction que l'armoire — de cette façon, Dumbledore n'aurait aucune idée de l'endroit où elle se cachait — puis, lorsque la baguette serait hors d'atteinte pour le directeur, Matilde s'en emparerait enfin, et en deviendrait ainsi le maître légitime. Son plan était parfait ! Du moins, elle l'espérait bien…

Enfin, elle entendit la porte s'ouvrir dans un léger grincement. Matilde éprouva un mélange d'anxiété et d'excitation au creux de l'estomac. À travers une imperceptible fente derrière l'armoire, elle observa Dumbledore s'avancer dans la pièce d'un pas posé et s'arrêter devant le perchoir de son oiseau. Apparemment, il avait remarqué tout de suite la mine interloquée du volatile.

— Tout va bien, Fumseck ? s'inquiéta-t-il en caressant doucement son plumage du bout de ses longs doigts.

Puis, comme Matilde l'avait prévu, dès qu'il surprit les débris de ses instruments sur la surface de son bureau, il tira sa baguette magique de sous sa cape. Il balaya ensuite la pièce du regard, les sourcils froncés, à l'affût du moindre indice pouvant révéler une quelconque présence, et Matilde sut alors que c'était maintenant ou jamais. Rassemblant tout son courage une nouvelle fois, elle concentra son énergie et ses forces mentales sur la baguette de Dumbledore et essaya de la déloger de son étreinte, mais échoua du premier coup. Dumbledore la tenait tellement serrée qu'elle ne parvint pas à la faire bouger d'un centimètre. Puis, ayant ressentit la vaine manœuvre de Matilde, Dumbledore déclara d'une voix forte :

— J'admets que tu as du culot pour ainsi venir te cacher dans mon bureau, Matilde… Néanmoins, ajouta-t-il d'une note enjouée, je dois reconnaître que cela pourrait être très ingénieux comme tactique de combat… seulement…

Il s'interrompit de lui-même. La bouche sèche, Matilde resta silencieuse. Toujours en l'observant par la fente de l'armoire, elle tenta un nouvel essai, entêtée à ne pas abandonner la partie aussi facilement. Mais encore une fois, dans les doigts de Dumbledore, la baguette tressaillit, mais ne s'échappa pas.

« Allez, pensa Matilde, suppliante, desserre ton étreinte… »

Dumbledore marchait d'un pas lent en décrivant des cercles autour de son bureau, la baguette levée, et Matilde remarqua qu'il ne faisait aucun effort pour trouver sa cachette. Elle eut même l'impression qu'il évitait délibérément de regarder les portraits dont certains personnages à l'air nerveux essayaient de lui montrer silencieusement du doigt l'armoire derrière laquelle se trouvait Matilde.

Soudain, Fumseck émit un cri musical et Matilde sursauta en faisant craquer l'armoire. Paniquée, elle vit Dumbledore se tourner aussitôt dans sa direction. Elle fit alors précipitamment tomber par magie un autre objet fragile qui était posé sur une table base, à l'autre bout de la pièce, et, avec soulagement profond, son plan eut l'effet escompté : Dumbledore pivota dans une autre direction qu'elle. Le cœur battant frénétiquement, Matilde en profita pour s'efforcer à nouveau de déloger la baguette magique de la main de Dumbledore, mais en vain. Décidément, il avait la poigne ferme, songea-t-elle avec désespoir.

Fumseck chanta encore une fois. Matilde s'évertuait à présent de trouver un autre plan rapidement avant que Dumbledore ne finisse par la traquer derrière son armoire, mais aucune idée géniale ne lui venait à l'esprit. Devait-elle se montrer et déclarer forfait ?

— J'espérais plus d'audace de ta part, dit Dumbledore d'un ton déçu en ramassant l'instrument brisé que Matilde avait fait tomber par terre. Pardonne-moi Matilde mais, casser mes objets et se restreindre à me désarmer avec acharnement ne s'avèrent n'être que de bien timides tentatives…

Alors Matilde se rendit enfin à l'évidence terrible : elle devait attaquer Dumbledore. C'était la seule façon logique de mettre enfin la main sur sa baguette magique. Cependant, elle n'aimait pas du tout cette idée. Mais puisqu'il le fallait — Dumbledore lui-même lui avait demandé de le faire — elle ferma donc les yeux et alla chercher de nouveau toute l'énergie nécessaire pour lancer un sort quelconque sur le directeur. Naturellement, elle n'avait aucune idée de ce qu'il allait s'en suivre ensuite. Le résultat était toujours un mystère lorsqu'il ne s'agissait pas que de faire bouger et léviter des objets anodins ici et là. Elle devait juste faire attention de ne pas le faire partir en fumée noire — bien sûr, c'était facile à dire...

S'estimant prête, Matilde fixa silencieusement Dumbledore au travers la fente de l'armoire, et sans aucun geste du doigt — elle ne fit que plisser les yeux —, elle vit Dumbledore se courber brusquement en crispant les mains sur son ventre. Il laissa échapper un gémissement douloureux, puis s'effondra sur le sol avec un bruit mat.

Durant une seconde, un silence lugubre se rabattit dans tout le bureau. Matilde se demanda si elle n'avait pas fait encore une autre erreur. Puis, lorsqu'un tonnerre de cris aux scandales et de hurlements terrifiés venant de la part des portraits explosa violemment, elle se dit qu'elle venait probablement de tuer Dumbledore…

Envahie d'une brusque peur panique qui lui serra la poitrine avec douleur, Matilde émergea de sa cachette en chancelant sur ses jambes engourdies et se laissa tomber à côté de Dumbledore.

— Professeur ! s'étrangla-t-elle en le secouant dans l'espoir qu'il reprenne conscience. Non ! Mais qu'est-ce que j'ai encore fait ? À l'aide ! hurla-t-elle vers la porte.

Mais elle pensa qu'il devait être improbable qu'on puisse l'entendre du haut de la tour, puisque le bureau y était isolé du reste du château.

D'un mouvement secoué de tremblements, Matilde pressa ses doigts dans le cou de Dumbledore en cherchant à y percevoir son pouls, mais elle ne put le déceler.

— Non ! S'il vous plaît ! implora-t-elle en prenant les longues mains du directeur dans les siennes. Mon Dieu, faites qu'il ne soit pas mort !

La baguette roula sur le sol et un filet de sang ruissela du coin de la bouche de Dumbledore. Et tandis que les portraits ne cessaient de crier leur indignation à tue-tête, les sanglots saisirent Matilde douloureusement à la gorge.

— Non ! pleura-t-elle. Ce ne peut pas être possible !

Elle ne voulait pas y croire. Elle ne pouvait pas avoir tué Dumbledore. Elle n'était pas une meurtrière !

Matilde avait de la difficulté à respirer. Dans une nouvelle tentative désespérée, elle tâta fébrilement les poignets de Dumbledore. Il restait sûrement de l'espoir qu'il ne soit pas vraiment mort. Il devait y avoir encore de la vie à l'intérieur de lui. Il devait !

Puis, avec un immense soulagement, elle parvint à sentir une très faible pulsation. Sa joie fut si intense que Matilde se mit à rire, tout en pleurant de plus belle. Elle s'empara de la baguette sur le sol — car il ne fallait absolument pas qu'un évènement de cette envergure ne se reproduise — puis elle s'élança hors du bureau pour aller chercher du secours.

À l'aide ! s'écria-t-elle en parcourant les couloirs à toute allure, la baguette de Dumbledore à la main. Quelqu'un ! Vite !

Elle tourna rapidement un coin de mur et heurta de plein fouet un garçon qui passait tranquillement par là.

— Aïe ! s'exclama-t-il en se frottant le front. Tu es folle ? Qu'est-ce que tu as à courir comme une cinglée ?

— C'est Dumbledore, cria Matilde à bout de souffle. Il est dans un état critique ! Il faut alerter quelqu'un ! N'importe qui !

— Quoi ? répondit le garçon d'un air incrédule. Mais que veux-tu dire par là ? Comment le professeur Dumbledore peut-il se retrouver dans un état critique ?

— Je n'ai pas le temps de t'expliquer ! s'affola-t-elle d'un ton pressant. Il faut se dépêcher ! Où se trouve McGonagall, ou bien l'infirmerie, ou bien n'importe quel autre professeur… ?

— Je ne sais pas pour les professeurs, mais je peux t'indiquer que l'infirmerie est par là, dit-il en balançant le pouce par-dessus son épaule.

— Alors allons-y ! déclara Matilde en repartant à la course dans la direction désignée par le garçon.

Elle s'arrêta net devant l'enceinte aux escaliers mouvants, jeta un coup d'œil derrière elle et constata avec accablement que le garçon ne l'avait pas suivie. Où donc fallait-il qu'elle aille, maintenant, pour retrouver cette infirmerie dans ce labyrinthe qu'étaient les couloirs de Poudlard ? Et il ne devait plus rester beaucoup de temps à Dumbledore avant qu'il ne finisse par mourir…

Alors la panique qui s'était emparée d'elle s'accrut cruellement, à un point tel que Matilde en perdit la tête. Devant tous ses escaliers qui semblaient tous mener vers nulle part, elle se mit à hurler son désespoir de toutes ses forces, à s'égosiller. Ébranlés, les quelques portraits du mur près d'elle pressèrent instantanément les mains sur leurs oreilles, puis une voix grincheuse, derrière Matilde, aboya :

— Mais qu'est-ce que c'est que tout ce tapage ?

Matilde se tut et se retourna précipitamment. Un homme hideux à l'aspect miteux s'avançait vers elle, une chatte tigrée tout aussi pitoyable que son maître se tenant à ses talons.

— C'est Dumbledore, expliqua Matilde d'une voix éraillée, les larmes aux yeux, il ne va pas bien du tout…

L'homme la regarda avec méfiance.

— Pas bien ? ronchonna-t-il. Dans quel sens ?

— Il est inconscient dans son bureau ! Il faut vite l'envoyer à l'infirmerie !

L'homme dévisagea Matilde d'un regard inquisiteur. Il tentait de percevoir un quelconque signe qui laisserait transparaître une plaisanterie. Mais voyant qu'elle restait sérieuse, il s'élança dans l'escalier et Matilde le suivit.

— Vous n'avez pas de cellulaire dans ce monde pour communiquer rapidement entre vous ? haleta-t-elle en gravissant un escalier qui menait dans un couloir tapissé de licornes et de centaures.

L'homme ne répondit pas. Il roula les yeux d'un air dédaigneux puis disparut subitement, avec sa chatte, derrière la statue d'une grande femme surmontée d'un chapeau cornu. Où avait-il filé ? Matilde s'approcha de la statue et ne vit aucune fissure susceptible de révéler une porte secrète. Encore un passage issu de la magie, pensa-t-elle avec amertume. Elle essaya en vain de la faire bouger en la poussant de toutes ses forces, mais rien ne se produisit. Elle retourna alors sur ses pas, espérant que l'homme avait compris que Dumbledore était réellement en danger, et reprit le chemin inverse qui menait au bureau du directeur.

Tout en marchant d'un pas régulier, Matilde observa la baguette de Dumbledore en la faisant rouler lentement entre ses doigts. La baguette était-elle vraiment sous sa possession ? Devait-elle essayer de l'agiter pour voir le résultat ? Et si elle explosait comme les deux autres baguettes parce qu'elle refusait tout simplement, elle aussi, de se soumettre à elle ? Préférant attendre l'avis de Dumbledore, Matilde fit glisser la baguette sous sa ceinture. Elle se demanda s'il serait irrité contre elle ou bien heureux qu'elle se soit enfin emparée de sa baguette. C'était difficile à dire… Elle était persuadée qu'elle lui avait fait très mal en lui jetant ce sort. Elle espérait de tout cœur qu'il s'en sorte indemne.

Préoccupée, Matilde s'engagea machinalement dans l'escalier et le monta. Mais au moment où elle atteignait les dernières marches, l'escalier s'ébranla brusquement et pivota vers la droite dans un grincement sonore. Vacillant, Matilde s'agrippa sur la rampe et regarda avec étonnement le bout de l'escalier venir s'arrêter à l'entrée d'un nouveau couloir étroit et sombre, dépourvu de fenêtre.

— Mais non ! protesta Matilde à l'adresse de l'escalier comme s'il pouvait comprendre ce qu'elle lui disait. Ce n'est pas là que je veux aller ! C'est l'autre couloir que je veux ! L'autre couloir ! répéta-t-elle en secouant la rampe solide pour tenter de le faire revenir à sa destination précédente.

Mais l'escalier demeura immobile.

— Maudit escalier ! vociféra-t-elle en assénant un coup de pied sur la rampe qui lui renvoya immédiatement une douleur aiguë sur le bout de sa grosse orteil. Aïe !

Se tenant le pied d'une main, Matilde sautilla dans le couloir sombre et s'appuya sur le mur en fulminant. Elle frotta vigoureusement son orteil meurtri pour apaiser la douleur, puis, épuisée, s'affaissa par terre, contre le mur. Elle tourna la tête vers le fond du couloir. Il était si sombre qu'elle n'en percevait pas le bout. L'endroit rêvé pour des fantômes, pensa-t-elle en se remémorant les êtres blanchâtres et transparents qu'elle avait vus flotter au-dessus des tables lors de la cérémonie. Elle frissonna. Durant toute sa petite enfance elle s'était persuadée que les fantômes n'existaient pas et voilà que ce monde aberrant venait lui prouver le contraire.

Un craquement sonore retentit. L'escalier se remit à vibrer et à se mouvoir rapidement vers la gauche.

— Non ! s'exclama Matilde en se relevant précipitamment pour regagner l'escalier.

Trop tard. Elle s'arrêta net, juste à temps pour ne pas basculer dans le vide, à l'emplacement exact où s'était trouvé l'escalier un instant auparavant, avant qu'il ne décide de s'éloigner soudainement. Matilde recula et s'écroula sur le sol, effarée à l'idée qu'elle était maintenant coincée dans ce couloir obscure.

... et n'oubliez pas de me dire si vous êtes toujours avec moi... J'ai besoin de vous ! :)