Réservation pour Deux (Party of Two)
CHAPITRE 12
Jusqu'à Ce Que La Mort Nous Sépare
Kate fut la première à se risquer et à ouvrir doucement les yeux et constater que les rayons du soleil baignaient la pièce sous une magnifique couleur dorée, reflétant dans un coin de sa mémoire l'immense salle du Plaza. Un sourire s'afficha escortant au passage ce souvenir. Automatiquement sa main serra le rebord du drap et elle le porta jusqu'à son épaule. Elle sourit de plus belle quand elle s'aperçue qu'elle était blottit contre Castle, la tête sur son bras qu'il avait passé derrière elle.
Elle leva légèrement les yeux et à sa surprise il ne dormait pas. Il se contentait de la regarder se réveiller doucement.
- « Bien dormie ? » Dit-il d'une voix douce et posée.
Elle laissa échapper un soupir de bonheur.
- « Super. Et toi ? »
Il répondit par un sourire alors qu'elle laissa sa main glisser délicatement sur son torse, lui disant ainsi à sa manière, qu'elle ne regrettait en rien la nuit qu'ils venaient de passer.
Ils n'avaient jamais été aussi proches, aussi amoureux l'un de l'autre. Ils en oublièrent presque qu'ils étaient dans cet hôtel et surtout qu'ils devaient mener l'enquête. Ils savouraient simplement l'instant présent, appréciaient le toucher, l'odeur, la présence de l'autre sans se poser de question, sans la moindre once d'incertitude ou de regret dans leurs yeux.
Ils laissèrent leur regard se perdre en balayant le plafond, comme une vue possible sur l'avenir, leur avenir. Avec sa main droite, Castle se saisit de la mèche qui venait couvrir une fine partie de l'épaule de Beckett. Il la faisait parcourir entre ses doigts en laissant de temps en temps cette mèche caresser le cou du lieutenant. Kate remua légèrement, surprise par ce petit chatouillement, puis elle en profita pour se blottir encore un peu plus contre lui, posant ainsi sa tête au plus près de son épaule. Elle laissa ses paupières se refermer voulant certainement retrouver le sommeil, maintenant qu'elle se sentait plus que jamais en sécurité. Elle se laissait transporter et bercer par le mouvement de la cage thoracique de l'écrivain qui suivait consciencieusement chaque inspiration et expiration. Elle était sur le point de retrouver les bras de Morphée quand il choisit ce moment pour se montrer 'professionnel'.
- « Loin de moi l'idée de me plaindre, vraiment. Mais… On devrait peut-être se lever ? »
- « J'étais en train de me poser la même question. » Répondit-elle, ne cachant pas sa déception quant à l'idée de devoir quitter ce lit et surtout, l'écrivain.
Castle fut le premier à se redresser, obligeant Kate à trouver un autre oreiller que son épaule. Elle se réfugia alors sous les couvertures et glissa son bras sous sa tête puis elle referma les yeux. Il se retourna et la regarda faire.
- « C'est comme ça que tu te lèves ? » Lui dit-il en souriant.
Elle ne répondit que par un grognement proche d'un « hmmm »et en agitant son épaule, faisant ainsi glisser le drap rendant inutile sa tentative pour se cacher.
- « Tu comptes te lever un jour ? »
- « J'arrive, j'arrive… » Bafouilla-t-elle. La voix étouffée par l'oreiller.
Voyant qu'elle préférait rester au lit, Castle finit par se lever. Il se frotta les yeux pour tenter de se réveiller en express, en vain. Puis il alla vers la salle de bain tout en piétinant ses habits qui jonchaient le sol, seul vestige de leur nuit passée.
D'un œil averti, elle l'observait s'éloigner tout en caressant le corps de l'écrivain par son seul regard. Elle se mordilla les lèvres par la vue qui s'offrait à elle, et quand il disparut derrière la porte, elle laissa échapper un petit soupir de déception à cause du vide qu'il laissait. Elle se réinstalla ensuite confortablement dans le lit en prenant au passage l'oreiller de son 'mari' en otage.
Quelques minutes plus tard, il sortit avec une serviette pour seul vêtement. Il passa à côté de Kate qui s'était rendormie, la tête dans 'son' oreiller.
- « Hey. C'est le mien. »
Il n'eut pour seule réponse que quelques mots qu'il traduit difficilement par : « Même pas vrai. » Avant de ne plus rien entendre.
Il sourit, impressionné par autant d'énergie, puis il entra dans la penderie. Il bloqua quelques secondes devant les vêtements et finit par jeter son dévolu sur un jeans levis d'une couleur bleue dominante et du blanc sur le devant, donnant comme un effet 'usé'. Il prit une simple veste noire à manches longues. Il s'habilla rapidement tout en effectuant quelques pas et il s'arrêta un instant près de Beckett.
Il écoutait sa respiration et admirait cette femme avec laquelle il avait passé une magnifique nuit. Il était heureux. Tout en souriant, il se pencha en avant, déposa un doux baiser sur son front. Il saisit ensuite le rebord de la couette pour la couvrir un peu plus.
Il quitta la chambre sur la pointe des pieds pour éviter de faire du bruit et la réveiller. Il en oublia même de prendre une arme.
En arrivant dans le couloir, il fut surprit par le calme qui y régnait, plutôt un calme pesant. D'habitude, il entendait une certaine activité, comme l'un de ces joyeux locataires qui se réveillait, parlait, mais là, rien. Il haussa les épaules imaginant qu'ils devaient probablement être à l'extérieur à 'travailler'. Il alla dans la cuisine et là encore, il n'y avait personne, même pas une feuille annonçant une prochaine épreuve. Il repensa furtivement au fait que le maire était en danger et qu'il était hors de question pour lui – et certainement pour Kate aussi – de s'en prendre à Bob. C'est pourquoi ils devaient boucler cette affaire au plus vite en trouvant leur empoisonneur et mettre un terme à ce 'jeu' grandeur nature.
Il ouvrit le frigo et en sortit de quoi faire un excellent petit déjeuner pour 'la femme de sa vie' qui dormait encore paisiblement.
Il s'afférait encore à la préparation du café, des œufs brouillés, du bacon quand il entendit la double porte s'ouvrir. Val' venait de faire son apparition.
- (Tout en affichant un petit sourire) « Bonjour, Trigger. »
Il répondit poliment sans rien ajouter d'autre.
- « C'est ce qu'on appelle se lever tard, dites donc. »
- « J'avais du sommeil à rattraper… »
- « Hum, je vois. »
- « Je ne crois pas, non. »
Il finit par délaisser le bacon qui dorait pour poser ses yeux sur Val'.
- « Et vous, pourquoi est-ce que vous affichez un sourire si… Bizarre. »
Elle s'approcha un peu plus de lui et opta pour une chaise autour de la table.
- « Pour trois fois rien… »
- « Vous mentez très mal, Val'. »
- « Une femme n'a-t-elle pas le droit de sourire… Pour rien ? »
- « Val', nous savons tout les deux que vous n'êtes pas une simple 'femme'. »
Castle laissa tomber les fourneaux et s'installa en face de cette mystérieuse blonde qu'il soupçonnait d'être l'empoisonneuse.
- « Alors, parlons peu, mais parlons bien » Dit-il en laissant les paumes de ses mains tapoter le bois de la table. « Vous dites vous servir de votre charme, pour arriver à vos fins ? »
Elle porta son index jusqu'à sa bouche qu'elle mordilla doucement tout en gardant un sourire fixé à ses lèvres.
- « C'est exact. »
- « Mais que faites-vous quand cela ne marche pas ? »
- « Oh. Un peu comme 'nous' dans la forêt ? »
- « Il n'y a pas de 'nous', Val'. Mais oui, je veux en venir là. »
- « Et bien, vous devez le savoir mais… Dans notre métier, il faut avoir plusieurs cordes à son arc. Toutes les personnes que j'ai disons… Réduites au silence, ne sont pas toutes tombées sous mon charme. Allez savoir pourquoi ? J'ai donc dû, m'adapter et résoudre ce problème autrement. »
- « C'est-à-dire ? »
- « Vous posez bien trop de questions, Trigger. Attention, on pourrait trouver ça étrange. »
- « Simple curiosité envers vous. Vous savez que ma spécialité ce sont les armes à feux. Mais vous… »
- « Trigger, on a 'tous' nos petits secrets cela fait partie de notre métier. Croyez-moi, il y a certainement des choses qu'il vaut mieux ignorer… Sinon elles vous empoisonnent la vie… Si vous voyez ce que je veux dire. »
Elle décocha un petit clin d'œil à l'écrivain qui le mit mal à l'aise puis elle sortit de la pièce.
Kate venait de se réveiller, elle poussa le drap avec son bras tout en ronchonnant et s'aida de son coude pour se redresser et s'asseoir. Elle soupira, ne voulant pas quitter le lit, puis elle se leva et s'enroula dans le drap fin. Elle passa par la case 'penderie' puis nonchalamment elle se dirigea vers la salle de bain.
En sortant de la douche, elle eût la surprise de voir Castle, sur le canapé, l'attendant sagement, le petit déjeuner prêt. Pourtant il semblait ailleurs comme perdu dans ses pensées.
- « Qu'est-ce qu'il y a, Castle ? » Demanda-t-elle, inquiète.
La voix du lieutenant le fit sursauter.
- « Oh rien. »
- « Rien ? »
Elle s'installa à côté de lui.
- « C'est Val'. » Avoua-t-il.
- « Qu'est-ce qu'elle a encore fait ? »
- « Je préparais le petit déjeuner, pour l'apporter ici. On a discuté et… Ça confirme ce que je pense. »
Avec ses deux mains, Kate enveloppa une tasse avec le café brûlant à l'intérieur.
- « Qu'est-ce qu'elle a dit ? »
- « Ce n'est pas tant ce qu'elle a dit, mais c'est la façon dont elle l'a dit. »
- « C'est-à-dire ? »
- « Quand elle a parlé 'd'empoisonnement', tu aurais vu la lueur dans ses yeux. Ça m'a foutu les jetons. »
Beckett sourit.
- « Qu'est-ce qu'il y a de drôle ? »
- « Oh Castle, je t'en prie. Val' en pince pour toi et ça depuis le premier jour qu'elle te tourne autour… »
- « Merci, Kate. Mais je sais faire la différence. C'est pas vraiment la même lueur qui brille dans les yeux. »
Il regarda intensément le lieutenant cherchant en vain un mot indiquant elle était d'accord sur son raisonnement, mais il n'obtenu aucun retour.
- « Kate, je pense vraiment que c'est elle la personne qu'on recherche. »
Kate secoua sa tête de gauche à droite pour montrer en silence son désaccord et but une gorgée de son café.
- « Pourquoi est-ce que tu ne prends pas en compte ce que je dis ? »
- « Castle, je suis certaine que c'est Scap'. Hier, je l'ai vu brûler un morceau de papier dans la forêt. Il cache quelque chose et je suis prête a parier que c'est lui notre assassin. »
Elle se leva rapidement du canapé bien décidée à en terminer avec cette enquête.
- « Ecoute Castle. Je vais mener ma petite enquête et tu verras que c'est Scap' celui qu'on recherche. »
Il se leva à son tour.
- « Très bien, et moi je vais enquêter du côté de Val'. »
- « Non, toi tu restes dans la chambre. »
- « Pourquoi ? »
- « Parce que… »
- « Parce que quoi ? »
- « Parce que je n'ai pas envie qu'il t'arrive quelque chose. »
- « Tu n'as surtout pas envie qu'au final j'ai raison au sujet de Val'. »
Beckett s'approcha de lui d'un air menaçant.
- « Castle, aussi vipère soit-elle, ce n'est pas la personne qu'on recherche. »
- « Comment tu peux en être aussi certaine ? » (Il soupira.)
- « Mais ouvre les yeux. Elle te drague et cette garce n'attend qu'une chose. Que tu craques ! »
L'écrivain était surprit par la réaction de Kate. Ce n'était pas tant qu'il ne partageait pas la même idée sur le suspect, c'était surtout qu'il soit avec Val' qui la dérangeait à ce point.
- « Tu n'as pas confiance en moi, c'est ça ? » Dit-il, vexé.
- « Bien sûr que si, Castle. »
- « Non, je le vois bien. Tu penses vraiment que je n'ai pas changé, c'est ça ? Que je serais incapable de résister à la tentation. »
Elle détourna son regard de lui, ne voulant plus qu'il lise en elle.
- « Kate. Ce que j'éprouve pour toi est plus fort qu'une aguicheuse telle que Val'. »
Il se rapprocha d'elle, lui prenant le bras pour l'obliger à se retourner et la forcer à croiser son regard.
- « Kate, je ne pourrai pas te trahir. J'espère que tu le sais. »
Elle posa sa main sur le torse de l'écrivain, le poussant ainsi à se rasseoir sur le canapé.
- « Castle, je suis sérieuse. Même si je pense que ce n'est pas la personne qu'on recherche. Elle est dangereuse, ne t'approche pas d'elle. »
Convaincue d'avoir été assez claire, elle prit l'étui avec les couteaux de lancer puis elle quitta la chambre, déterminée à en finir une bonne fois pour toute et retrouver 'son' New-York.
Il resta un moment sur le canapé à réfléchir sur ce qu'il allait faire. L'écouter ? Ou n'en faire qu'à sa tête ? Il regarda sa montre : 14h52, croisa ses doigts et les mit derrière sa tête cherchant à se rendormir. Il commença à chantonner toutes sortes de musiques pour patienter mais il finit par en avoir assez. Il quitta alors le confort offert par son installation pour se redresser et scruter quelques instants la chambre dans laquelle il se trouvait. Histoire de dénicher une occupation qui puisse l'aider à faire défiler les minutes le plus rapidement possible.
Il commença à faire les cents pas quand il décida de 'ranger' la chambre. Il ramassa tout d'abord les quelques vêtements qui jonchaient le sol pour les remettre par terre… Mais cette fois-ci dans la salle de bain, à défaut d'avoir trouvée une corbeille pour pouvoir les ranger.
Il posa alors ses poings sur les hanches regardant ce tas de linge sale. « Ils auraient pu prévoir une laverie. » Ronchonna-t-il. Il les reprit et les emporta dans la penderie pour les mettre dans un coin. Il retourna dans la chambre et regarda de travers le lit, pensant que par son seul regard, il allait lui ordonner de se faire tout seul. Voyant qu'il n'avait pas l'intention de lui obéir, il prit les devants. « Ça, c'est fait. »Dit-il alors qu'il terminait sa bonne action. Fier de lui devant le devoir accompli, il ouvrit un tiroir pour en dénicher le portable que leur avaient donné Ryan et Esposito lors de la soirée au Plaza. Il se gratta la tête et se vautra sur le lit qu'il venait patiemment de faire.
Il laissa son regard se perdre en fixant le plafond avant d'étirer son bras pour choper le tiroir et l'ouvrir pour en sortir le téléphone. Il navigua dans le menu quelques secondes et ne trouvant rien d'intéressant, même pas une application digne de l'occuper plus de cinq minutes, il le remit là où il l'avait trouvé et se leva. Il fit quelques pas dans la chambre avant de retrouver le canapé sur lequel il s'installa. Il posa sa tête sur l'accoudoir, croisa les bras et se mit sur le côté gauche puis il ferma les yeux. Bercé par les quelques gouttes d'eau qui venaient frapper la vitre, il s'endormit rapidement.
Alors qu'il était dans les bras de Morphée, un bruit le fit sursauter et il tomba du canapé, restant un court instant au sol, pensant à un coup de feu. Après avoir passé cette frayeur, il se rendit compte que c'était simplement la porte qui avait claqué et vu qu'elle n'était pas ouverte quand il s'était posé sur le canapé, il en déduit que c'était quelqu'un qui l'avait fait délibérément. « Rhaa ! Beckett ! » Pesta-t-il dans sa barbe avant de froncer les sourcils et de regarder la pièce comme s'il y avait des caméras cachées. « Enfin, j'espère que c'était elle. »
Il se releva rapidement et il se mit à la recherche des indices sur la personne responsable de son réveil brutal. Il n'eut pas besoin de chercher bien loin, des traces de pas venaient de redécorer le sol de la chambre. Il remarqua qu'elles étaient plus accentuées près du canapé, comme si quelqu'un s'était arrêté le regarder un instant. Il sentit un frisson le parcourir quand il s'imagina un instant Bully le regarder en train de dormir. Un 'Beurk' s'échappa quand ce frisson disparu. « Cet endroit est hanté ! »dit-il en prenant une voix inquiétante.
Il tapa du pied pour se donner du courage, puis il se dit qu'il était temps pour lui aussi d'enquêter. Si Beckett voulait trouver Scap' et le confondre, lui, il avait un autre suspect en tête : Val'.
Il quitta la chambre et parcouru rapidement l'hôtel à la recherche de cette femme mais il ne la trouva nulle part. Il décida donc de quitter leur prison dorée et il se retrouva dehors. Il choisit une direction au hasard laissant son regard fureter vers le ciel. Les rayons du soleil commençaient à disparaitre, cachés par des nuages de plus en plus noirs et imposants. « J'espère que Beckett a prévu le parapluie »Se dit-il en souriant avant de choisir un petit sentier l'emmenant au sud de sa position.
Il marchait depuis une bonne demi-heure à slalomer tranquillement entre les arbres et en évitant les racines qui jaillissaient du sol quand il sentit quelques gouttes tomber sur lui. La forêt était de plus en plus sombre et les nuages noirs au dessus de sa tête n'aidaient pas à la visibilité. Il regarda sa montre qui indiquait 19h12, le temps pour lui de rentrer avant de se faire tremper. Il laissa échapper un soupir, partagé entre la fatigue d'être 'ici' et celle de ne pas trouver la personne qu'il recherchait. Lassé, il décida de rebrousser chemin et de retourner à l'hôtel avant de se faire surprendre par une averse.
Sur le chemin du retour, il s'imaginait Beckett l'attendre dans la chambre, debout, en train de caresser le manche d'un des couteaux de lancer qu'elle aurait préalablement enlevé pour accueillir comme il se doit l'écrivain. Prête à s'en servir, alors qu'elle lui avait intimement donné l'ordre de ne pas sortir et de ne surtout pas approcher Val'.
A la vue de l'hôtel qui se dessinait devant ses yeux, il hésita un instant avant de rentrer. Cependant le vent qui se levait et les quelques gouttes qui commencèrent à tomber de plus belle le poussèrent à se réfugier à l'intérieur.
Il entra rapidement dans la chambre, quittant sa veste qui était légèrement mouillée pour en prendre une autre dans la penderie et laisser l'autre avec ses 'copines' dans un coin.
Au lieu de se réinstaller sur le canapé pour attendre patiemment Kate, il sortit de la chambre oubliant (une nouvelle fois) de prendre une arme au passage puis il se dirigea vers la cuisine avec la vague idée de trouver la personne qu'il recherchait : Val'. Avec l'orage qui se préparait, si elle devait être quelque part c'était bien là-bas.
Castle savait qu'elle était une professionnelle de l'assassinat, des gens la payaient pour tuer, mais rien de tel qu'un petit tête-à-tête pour en savoir plus sur son compte. Il aurait ainsi l'occasion de surprendre Beckett s'il venait à apprendre quelque chose d'intéressant qui conduirait à découvrir l'identité de leur assassin.
En ouvrant les deux portes, il eut la surprise de voir qu'elle était là, se tenant debout face à un plan de travail. Elle avait une bouteille de Whisky à la main et un verre de l'autre. Elle tourna la tête sur la droite pour le regarder. La présence de l'écrivain ici, dans la même pièce qu'elle la fit sourire. Mais pas un sourire habituel, le genre qu'on affiche quand on a quelque chose derrière la tête et qu'on est sur le point de le mener à terme.
- « Trigger. Ça m'étonne de vous voir là. Je veux dire dans la même pièce que moi. »
- « Ça m'étonne aussi, vous pouvez me croire. »
- « Je vois. » Elle fixa d'une lueur malsaine la bouteille d'alcool. « Je vous sers un verre ? »
Sur le coup, Castle se méfia. Il laissa son regard inspecter la bouteille et la jeune femme à la recherche d'un éventuel piège. Il haussa les épaules ne voyant rien d'inquiétant.
- « Avec plaisir. »
Il s'installa sur une chaise, face à la fenêtre équipée de barreaux. Il vit la 'petite' blonde sortir un autre verre et le remplir de Whisky. En voyant l'étiquette sur la bouteille, il sourit, il avait reconnu un bourbon de 27 ans d'âge. Une excellente bouteille Parker's. Ses papilles étaient en effervescence rien qu'à l'idée de le déguster.
Il détourna quelques secondes son attention de Val' pour s'évader quelques instants en laissant son regard se perdre quand il vit les arbres plier au rythme du vent et l'eau qui venait frapper les carreaux. Val' s'approcha de lui et lui tendit la bouteille.
- « Pourquoi la bouteille ? Vous voulez me souler ?»
- (elle ricana) « Non, mais à voir votre tête quand vous l'avez vu, j'ai pensé que vous voudriez y jeter un œil. »
- « Quelle douce attention. »
Il se saisit de la bouteille et la caressa comme s'il touchait la peau douce d'une femme. Pendant ce temps Val' retourna près des deux verres qu'elle avait servit. Elle sortit discrètement de l'une de ses poches un petit flacon et en versa le contenu dans l'un des verres. Elle sourit de plus belle. Elle les prit dans ses mains et alla s'installer près de Castle puis elle lui tendit l'un des verres. Il abandonna la vue que lui offrait la fenêtre au profit de celle d'un excellent verre de Whisky.
- « Merci ».
- « De rien, Trigger. »Ils avalèrent une gorgée de ce bourbon. « Alors que me vaut ce plaisir d'avoir un verre en tête à tête avec vous ? »
- « Et bien… J'avais envie de faire plus ample connaissance avec vous. »
- « Ah oui ? Etonnant vu que vous essayez de m'éviter depuis notre petite 'rencontre' dans la forêt. »
Elle vit Castle se redresser sur la chaise. Il était tendu et perdu dans ses pensées : « J'enquête juste sur elle. Pourquoi j'ai l'impression de trahir Beckett ? »Il porta le liquide brun à sa bouche et en avala une gorgée.
- « Je ne suis pas rancunière, vous savez. »
« Parfait, une ouverture, je vais pouvoir en apprendre plus. »
- « Vous m'en voyez ravi, Val'. »
Elle répondit par un sourire, elle présenta son verre juste à côté du sien, et ils trinquèrent.
- « Au fait, Val', c'est le diminutif de quoi ? »
- (Elle plissa les yeux et son sourire en coin se renforça) « Ça vient de Valkyrie. »
- « Intéressant… »
- « Pourquoi donc ? »
- « Pour la symbolique : mythologie nordique. Les Valkyries sont des 'vierges' guerrières… »
- « Vu que vous parlez de 'symbolique'… Vous saviez qu'elles semaient la mort parmi les guerriers et emmenaient l'âme des héros au Walhalla. En quelque sorte, elles choisissaient qui allait vivre ou mourir. »
- « Vous vous prenez un peu pour dieu, alors ? »
- « Dans notre métier, Trigger, c'est un peu ça, non ? La vie d'un Homme ne tient qu'à un fil. Et dans notre 'branche' professionnelle, on choisit comment… (Elle le regarda boire une autre gorgée de son whisky) …et on choisit quand… (Elle le fixa encore plus quand elle s'aperçu qu'il avait enfin terminé son verre) …mettre à mort notre cible. »
Elle posa un coude sur la table et rapprocha son visage jusqu'à voir son reflet dans ses yeux.
- « Le pouvoir que l'on ressent à partir du moment où on à choisit l'heure de cette mise à mort… (Elle regarda furtivement sa montre)… n'a pas de nom Trigger. »
Il déglutit difficilement, légèrement envahit par la peur.
- « Le plus jouissif est que votre victime ignore que sa mort est proche, si proche que cela se compte en heure… Comme un compte à rebours qui est déjà lancé dans votre tête alors que votre cible est toujours dans l'ignorance totale… » (Elle prit soudainement une voix sensuelle et effrayante. Elle chuchota presque) « J'adore mon boulot. »
Il sentit un frisson le parcourir, les mots de son hôte l'avaient quelque peu mit mal à l'aise. Elle termina son verre à son tour et reprit celui de l'écrivain. Elle se leva et les posa sur le plan de travail.
- « Dites, j'ai quelque chose à vous montrer, ça vous dirait de me suivre ? »
- « Où donc ? »
- « Dans ma chambre… »
- « Vous connaissez ma réponse. »
- « Je sais, mais je peux vous assurer que je ne vais pas vous sauter au cou comme la dernière fois. » Dit-elle en rigolant.
Elle quitta la pièce, et quand il entendit la double-porte se fermer, il soupira, soulagé. « Qu'est-ce qu'elle est flippante. » Il repensa furtivement à Beckett qui devait être quelque part à la recherche de son 'suspect'. « Je vais l'épater quand elle verra qu'elle s'est trompée 'd'empoisonneur'. » Il se perdit un instant quand il regarda à nouveau cette bouteille de 27 ans d'âge. Même s'il trouvait étrange qu'une bouteille aussi chère (plus de 250 dollars l'unité) se soit retrouvée dans un hôtel entre les mains de tueurs professionnels. Celui qui organisait ça jetait vraiment l'argent par les fenêtres. Il se leva à son tour et emporta le whisky avec lui. En arrivant dans le couloir, il fit un petit détour vers sa chambre pour déposer la bouteille. « Ce serait dommage de laisser ce Whisky à la porté de n'importe qui. Des gens qui ne savent même pas le savourer correctement. » Il en ressortit rapidement et s'arrêta quelques secondes devant la porte estampillée : Val'.
« Il va falloir sortir le grand jeu pour la faire avouer ! »Se répéta-t-il alors qu'il tourna la poignée de la porte…
Il avait presque oublié qu'il était au milieu de nulle part, dans une sorte d'hôtel/camp de vacances ayant pour seuls habitants des sociopathes payés pour tuer. Tout ce qu'il voulait à cet instant était de prouver à Beckett qu'elle avait tort. Il avait même oublié qu'un double homicide par empoisonnement les avait conduit ici… 'Empoisonnement'. Ce mot ricocha dans sa tête quand il ressentit une petite douleur qui se faisait oppressante à l'intérieur de son crâne. Il apposa sa main sur son front quelques secondes et ferma les yeux.
Il aurait dû se méfier de cette jolie blonde, tant de beauté dans un même corps ça ne pouvait que cacher un côté sombre. Il pensait qu'elle était spécialiste en armes à feux, mais son atout prioritaire, c'était son charme, s'approcher de ses proies sans éveiller les soupçons, et les tuer délicatement dans leur sommeil le sourire aux lèvres en pensant au travail accompli et la paie qui s'en suivrait.
En entrant dans la chambre, il la vit là, sur le lit. Ses bras étaient éloignés de son corps et ses mains posées sur la couverture. Face à se spectacle, Castle resta de marbre.
- « Alors, qu'est-ce que vous aviez à me montrer ? »
Elle jeta un coup d'œil à sa montre et sourit de plus belle.
- « Un peu de patience, ça ne devrait plus tarder à commencer. »
Il s'avança vers elle mais opta au dernier moment pour une chaise à une bonne distance de la jeune femme. « Mieux vaut se mettre le plus loin d'elle possible. »
- « Quoi ? Vous voulez que je regarde avec vous votre feuilleton préféré ? » Dit-il en plaisantant.
Elle se leva, lui sourit et disparut quelques minutes dans la salle de bain. Profitant de ce laps de temps, l'écrivain quitta la chaise et regarda furtivement autour de lui, cherchant un indice, sur qui elle était vraiment et si elle pourrait faire une suspecte sérieuse aux yeux du lieutenant.
Il n'eut même pas le temps de se poser plus de questions, qu'elle revenait changée : Elle avait abandonné la tenue légère au profit d'un jeans noir, d'un chemisier blanc avec des motifs rouge sang, une veste en cuir et des baskets.
- « J'en déduis que vous n'allez pas regarder la télé. »
- « Vous êtes observateur, Trigger. »
- « Vous sortez donc ? »
- « Bientôt. »
Elle n'en dit pas plus mais le fait de la voir regarder une nouvelle fois sa montre de manière obsessionnelle, l'intrigua.
- « Soit vous êtes victime de TOC soit on vous attend quelque part. »
Elle ne répondit rien, elle se contenta de lui faire un petit clin d'œil furtif. Elle avait enfin accompli sa mission, elle imaginait déjà les dollars se bousculer à l'entrer de son compte en banque.
- « Entre nous, Trigger. Est-ce que je peux vous poser une question ? » Lança-t-elle. Comme si elle avait besoin de son autorisation.
- « Bien sûr. »
- « Vous êtes mariés depuis combien de temps avec Vendetta, cinq ans ? »
- « Oui. (il hésita) Pourquoi cette question ? »
Castle commença à réellement se sentir mal à l'aise. Ce mal de crâne revenait de plus belle comme si quelqu'un s'amusait à taper sur sa tête avec un marteau. Cette fois-ci, il n'avait pas remarqué son hôte, porter son attention une nouvelle fois aux aiguilles de sa montre.
- « Cela fait un moment que vous ne l'avez pas vu… Et cela ne vous inquiètes pas ? »
- « Elle sait se débrouiller, vous savez. »
- « Voyons, arrêtons de jouer à ce petit jeu, voulez-vous ? »
Elle se dirigea vers l'armoire, l'ouvrit et en sortit une valise. Elle se saisit d'une enveloppe qu'elle jeta sur le lit, devant Castle.
- « Allez s'y, ouvrez-là. C'est ce que je voulais vous montrer. »
Il se leva et quand il se retrouva sur ses pieds, il ressentit comme une petite douleur dans le ventre. Pas suffisante pour l'empêcher de bouger, mais assez pour l'inquiéter.
Il se saisit ensuite de l'enveloppe. Il l'ouvrit et en sortit un dossier… sur lui. Qui il était, allant de son véritable nom à son adresse personnelle. Il y avait aussi l'histoire de son partenariat avec la police de New-York. Le dossier comprenait des photos et des coupures de presses. Elle connaissait sa véritable identité.
- « Vous pensiez vraiment pouvoir usurper l'identité de Trigger et de Vendetta sans que personne ne s'en rende compte ? »
- « De quoi parlez-vous ? »
- « Ne faites pas l'innocent… Je sais depuis le début que vous n'êtes pas les 'vrais'. Je les avais rencontrés sur le vol Paris/New-York. Ils ignoraient qui j'étais, mais pas moi. Je les ai suivis à leur hôtel. Et j'ai… disons, réduit la concurrence pour ce petit 'jeu' dans lequel vous et votre amie êtes entrés. Je dois vous avouer que pour eux, le poison je n'y suis pas allée de main morte. Je n'ai pas vraiment pris le temps de doser, si vous voyez ce que je veux dire… »
Elle sortit un revolver de cette même valise, mais ne prit même pas la peine de le pointer sur l'écrivain.
- « Pourquoi tout m'avouer, maintenant ? »
Elle esquissa un petit sourire.
- « Le whisky que avez savouré, tout à l'heure. J'ai pensé que vous mériteriez de connaitre la vérité avant de subir le même sort qu'Andreas et Katlijn… »
- « Vous m'avez empoisonné ? »
- « Et bien, vous êtes un peu long à la détente. » Elle regarda l'écrivain qui semblait perdu dans ses pensées, avant d'ajouter : « Rien de personnel vous savez, le boulot. C'est tout. »
Castle avait raison, c'était elle l'empoisonneuse et rien qu'à regarder la tête qu'elle faisait, elle adorait vraiment son boulot.
- « D'ailleurs je trouve dommage qu'on ait lancé un contrat sur vous et votre copine. J'ai trouvé ça vraiment osé de votre part, à tout les deux, de vous octroyer l'identité de deux personnes, comme ça. Sans réellement savoir où ça allait vous amener : au milieu de plusieurs tueurs professionnels. J'ai même tué un collègue qui avait découvert qui vous étiez… »
- « Le type dans la forêt ? »
- « Oui. Cet imbécile voulait vous éliminer alors il est venu m'en parler. Mais moi… Moi je voulais voir jusqu'où vous étiez prêt à aller dans ce jeu. Vous m'avez impressionné vous savez ? Vraiment. »
- « Kate ? Où est-elle ? »
- « Je l'ignore… (Elle leva la main droite tout en souriant) Je le jure. Elle ne faisait pas partie de mon boulot. Je suppose que c'est quelqu'un d'autre qui s'en est chargé. Je parie sur Bully, le courant était bien passé entre eux… »
Elle stoppa son discours quand elle vit Castle plisser les yeux et regarder furtivement 'ailleurs', comme s'il cherchait à contrôler une douleur naissante.
- « Mais la question la plus importante et surtout la plus intéressante, que vous devriez vous poser, est… »
Elle s'approcha plus de Castle jusqu'à pouvoir lui chuchoter à l'oreille.
- « Qu'allez vous faire des dernières heures qu'il vous reste ? »
Elle s'éloigna de lui et prit son sac à main. Il semblait perdu, comme on peut l'être quand on a une avalanche de question qui vient se bousculer dans votre cerveau et auxquelles vous n'avez pas le temps de répondre inconsciemment.
- « Vous avez mal à la tête, je me trompe ? » Demanda-t-elle, non sans cacher qu'elle n'était pas mécontente d'elle.
Il ne répondit rien, se contentant de la regarder.
- « Bien sûr que vous avez mal à la tête… Ça se lit sur votre visage. »
Il posa l'une de ses mains sur son crâne. Comme pour tenter de contrôler la douleur. Il commençait à s'agiter...
- « Vous avez vu les corps, je suppose ? Vous savez comment et par quoi ils ont été tué ? Vous savez qu'ils ne sont pas partis 'tranquillement'. Je veux dire par là qu'ils n'ont pas vraiment eût, une mort des plus douce. Vu la dose que je leur ai mise, ils ont du ressentir les premiers effets en cinq minutes. Pour eux, ce fut plutôt rapide, mais pas sans douleur. Ce mal de tête que vous ressentez, ce n'est que le début. Les premiers effets sérieux de la Strychnine ne devraient pas tarder à commencer. D'ailleurs vous devez les ressentir en ce moment même : l'agitation et ce mal de tête... Vous avez l'impression que vos sens sont en alerte. Au début on peut penser que c'est 'cool', on se sent un peu 'hors du commun'. Mais ça va vite vous passer. Les spasmes musculaires ne vont pas tarder à se manifester et ils seront accompagnés par une raideur musculaire. Viendra ensuite les fortes douleurs, les convulsions, l'arrêt respiratoire… Et enfin la délivrance suprême : l'arrêt cardiaque. Charmant n'est-ce pas ? »
Elle venait de décrire ce qui l'attendait comme si elle lisait simplement une liste de courses. Elle le regarda un instant. Elle savait et ça se voyait. Ce qu'elle avait annoncé commençait. Il se leva de sa chaise, fit quelques pas dans sa direction. Elle pointa son arme sur lui pour le dissuader de faire quelque chose de stupide alors qu'il lui restait encore assez d'énergie pour intervenir.
- « Je vous déconseille de vous approcher de moi, je n'hésiterai pas à vous achever, vous savez. »
Pendant un instant, il perdit le sens des réalités. Il entendait de l'eau couler mais aucun robinet n'était ouvert dans la chambre. Il entendit des bruits de pas, mais ni lui ni Val' ne marchait. Le bruit d'une branche qui venait frotter l'une des fenêtres...
Il posa ses mains sur ses yeux et les ferma, il cherchait un moyen de retrouver ses esprits. Quelques secondes passèrent quand il les rouvrit.
- « Vous savez pourquoi j'adore ce poison ? »
Il ne la regardait plus, il essaya de quitter la chambre mais à peine avait-il fait deux pas qu'il s'écroula sur la moquette près du lit. Les tremblements commençaient. La 'petite' blonde s'approcha de lui, s'agenouilla à ses côtés et lui murmura à l'oreille non sans cacher qu'elle était enchantée par le spectacle qu'elle voyait.
- « J'adore ce poison car il n'y a aucune échappatoire. La mort est inévitable, vous la voyez arriver si vite et pourtant. Pour vous, vous la détesterez de ne pas vous emporter plus tôt... »
Elle posa sa main sur son front, le caressant délicatement comme une mère pourrait le faire avec son enfant pour le rassurer.
- « Vos forces ont déjà commencé à vous laisser tomber... La douleur sera tellement atroce que vous ne souhaiterez qu'une chose (Elle déposa un baiser sur sa joue) en finir avec la vie. »
Il lui donna un coup de coude dans le bas ventre, elle répondit aussitôt par un coup de crosse sur l'abdomen là où la balle en caoutchouc l'avait atteint. Réveillant au passage la douleur qui avait finit par se taire.
- « Je vous avais dit de ne rien tenter. » Dit-elle sèchement.
Elle se redressa et retourna rapidement près de l'armoire et en sortit un autre revolver. Elle examina le barillet et en retira toutes les balles pour n'en remettre qu'une.
- « Malgré votre vaine et pitoyable tentative de rébellion. Vous êtes la première personne à qui je vais accorder une faveur… »
Elle posa l'arme sur la table de nuit.
- « Avec un peu de chance, vous ferez un arrêt cardiaque avant que la douleur ne devienne insupportable. Et croyez moi, elle va rapidement le devenir. Et si telle était le cas, vous pourrez toujours vous tirer une balle dans la tête pour abréger vos souffrances. »
Elle se mit à rire alors qu'il se tortillait encore plus de douleur devant elle.
- « Pour ce qui s'est passé dans la forêt l'autre jour… J'ai quand même un regret… On aurait pu passer un très, très bon moment tous les deux. »
Elle le regarda des pieds à la tête laissant son regard fureter sur le corps de l'écrivain. Elle secoua ensuite la tête de gauche à droite :
- « Quel gâchis…Je n'aurai pas pensé que vous aimiez réellement votre 'collègue' pour vous refuser à moi comme ça... »
Castle n'écoutait plus les dires de cette femme, la douleur commençait à accaparer toute son attention. Il ne pensait plus qu'à ça et ce n'était que le début…
- « Je serai bien restée, mais il va bientôt être vingt deux heures, et les portes des chambres ne vont pas tarder à se fermer. Ravie de vous avoir rencontré… J'ai une paie à aller récupérer et un jeu à terminer. »
Elle prit son sac à main et sortit de la chambre tout en arborant un sourire victorieux sur son visage. Castle put l'entendre marmonner un : « On se revoit en enfer… » Puis elle disparut totalement de son champ de vision en claquant la porte derrière elle.
Castle devait absolument trouver la force pour sortir de la chambre avant la fermeture, dans le cas contraire, il allait se trouver coincé jusqu'au lendemain matin. Et selon les dires de son hôte, ça n'allait pas être une partie de plaisir. Dans un sens, il aurait peut-être préféré recevoir une dose un peu plus forte du poison, là il serait probablement inconscient, ou même mort. Mais il ne serait pas en train de subir cette douleur atroce. Comment une aussi petite substance peut faire autant souffrir ? Vous faire souffrir au point de vouloir vous tirer une balle dans la tête…
L'écrivain regarda une nouvelle fois l'arme posée à ses côtés.
Il s'injuria intérieurement et se frappa la tête pour avoir laissé la douce pensée, de se mettre une balle dans la tête et ainsi arrêter son calvaire, parcourir librement son esprit. Comment pouvait-il penser ça ? Comment pouvait-il être assez égoïste pour ne penser qu'à lui à cet instant ?
Essayant d'oublier un instant ce qu'il ressentait, il agrippa la couette avec sa main droite et se releva péniblement. Il était enfin sur ses deux pieds. Il regarda la porte, il aimerait tellement déjà être arrivé jusqu'à elle et pouvoir quitter cette chambre avant d'y être coincé. Il n'arrêtait pas de penser à Kate, elle aussi avait un tueur qui était chargé de l'éliminer… Et si elle avait besoin de lui en ce moment ? Il serra les dents un peu plus et accéléra le rythme de sa respiration et à sa surprise il se sentit un peu mieux. Assez pour entreprendre son avancée vers la sortie.
De sa main gauche, il s'appuya sur le lit et avança doucement mais chaque pas qu'il effectuait se transformait en un supplice des plus douloureux.
Pas après pas, il arriva bientôt à cette porte, elle était à portée de main mais alors qu'il était sur le point de saisir la poignée la douleur empira. Les spasmes musculaires venaient de faire une entrée fracassante dans la liste de ses maux. Le mal qui le gagnait eût raison de lui et le cloua sur le sol. Il tomba lourdement. Tout ce qu'il espérait à cet instant c'était de perdre connaissance, assommé par la douleur. Malheureusement ce n'était pas aussi simple, un poison digne de ce nom se doit de vous faire regretter, pendant les quelques heures qui vous restent, à peu près tout. Que ce soit une parole, un geste, une pensé, une envie…
Pour étouffer la douleur, il posa l'une de ses mains devant sa bouche, serra les dents et ferma les yeux. Inconsciemment, il s'injuriait d'avoir bu ce whisky, de ne pas avoir écouté Beckett, d'avoir mené l'enquête de son côté et surtout, comme d'habitude, d'en avoir fait qu'à sa tête. Il devrait être auprès de Kate et non là, dans cette chambre, à attendre la fin.
Après un petit instant la douleur diminua, ou alors il commençait à la supporter un peu mieux. Il se pencha et se mit sur le ventre, s'aida de ses deux bras pour tenter de se relever. Il parvint jusqu'au lit où il s'écroula. Il n'avait plus la force de bouger, il sentit les forces l'abandonner et son rythme cardiaque augmenter. Il respirait de plus en plus vite et rumina les paroles de Val' : « Défaillance respiratoire … Défaillance… Respiratoire… Calme-toi… Calme… Toi… »
Ça commençait…
La défaillance respiratoire pousse votre corps à se protéger, c'est-à-dire qu'il va se concentrer sur les organes les plus importants pour survivre. Ainsi vous commencez à hyper ventiler pour tenter de combler le manque d'oxygène dans votre organisme. Les forces vous abandonnent contre votre propre volonté pour préserver ce qui est vital. Votre corps n'est pas censé savoir que vous vous trouvez au milieu de nulle part encerclé par des tueurs…
Il essayait de ne pas céder la place à la panique mais il savait aussi que c'était une question de temps avant qu'il ne perde le contrôle. Quand il parvenait à occulter la douleur il pensait à Beckett. Il s'inquiétait, ça le rongeait de ne pas savoir où elle était, si elle allait bien…
Plus les minutes défilaient, plus il se voyait partir… Dans un dernier effort, il s'aida de son coude pour se redresser et dans un ultime souffle, il laissa échapper plusieurs fois le prénom du lieutenant. Priant intérieurement qu'elle l'entende et qu'elle puisse lui dire qu'elle allait bien. Ce qui l'aurait réconforté et rassuré. Mais pour seule réponse, il n'eût que son propre souffle alors qu'il cherchait à respirer… Quand l'impression de manquer d'air vous gagne vous n'arrivez plus à vous sortir de la tête que c'est la fin… Il se retourna difficilement pour faire face au plafond. Il sourit furtivement en se ressassant la nuit qu'il avait passée avec Beckett… L'opéra… Le premier baiser… le gala... mais surtout l'après gala... Il en oubliait presque la douleur… 'Presque'.
Son regard finit par se poser sur le revolver avant que la douleur ne le ramène à la réalité...
Sa réalité. Il se recroquevilla sur lui-même, garda les yeux fermés en priant intérieurement que la douleur finisse par se calmer d'elle-même. Mais il n'en était rien. Il finit par rouvrir les yeux, bougea tant bien en mal en direction de la table de nuit, là où trônait le revolver. Il s'en saisit et le regarda longuement. Sur le coup, il eut l'impression que la souffrance qu'il endurait venait de disparaitre. Simple moment de répit futile. Elle revint rapidement se rappeler là lui. Prit d'une douleur indéfinissable, il laissa échapper une injure, qu'on a tous un jour ou l'autre lancée, face à un mal qui n'en finissait pas et surtout qu'on ne croyait pouvoir y échapper que par un seul moyen.
Val' avait raison. Il devait faire un choix, bientôt il n'aurait plus la force d'agir...
Il étira son bras difficilement vers la table de nuit, serra fermement la crosse du revolver.
Une dernière pensée pour sa mère...
Il porta l'extrémité de l'arme sur sa tête.
Une dernière pensée pour Alexis...
Il sentit le métal froid du canon venir se poser sur sa tempe.
Une dernière pensée pour Kate...
Il ferma les yeux.
« Pardonnez-moi.. ». Murmura-t-il espérant que l'écho de sa voix soit entendu par les personnes qu'il chérissait le plus.
Une fraction de seconde plus tard, une détonation vint briser le silence…
