Réservation pour Deux (Party of Two)

CHAPITRE 13

À Couteaux Tirés

Lorsqu'elle referma la porte derrière elle, elle s'arrêta un instant, soupirant. Bon sang, qu'il pouvait être têtu parfois !
Elle passa son étui à couteaux autour de son dos et inspecta le couloir. Celui-ci était vide.
Elle se dirigea alors vers la droite, à la recherche de la chambre de Scap.

Lorsqu'elle arriva en face de sa porte, elle remarqua que celle-ci était entrouverte. Frappant à la porte et appelant son nom, elle s'introduit petit à petit dans la chambre, à la recherche de l'homme. Quant elle eût fait le tour des pièces, satisfaite de constater qu'il n'était pas là, elle entreprit une fouille de l'endroit.
Dans la penderie, elle trouva une valise similaire à la leur et une série de vêtements, mais rien d'autre d'intéressant. Rien non plus dans la salle de bain. La fouille de la chambre et des meubles ne révéla rien non plus, si ce n'est une addiction évidente à la nicotine – que les organisateurs semblaient être enclins à nourrir. Dans le tiroir qui aurait dû contenir des armes elle ne trouva que des coffrets, tous vides.
Dépitée par cette fouille inutile, elle se dirigea vers la porte qu'elle avait laissé légèrement entrouverte.
A peine l'eût-elle ouverte qu'elle tomba nez à nez avec l'imposant Bully. Elle sursauta.

- « Bully ! Vous m'avez fait peur. »

L'homme la dévisagea un moment.

- « Vous cherchez quelque chose Vendetta ? » demanda-t-il en regardant derrière elle par-dessus son épaule.
- « Scap. » répondit-elle aussitôt, en cherchant à contourner l'homme « Je cherchais Scap, sa porte était ouverte mais, de toute évidence il n'était pas dans sa chambre… »

Bully ne la lâchait pas du regard tandis qu'elle s'éloignait stratégiquement de lui.

- « Vous ne l'auriez pas vu par hasard ? »

L'armoire à glace secoua la tête en guise de réponse et elle lui adressa un sourire tendu avant de lui tourner le dos et s'éclipser vers la cuisine.

Dans la pièce, elle trouva Volcanic tranquillement assise à la grande table en train de récurer avec minutie un de ses revolvers. Lorsqu'elle vit Beckett, elle lui fit un simple signe de tête en guise de salutation avant de reporter son attention sur son arme.

« En plein préparatifs, on dirait », pensa Kate

Elle continua d'explorer l'hôtel et finit par arriver dans la salle de sport où elle surprit Salvation en train de faire des tractions.
Il remarqua Beckett et lui adressa un sourire en coin. Plus elle voyait cet homme si mystérieux et silencieux moins elle l'aimait.

Alors qu'elle retournait dans le lobby, prête à sortir, elle croisa à nouveau Bully qui se tenait sur le pas de la porte, adossé à un mur, les bras croisés.
Elle passa à côté de lui, le dévisageant.

-« Vous attendez quelqu'un Bully ? »

Il la regarda, sourit et reporta son regard sur l'horizon.

Beckett haussa un sourcil et continua sa marche.

-« Au fait, » la rappela-t-il « J'ai vu Scap passer, il se dirigeait vers au nord de la forêt si vous le cherchez encore » lui apprit-il avec le même sourire collé au visage.

Elle lui fit un petit signe de tête et prit la direction du nord.

Alors qu'elle déambulait dans cette interminable forêt qu'elle finirait bien par connaître par cœur, ses pensées se focalisèrent sur Castle et sur la nuit qu'ils venaient de passer.
Elle s'était promis de ne pas agir sur ses sentiments pendant cette enquête et pourtant, elle avait complètement lâché prise la nuit précédente.

Mais elle avait beau chercher à se fustiger pour son comportement, elle n'y arrivait pas. Elle était heureuse avec Castle, il la rendait heureuse. Ils se tournaient autour depuis tellement longtemps qu'il était inévitable qu'ils finiraient par franchir le pas. Bien sûr, elle n'aurait jamais imaginé qu'ils le franchiraient dans un tel contexte.
C'était peut-être bien son seul regret, si regret il devait y avoir, que leur première fois se soit passée dans un hôtel où ils étaient retenus prisonniers. La nuit en avait été non moins incroyable cela dit.
Un petit sourire se dessina sur son visage à la pensée de leurs ébats amoureux.

Sourire qui s'effaça presque aussitôt lorsqu'elle se rendit compte que ses pas l'avaient menée à l'endroit exact où, quelques jours auparavant, elle avait manqué de se noyer.

Elle inspecta les environs et ne fut même plus surprise de découvrir que l'endroit avait été complètement nettoyé des débris que la voiture avait pu perdre en percutant l'arbre. Même en s'approchant de l'eau et scrutant ses profondeurs elle ne vit pas la masse noire qui aurait dû signaler la présence la Dodge Challenger au fond de l'eau. Les seuls vestiges de leur mésaventure étaient les marques laissées sur le tronc qu'ils avaient percuté.
Elle s'en approcha et déposa une main sur ces lignes horizontales qui n'avaient rien à faire là. Le pincement qu'elle ressentit à la poitrine lui rappela qu'elle n'était pas passée loin ce jour là.
Mais aujourd'hui, la douleur qu'elle ressentait à la pensée de sa mort était due à l'écrivain.

A un moment donné, entre le jour où l'avoir sur le dos était une corvée et la nuit dernière, elle avait franchi un seuil au-delà duquel la simple pensée de pouvoir perdre Rick lui serrait le cœur et la rendait malade.

Ses doigts parcoururent les rayures délicatement et elle pria intérieurement pour que Castle ne l'abandonne jamais.
Ses tristes pensées furent interrompues lorsqu'elle entendit des pas lourds derrière elle.
Elle se retourna pour découvrir Bully qui s'était approché et se tenait à une certaine distance.
Aussitôt, sa main droite se posa sur le manche d'un couteau de lancer.

- « Vous vous baladez Bully ? »
- « Non, je vous suivais » répondit-il honnêtement.

Tant mieux, pensa-t-elle, elle préférait ne pas avoir à jouer à ce petit jeu.

- « Et en quel honneur ? »
- « Je voulais vérifier quelque chose » il fit un pas en avant qu'elle ne manqua pas de remarquer « Vous n'avez pas retrouvé Scap ? »
- « Pas encore. Vérifier quoi Bully ? » Demanda-t-elle en reculant au rythme de ses avancées, la main tenant fermement un couteau.
- « Si j'avais bien raison… »
- « A quel propos ? »
- « Vous. Trigger. Votre secret. »

Elle fit un nouveau pas en arrière et se retrouva dos contre un arbre. Elle sortit alors le couteau de son étui et le cacha dans sa main, prête à lancer…

- « Notre secret ? »
- « Ne jouez pas à ce petit jeu avec moi Kate… »

Il s'avança encore de quelques pas, jusqu'à être à moins d'un mètre du lieutenant. Sa proximité permit à Beckett de constater une nouvelle fois la différence de gabarit entre eux… Un souvenir de la douleur ressentie lors de son combat avec l'homme vint se rappeler à elle et elle grimaça intérieurement.

- « Je vous ai bien observés vous et votre mari pendant cette semaine… Et je dois dire que pour un couple marié, vous êtes bien étranges. Aucune étreinte, aucun baiser ou effleurement de mains. A peine quelques gentilles attentions de-ci, de-là lors des épreuves plus difficiles… »

Beckett se décolla de l'arbre, prête à se défendre face à ce qui l'attendait sans aucun doute.

- « Bien que j'apprécie vos observations je ne vois pas en quoi… »
- « Vous ne portez pas d'alliance Vendetta. » la coupa-t-il.

Elle regarda machinalement sa main même si elle savait très bien qu'elle ne portait en effet pas d'alliance.

- « Et… ? » demanda-t-elle, tentant de se déplacer sur le côté tandis qu'il suivait son mouvement, s'approchant encore davantage.
- « Laissez tomber votre mascarade Vendetta, ça ne prend pas. J'ai compris ce que vous cachiez… » Il se pencha vers Beckett et elle s'apprêta à repousser ses bras énormes autour d'elle « Trigger et vous… » Il la regarda droit dans les yeux et elle soutint son regard, cachant son malaise et appréhension « Vous êtes divorcés. »

Aucune réponse ne lui vint. Elle se contenta de le regarder, éberluée.

- « Mais comme votre réputation est bâtie sur votre partenariat, vous vouliez nous faire croire que vous étiez encore cette équipe de choc qui est censée faire trembler toute l'Europe… »
- « Je… »
- « Ce que je ne comprends pas c'est pourquoi vous vous encombrez encore de ce type… Vous vous débrouillez très bien toute seule Vendetta je dirai. »

Le sourire sincèrement chaleureux qu'il lui adressa la bloqua encore plus dans son silence choqué.

- « J'vous aime bien Kate. N'importe quelle femme qui est capable de se relever comme vous le faites et de me battre comme vous l'avez fait mérite un minimum de respect. Je ne peux pas en dire autant de votre ex-mari… »

Cette remarque la sortit de sa stupeur et elle retrouva sa confiance, se redressant et reprenant la position intimidante qu'elle maîtrisait si bien.

- « Écoutez Bully… D'abord, merci et je vous serez reconnaissante de garder ce secret pour vous… Ensuite à propos de mon mari…ex…Nous sommes peut-être divorcés mais vous parlez quand même de l'homme que j'aim- que j'ai aimé et que je respecte énormément. Alors je vous prierai, aussi, de garder vos remarques désobligeantes à son égard pour vous. »

Bully lui sourit, quelque peu amusé et plutôt impressionné par cette femme qui à côté de lui paraissait si frêle et si petite et qui pourtant dégageait une force incroyable.

- « Bien madame. » répondit-il en s'inclinant légèrement.

Pendant leur discussion, ni l'un ni l'autre n'avait remarqué le temps qui s'était assombri et les quelques gouttes qui les arrosèrent les surprit tout deux.

- « Je vous accompagne jusqu'à l'hôtel ? »

Beckett regarda Bully, puis la forêt et le ciel, son débardeur et Bully à nouveau.
Elle aurait préféré continuer de chercher Scap mais le temps était lourd et sombre et un orage se profilait clairement à l'horizon.
Bully lui souriait, un vrai sourire, plutôt aimable, contrastant énormément avec son physique et son attitude des derniers jours. Elle aurait peut-être dû se méfier… Mais il semblait tellement sincère.

- « Volontiers. »

L'étrange paire rejoignit l'hôtel, bien mouillés par la pluie qui s'était intensifiée sur le chemin.

- « Si jamais vous décidez de larguer votre ex une bonne fois pour toute et que vous recherchez un nouveau partenaire Vendetta, faites-moi signe » salua Bully avec un clin d'œil.

Partagée entre l'indignation et l'amusement, Beckett choisit ce dernier. Elle secoua la tête tout en souriant et retourna vers ses quartiers.

Beckett rentra dans la chambre et fut surprise de ne pas trouver Castle vautré sur le lit à regarder la télévision. Elle crut d'abord qu'il lui avait désobéi et était sorti, jusqu'à ce qu'elle le voit, allongé sur le lit en train de dormir.

Elle s'approcha du canapé en silence et l'observa. Il était allongé sur le côté, une main glissée sous sa tête et l'autre pendouillant sur le bord du canapé.
Elle oublia subitement qu'elle était censée lui en vouloir. De le voir endormi, si calme et insouciant lui réchauffait le cœur. Cet homme, si grand et fort qui avait prouvé son courage et sa valeur plus d'une fois depuis leur rencontre pouvait aussi être si tendre et innocent.
Innocent était bien le mot. Bien que l'écrivain ait démontré son utilité dans son équipe à plusieurs reprises et ait aussi démontré qu'il savait se débrouiller – parfois – en cas d'ennuis sérieux, elle ne pouvait s'empêcher de penser qu'il n'avait pas sa place ici, dans cette prison, entouré de tueurs professionnels.
La pression des derniers jours commençait à se faire ressentir parmi les occupants de cet 'hôtel', l'air devenait lourd, tendu et l'endroit dangereux pour un civil comme Castle.
Aussi elle se devait de mettre un terme à cette mascarade au plus vite, pour lui, pour sa protection.
Elle esquissa un léger sourire lorsqu'il émit un petit gémissement dans son sommeil et se pencha en avant pour déposer un baiser sur son front.

Elle se dirigea par la suite dans la penderie, ses vêtements commençant sérieusement à lui coller à la peau à cause de l'eau qu'ils avaient absorbée. Malgré la pluie, le temps était lourd et chaud, aussi elle opta pour un débardeur couleur crème et échangea son jeans contre un baggy marron.
Alors qu'elle étendait ses vêtements mouillés, elle remarqua le tas de vêtements que Castle avait déposé dans un coin de la pièce et sourit alors même qu'elle secouait la tête.
Elle s'agenouilla et récupéra la belle robe qu'elle avait porté la veille au soir, le souvenir des doigts de Castle parcourant le tissu se rappela à elle. Elle l'accrocha sur un porte manteau, ne pouvant se résoudre à laisser une telle beauté chiffonnée par terre.
Et puis elle décida de récupérer la pile de vêtements sales, témoins de leurs mésaventures, entre tâches de sang, déchirures, terre, poussière et humidité après un bain improvisé dans un lac, et de les déposer dans une des valises vides, refermant le tout et le rangea au fond de la pièce.
Satisfaite de son 'rangement' elle ressortit dans la chambre et s'arrêta à nouveau près du canapé. Son partenaire dormait toujours paisiblement.

Elle se dirigea par la suite vers la commode à armes. Elle réajusta son étui de couteaux à lancer autour de son épaule et récupéra le couteau de combat qu'elle attacha à sa cheville.
Elle releva soudainement la tête, alerte.
Attachant un dernier couteau à sa taille, elle se dirigea vers une fenêtre. Elle s'était habituée au martelage de la pluie sur l'herbe et le silence soudain l'avait surprise. L'air était chaud et humide et le sol bien mouillé, mais la pluie avait cessé. Cela dit, la couleur encore menaçante du ciel la fit retourner dans la penderie pour dénicher un haut à capuche qu'elle attacha autour de sa taille, au cas où.
Elle repassa et s'arrêta une dernière fois devant le canapé.

Elle esquissa un léger sourire, oubliant pour de bon pourquoi ils s'étaient disputés auparavant et sortit de la chambre, grimaçant lorsque la porte claqua malencontreusement derrière elle.

Beckett se dirigea vers le hall d'entrée, décidée à repartir à la recherche de Scap.
Elle n'eût pas à chercher bien loin. A peine poussait-elle les portes d'entrée qu'elle vit l'homme disparaitre dans la forêt, prenant la direction du nord.
Elle se mit aussitôt à le suivre, mais à peine fut-elle entrée dans la forêt qu'il disparut. Elle s'aventura au hasard dans les méandres du bois, à l'affut du moindre bruit. De-ci, de-là elle entendait des brindilles craquer sous le poids d'une personne, aussi décida-t-elle de suivre ces bruits.

Au cours de sa marche, elle entendit un coup de tonnerre lointain qui ne tarda pas à être suivit par une lumière claire dans le ciel. L'orage qu'elle avait pressenti s'approchait sans nul doute.

Au bout d'une demi-heure de 'filature', elle finit par perdre complètement la trace de Scap. Quelque peu dépitée, elle inspecta les environs, tendant l'oreille, à la recherche de la moindre indication sur sa présence.
Elle reconnut alors l'endroit où elle l'avait surpris la veille en train de brûler quelque chose. Essuyant les quelques gouttes de transpiration qui perlaient sur son visage, elle s'agenouilla près du tas de cendre. Comme elle le pensait, il n'y avait malheureusement plus rien à voir ou lire.

Un nouveau coup de tonnerre la fit sursauter. L'orage s'était rapproché à grande vitesse, et ce dernier coup attestait de sa proximité.
Il était temps pour elle de quitter cette forêt avant le déluge. Celui-ci ne se fit d'ailleurs pas attendre et des gouttes commencèrent à tomber. Elle défit le haut à capuche attaché à sa taille et s'apprêtait à le passer sur ses épaules lorsqu'un couteau vint fendre l'air près de son visage et s'empaler dans le tronc derrière elle.
Elle empoigna aussitôt un de ses couteaux de lancer, lâchant son vêtement et se focalisa sur le point d'arrivée de l'arme. Elle vit une silhouette à quelques mètres d'elle et lança sa lame dans sa direction. Mais son attaquant disparu entre les arbres. Elle se lança alors à sa poursuite, dégainant un deuxième couteau.
La pluie fine contre laquelle elle avait voulu se protéger tomba de plus belle, accompagnée par un éclair qui vint illuminer la forêt l'espace d'une seconde à peine.
Elle retrouva la silhouette qui se faufilait entre les arbres, ne semblant pas fuir mais au contraire la provoquant.
Elle répondit en lançant son arme qui manqua largement sa cible. Le lancer de couteau était peut-être la spécialité de son double, mais pas la sienne et encore moins sous la pluie quasi battante.
Quelques secondes plus tard, elle décochait un troisième tir vers sa cible mouvante qui s'était approchée et le manquait.

- « Alors, des problèmes de lancer, Vendetta? »

Malgré le brouhaha de la pluie, elle reconnu sans mal la voix qui la narguait.

A peine eût-elle entendu sa voix qu'un couteau vint la frôler, lui éraflant le bras gauche au passage. Elle lança alors dans le même instant le sien qui sembla, encore une fois manquer son coup.

- « Ou devrais-je dire… » Elle se retourna en entendant la voix derrière elle « lieutenant Beckett » et reçut le poing droit de son assaillant au visage.

Le coup la fit reculer et, sonnée par l'effet de surprise, elle ne réussit pas à bloquer le deuxième coup qui vint la frapper au visage. Le troisième ne fut pas si chanceux et elle le para avec son bras, répliquant avec ses propres coups qui, même s'ils n'atteignirent pas son adversaire eurent pour effet de le faire reculer, leur donnant à tous deux de l'espace.

Le tonnerre gronda au dessus de leur tête. La pluie tombait à flot, ne les épargnant pas, trempant cheveux, vêtements et sol sans discrimination.

- « Alors vous savez qui je suis… » Fit-elle remarquer en se débarrassant de sa poche à couteaux de lancer. Ils ne lui étaient après tout pas utiles vu ses compétences et la poche l'encombrait plus qu'autre chose.
- « J'en sais des choses sur vous lieutenant… » Répondit Scap en sortant de sa ceinture un couteau en inox noir et argent à double tranchant, dentelé d'un côté, lisse de l'autre.

Sans plus de cérémonie, il s'élança sur Beckett qui esquiva ses coups les uns après les autres. Elle vit à un moment l'opportunité de se saisir du bras de son adversaire et elle le fit, bloquant son mouvement d'attaque, mais à peine l'eût-elle immobilisé que Scap la frappa au visage du poing gauche. Il enchaîna par un coup de genou qui se logea dans son abdomen et lui fit relâcher la pression sur le bras armé. Erreur qui lui couta une entaille à la main lorsque Scap retira sa lame de son étreinte.
Serrant les dents contre la douleur, elle décida de sortir son propre couteau, le couteau qui valait son nom à son double, un Vendetta.
Scap ricana à la vue de l'arme

- « Savez-vous au moins vous en servir cher lieutenant. Je ne voudrais pas que vous vous blessiez... »

Sur ce, il attaqua de plus belle. L'un et l'autre chargeait avec leur arme et manquait leur cible. Leurs coups s'enchaînèrent au rythme de la pluie et de l'orage qui grondait.
Le sol se faisait glissant et le sang qui coulait de son entaille au bras gauche commençait à se mélanger au sang qui s'écoulait de sa main.
Beckett réussit à désarmer son adversaire mais très vite, il en fit de même.

- « Dites moi une chose, pourquoi avoir fait durer cette mascarade? » demanda-t-elle alors qu'il sortait un long couteau noir vilainement dentelé de derrière son dos.

Il chargea, sans répondre à sa question. Elle esquiva, maudissant le sol mouillé qui la rendait malhabile. Scap profita de son vacillement pour lui décocher un coup au visage, avec le manche de son couteau. L'impact eût l'effet escompté, sonnant efficacement Beckett et promettant l'apparition d'un joli bleu sur sa joue le lendemain. Il profita de son état pour la frapper à nouveau au visage mais avec sa lame cette fois. Elle para son coup de la façon qui, sur le coup, lui parut la moins douloureuse et leva son bras droit devant son visage. La lame du couteau taillada alors son avant-bras et elle laissa échapper un cri de douleur.
En réponse, elle répliqua avec une série de coups de poing animés par la colère et la douleur.
Lorsque Scap chargea à nouveau, elle lui bloqua le bras, lui attrapant le poignet des deux mains, l'immobilisant et d'un coup sec de la main, elle fit voltiger le couteau hors de portée.

De toute évidence mécontent, Scap leva le genou et le planta dans ses côtes. Elle lui répondit en lui envoyant son coude dans la mâchoire.

Tout deux reculèrent en titubant. Profitant de ce court moment de répit, Beckett appuya sur son bras ensanglanté et la douleur se rappela à elle comme autant de petits couteaux qui s'enfonçaient sans relâche.

- « Alors Scap » demanda-t-elle, tentant de faire durer ce répit « Si vous saviez qui nous étions, pourquoi ne pas nous avoir attaqué plus tôt? »
- « Plus tôt? »

Ils se tournèrent autour sous la pluie devenue battante, profitant de cette pause pour respirer.
Ils étaient tous deux trempés, mais c'était le cadet de leurs soucis.

- « Vous saviez forcément que nous n'étions pas les vrais Trigger et Vendetta...puisque vous les aviez tués. »
- « Tués? Chérie je n'ai aucune idée de quoi tu parles. »

Beckett fronça les sourcils et Scap, visiblement reposé se jeta à nouveau sur elle.

Ils échangèrent des coups, certains atteignant leur cible, d'autres pas.
Lorsque Scap lui envoya un coup de pied au plexus, le sol glissant lui fit perdre son appui et elle atterri dos à terre avec un grognement. Elle se releva aussitôt mais Scap, qui s'était rapproché lui agrippa les cheveux, la releva brutalement. Il bloqua un de ses bras et, la faisant tourner, il l'envoya s'écraser tête la première contre le tronc d'un arbre.

Beckett sentit la bile de son estomac remonter dans sa gorge, sa vision devint floue et ses jambes tremblaient violemment.
Scap derrière elle passa un bras autour de son cou, l'enserrant et lui bloquant les voies respiratoires.

- « Pourquoi...vous faites ça... » Demanda-t-elle entre deux souffles étouffés
- « Je suis un assassin. C'est mon métier. On m'ordonne » Il sortit un couteau pliant en acier inox de sa poche et Beckett frémit au contact du métal mouillé contre sa joue « J'obéis. »

Elle tenta de se dégager, sentant ses poumons se vider petit à petit et la lame s'enfoncer dans sa chair. Le goût du sang, qui coulait sans retenu de son front ouvert, s'invita sur ses lèvres. Elle sentait la panique l'envahir, un sentiment qui embuait ses pensées et ses réflexes.
Un coup de tonnerre à réveiller les morts vint la rappeler à l'ordre.
Elle prit une respiration, autant qu'elle le pouvait, et se calma avant d'enfoncer son talon dans le pied de son adversaire et son coude dans son abdomen. Même s'il ne la relâcha pas, le mouvement eût au moins pour effet de réduire son étreinte.
Levant la jambe, elle récupéra le couteau qui y était accroché et l'enfonça dans le torse de l'homme qui se tenait derrière elle.

Il laissa échapper un long cri de douleur, libérant complètement son étreinte. Beckett fit alors volte face et, utilisant le manche de son couteau lui asséna une série de coups de poing au visage jusqu'à ce qu'un filet de sang s'échappe de la joue de l'assassin. Elle lui décocha alors un coup de pied dans le flanc et un autre à la tête, le faisant chuter sans aucune délicatesse.

- « On arrête de jouer Scap. .Pourquoi est-ce que vous voulez me tuer? Qui vous a ordonné ma mort? »

Elle s'approcha de l'homme à terre, brandissant toujours son couteau et criant pour se faire entendre au dessus de la pluie.

- « Avez-vous ou n'avez-vous pas tué les véritables Vendetta et Trigger? »

L'homme releva la tête.

- « Tués? Je croyais que vous les aviez arrêtés et prit leur place. »

Beckett fronça à nouveau les sourcils.

- « Vous ne les avez pas tués? »
- « Non chérie. J'ai juste reçu l'ordre hier de vous éliminer lorsque l'on m'a confié un dossier révélant votre véritable identité. »
- « Et Castle? »
- « Qui ça? »
- « Castle, l'homme qui m'accompagne. Vous devez le tuer aussi? »
- « Connait pas. Il doit sûrement être la besogne de quelqu'un d'autre. »

Un affreux sentiment envahit alors Beckett. Un pressentiment qui la prenait aux tripes et la rendait malade. Elle n'aurait jamais pu expliquer pourquoi ou comment mais elle en était convaincue, Castle était en danger.
Elle étudia un moment Scap qui se tenait le flanc et semblait affaibli au sol et quasi inoffensif. Un éclair vint fissurer le ciel, éclairant la blessure qu'elle lui avait infligée au visage. Elle regarda en direction de l'hôtel avec le besoin insurmontable d'y courir aussitôt.

- « Ne faites pas l'idiot et laissez tomber Scap, je n'ai rien contre vous. » mit-elle en garde avant de se retourner, prête à démarrer sa course folle.

Mais à peine eût-elle fait un pas qu'elle ressentit une douleur dans le mollet gauche.

- « Je n'abandonne jamais un contrat » lui répondit Scap en se relevant.

Elle baissa son regard sur la déchirure de son pantalon et la large coupure que la lame de cet enième couteau qu'il avait lancé avait crée sur son mollet. Elle grimaça et, oubliant les diverses douleurs qui l'assaillaient, elle puisa dans sa colère et son inquiétude, ainsi que son amour, et s'élança vers son adversaire qui tenait un énième couteau en main.

Au moins, elle avait maintenant une petite idée de la spécialité de l'homme.

Ils échangèrent une série d'attaques qui n'aboutirent pas.
Tous deux fatigués par leurs blessures respectives, le rythme du combat ralentit très vite. Et lorsque Scap voulut la frapper d'un coup de poing gauche, elle lui arrêta le bras, l'agrippa, le repoussa et avec le manche de son arme lui infligea un coup de poing là où elle l'avait poignardé auparavant, dans le flanc. Il laissa échapper un nouveau cri de douleur qui fut étouffé par le tonnerre qui ébranla la terre à cet instant et rétorqua avec une droite en plein visage du lieutenant.

Ils se séparèrent, s'étudièrent, recouvrèrent leurs esprits.
Celui de Beckett ne pensait qu'à une chose, en finir avec ce combat et courir retrouver Castle. Il était d'autant plus urgent d'en finir qu'elle sentait son propre corps la lâcher, se vidant lentement de son sang par bien trop d'endroits.

Scap fut le premier à relancer une offensive, tendant son couteau vers elle et elle l'esquiva aussitôt par la gauche. Elle agrippa alors le bras de son adversaire de la main gauche et son poignet de la main droite, utilisant son élan pour le lui soulever. Elle passa son coude sous le bras de l'homme et tira cette fois son bras vers le bas, profitant de sa taille pour le faire décoller du sol et lui déchirer les muscles, lui soutirant au passage un cri de douleur étouffé. Avec l'effet de surprise à son avantage elle replia le bras de Scap, le passa derrière sa tête et le tendit à nouveau vers le bas, amenant le corps de l'homme impuissant avec elle. Elle le fit alors tourner, et l'envoya s'écraser le dos contre un arbre. L'homme s'écroula inerte sur le sol, lâchant son arme au passage.
Elle s'accroupit douloureusement, récupéra le couteau et vérifia qu'il était bien inconscient.

Satisfaite qu'il ne la poursuivrait pas de si tôt, elle pouvait maintenant rejoindre l'hôtel. Mais pas dans son état.
Elle repartit en arrière, cherchant du regard le sweat à capuche qu'elle avait fait tomber, la douleur à sa jambe la lançant à chaque pas qu'elle faisait.
Lorsqu'elle trouva le sweat en question elle entreprit d'en déchirer des lambeaux et les appliqua autour de son mollet, fabriquant une compresse qu'elle maintint en place avec un autre lambeau. Elle en fit de même pour la blessure qu'elle arborait à l'avant-bras droit et décida que le reste de ses blessures n'étaient que superflues. Aussi, elle se contenta d'enrouler un dernier lambeau autour de sa main et, serrant les dents contre la douleur aigüe de sa jambe, elle se mit à courir à travers la forêt.

L'orage commençait à se dissiper peu à peu et la pluie s'était transformée en bruine.

Kate s'arrêta et s'appuya sur un arbre lorsque la douleur se fit trop insupportable. Elle regarda le bandage à sa jambe, la blessure qui l'inquiétait le plus. Comme elle s'en doutait le tissu était déjà bien imbibé de sang.

Elle fut prise de vertiges et ferma les yeux aussitôt, se raccrochant à l'arbre pour ne pas tomber.
Ses pensées se focalisèrent alors sur une seule chose, une seule personne: Castle.
Non, elle ne pourrait supporter de le perdre.
Elle avait besoin de s'assurer qu'il allait bien, d'être à ses côtés.
Elle rouvrit les yeux et reprit sa course folle.

Son haut couleur crème était complètement trempé et commençait à prendre une couleur rougeâtre avec les diverses giclées de sang qui s'y était répandues, le tout mélangé à la boue qu'elle avait récolté en s'écrasant misérablement au sol quelques instants plutôt lors de son combat.
Parfois elle pouvait goûter sur ses lèvres au filet de sang teinté de sueur qui s'écoulait doucement de son front et le long de son cou.
La pluie la fouettait au visage dans sa course, collant ses cheveux sur son visage.

La pensée de Castle l'obsédait.

Et si elle avait raison? Et si il était bien en danger? Scap ne semblait pas connaître l'identité de l'écrivain... Peut-être était-elle la seule en danger en tant que flic? Et qu'en était-il des autres assassins? Connaissaient-ils aussi son identité? Etait-elle en train de courir frénétiquement vers un hôtel rempli de tueurs professionnels dont le seul but était de l'éliminer?
Et après tout qu'importe! Elle devait avant tout retrouver Castle. Le reste viendrait après.
Castle.
Et si lui-même avait eu raison? Se pouvait-il que Val soit réellement celle qu'ils recherchaient? Elle aurait laissé ses sentiments, sa jalousie embuer son jugement.

L'hôtel apparut enfin devant elle et, sortant un de ses couteaux, sur le qui vive elle ralentit sa course boitant jusqu'au bâtiment.

Elle s'engouffra dans l'entrée et, rassurée de n'y trouver personne se dirigea aussitôt vers leur chambre. La porte était entrouverte, ce qui ne la rassura en rien. Aussi, couteau en main elle s'y introduisit.

- « Castle? » appela-t-elle ne se souciant plus de révéler son identité. Le jeu était bel et bien finit.

Elle ne vit aucun signe de l'écrivain mais remarqua la bouteille de Whisky qui trônait sur leur table basse. Elle s'en saisit et la porta à son nez. Bien qu'elle ne sentit rien d'anormal le fait que cette bouteille soit déjà entamée et n'ait rien à faire dans leur chambre lui donnait toutes les raisons d'être inquiète.

- « Castle! » rappela-t-elle d'un ton qui se faisait désespéré.

L'appréhension qu'elle avait ressentie jusque là se transforma en angoisse pure et simple.
La peur de le perdre, la douleur, l'exhaustion remontèrent à la surface et se manifestèrent par des picotements aux yeux. Elle ravala aussitôt ses larmes, ne s'accordant pas le temps de respirer.

Elle ressortit dans le couloir et se dirigea vers les parties communes, appelant toujours l'homme qu'elle recherchait, en vain.

Et puis elle se retourna, prise d'un doute et regarda le couloir des chambres.
Elle se remit à courir, défonçant sans pitié les doubles portes battantes, dépassant la chambre de Bully puis la leur...

Un coup de feu retentit derrière la porte vers laquelle elle se dirigeait.

Elle s'arrêta net, le souffle coupé devant la porte de la chambre de Val.