Wouah ! Je crois bien que le chapitre 14 a battu tous les autres chapitres en record de reviews ! Merci énormément à vous d'avoir pris le temps de m'écrire un petit mot. J'ai le sourire fendu jusqu'aux oreilles ! Je suis ''full'' encouragée là ! À voir si ce chapitre suivant vous plaira autant !
Merci à Missfanficdu57 pour m'avoir mise dans ses auteurs favoris ainsi que pour avoir mis mon histoire dans ses favoris également !
Pour ceux qui se posent encore la question : la réponse concernant l'époque de mon histoire par rapport à Harry Potter se trouve en début du chapitre 12...
(Poudlard et ses professeurs appartiennent à J.K. Rowling)
J'espère que Rogue vous apparaîtra à la hauteur de vos attentes...
Bonne lecture !
(Merci à Persis :)
Chapitre 15
Le Maître des potions
Le reste de la journée se déroula tranquillement en compagnie de Sarah — lorsque celle-ci n'était pas toutefois en cours — et Matilde se sentait d'humeur plus légère. Sarah lui apportait du réconfort en dépit de tous ces élèves — surtout les Serpentard — qui ne cessaient de la pointer du doigt d'un air scandalisé lorsqu'elle lui faisait faire la visite des couloirs de Poudlard. Elle ne manquait jamais de les envoyer promener. Mais rapidement, Sarah devint autant la risée de toute l'école que Matilde était crainte.
— Ça ne te dérange pas d'être ainsi méprisée par tout le monde à cause de moi ? demanda Matilde à Sarah alors qu'elles dînaient à la Grande Salle en compagnie de Francis et d'une bande d'élèves qui n'arrêtaient pas de leur jeter des regards réprobateurs.
— Je fais ce qui me plaît, répondit Sarah en leur envoyant un regard venimeux qui leur fit aussitôt détourner la tête. Ce n'est pas eux qui décideront de qui j'ai le droit de fréquenter.
Matilde admirait cette fille. Elle ne paraissait pas du tout contrariée par tout ce monde qui s'indignait qu'elle se lie d'amitié avec une Parguenaise. Et lorsque Matilde se coucha sous ses couvertures alors que la journée venait enfin de se terminer, elle ressentit une vague de chaleur vivifiante se répandre dans tout son corps à la pensée qu'elle n'était plus toute seule à présent.
Le lendemain matin, Sarah réveilla Matilde brusquement.
— Allons ! dit-elle en la secouant par l'épaule, tu vas être en retard pour le petit déjeuner !
Encore somnolente, Matilde entreprit de s'habiller le plus rapidement possible pour se dépêcher de rejoindre Sarah qui l'attendait à la sortie de la salle commune.
— Le professeur McGonagall devra te donner ton horaire ce matin, dit Sarah sur un ton claironnant tandis qu'elles marchèrent le long d'un couloir en direction de la Grande Salle. Tu vas enfin pouvoir commencer tes cours !
Cependant, Matilde n'était pas aussi enjouée que Sarah à l'idée de découvrir qui seraient ses professeurs durant sa session d'apprentissage. Elle n'avait pas osé demander à Sarah quelle était la matière que Rogue enseignait, de peur d'apprendre avec effroi que cette matière faisait partie des cours obligatoires qu'elle devrait suivre.
Lorsque qu'elles entrèrent dans la Grande Salle et qu'elles vinrent s'asseoir en face de Francis, celui-ci observa Matilde d'un œil inquisiteur.
— Quoi ? demanda Sarah en remarquant son air suspicieux.
— Savez-vous que Dumbledore est vraiment dans un état lamentable ? déclara Francis en regardant successivement Matilde et Sarah. Les Serpentard disaient vrai. Dumbledore a réellement été attaqué.
— Que veux-tu dire par là ? dit Sarah, interdite.
Matilde, prise d'un douloureux malaise, détourna les yeux sur son assiette vide et commença à la remplir nerveusement d'œufs brouillés.
— Darwin est allé raconter à tout le monde qu'il a surpris Dumbledore immobile sur un lit de l'infirmerie tandis qu'il se faisait soigner par Madame Pomfresh suite à ses brûlures. Tu te souviens, dans le cours de Rogue, où il a échappé sa fiole sur ses souliers ? Il en avait mis partout sur ses chevilles…
— Et pourquoi faut-il en conclure que Dumbledore a été attaqué ? lança Sarah sur la défensive. Rien ne prouve que Matilde ait bel et bien tenté de le tuer. Il a peut-être juste attrapé une mauvaise fièvre…
— Je n'accuse pas Matilde, répliqua Francis à voix basse. C'est juste que, par la même occasion, Basile s'est informé auprès des Serpentard et il se trouve que ce soit Rogue qui les aurait prévenus contre Matilde. Selon lui, elle serait dangereuse.
Le cœur de Matilde rata un battement.
— C'est n'importe quoi…, marmonna Sarah, entêtée.
Matilde resta silencieuse, anxieuse. Pourquoi fallait-il que Rogue aille tout raconter aux Serpentard ? Cela aurait dû rester secret ! Il était évident que Sarah et Francis finiraient par se rendre compte qu'elle avait effectivement un lien avec Dumbledore. Comment pourrait-elle alors ne pas se les mettre à dos, comme tous les autres ? N'empêche, pensa-t-elle, ce serait peut-être moins grave si elle leur en parlait tout de suite au lieu d'attendre qu'ils l'apprennent d'eux-mêmes.
— Écoutez, j'ai quelque chose à vous dire, se résolue Matilde d'une voix tremblante.
Sarah et Francis tournèrent les yeux vers elle.
— Je… je n'ai pas essayé de tuer Dumbledore…
— Matilde, je t'ai déjà dit que je te croyais, coupa Sarah d'un ton abrupte. Tu n'as pas à t'en faire !
— Tu ne sais pas tout ! insista Matilde. C'est… c'est vraiment à cause de moi qu'il est à l'infirmerie…
Francis échappa sa fourchette par terre dans un bruit métallique et Sarah regarda Matilde d'un air incrédule.
— C'était un accident, reprit précipitamment Matilde. Je… je n'ai pas pu contrôler mes pouvoirs…
Plusieurs visages s'étaient retournés vers elle et Matilde se reprocha intérieurement de ne pas avoir eu le bon sens d'attendre d'avoir été dans un endroit plus discret avant de leur révéler la vérité.
Francis continuait de la contempler d'un air effaré. Mais après un moment, Sarah haussa les épaules.
— Bah, fit-elle alors d'un ton indifférant. Ce n'est pas grave. Il va s'en sortir. Tout le monde sait qu'un Parguenais n'est souvent pas en mesure de contrôler ses pouvoirs. C'est pour ça que tu es ici d'ailleurs : pour apprendre à les contrôler.
Matilde n'en crut pas ses oreilles. Sarah avait dit tout ça sans manifester la moindre crainte à son égard, comme s'il avait été tout bonnement naturel et banal que Matilde blesse grièvement Dumbledore. Mais contrairement à elle, Francis, pour sa part, ne parut pas du tout insensible face à la confession de Matilde. Il eut plutôt l'air terrifié.
— Alors c'est vrai ? s'étrangla-t-il, les yeux écarquillés, tu as vraiment fait disparaître les entrailles de Dumbledore ?
Honteuse, Matilde affirma d'un imperceptible hochement de tête.
— Surtout ne l'accable pas avec ça, Francis, gronda Sarah en brandissant sa fourchette d'une façon menaçante, elle a suffisamment d'ennuis comme ça !
— Mais Sarah, insista Francis d'un air effrayé, tu te rends compte ? Elle pourrait très bien faire disparaître nos entrailles à nous aussi si elle perdait soudain le contrôle de ses Pouvoirs de Parguenais devant nous !
Sarah ouvrit la bouche pour répliquer, mais ce fut le professeur McGonagall qui le fit inopinément à sa place :
— Pas si vous vous comportez convenablement envers Miss Beauregard, Mr Melrose, dit-elle sèchement. En pareil cas, vous n'avez rien à craindre !
Personne n'avait remarqué qu'elle s'était approchée en douce de leur table. Francis la regarda d'un air pantois et Sarah affichait un air satisfait. Le professeur McGonagall se tourna vers Matilde.
— Voici votre horaire, Miss Beauregard, dit-elle en lui tendant un rouleau de parchemin jaunâtre.
Dès que Matilde le prit, le professeur McGonagall s'en retourna.
— Tu débutes la journée avec quels cours ? demanda avidement Sarah, ragaillardie, alors que Francis ramassait sa fourchette sur le sol d'un geste fébrile.
— Sortilège avec le professeur Filius Flitwick, répondit Matilde en déroulant le parchemin devant ses yeux, et…
Elle eut soudain l'impression que tout son corps se remplit d'eau glacée.
— Ah non… ce n'est pas vrai…
— Quoi ? demanda Sarah.
— J'ai un cours avec le professeur Rogue…
Sarah éclata de rire et Francis leva les yeux vers elles d'un air curieux.
— Ne t'en fais pas, dit Sarah, tout le monde est contraint d'endurer le professeur Rogue et ses cours de potions.
— Mais pour moi, c'est différent, glapit Matilde qui sentait son cœur battre à toute allure, il me déteste !
— Il déteste tout le monde à part les Serpentard qu'il s'amuse toujours à valoriser en enlevant le plus de points possibles aux autres maisons adverses. Tu n'as qu'à faire exactement ce qu'il te demandera et tu ne devrais pas rencontrer de problème avec lui.
— C'est plutôt lui qui devra se tenir tranquille avec toi, dit Francis à Matilde. Si tu veux mon avis, il y a de fortes chances que Rogue soit plus terrorisé par toi que tu ne l'es déjà par lui, et ça ne me surprendrait pas du tout qu'il parvienne à se montrer aimable avec toi lors de ses cours, question de ne pas trop jouer avec le risque de perdre ses entrailles… On s'entend…
Sarah lui lança un regard noir. Quant à Matilde, elle ne put s'empêcher de souhaiter fort que Francis ait effectivement raison, mais resta néanmoins sceptique sur ce point.
— Qu'est-ce que tu as cet après-midi ? demanda Sarah en reportant son attention sur l'horaire de Matilde.
— Métamorphose avec Minerva McGonagall et défenses contre les forces du Mal avec Anarcus Harvey.
— Ah oui, le professeur Harvey ! s'exclama Sarah avec un sourire. Tu vas voir, il est bizarre celui-là.
— Bizarre dans quel sens ? interrogea aussitôt Matilde, laissant paraître un air craintif.
À nouveau, Sarah éclata de rire.
— Ne t'inquiète pas, il n'est pas méchant. Juste un peu fou…
Matilde se rappela que Dumbledore lui avait dit que les professeurs de défenses contre les forces du Mal ne restaient jamais plus d'une année à Poudlard. Peut-être que cette matière finissait toujours par les rendre fous, justement ? En tout cas, selon elle, il était impossible que ce Harvey soit pire que Rogue…
— C'est drôle comme la plupart des prénoms masculins finissent en « us » dans votre monde, remarqua Matilde en scrutant son horaire. Filius, Anarcus, Albus, Severus…
— C'est vrai, admit Sarah d'un air amusé. Il y a aussi Argus, le prénom de Rusard.
— Rusard ?
— C'est le concierge de l'école, clarifia Sarah. Il est toujours accompagné de sa chatte Miss Teigne.
— Ah bon, fit Matilde en songeant que l'homme miteux à qui elle avait communiqué la veille que Dumbledore n'était pas bien, devait sûrement être le concierge Argus Rusard.
Lorsque Matilde et Sarah eurent fini de manger, elles sortirent de la Grande Salle — sans toutefois éviter quelques sarcasmes et quolibets de la part des Serpentard alors qu'elles passaient devant leur table —, et passèrent à la tour de Gryffondor pour ramasser leurs manuels scolaires. Puis, après avoir attentivement écouté les indications de Sarah expliquant comment se rendre à la salle d'enchantement qui se situait au troisième étage, Matilde trouva son chemin sans problème et fut accueillie gentiment par le minuscule professeur qu'elle reconnut aussitôt. Au grand soulagement de Matilde, le professeur Flitwick n'eut aucunement l'air de la craindre comme l'avaient paru Rogue et la sorcière au chapeau rapiécé lors de sa mésaventure à l'infirmerie.
— Bienvenue à votre premier cours de sortilège, couina le professeur Flitwick.
Matilde étouffa une exclamation de surprise lorsqu'elle entendit pour la première fois la voix étrangement aiguë du minuscule professeur. Celui-ci l'invita à s'asseoir derrière une table, alla escalader une pile de livres pour être à la hauteur de son bureau, comme il l'avait fait à la Grande Salle, puis commença à expliquer les bases de l'enchantement de sa voix flûtée. Matilde griffonnait des notes sur un parchemin à l'aide d'une plume trempée dans un encrier en songeant amèrement qu'il était stupide que les sorciers se donnaient tant de mal à écrire avec un encrier alors que les crayons et les stylos étaient bien plus pratiques selon elle.
À la fin du cours, avec accablement, elle constata que les cours ne consisteraient pas simplement à brandir une baguette en marmonnant quelques paroles bizarres. Le professeur Flitwick lui donna, comme devoir, le chapitre complet sur le sortilège Wingardium Leviosa à étudier pour le jeudi suivant, et elle sortit de la classe, les bras chargés de parchemins remplis de notes.
— Alors ? demanda Sarah dès que Matilde entrait dans la salle commune pour aller chercher son nécessaire à cours de potions, tu as appris ton premier sortilège ?
— Même pas, répondit Matilde en laissant tomber ses innombrables parchemins sur la table où Francis était en train d'étudier les écrits d'un gros bouquin aux pages abîmées, je n'ai eu droit qu'à de la théorie.
— Hé, oh ! s'exclama Francis, irrité. Tu ne pourrais pas poser tes parchemins ailleurs, s'il te plaît ?
— Désolée, dit aussitôt Matilde en reprenant sa liasse de parchemins à grand-peine avant de monter au dortoir chercher son chaudron.
Les cachots situés aux sous-sols du château étaient humides, froids et terrifiants. Serrant convulsivement son chaudron dans sa main droite, dans lequel elle y avait mis sa balance en cuivre et son livre de potions magiques d'Arsenius Beaulitron, Matilde s'enfonça dans la pénombre des couloirs, redoutant effroyablement l'apparition à tout moment du Baron Sanglant. Plus elle s'approchait de la salle de classe de Rogue, plus l'anxiété lui nouait l'estomac. Puis, avec l'impression de ne plus avoir d'entrailles du tout, trop tôt à son goût, elle s'arrêta devant la porte métallique du cachot derrière laquelle Rogue devait indubitablement l'attendre comme un serpent tapis dans les hautes herbes. Après un moment d'hésitation, Matilde allongea la main à contrecœur et frappa trois faibles coups qui lui semblèrent résonner en écho dans le creux de son ventre vide, puis la porte s'ouvrit d'elle-même, dans un grincement sinistre.
Matilde tremblait de tout son corps lorsqu'elle entra silencieusement dans la salle de classe. La pièce, plongée en grande partie dans la pénombre, était toute aussi froide et humide que les couloirs du sous-sol et une brume de vapeur grise s'élevait du sol en pierre. Des bocaux remplis de petits animaux hideux, flottant dans le formole, s'alignaient le long des murs et cela ne faisait que rendre l'endroit plus effrayant qu'il ne l'était déjà.
Au premier coup d'œil, Rogue n'était pas là. Puis la porte se referma brusquement derrière elle et Matilde sursauta si violemment qu'elle en échappa son chaudron qui tomba par terre avec fracas. Elle se ressaisit aussitôt : la porte s'était refermée d'elle-même. Rogue n'était toujours pas là. Respirant un bon coup, Matilde essaya de retrouver son flegme. Il ne fallait pas que Rogue la surprenne dans cet état de panique. Il pourrait en profiter pour la terroriser davantage.
Lentement, elle ramassa son chaudron, alla le poser sur l'une des tables, s'assit calmement derrière et attendit avec effroi la venue du professeur Rogue. D'imperceptibles tic-tacs attirèrent son attention. Posée sur une étagère, à l'avant de la classe, une pendule indiquait que Matilde était cinq minutes en avance. Aurait-elle dû attendre devant la porte ? Mais non, songea-t-elle en frissonnant, puisque le Baron Sanglant l'aurait sûrement trouvée… Quoique, à bien y penser, le Baron Sanglant pouvait très bien se glisser au travers les portes, et, à l'abominable évidence, elle n'était pas plus en sécurité à l'intérieur de la salle de classe qu'à l'extérieur…
Soudain, la porte s'ouvrit à la volée et le professeur Rogue fonça tout droit vers son bureau en traversant la pièce d'un pas vif, sa longue cape noire flottant derrière lui. Puis il se tourna vers Matilde, se croisa les bras et la dévisagea avec froideur.
— Vous avez cinq minutes d'avance, dit-il d'un ton glacial. Cela coûtera cinq points à Gryffondor. À l'avenir, tâchez d'arriver à l'heure exacte.
Mais quelle injustice ! pensa Matilde avec colère. Comment aurait-elle pu deviner qu'il ne fallait pas arriver en avance à son cours ? Et puis, ce n'était que cinq minutes, après tout ! Il valait tout de même mieux être en avance qu'en retard, non ?
— Dans cette classe, commença Rogue, indifférent à l'air indigné de Matilde, on ne s'amuse pas à agiter une baguette magique, ni de formuler de quelconques incantations, ni d'envoyer des maléfices incontrôlés…
— Je ne m'amuse pas à envoyer des maléfices incontrôlés…
— Cinq points de moins pour m'avoir interrompu, Miss Beauregard, coupa sèchement Rogue et Matilde sentit son visage s'enflammer à l'instant.
Décidément, l'espoir d'avoir un Rogue aimable, intimidé par une dangereuse Parguenaise, s'était vite dissipé, songea Matilde avec une profonde amertume. Rogue s'annonçait déjà à être des plus exécrables !
— Comme je le disais, reprit-il, le regard étincelant, vous êtes ici pour apprendre la science subtile et l'art rigoureux de la préparation des potions. Si un quelconque sortilège insolite survenait dans ma salle de classe, je m'arrangerais pour que vous soyez alors expédiée très loin de Poudlard. Et cette fois-ci, poursuivit-il d'une voix très basse, menaçante, vous ne pourrez pas compter sur le professeur McGonagall pour vous en tirez d'affaire…
Sa voix était à peine plus élevée qu'un murmure, mais Matilde pouvait entendre distinctement chaque mot.
— Il en va de même pour ce qui concerne l'impertinence, l'insolence et l'impudence. Vous êtes prévenue.
Il y eut un silence durant de longues secondes, pendant lequel Rogue transperça Matilde de ses yeux noirs, puis il murmura :
— Ouvrez votre livre à la page dix-sept.
Après avoir pris soin de le fusiller du regard, Matilde obéit et ouvrit son manuel à la page demandée. Elle tomba sur une potion destinée à soigner les furoncles.
— Les ingrédients se trouvent dans l'armoire, dit Rogue en l'ouvrant aussitôt d'un coup de baguette magique. Vous avez environ une heure et demie. Tâchez de préparer cette potion en silence.
Il contourna son bureau et alla s'asseoir derrière.
Matilde baissa les yeux sur la page où figurait la méthode de préparation et soupira. Elle n'avait jamais été bonne à suivre les consignes d'une recette culinaire et elle ne voyait aucune différence entre une potion et une soupe. Les plats qu'elle avait réussis dans le passé se comptaient sûrement sur les doigts de sa main, et, même si sa mère lui avait sans cesse répété d'un ton cinglant à quel point la cuisine était importante dans la vie, elle n'en avait jamais manifesté le moindre intérêt pour autant. Malheureusement pour elle, en plus de devoir supporter Rogue à toutes les semaines, les cours de potions s'avéraient être la matière la plus pénible à supporter à son horaire.
Avec résignation, Matilde se mit au travail. Sous la surveillance de Rogue qui lui lançait constamment des coups d'œil furtifs par-dessus ses parchemins sur lesquels il semblait griffonner de grosses lettres à l'encre rouge, elle alla chercher les ingrédients dans l'armoire et entreprit ensuite de peser des orties séchées avec maladresse et écraser des crochets de serpent avec dégoût. Après un certain temps, lorsque son chaudron commençait à émaner d'étranges volutes de vapeur violette sur le feu, Rogue se leva et se dirigea lentement vers la table de Matilde.
— Qu'est-ce que c'est que ça ? dit-il d'un air mauvais en s'arrêtant devant le chaudron.
La mixture crachait à présent des étincelles verdâtres et Matilde, prise d'effroi à la pensée que sa potion risquait d'exploser à tout moment, recula instinctivement de quelques pas.
— Je… enfin…, balbutia-t-elle d'un air tendu. C'était censé être une potion pour les furoncles, mais maintenant…
— Mais maintenant… ? insista Rogue d'une voix doucereuse en la toisant avec mépris.
— Maintenant, je crois qu'il ne s'agisse que d'un mélange complètement raté…, acheva-t-elle en baissant la tête.
— Miss Beauregard, dit Rogue, toujours de sa voix doucereuse, alors que les étincelles verdâtres s'intensifiaient dangereusement au-dessus du chaudron, vous allez devoir faire preuve de plus d'habileté et de finesse à l'avenir. Comment voulez-vous suivre des cours qui requièrent autant d'applications et de minuties si votre esprit demeure tristement dépourvu de subtilité ? Cette lamentable mixture aurait eu davantage de succès auprès d'un troll.
Matilde fut bouche bée. Comment un professeur pouvait-il oser l'insulter avec autant d'irrévérence ?
— Evanesco, lança Rogue en agitant sa baguette et Matilde se retrouva devant un chaudron vide.
— Suite à votre incapacité déplorable de confectionner une potion des plus simples, vous me ferez trente centimètres de parchemin sur la composition de la potion destinée à soigner les furoncles et son utilisation par les guérisseurs et les médicomages, à rendre jeudi prochain. Et je ne tolérerai pas un deuxième échec quant à cette potion lors de mon prochain cours, ajouta-t-il froidement. J'espère avoir été clair.
Cet épisode amer eut le don de démoraliser complètement Matilde pour le reste de la journée. Par conséquent, le professeur McGonagall, durant une grande partie de son cours, dut la ramener sans cesse hors de ses sombres pensées alors qu'elle tentait laborieusement de lui expliquer que la métamorphose était l'une des formes de magie les plus complexes et les plus dangereuses qu'elle aurait à étudier au courant du trimestre.
— Miss Beauregard, avait-elle dit sèchement en claquant de nouveau les doigts pour la sortir une fois de plus de ses préoccupations vexantes. Il serait apprécié de votre part si vous portiez plus attention à ce que je dis !
Puis, après avoir suivi quelques explications complexes, Matilde avait dû essayer de transformer une allumette en aiguille, mais en vain. Soit la baguette de Dumbledore avait refusé tout bonnement de changer de propriétaire — du moins, au grand soulagement de Matilde, la baguette n'explosa pas comme toutes les autres baguettes d'Ollivander lorsqu'elle l'agita pour la première fois —, soit elle n'avait tout simplement pas le tour avec les sortilèges de métamorphose.
— Je dois m'exercer à transformer des allumettes en aiguilles, soupira Matilde de désespoir profond alors qu'elle venait s'avachir lourdement à coté de Sarah dans l'un des fauteuils de la salle commune. Mais à quoi donc cela pourrait-il jamais m'être utile dans ma vie ?
Sarah haussa les épaules d'un air nonchalant. Le regard vitreux, elle semblait s'évertuer à lire un livre particulièrement ennuyeux.
— Lorsque tu voudras raccommoder un trou dans l'une de tes chaussettes, dit-elle sans lever les yeux de son livre, et qu'aucune aiguille n'apparaîtra à ta disposition, tu seras contente d'avoir appris à métamorphoser une allumette.
— C'est stupide, commenta Matilde d'un ton abrupt, puisqu'il existe certainement un sort qui permet de réparer les chaussettes d'un simple coup de baguette.
Sarah la regarda alors avec agacement et referma son livre d'un coup sec.
— C'est seulement pour libérer tes pouvoirs qu'il faut que tu t'exerces ainsi, Matilde. Ensuite, avec tous ces sortilèges appris, tu feras bien ce que tu voudras.
Matilde soupira de nouveau.
— J'ai comme l'impression que ça va me prendre un temps fou avant de pouvoir un jour quitter Poudlard. Je n'ai rien réussi à faire correctement depuis le début de mes cours…
Sarah tendit la main et lui tapota l'épaule.
— On commence tous comme ça, assura-t-elle avec douceur. Tu vas voir, tu vas finir par y arriver. Ne te décourage pas.
Matilde lui adressa un pâle sourire.
Alors ? Dites-moi ce que vous en avez pensé de cette première journée de cours ! :)
