Réservation pour Deux (Party of Two)
CHAPITRE 14
La Promesse de l'Ombre
Son cœur venait de sauter un battement, sa respiration s'était coupée et elle ne semblait pas vouloir retrouver un rythme normal. Elle en oubliait presque ses blessures et sa propre douleur surtout à la jambe. Elle se saisit de l'un de ses couteaux qui avait encore un léger filet de sang, seule vestige du combat contre Scap'. Elle posa son autre main sur la poignée qui prit soudainement une couleur rougeâtre à cause du sang qui recouvrait ses doigts. Elle la tourna doucement, prête à faire face à quiconque se trouvait dans cette chambre. Elle n'espérait qu'une chose, que Castle soit simplement parti se promener et que cette détonation n'avait rien à voir avec lui.
Elle prit une grande inspiration et poussa la porte, cette dernière s'ouvrit en émettant un petit couinement. Quand elle fut complètement ouverte, elle fit quelques pas en avant en présentant la lame en devant elle. Elle essuya au passage le fin filet de sang qui approchait dangereusement de ses yeux.
Son cœur s'arrêta une nouvelle fois quand elle vit un corps étendu sur le lit . Elle s'approcha encore en balayant la chambre de son regard prête à accueillir comme il se doit le premier 'intrus'. A la fois rassurée par le silence qui régnait et effrayée par celui-ci, elle reporta son attention sur le corps qui lui tournait le dos. Elle pensait le voir trembler, ou alors peut-être était-ce l'adrénaline qui sillonnait son organisme qui la poussait à le croire. Elle n'était plus sûre de rien.
Elle s'apprêta à faire un pas de plus quand elle se stoppa net. Elle l'avait reconnu.
- « Castle ? » Le souffle de son nom fut étouffé avant même de pouvoir quitter sa gorge correctement. Elle déglutit péniblement paralysée par la peur.
Elle se mit alors à contourner le lit tout en boitant légèrement. Il tremblait, elle n'avait pas rêvé. Elle s'avança encore jusqu'à ce que son pied heurte quelque chose qui gisait sur le sol. Elle baissa la tête pour voir de quel obstacle il s'agissait quand elle vit un revolver et sans savoir pourquoi elle laissa son regard la porter vers le mur faisant face au lit. Elle y trouva un impact de balle. Ses yeux se portèrent une nouvelle fois sur l'écrivain. Elle s'approcha encore tout en le fixant comme si elle avait des tonnes de questions en tête et aucun moyen pour elle de les sortir de son crâne.
La position de Castle l'interpela : ses jambes étaient serrées et ses genoux légèrement pliés. Ses bras étaient croisés sur son torse, ses poings fermés sur la chemise qu'il portait comme s'il cherchait à se raccrocher à quelque chose. Probablement une vaine tentative de sa part pour oublier son sort.
Ses yeux étaient plissés et fermés indiquant un certain niveau de souffrance qu'il essayait de contrôler ou de supporter au mieux. Sa bouche était légèrement ouverte mais sa mâchoire serrée. Elle pouvait entendre les bruits de sa respiration. Une respiration rapide et forte qui lui faisait croire qu'il était essoufflé. Elle fit un autre pas dans sa direction. Elle posa ensuite sa main sur son front. Il ouvrit rapidement les yeux ce qui fit sursauter le lieutenant. Il porta ensuite difficilement son regard sur elle.
Il eût un pincement au cœur quand il vit qu'elle était blessée, qu'elle avait du sang sur son débardeur et sa veste, sang qui devait certainement provenir des vilaines blessures qui ornaient son corps. Ses bras étaient parsemés de quelques bleus et quelques coupures. Ses vêtements étaient partiellement recouverts de terre et ils étaient trempés.
Il pouvait lire des tas d'interrogations dans ses yeux mais pour lui, il lui était impossible de penser à autre chose qu'à sa douleur. Il prononça un timide « Kate » qui s'oublia dans un souffle presque inaudible.
La souffrance qui se lisait sur son visage s'était effacée en voyant l'écrivain étendu sur le lit.
En entendant sa plainte, son cœur se serra en ayant comme la vague idée de pouvoir partager sa douleur.
Lui il avait enfin la réponse qu'il attendait, il savait à présent Kate en vie, c'était tout ce qu'il avait demandé, c'est tout ce qu'il voulait savoir avant de faire face à son sort.
- « Castle ? »
Elle s'agenouilla près de lui, oubliant la douleur qui résonnait dans son corps comme un écho du combat contre Scap' . Cet écho se répétait dès qu'elle effectuait un mouvement mais elle n'avait pas envie de se plaindre. Elle voulait montrer à l'écrivain que ça allait pour elle.
- « Qu'est-ce que... Tu… ? » Dit-il difficilement.
Elle pourrait lui poser la même question mais à l'évidence il ne voulait pas qu'elle le lui demande. De toute façon, était-elle prête à entendre cette réponse ?
- « C'est Scap', il a essayé de… Mais ce n'est pas lui notre empoisonneur. Il pensait qu'on avait prit la place des vrais Trigger et Vendetta après les avoir arrêtés. »
Elle prit l'une de ses mains dans les siennes. Elle pouvait ressentir ses tremblements.
- « Qu'est-ce qu'il t'est arrivé ? »
- « J'aurais dû t'écouter Beckett… Je suis désolé. »
Elle le regarda, attendant plus de précision. En réalité, elle n'osait pas en demander plus car elle était effrayée de connaitre la vérité.
- « Kate… C'est Val'. C'est celle... C'est Val'... »
- « Comment tu peux- ? »
Elle s'arrêta au milieu de sa phrase. Elle laissa son regard se noyer dans les yeux de l'écrivain. À son tour, elle put lire en lui. Elle avait la réponse qu'elle recherchait mais pas celle qu'elle aurait aimé comprendre.
- « Non, Castle. »
- « Je suis désolé, Kate… j'aurai dû… t'écouter… »
Elle posa l'une de ses mains sur sa joue comme si elle cherchait un moyen de le calmer.
- « Kate… J'aurai dû rester dans… la chambre… J'aurai dû t'écouter… Je voulais tellement… J'étais sûr… »
Elle comprit qu'il avait été empoisonné, elle revit et repensa aux corps à l'hôtel. Elle pouvait seulement imaginer la douleur qu'ils avaient ressentit avant de succomber. Elle ne pouvait qu'imaginer la douleur que Castle subissait en ce moment même.
- « Castle, je suis tellement désolée. J'aurai dû rester à tes côtés. »
Elle laissa échapper une larme devant l'impuissance qui la gagnait. Il dirigea une main tremblante vers Kate qu'il finit par poser sur son visage. D'un geste presque maladroit, il essuya cette larme qui venait d'apparaitre.
- « Ce n'est pas… ta faute, Kate. »
Si seulement elle avait la force de le croire et de se pardonner de l'avoir laissé à l'hôtel, seul. 'Seul', c'était bien le problème. En tant que flic, elle se sentait responsable de son sort, de sa sécurité et elle avait échoué, elle l'avait abandonné.
De honte, elle baissa sa tête pour ne fixer que le revolver. Elle fronça les sourcils et remis les pièces du puzzle en place dans son esprit. Le revolver, la détonation, l'effet du poison, Castle… D'une main peu assurée elle se saisit de l'arme et tout prit un sens.
- « Castle, le revolver ? »
- « J'allais le faire, Kate… j'allais… vraiment… »
Elle ne pourrait certainement jamais comprendre pourquoi il s'était abandonné quelques instants à la douce idée de se mettre une balle dans la tête pour abréger ses souffrances. Même si elle tentait de le concevoir, elle n'y parviendrait pas pour la bonne raison qu'elle n'était pas à sa place.
La douleur était si forte qu'il avait voulu en finir, mettre un terme à ses souffrances, c'est humain. Il avait pensé pendant un court instant qu'il n'y avait pas d'autres échappatoires.
Mais ne dit-on pas ; tant qu'il y a de la vie il y a de l'espoir ?
Il ne saura certainement jamais expliquer pourquoi il avait changé d'avis, pourquoi il avait laissé filer sa chance d'échapper au calvaire qui le guettait tapis à l'intérieur de lui. Peut-être était-ce simplement la pensée de Kate qui l'avait aidé à repousser le métal froid de l'arme sur sa tempe. Ou alors un simple réflexe ?
Tout ce qu'il avait fait, avait été d'anéantir la tentation de s'en servir. Ce qu'il ignorait, c'est qu'il allait rapidement regretter son geste.
Il aurait peut-être dû écouter Val'.
Alors qu'il se perdait dans ses pensées pour tenter d'oublier sa douleur. Il sentit les mains de Beckett se poser sur ses jambes, les saisir et les guider sur le rebord du lit. Les mains de l'inspecteur vinrent ensuite se poser sur ses épaules. Il ouvrit les yeux péniblement, il savait ce qu'elle était en train de faire, elle voulait qu'il se redresse pour s'asseoir.
- « Il faut qu'on sorte de là, Castle. »
- « Kate… »
Il l'aida tant bien que mal avec le peu de force qui lui restait. Il se servit de son coude droit pour se redresser. Il sentit ensuite l'un des bras de Kate se glisser sous son bras droit. En même temps, il sentit ses jambes basculer hors du lit, il les laissa faire, il ne prit même pas la peine de les retenir. Il était à présent assit. Kate maintenait une pression sur l'une de ses épaules pour qu'il reste dans cette position.
- « Allez Castle, j'ai besoin que tu m'aides, là. Je n'y arriverai pas toute seule. »
Il fit un mouvement de gauche à droite avec sa tête pour lui montrer qu'il n'était pas d'accord. Elle le remarqua.
- « Je t'interdis de me dire de te laisser là, c'est clair ! »
Elle prit le bras droit de l'écrivain qu'elle passa derrière ses épaules et de sa main droite, elle serra fermement celle de Castle. Elle laissa ensuite son autre bras dans le dos de l'écrivain. Dans un commun effort, ils réussirent à se mettre debouts puis ils entamèrent quelques pas.
Une fois le long d'un mur, Castle s'appuya contre celui-ci avec son épaule et commençait à lâcher prise. Ses jambes dénièrent de le porter plus loin, il baissait les bras. La douleur finit toujours par l'emporter, peu importe la volonté que vous avez ou croyez avoir.
- « Kate ». Murmura-t-il difficilement.
- « Castle, courage ! »
- « Kate… non. »
Elle refusait de l'entendre, elle savait ce qu'il allait dire et elle se refusait à l'écouter.
- « Castle, un effort ! »
Il posa brusquement ses deux mains sur les épaules du lieutenant, le mur l'aidant difficilement à rester debout. Il la regarda dans les yeux. Un regard qui provoqua un frisson chez Beckett.
- « Kate… »
Il reprit son souffle et tentait de masquer au mieux la douleur qu'il éprouvait. Mais ce qu'il ressentait se lisait sur son visage.
Elle en profita pour poser ses mains sur les siennes, en ayant l'idée de reprendre leur route vers la porte, mais il l'en empêcha.
- « Écoute-moi… Kate. »
- « Cas-. »
- « Tu... »
- (lui coupant la parole) « Pas question ! »
Elle reprit son bras et le passa derrière ses épaules, elle le tenait fermement espérant qu'il allait l'aider de son mieux. Mais au lieu de ça, il resta contre le mur accablé par la douleur.
- « Le portable… dans notre chambre. »
- « Castle, non ! »
Il laissa ensuite sa tête s'appuyer contre le mur, son regard se perdit au plafond. Il respirait de plus en plus vite. Il tenta de réunir les dernières forces qui étaient en lui pour lui faire comprendre qu'elle ne devait pas rester à ses côtés. Il ne voulait pas qu'elle le regarde mourir, qu'elle garde ce souvenir de lui, qu'elle culpabilise d'avoir été impuissante face au mal qui le rongeait. Il le fallait, il devait lui trouver une raison de sortir pour lui éviter ce spectacle. Et la seule raison qu'il avait trouvé résidait dans ce téléphone portable qu'on leur avait donné lors de ce gala.
Il ferma les yeux un court instant puis les rouvrit sur Beckett.
- « Kate… Écoute… »
- « Je ne veux pas entendre ça, Rick ! »
- « Kate… »
Elle refusait de le laisser poursuivre, elle ne voulait pas entendre ce qu'il tentait en vain de lui avouer. Tout ce qu'elle avait en tête c'était de le sortir de la chambre.
Alors qu'elle s'apprêtait à avancer, elle sentit les mains de Castle se poser soudainement sur ses joues encore meurtries par le combat. Ainsi dans son emprise, il la força à croiser son regard. 'Regard' qui avait changé, il avait le visage fermé. Elle avait de la peine à apercevoir les yeux de l'écrivain.
- « Castle, il faut… »
- (En lui coupant la parole) « Je suis déjà mort, Kate ! »
A ses mots, ses sourcils se relevèrent, ses yeux s'écarquillèrent, sa bouche s'ouvrit en laissant échapper un 'non' qui mourut avant même de pouvoir sortir correctement. Sa respiration se bloqua, elle sentit un frisson désagréable l'envahir. C'était comme si elle venait de recevoir un coup de poignard dans le cœur. Les mots qu'il avait utilisé étaient bien plus forts qu'il ne l'aurait pensé. Mais il n'avait pas le temps nécessaire pour les choisir… Il n'avait plus le temps.
- « Tu… refuses… de le voir, Kate . »
Il ôta ses mains du lieutenant et les posa sur son ventre pensant inconsciemment diminuer la douleur. 'Douleur' venant se rappeler à lui comme un mauvais rêve.
- « On le sait… tous les deux. C'est… fini pour moi. »
Il se laissa alors glisser contre le mur jusqu'à atteindre le sol. Beckett s'agenouilla à ses côtés laissant les larmes l'envahir et parcourir librement ses joues.
- « Tu n'as pas le droit d'abandonner. » Le supplia-t-elle.
Il fit un mouvement de la tête de gauche à droite. Il apposa maladroitement sa main tremblante sur sa joue, effaçant au passage quelques larmes et un léger filet de sang.
- « Kate… »
- « Non. Tu ne peux pas, tu n'as pas le droit d'abandonner ! Tu dois te battre pour Alexis, ta mère… Pour moi ! »
Elle prit la main qui caressait doucement sa joue, la serra fortement. Elle ressentit ses tremblements, imaginait la peur et la douleur qu'il vivait. Elle aimerait tellement pouvoir prendre sa place. Son erreur avait conduit Castle à se jeter dans la gueule du loup, elle aurait dû être avec lui à ses côtés et surtout prendre en compte son avis.
- « Le portable… Appelle-les. »
Alors qu'elle allait protester, il posa son index sur ses lèvres, l'empêchant d'ajouter quelque chose.
- « Kate... Je t'en prie… Pour une fois… Écoute-moi. » L'implora-t-il.
Elle l'ignorait - ou préférait l'ignorer - mais il n'y avait pas de remède miracle à ce poison et lui, il en était bien conscient. Une fois ingéré, il n'y a qu'une seule échappatoire, Val' le lui avait bien fait comprendre. La seule fin au calvaire et au supplice qui le consumaient à petit feu n'était autre que la mort. Il s'était préparé à cette idée même si cela l'effrayait.
Elle avait comprit. Elle posa à son tour sa main sur son visage, le caressant doucement. Elle serra les dents quand elle ressentit une nouvelle fois ses tremblements.
- « Tu dois me promettre de tenir. » Dit-elle, essayant de prendre une voix assurée et pourtant brouillée par la tristesse.
Elle apposa son index sous son menton pour le forcer à croiser son regard. Il avait le visage fermé, les pupilles dilatées et les yeux presque noyés par des larmes emplies du supplice qu'il traversait.
- « Promets-le-moi, Castle. »
Il aimerait tellement le lui dire, le lui promettre, cependant cette décision ne lui appartenait pas… Ne lui appartenait plus. Il se savait condamner et dans ce cas, pourquoi promettre quelque chose que vous êtes sûr de ne pas respecter ? Cela ne servirait qu'à vous mentir et à nourrir l'espoir qui ronge déjà vos proches… À quoi bon ?
Il voulait tellement faire diminuer cette douleur qu'il laissa sa tête heurter le mur, espérant détourner son attention pour oublier quelques douces secondes ce qu'il vivait depuis déjà bien trop longtemps. Pourtant cela n'eu pas l'effet escompté.
Kate posa ses mains sur les épaules de l'écrivain avant de les laisser remonter jusqu'à son visage. Elle se pencha ensuite vers lui tout en lui chuchotant un « Je t'aime » qui vint s'essouffler sur les lèvres de cet homme qu'elle chérissait tant.
Elle l'embrassa une dernière fois lui intimant l'ordre de tenir pour sa famille… pour elle.
Malgré le sourire qu'il tentait d'afficher pour lui faire croire qu'il allait obéir à cet ordre, elle ne parvenait pas à revoir cette lueur dans ses yeux. La même lueur qui peut vous aider à garder l'idée d'un hypothétique avenir. La souffrance qu'il vivait rongeait son envie de se battre contre cette chose, elle obscurcissait son jugement. Il menait un combat qu'il avait déjà perdu.
Kate posa ensuite son front sur le sien et dans une ultime prière, elle lui intima de toutes ses forces de tenir. Elle n'obtint pour seule réponse que son silence.
Elle ne se sentait pas la force de revivre ça, pas la force de traverser les mêmes épreuves qu'elle avait dû affronter à la mort de sa mère. Surtout plus la force de faire face à la culpabilité. La même culpabilité de ne pas avoir été là pour sa mère cette nuit là.
C'est incroyable comment le passé peut se rappeler à vous aussi brutalement. Vous rappelez qu'à un moment donné de votre vie vous n'aviez plus le contrôle de rien et vous étiez relégué au rang de simple spectateur de votre propre vie.
Elle se sentait responsable de l'avoir conduit jusqu'ici, de l'avoir mêlé à cette enquête, d'avoir été à l'opéra avec lui, de ne pas lui avoir avoué plus tôt ce qu'il représentait pour elle. De ne pas lui avoir dit tout ce qu'il avait fait pour elle alors qu'il ignorait même son existence.
Il était bien plus qu'un écrivain, bien plus qu'un ami, bien plus qu'un collègue à ses yeux.
Et elle était bien plus que sa muse à ses yeux.
Il la regarda se lever.
Elle se redressa tentant de chasser les flashs qui s'affichaient devant elle. Des flashs qui faisaient le parallèle avec son passé, et sa mère.
Elle fit quelques pas en direction de la porte.
Il la regarda s'éloigner de lui.
Sans échanger un dernier regard, elle ouvrit la porte et sortit.
Il la regarda disparaitre.
Elle sortit de la chambre, meurtrie, partagée entre l'envie de retourner à ses côtés et celle de l'écouter. C'était ce moment qu'elle avait choisi pour enfin l'écouter. Elle finit par se résoudre à faire ce qu'il l'avait supplié de faire, pour lui. Elle passa furtivement dans leur chambre et récupéra en toute hâte le téléphone portable en sortant de la chambre, elle ne remarqua même pas certains de ses collègues errer dans le couloir.
Le coup de feu qui avait résonné plus tôt avait poussé les hôtes à sortir de leur chambre. Le 'jeu' dans lequel ils étaient entrés depuis quelques jours ne les amusaient plus.
Sans se retourner mais le cœur serré, elle quitta l'hôtel . Occultant ses propres douleurs, elle commença à courir pour s'éloigner le plus possible de l'hôtel pour pouvoir appeler les secours.
À présent, elle était bien trop loin pour entendre les portes des chambres se verrouiller.
Au son de la fermeture, Castle sourit furtivement à l'idée qu'elle n'assisterait pas à sa descente aux enfers.
Il se pencha en avant et laissa son corps basculer. Face contre terre, il usa de ses dernières forces pour s'éloigner de la porte, avec la délicieuse idée de pouvoir rejoindre le lit et s'y installer en attendant ce qui allait être pour lui, la fin.
Il n'avait même pas fait un mètre qu'il s'arrêta, il pivota légèrement sur la droite et se mis de côté. La souffrance qu'il endurait avait finit par avoir raison de lui. Il laissa échapper un cri de douleur qui finit par mourir dû au manque d'air présent dans ses poumons…
Dehors… Sa main entourait fermement le téléphone laissant son regard jongler entre l'écran du téléphone et là où elle mettait les pieds. Il fallait qu'elle parvienne à les prévenir pour mettre un terme à tout ça, à ce cauchemar.
Elle arriva à côté d'un magnifique chêne quand elle regarda une nouvelle fois le portable. Il captait, enfin. Elle composa frénétiquement le numéro de ses collègues. Elle essuya ses larmes en vain puisque d'autres prenaient le relais rapidement. Elle porta le téléphone à son oreille, maudissant chaque sonnerie qui résonnait dans sa tête comme des secondes perdues…
Quelqu'un finit par décrocher.
- « Yo ! On a l'identité de notre empoisonneur ! »
- « Esposito… »
- « C'est Valkyrie plus connue sous le nom de 'Val'. Elle est passée maitre dans l'art de l'empoisonnement par la strychnine. Europol lui impute plus d'une quinzaine de meurtre, mais… »
Il s'arrêta net, surprit par le son que son téléphone retransmettait. Il avait d'abord pensé à des parasites causé par l'endroit où elle devait appeler… Il aurait préféré des parasites.
- « Beckett, qu'est-ce qu'il y a ? »
- « C'est Castle… Il a été empoisonné… »
- « Quoi ? »
- « Il… Quelqu'un a essayé de me tuer. Le type qui organise ça… Il a su pour nos véritables identités et… Scap'… Scap' a essayé de me tuer. Quand je suis revenue… Castle était… Il est… »
Elle porta son regard vers l'hôtel comme si elle pouvait l'apercevoir d'où elle se trouvait. Comme si elle se reprochait de l'avoir laissé seul, là-bas.
- « On est déjà en route avec l'ambulance, on sera là dans quelques minutes ! »
Elle raccrocha rapidement et fit le chemin inverse. Elle n'avait pas remarqué cette silhouette qui la suivait, se cachant d'arbre en arbre, attendant le bon moment pour agir .
Quand l'hôtel se dessina enfin devant ses yeux elle laissa échapper un cri de douleur dû à sa blessure à sa jambe. Même si elle tentait de l'oublier, elle se rappelait sans cesse à elle dès qu'elle posait son pied à terre.
Elle entra dans le hall, toujours en boitillant. Elle ne s'en était pas rendue compte mais ce coup de fil lui avait prit beaucoup de temps. Assez pour que les portes se verrouillent.
Elle s'approcha de la chambre de Val' et essaya d'ouvrir la porte, mais il était trop tard : 22h00 était passé.
Malgré le peu de force qui lui restait, elle donna plusieurs coups de pied dans la porte, espérant qu'elle finisse par céder. Peine perdue.
En désespoir de cause et n'ayant aucun résultat, elle recula de quelques pas. Elle mit son épaule en avant et s'apprêtait à s'élancer sur la porte quand Bully l'interrompit. Il venait de sortir de la cuisine tenant un fusil à pompe posé sur son épaule. Il se dirigea d'un pas décidé vers elle.
Elle n'eût que pour seul reflexe de sortir un malheureux couteau pour se protéger bien qu'elle savait n'avoir aucune chance contre lui.
En la voyant agir ainsi, il stoppa sa marche.
- « N'approche pas, Bully ! »
Il fit mine de lever légèrement les mains pour lui montrer qu'il ne cherchait pas la bagarre ou une quelconque vengeance.
- « Oh la, on se calme Vendetta. »
Il remarqua au passage l'allure de cette femme. Elle était exténuée, blessée, mais surtout elle était désespérée.
- « Qu'est-ce qui vous est arrivé ? » Demanda-t-il un peu inquiet, tranchant avec sa carrure et le métier qu'il était censé pratiquer.
Il n'eût pas le temps d'ajouter quelque chose que Volcanic entra dans l'hôtel avec son revolver en main qu'elle pointa directement sur le lieutenant. Bully détourna son regard de Vendetta pour le poser sur 'Miss revolver'.
- « Ok, les filles, qu'est-ce qu'il vous prend ? »
- « Vendetta a tué Scap' ! »
Beckett se tourna rapidement vers elle.
- « Il a essayé de me tuer ! »
- « Pourquoi est-ce qu'il aurait fait ça ? »
- « Il a dit avoir un contrat sur moi ! »
- « Scap' n'avait aucune raison de faire ça ! »
- « Oh je vous en prie Volcanic ! Vous n'êtes pas stupide ! Vous croyez vraiment que le type qui organise ça donne des trucs censés à faire, hein ? »
- « Non non non, Vendetta… Scap' m'a parlé ! »
- « Et qu'est-ce qu'il a bien pu vous dire ? »
- « Vous êtes des imposteurs ! »
Bully fut surprit par cette révélation et le comportement de Beckett dans la forêt quand il l'avait suivit, prit tout son sens.
- « Et moi qui était fier de comprendre que vous n'étiez plus mariés. » Dit-il un peu déçu pensant avoir été le seul à en savoir plus sur eux.
La petite rousse s'approcha encore de quelques pas toujours en pointant son arme sur Kate.
- « Tu devrais baisser ton arme, Volcanic »
- « Hors de question Bully. Elle a tué Scap'. »
- « Et alors ? Scap' s'en est prit à elle, et il a perdu. C'est donnant-donnant non ? Si t'as vraiment la gâchette qui te démange va donc descendre Val'. »
- « Val' n'a pas tué, Scap ! »
- « Val' a tué les vrais Trigger et Vendetta ! A votre avis, pourquoi est-ce qu'on est ici ? »
- « Vous êtes des flics, alors ! » Rétorqua la petite rousse.
- « Je vous conseille de vous tirer vite fait… La cavalerie va bientôt débarquer ! »
Bully regarda d'un air blasé la petite rousse tout en agitant l'arme qui dormait sur son épaule.
- « Range ton arme Volcanic. T'es ridicule. Si t'avais vraiment envie de tuer Vendetta, ou peu importe son nom, tu l'aurais déjà fait. En plus, il serait temps de mettre les voiles à moins que tu n'aies envie de terminer en taule ? »
Volcanic n'avait pas besoin d'en entendre plus, elle rangea son arme et sortit rapidement de l'hôtel sans demander son reste. Bully regarda Kate dans les yeux. Elle n'arrivait plus à cerner ce grand gaillard, est-ce qu'il était vraiment sincère ? Elle fut soulagée quand il passa à côté d'elle sans rien tenter. Elle se concentra une nouvelle fois sur la porte de Val'. Elle s'apprêtait à s'élancer quand elle entendit le bruit d'une arme qu'on charge. Elle sursauta et vit Bully armé du fusil à pompe qu'il pointait à présent vers elle. Il regarda Vendetta qui était surprise mais il n'avait pas l'air menaçant.
- « Reculez. » Dit-il d'une voix étrangement amicale.
Elle obéit.
- « L'organisateur aurait dû prévoir des portes blindées. »
Il tira trois fois dans la serrure et celle-ci partie en éclat, ouvrant de ce fait la porte.
- « Ça sert à rien de mettre un système de fermeture aussi sophistiqué sur une banale porte en bois. »
- « Pourquoi est-ce que vous faites ça, Bully ? Je veux dire, m'aider ? »
- « Écoutez, je me fiche de savoir qui vous êtes, flic ou pas flic j'en ai rien à cirer. Le fait est que Val' s'en est prit à l'un des nôtres. Si elle a vraiment tué les vrais Trigger et Vendetta c'est elle qu'il faut descendre en premier, et non vous. »
Sur ces mots, Bully s'éloigna de Kate et sortit de l'hôtel.
Le lieutenant entra rapidement dans la chambre en espérant que Castle ait tenu pour elle.
Elle le trouva gisant sur le sol, presque recroquevillé sur lui-même en position fœtale. Elle comprit qu'il avait essayé de regagner le lit en vain. Il lui tournait encore le dos comme la première fois. Elle s'approcha encore et le contourna pour mieux le voir. Il avait ses bras croisés sur son torse et comme la première fois ses mains étaient fermées sur sa chemise.
Tout en retenant sa respiration, elle s'agenouilla à ses côtés posant au passage l'une de ses mains sur l'épaule de l'écrivain.
Quand son regard finit par se perdre dans les yeux de Castle un frisson parcourut son corps tout entier. Elle déglutit difficilement.
- « Castle ? » Chuchota-t-elle.
Il ne réagissait pas. Il était comme 'ailleurs' sa respiration était plus rapide qu'avant et son regard était fixe, sans vie. Elle agita sa main devant son champ de vision pour le faire réagir mais il ne cligna même pas des yeux. De temps en temps, sa tête bougeait, résultat des spasmes musculaires.
Elle s'installa à ses côtés prenant le lit comme dossier. Elle posa l'une de ses mains sur son front et elle laissa les larmes l'envahir. Elle ne pouvait rien faire pour lui et ce sentiment d'impuissance la rongeait de l'intérieur. Elle ne pouvait qu'assister, regarder la vie l'abandonner, le quitter. Il donnait l'impression qu'il était déjà trop tard comme s'il était déjà parti.
- « Je suis tellement désolée, Rick. »
Si seulement il pouvait l'entendre, si seulement il pouvait entendre à quel point elle était sincère et désolée. Mais désolée pour quoi ? Ce n'était pas de sa faute et pourtant elle avait l'impression que ça l'était, elle ressentait le besoin de se faire pardonner.
Elle ne pouvait plus supporter de le voir dans cet état. Elle croisa alors ses doigts et passa ses mains derrière sa tête puis elle ferma les yeux. Elle réfugia sa tête près de ses genoux en espérant entendre rapidement la sirène de l'ambulance. Elle aimait croire qu'une fois les secours arrivés il serait tiré d'affaire. Mais ce n'était pas aussi simple.
Alors qu'elle était encore recroquevillée sur elle-même, les yeux fermés entendant la pluie retomber, frapper les carreaux, le vent siffler, et son cœur qui loupait par intermittence des battements… Elle sursauta quand elle entendit la foudre briser le silence. Elle reposa son regard sur l'homme de sa vie, il n'avait pas changé de position, n'avait presque pas bougé. En dehors des quelques spasmes musculaires qui lui donnaient l'illusion qu'il était encore auprès d'elle.
Elle s'apprêta à refermer les yeux quand il commença à bouger, elle comprit rapidement que c'était un effet du poison qu'elle n'avait pas encore vu. Il convulsait, elle ne pouvait rien y faire, aucun moyen de l'empêcher, aucun moyen de l'aider. Elle se mit debout pour éloigner les objets qui pourraient le blesser puis elle s'installa dans un coin de la pièce, attendant que les convulsions s'arrêtent d'elles mêmes. Priant pour qu'elles s'arrêtent le plus rapidement possible. Elle détourna son regard et décida de fixer la porte d'entrée comme si cela allait aider ses collègues à arriver plus vite. Elle cligna furtivement ses yeux pour laisser échapper les quelques larmes qui les noyaient.
Après quelques secondes qui lui parurent une éternité, il avait cessé de bouger, et ses muscles s'étaient relâchés. Elle s'approcha timidement de lui, s'agenouilla à ses côtés. Elle était soulagée que les convulsions soient passées. Soulagement qui ne dura pas bien longtemps quand elle le vit si… calme.
- « Castle ! »
N'ayant aucune réponse, elle prit l'une de ses mains lui demandant de la serrer s'il l'entendait. Mais rien.
Elle le fit basculer pour qu'il soit sur le dos, elle pencha alors la tête de l'écrivain en arrière et releva son menton. Elle ne percevait aucun son, aucun bruit d'un souffle même mineur, son ventre ne bougeait pas, ni sa poitrine.
L'arrêt respiratoire n'était que la suite logique à un empoisonnement par de la strychnine.
Elle lui insuffla progressivement deux fois de l'air dans les poumons. Elle posa ensuite ses doigts sur sa carotide pour vérifier son pouls. Son cœur battait encore, il s'accrochait à la vie, au peu de vie qui lui restait…
Sans l'arrivée de l'ambulance, ce n'était qu'une question de minutes avant qu'il ne la quitte pour de bon. Elle le savait…
Cette forêt, si tranquille d'habitude, était réveillée dans sa quiétude éternelle par le bruit des sirènes que l'on pouvait entendre au loin. Dans un convoi bruyant, plusieurs voitures de police se suivaient, accompagnées par une ambulance et un fourgon du SWAT.
Ils arrivèrent sirènes hurlantes au pied de l'hôtel, les hommes du groupe d'intervention d'élite sortirent rapidement de leurs véhicules pour se mettre en position. Les policiers en uniforme se joignirent à eux. Les ambulanciers restèrent en arrière avec quelques hommes pour les protéger.
Ryan et Esposito, tous deux équipés d'un gilet pare-balles et une carabine M4 , entrèrent dans le hall de cette prison qui retenait leurs collègues depuis déjà bien trop longtemps.
- « Beckett ? »
Son nom résonna dans le bâtiment. Les policiers s'arrêtèrent un instant pensant avoir entendu une réponse venant de l'une des chambres de ce couloir. Ils s'en approchèrent et virent que la porte avait subi les tirs d'un gros calibre. En y entrant, ils trouvèrent Kate agenouillée à côté du corps de Castle.
Ryan se saisit frénétiquement de sa radio pour ordonner aux ambulanciers de venir. Quelques secondes après, ils entrèrent à leur tour dans la pièce alors que les autres policiers continuèrent l'exploration de l'endroit pour le sécuriser.
Kate s'éloigna à contre cœur du corps de Castle pour laisser les ambulanciers faire leur travail. Elle resta assise là presque inerte, les yeux trempés par des larmes qui ne cessaient de couler. Elle les regarda s'occuper de l'écrivain, l'intuber, lui donner de l'oxygène.
Esposito s'approcha d'elle et posa l'une de ses mains sur ses épaules. Il était inquiet à cause du sang qui s'échappait de l'une des jambes du lieutenant. 'Sang' qui commençait à former une petite flaque sur le sol.
- « Beckett ? »
Elle était en état de choc, elle ne répondit rien. Peu importe la force mentale qu'elle pensait refléter aux autres, elle flanchait, montrait enfin ce côté que ses collègues n'avaient pas l'habitude de voir.
Le regard livide, elle voyait les secouristes mettre Castle sur un brancard et s'afférer autour de lui, lui injectant toutes sortes de médicaments. Ils le sortirent de la pièce pour le mettre dans l'ambulance alors que l'un d'eux s'approcha de Beckett pour soigner ses blessures. Elle le repoussa en lui disant qu'elle allait bien. Elle se leva péniblement avec l'aide d'Esposito. Elle prit appui sur lui et ensemble ils suivirent le brancard jusqu'à l'extérieur.
Elle monta dans l'ambulance et s'installa près de Castle. Le véhicule démarra sirènes hurlantes. Ryan et Esposito prirent leur voiture et les escortèrent abandonnant de ce fait cet endroit maudit…
