Bonjour !

Merci bien à 06Caprica pour avoir relevé une question intéressante : pourquoi Matilde est à Gryffondor alors qu'elle semble craintive de tout ? Et bien je me suis posé la même question lorsqu'il lui a fallu passer sous le choixpeau magique... Cependant, après avoir constaté qu'elle ne semblait pas être assez studieuse et patiente pour aller à Poufsouffle, ni assez sage et réfléchie pour se rendre à Serdaigle, ni assez maligne et roublarde pour Serpentard, avec tous ce qui l'attend au fil de cette histoire, il lui faudra assurément beaucoup de courage pour parvenir à surpasser ses mésaventures. C'est pour ça que j'ai choisi Gryffondor. Matilde évoluera...

Maintenant, place au chapitre suivant ! Comme vous allez le voir, j'ai sauté sur l'occasion qu'un poste vacant de professeur de défense contre les forces du Mal s'offrait à moi ! Je me suis donc amusée à créer tout un personnage qui, je l'espère bien, saura vous plaire. Ne manquez pas de me dire ce que vous en penserez...

(Poudlard appartient à J.K. Rowling)

Bonne lecture !

(Merci encore à Persis :)

Chapitre 16
Anarcus Harvey

Le dernier cours de la journée fut celui de défense contre les forces du Mal, donné par le professeur Anarcus Harvey. Compte tenu des avertissements de Sarah à son sujet, Matilde savait déjà qu'il était fou. Mais à quel point s'élevait sa folie, ça, elle n'en savait rien jusqu'à ce qu'elle eut mis les pieds dans sa salle de classe, au troisième étage.

— Aaaah, Mis Beauregard, ricana le professeur Harvey en l'invitant à s'asseoir derrière une table près de son bureau. La ravissante Parguenaise !

Son visage aurait pu être admirable avec ses yeux bleu électrique pétillants, si toutefois il n'avait pas eu ce sourire carnassier qui lui dévoilait une rangée de dents éclatantes et pointues, et s'il n'avait pas arboré sur ses cheveux ébouriffés, d'un blond presque blanc, un ridicule chapeau pointu, complètement râpé. Matilde fut momentanément ravie de ne pas avoir été contrainte à porter son propre chapeau pointu, assorti à son uniforme scolaire.

— Vous avez votre baguette magique avec vous ? demanda le professeur Harvey au moment où Matilde posait son manuel de « Forces obscures : comment s'en protéger » sur sa table.

— Oui, et j'ai aussi mon livre de…, commença Matilde, mais Harvey l'interrompit brusquement.

— Donnez-la-moi ! C'est pour… l'inspecter, ajouta-t-il en tendant la main devant lui.

Il sourit de ses dents étincelantes et Matilde le regarda d'un air méfiant.

— Pourquoi faut-il que ma baguette soit inspectée ?

Le sourire figé sur le visage, Harvey vacilla légèrement sur ses pieds alors qu'il semblait chercher frénétiquement dans son esprit une réponse adéquate. Son regard se perdait au loin et sa main restait tendue. Lorsqu'il fut enfin revenu sur terre, d'un ton enjoué, il répondit simplement :

— Je suis un professeur. Et vous devez m'obéir.

Matilde eut un air soupçonneux. Ce Harvey était louche. Mais, comme il était effectivement un professeur, il devait forcément savoir ce qu'il faisait. Alors Matilde estima plus sage de lui remettre sa baguette magique avant qu'il ne lui enlève des points comme l'avait judicieusement fait Rogue lors de son premier cours de potion.

— D'accord, dit-elle en délogeant sa baguette de sous sa ceinture, tenez.

Par le manche, elle la tendit vers Harvey, mais celui-ci recula d'un bond en laissant échapper une exclamation de frayeur. Matilde abaissa aussitôt sa baguette.

— Mais enfin ! s'exclama-t-elle, courroucée par ce comportement déplacé (comme si elle avait osé lui lancer un sort sur-le-champ). Vous n'avez pas à avoir peur. Je vous donnais simplement ma baguette, comme vous me l'avez demandé.

Harvey observa Matilde un moment, ses yeux allant sans cesse de son visage à l'extrémité de sa baguette, puis il réafficha son large sourire candide avant d'arracher la baguette des mains de Matilde. Il alla ensuite la déposer sur son bureau avec douceur, comme s'il s'agissait d'un objet dangereux sur le point d'exploser, et se retourna vers Matilde, un air joyeux revigoré dans son regard.

— Maintenant, dit-il, vous pouvez me dire ce que vous êtes venue apprendre lors de mes cours, Miss Beauregard ?

Il tira de sous sa cape orangée sa propre baguette, qui était étonnamment longue, et la caressa doucement du bout de ses doigts. Le bleu électrique de ses iris se mit soudain à luire d'une façon bien étrange.

— Heu… fit Matilde, mal à l'aise, ce ne serait pas pour apprendre la défense contre les forces du Mal, par hasard… ?

Harvey inclina la tête. Son sourire carnassier s'élargit un peu plus.

— Et les forces du Mal, reprit-il d'un ton mystérieux, vous les connaissez ?

Mais qu'entendait-il par là ? C'était le premier cours de défense contre les forces du Mal auquel Matilde assistait dans toute sa vie. Comment espérait-il qu'elle sache ce qu'étaient les forces du Mal ?

— Je ne comprends pas… murmura-t-elle, perplexe.

Le sourire de Harvey s'effaça alors un instant, puis réapparut aussitôt, plus large que jamais. Il s'approcha de Matilde d'un pas lent et vint approcher son visage près du sien, les doigts de sa main gauche s'étalant sur la table devant elle, sa longue baguette toujours serrée dans son autre main. Devant son regard bleu électrique, toujours brillant de cette même lueur bizarre, Matilde s'accula sur le dossier de sa chaise.

— Les forces du Mal, susurra Harvey en levant sa baguette sous le menton de Matilde, sont en toi…

Le cœur de Matilde se mit à cogner vigoureusement entre ses côtes. Mais qu'est-ce qu'il racontait ? Et pourquoi la tutoyait-il maintenant ?

— C'est donc de toi qu'il va falloir se défendre… poursuivit Harvey qui lui effleurait à présent la joue de l'extrémité de sa longue baguette.

Un fort malaise saisit Matilde.

— Professeur, dit-elle d'une voix timide, vous me rendez mal à l'aise…

Comme s'il venait tout juste de prendre conscience de ce qu'il faisait, Harvey tressaillit et s'éloigna d'elle aussitôt. Il pivota sur ses talons et se dirigea en chancelant vers son bureau. Il alla ouvrir un tiroir, en sortit une bouteille étiquetée « Whisky pur feu », la secoua légèrement à son oreille, et lorsqu'il constata qu'elle renfermait encore un fond d'alcool, il amena le goulot à ses lèvres puis la vida d'un trait. Matilde comprit alors que si Harvey titubait fréquemment lorsqu'il se mouvait, ce devait incontestablement être en rapport avec cette bouteille de whisky.

— À présent, dit-il d'un ton claironnant en posant la bouteille avec un grand bruit sur le coin de son bureau, voyons un peu cette Force Maléfique qui s'agite en vous.

Matilde remarqua qu'il avait soudain repris le vouvoiement à son égard.

Sur la surface de son bureau, Harvey écarta les parchemins, les livres, les plumes et la baguette de Matilde, de sorte que sa bouteille vide soit complètement isolée de tout ce qui l'entourait, puis il recula lentement, d'un pas manquant toujours de stabilité dans ses mouvements, comme s'il était étourdi, et se retourna vers Matilde. Son sourire se fit tout-à-coup plus dément et, à la surprise de Matilde, Harvey agita sa baguette.

Incarcerem !

Des cordes jaillirent de l'extrémité de la baguette et Matilde se retrouva ligotée solidement sur sa chaise.

— Mais qu'est-ce que vous faites ? s'écria-t-elle, interloquée. Vous êtes fou !

Harvey éclata d'un rire aviné, ce qui tordit les entrailles de Matilde prise de panique.

— Vous n'avez rien à craindre, assura Harvey, amusé. Ce n'est que pour nous protéger de vos Forces du Mal…

— Enlevez-moi ces cordes ! exigea Matilde d'une voix forte.

Elle essaya de se libérer de ces liens, mais en vain. De nouveau, Harvey éclata de rire, ses dents pointues resplendissant. Il avait l'air d'un gamin malicieux dans un jeu particulièrement jubilatoire. Lentement, il fit le tour de Matilde, posa ses mains sur ses épaules, et l'immobilisa de force contre le dossier de sa chaise. Puis, il se pencha à son oreille et lui chuchota d'une voix onctueuse :

— À présent que je vous ai irritée, charmante Parguenaise, vous allez concentrer toute cette énergie malsaine qui bout à l'intérieur de vous en ce moment, et la projeter directement sur cette bouteille que vous voyez là, devant vous, sur mon bureau.

— Sans baguette ? s'étonna Matilde, pantelante.

— Pensez-vous vraiment avoir besoin d'une baguette magique pour parvenir à détruire cette bouteille, Miss Beauregard ? ricana Harvey derrière sa nuque.

— Mais… mais Dumbledore m'a dit que…

— Le professeur Dumbledore m'a demandé de vous enseigner la façon de contrôler vos Forces Obscures, interrompit Harvey d'un ton sec. Et c'est ce que je fais.

— Vous allez m'enseigner la façon de contrôler mes… ? répéta Matilde avec lenteur. Mais Dumbledore me disait clairement que je ne devais pas…

Harvey enfonça ses ongles dans la chair des épaules de Matilde et celle-ci échappa un gémissement de douleur.

— Projetez vos pouvoirs sur cette bouteille, ordonna-t-il sèchement avec insistance.

Contrainte à obéir — et c'était seulement parce que Harvey était un professeur et qu'il se devait d'être conscient de ce qu'il faisait — Matilde ferma les yeux un instant, puis les rouvrit en concentrant ses forces vers la bouteille devant elle, sur le coin du bureau de Harvey. Comme ses bras étaient étroitement ligotés contre son corps, ce fut par son regard qu'elle parvint à faire éclater la bouteille violemment, envoyant voler les éclats de verre en tout sens avant qu'ils ne s'embrasent dans les airs sous d'épaisses volutes de fumée noire. Dans un sursaut de surprise, Harvey bascula en arrière.

— Fascinant ! s'exclama-t-il en se relevant du sol en chancelant. Stupéfiant ! Hallucinant ! Impressionnant !

Extasié, il alla tourner un moment autour de l'emplacement où la bouteille avait disparu brutalement en éclats fumants, puis s'arrêta derrière son bureau et leva un regard brûlant dans celui de Matilde.

— Faites-la réapparaître !

— Quoi… ?

— La bouteille ! Faites-la réapparaître ! répéta-t-il plus fort.

Matilde se trouva désorientée.

— Croyez-vous vraiment que ce soit possible ? demanda-t-elle.

Harvey oscilla dangereusement sur place avant de lui retourner la question d'un ton impénétrable :

— Et vous ? Le croyez-vous ?

Matilde, troublée, ne sut quoi répondre.

— Vous savez, reprit Harvey en contournant son bureau pour revenir se poster devant elle, si nous voulons nous attaquer à une quelconque Force Obscure, nous devons toujours commencer par l'étudier en profondeur. Sinon, comment voulez-vous réussir à la détruire une bonne fois pour toutes si vous ignorez ses faiblesses ?

C'était les premiers conseils instructifs que Matilde recevait du professeur Harvey depuis le début du cours.

— Vous proposez quoi alors… ? demanda-t-elle, hors d'haleine, alors qu'elle commençait à suffoquer sous les cordes serrées qui lui oppressaient la poitrine.

Pour toute réponse, le sourire carnassier de Harvey revint déparer son visage. Il retourna derrière son bureau et ressortit trois autres bouteilles vides de whisky Pur Feu qu'il aligna sur le bord de son bureau en une ligne bien droite.

— Je veux un résultat différent pour chaque bouteille, expliqua-t-il.

Puis, en titubant, il revint à la hâte se cacher derrière Matilde.

— D'accord…, répondit celle-ci, incertaine, mais pourquoi je dois rester attachée ?

— De cette façon, je ne risque pas de subir le même sort que vos cibles, répliqua Harvey d'un ton nonchalant.

— Non mais vraiment ! s'indigna-t-elle en tournant la tête pour essayer en vain d'apercevoir Harvey qui prenait soin de bien rester hors de vue derrière son dos. Comment pouvez-vous penser que je serais du genre à essayer de vous atteindre ? Je ne suis pas une meurtrière, tout de même !

— Concentrez-vous à diriger votre énergie sur ces bouteilles, Miss Beauregard, lança Harvey d'un ton catégorique.

Irritée, Matilde porta son attention sur l'une des bouteilles alignées sur le bureau devant elle, et sans aucun effort considérable, la fit éclater de la même façon que la précédente.

— J'ai dit : un résultat différent ! s'écria Harvey, contrarié.

— Mais je ne peux pas prévoir les conséquences ! se récria-t-elle sur la même intonation que lui.

— Vous allez devoir y mettre plus de cœur !

Matilde avait de la difficulté à respirer. Ses liens l'étranglaient.

— Vous ne pourriez pas desserrer ces cordes ? demanda-t-elle alors, le souffle court.

Aussitôt, ses liens se desserrèrent légèrement, ce qui lui permit de respirer un peu mieux.

— Maintenant, la deuxième bouteille, insista Harvey.

Mais que pouvait-elle donc faire de différent ? Tout ce que Matilde arrivait à faire était de détruire les choses à l'aide de fumée noire ou de déplacer des objets en les faisant flotter dans les airs. Elle décida alors de léviter la deuxième bouteille au-dessus du bureau pour ainsi occasionner un résultat différent, comme Harvey l'exigeait si tenacement.

— Intéressant, retentit la voix de Harvey avec grand intérêt, derrière elle, tandis que la bouteille s'élevait à quelques centimètres de la surface du bureau en tournant lentement sur elle-même. Maintenant, tentez autres choses !

Matilde soupira et fit redescendre la bouteille à sa place d'origine avec un tintement de verre.

— Je ne sais pas faire autre chose…

— Vraiment ?

En réponse à sa question, elle fit exploser la troisième bouteille.

— C'est désolant, commenta Harvey d'un ton maussade. J'avoue que je m'attendais à plus… Vous allez devoir vous exercer sérieusement à cette Magie Noire, Miss Beauregard. Finite Incantatem !

Les cordes qui ligotaient solidement Matilde tombèrent alors à ses pieds et disparurent dans le néant.

— Et je veux voir un résultat nouveau lors du prochain cours.

Matilde se tourna vers Harvey en frottant ses bras douloureux enfin libérés.

— Vous voulez que je m'exerce à la magie sans baguette, en dehors de vos cours ? s'étonna-t-elle.

— Et pourquoi pas ? demanda-t-il en haussant les sourcils.

— Parce que je risque de blesser quelqu'un, non ?

— Vous avez l'intention de blesser quelqu'un ?

— Non ! s'indigna Matilde, outrée.

— Dans ce cas, il n'y a rien à craindre.

— Je n'avais pas non plus l'intention de blesser Dumbledore, vous savez, fit-elle remarquer d'un ton abrupte.

Harvey tituba brusquement au point de devoir s'agripper fermement au dossier de la chaise de Matilde pour ne pas tomber à la renverse.

— Vous en êtes sûre ? murmura-t-il alors, ses yeux bleu électrique transperçant comme deux aiguilles ceux de Matilde.

Celle-ci se sentit rougir d'embarras. Elle repensa à l'instant durant lequel elle s'était dit, encore cachée derrière l'armoire dans le bureau de Dumbledore, que la seule façon de s'emparer de la baguette avait été de l'attaquer ; et c'est ce qu'elle avait fait… Le professeur Harvey avait donc raison : il n'y avait aucun danger qu'elle blesse quelqu'un si elle n'en avait pas l'intention de le faire volontairement. Néanmoins, elle n'avait pas envie d'en faire part à Harvey. Elle se contenta alors de lui décocher un regard amer en réponse à sa question.

Le cours se termina après quelques notes de théorie sur les Forces Obscures de différentes formes qu'on pouvaient retrouver au cœur d'un sorcier ou d'une bête maléfique… Bref, Matilde ne comprit pas vraiment le sens de tout ça et préféra s'abstenir de poser toute question qui risquerait d'étendre les explications redondantes du professeur Harvey.

— … et n'oubliez pas de vous entraîner à exercer vos Forces Obscures, rappela-t-il en remettant la baguette de Dumbledore à Matilde, alors que celle-ci fut sur le point de sortir de la classe. C'est en les apprivoisant que vous allez trouver le moyen de les détruire.

— Pourtant, objecta Matilde en coinçant sa baguette sous sa ceinture, je croyais qu'il suffisait seulement de faire usage d'une baguette le plus souvent possible pour arriver à apaiser la tension de mes Pouvoirs Fortifiés. Et d'ailleurs, Dumbledore m'interdisait…

— Le professeur Dumbledore m'a demandé d'étudier scrupuleusement votre cas, Miss Beauregard, interrompit de nouveau Harvey, la main sur la poignée, menaçant de refermer la porte à tout moment sur Matilde. Et j'ai découvert des choses… intéressantes… que j'aurais tout de suite fait part au professeur Dumbledore, mais comme vous l'avez… — il se racla la gorge bruyamment — enfin bon. Il n'est plus conscient présentement. C'est donc à moi que revient la responsabilité de vous amener à surmonter ces Forces du Mal qui se logent en vous.

— Qu'avez-vous découvert d'intéressant à mon sujet ? interrogea précipitamment Matilde, intriguée.

— Je vous reviendrai là-dessus plus tard, Miss Beauregard, répondit Harvey d'un ton sans réplique.

Puis il arbora subitement son sourire dément qui lui redécouvrit ses dents pointues et éclatantes.

— Allez plutôt vous entraîner à vos Forces Obscures, conseilla-t-il.

Un peu méfiante, Matilde acquiesça d'un signe de tête et quitta enfin le sourire fou du professeur Harvey. Elle rejoignit directement la salle commune de Gryffondor.

Lorsqu'elle se coucha le soir rendu, après une première journée de cours bien remplie, Matilde fut frustrée en constatant que s'entraîner à la magie — qu'elle avait tenu, au début, pour un jeu d'enfant — s'avérait beaucoup plus compliqué qu'elle ne s'y était attendue.

Alors ? Cet Harvey vous a-t-il plu ?