On s'approche à grand pas de la fin, il ne reste plus qu'un chapitre après celui-ci :)


Réservation pour Deux (Party of Two)

CHAPITRE 15

Game Over

Beckett courait dans cette forêt. Elle courait à perdre haleine, zigzaguant entre les arbres. Depuis combien de temps courait-elle? Cette forêt lui semblait interminable, les arbres s'enchaînaient, se démultipliaient, l'entouraient. Elle ne voyait plus le ciel, plus l'horizon, juste des arbres à perte de vue. Et cette voix qui la hantait. Une voix qu'elle reconnaitrait parmi mille autres. Son nom résonnait dans le silence de la forêt, un appel au secours, une complainte.
"Beckett" Il n'en finissait pas de l'appeler. Mais elle avait beau courir, elle n'arrivait pas à trouver l'origine de cet appel à l'aide.
Et puis elle entendit les clics de portes qui se ferment, résonnant dans sa tête. Le clic incessant des serrures, une à une. A l'infini.
Elle ferma les yeux, tentant de bloquer le bruit. Un coup de feu retentit. Elle rouvrit aussitôt les yeux. Elle se trouvait dans un couloir noir, face à une porte anormalement blanche portant le nom de Val.
Son nom, une dernière fois, un léger murmure.
Et sous la porte un filet de sang apparu, se répandant à toute vitesse autour d'elle.
Elle tambourina sur la porte, laissant des traces rouges sur cette porte blanche avec ses mains ensanglantées.
"Castle!"
Elle sentit alors une main sur son épaule.

Beckett se réveilla en sursaut.
Il fallut un moment à son esprit endormi pour se resituer. Mais lorsqu'elle vit l'homme allongé sur son lit d'hôpital, inconscient, et la jeune fille rousse, une main sur son épaule derrière elle, elle se souvint.

- « Alexis, qu'est ce que... »
- « Vous avez passé la nuit ici? »
- « Je... »

A vrai dire Alexis, n'avait pas besoin d'entendre la réponse du lieutenant pour savoir ce qu'il en était. La main de Kate fermement entrelacée à celle inerte de Castle, son visage décoré des plissures du drap sur lequel elle reposait jusqu'alors ne laissait aucun doute sur le fait que le lieutenant Beckett avait passé la nuit au chevet de son père.

Beckett se redressa sur son siège et immédiatement le mouvement réveilla toutes sortes de vilaines douleurs sur son corps qui n'avait pas changé de position pendant plusieurs heures.

- « Comment va-t-il, » demanda Alexis en contournant le lit et s'installant de l'autre côté.
- « Il est..., » elle se clarifia la voix encore endormie, « Il est stable. Il n'y a pas eu de changements pendant la nuit. »
- « Et vous? »
- « Je... »

Beckett examina son corps, sa jambe était bandée, ainsi que ses deux bras et sa main et elle arborait un pansement sur le front. Son corps la lançait, elle avait bien de quoi réduire la douleur dans la chambre d'hôpital qu'on lui avait attribuée mais elle l'avait délaissée il y a bien longtemps, préférant rester aux côtés de l'écrivain.

- « Je vais bien Alexis, » mentit-elle en regardant sa montre, « Qu'est ce que tu fais là? Tu ne devrais pas être à l'école? »

Alexis rougit alors furieusement.

- « Si, mais... Avec papa à l'hôpital, je voulais venir le voir avant d'aller en cours... Mais pour ça j'ai dû rater ma première heure. »

Face à l'air désolé de l'adolescente, Kate ne put qu'esquisser un léger sourire.

- « Je crois qu'étant donné les circonstances, c'est tout à fait pardonnable. »

Les deux femmes restèrent silencieuses un moment.
Et c'est seulement alors que Beckett remarqua que sa main tenait celle de Castle. Elle rougit à son tour, certaine que la jeune fille n'avait pas manqué ce geste et retira aussitôt sa main, gênée.
Le silence qui régnait alors était rythmé par le bruit des machines reliées à l'écrivain.
Et plus l'esprit de Beckett s'éveillait plus les évènements de la semaine passée venaient peser sur sa conscience. Et la présence de la jeune fille, assise en face d'elle, regardant d'un air malheureux son père inconscient ne faisait qu'accroître son sentiment de culpabilité. Elle avait mis Castle dans cette situation, elle avait mis un père, un fils, un ami en danger.

- « Tu crois qu'il va s'en sortir Kate? »

La voix faible de la jeune fille, qui la tutoyait pour la première fois l'extirpa de ses pensées.
Elle la regarda, puis posa son regard sur la visage de Castle qui aurait pu paraître, ne fut-il pas allongé dans un lit d'hôpital, simplement endormi.

Cela faisait bientôt dix heures que les secours étaient arrivés à l'hôtel et s'était immédiatement occupé de lui.
Dix heures qu'il respirait à l'aide de machines, inconscient qu'il était.
Dix heures qu'elle était à ses côtés, refusant le repos allongé qu'on lui avait ordonné - même si elle avait bien été forcée de dormir quelques heures lorsque les drogues qu'on lui avait injectées avaient pris effet.
Dix heures qu'elle ne savait pas si oui ou non il allait s'en sortir.
Les médecins semblaient assez optimistes, mais elle n'osait espérer. La peur de le perdre la rongeait et tant qu'elle ne le verrait pas ouvrir les yeux, qu'elle n'entendrait pas le son de sa voix, elle ne le croirait pas sorti d'affaire.
Aussi elle mentit dans sa réponse.

- « Ton père est un battant Alexis. Et têtu comme il est, s'il a décidé de vivre, il vivra. Je suis sûre qu'il s'en sortira. »

Si seulement elle pouvait s'en convaincre elle-même maintenant...


Beckett serra ses mains autour de sa tasse de café bien chaud et l'odeur qui s'en dégageait lui rappela aussitôt l'homme qu'elle avait laissé, seul, inconscient, dans sa chambre d'hôpital.

Elle ignora le pincement qui la prenait au cœur à cette simple pensée et rejoignit son bureau. Il n'y avait pas de place pour les sentiments si elle voulait aider à sauver une autre vie, celle du Maire.
Elle n'avait accepté de quitter l'hôpital que pour s'occuper elle-même de protéger le Maire et arrêter Valkyrie, refusant ainsi de prendre les jours de repos que lui avait offert le capitaine.

Même si le jeu était fini, même si Salvation avait été arrêté à l'hôtel, Scap tué et que Bully et Volcanic étaient sans doute déjà bien loin de New-York, Beckett soupçonnait Valkyrie de vouloir finir ce jeu qu'elle avait commencé et l'épreuve finale, comme ils avaient pu l'apprendre, était l'assassinat du Maire de New-York.

- « Du nouveau sur Val? » demanda-t-elle en rejoignant ses deux collègues.
- « Toujours rien. Aucun signe d'elle dans aucun des lieux de transit. »
- « Ce qui semble confirmer ta thèse qu'elle n'a pas quitté New-York. »
- « Et qu'elle compte finir la dernière épreuve. »

Beckett se pencha sur l'emploi du temps du Maire qui lui avait été gracieusement fourni.

- « Vous avez bien renforcé la sécurité autour de lui? »
- « Depuis le soir du Gala. » répondit Esposito
- « Et distribué le portrait de Val à son entourage? »
- « Sécurité et collaborateurs. » répondit cette fois Ryan
- « Vous les avez mis en garde de porter une attention particulière à... »
- « Tout ce qui est nourriture et boissons. » interrompit Esposito à nouveau

Beckett sourit tristement à ses deux collègues qui la regardait patiemment.

- « Vous êtes en train de me dire que vous avez fait votre boulot pendant mon absence c'est ça… ? »

Ses collègues lui rendirent son sourire.

- « Je suis désolée » s'excusa-t-elle tristement.
- « Ne le sois pas Beckett. » la rassura Esposito, avec un sourire d'accord de son partenaire.

Elle se pencha à nouveau sur l'emploi du temps et l'examina un moment, pointant du doigt la colonne du lendemain.

- « Que sait-on sur ce déjeuner demain matin? »

Ryan fouilla aussitôt dans un dossier.

- « Conférence de presse et compte rendu sur la criminalité à New-York à 10h au Grand Hôtel puis déjeuner privé avec le Procureur général. »
- « Bien. Je veux un plan détaillé de l'hôtel et… » elle étouffa un bâillement et avala une longue gorgée de café comme pour parer à sa fatigue « Renforcez la sécurité autour de l'hôtel… » un autre bâillement vint l'interrompre et elle le cacha tant bien que mal, frustrée.

Ses deux collègues échangèrent un regard avant qu'Esposito ne s'adresse à elle.

- « Tu devrais rentrer Beckett, depuis combien de temps tu n'as pas eu une vraie nuit de sommeil ? »
- « Je vais bien… »
- « On t'appellera à la seconde où il passe quelque chose, » promit Ryan, « d'ici là rentre te reposer.

Elle fixa ses deux partenaires, qui la soutenaient et la soutiendraient toujours.

- « Vous avez sans doute raison. On se retrouve à l'hôtel demain matin ? »

Ils acquiescèrent et elle se leva récupérant son manteau au passage.

- « Je vais passer l'hôpital prendre des nouvelles de… »
- « Rentrez chez vous Beckett »,

La voix du capitaine les surprit tous les trois.

- « Je suis sûr que s'il y avait eu du nouveau vous auriez été une des premières informée. Rentrez chez vous. Et reposez vous. C'est un ordre. » répéta-t-il plus sévèrement.
- « Oui, vous avez raison… Je vais aller me reposer. » concéda Kate avec un soupir.

Elle récupéra son sac et se dirigea vers l'ascenseur, sous le regard des trois hommes.
Les yeux de Ryan se portèrent sur la tasse de café encore pleine qui refroidissait sur son bureau et à nouveau sur sa patronne qui disparaissait derrière les portes d'ascenseur.

- « Elle va aller directement à l'hôpital là, non ? »
- « Absolument, » confirma Esposito tandis que le capitaine hochait de la tête.


La radio d'Esposito se mit à crépiter, annonçant à tous les agents de sécurité qu'un homme avait été arrêté en cuisine après qu'il se soit approché sans autorisation de la commande de déjeuner du maire.

- « Ryan, Esposito, allez voir de quoi il s'agit » ordonna Beckett en parcourant la salle de conférence attentivement du regard.

Ses deux partenaires s'exécutèrent et elle scruta les gens dans la salle et les mouvements. Mais elle ne vit aucune trace d'une femme correspondant à l'empoisonneuse qu'elle recherchait.
Le maire, en plein discours sur la criminalité à New-York, était surveillé par des dizaines d'agents de sécurité aux aguets.
Le profil de Val indiquait qu'elle était plutôt femme à agir avec la plus grande discrétion, aussi un attentat contre la maire lors d'une conférence de presse ne semblait pas lui correspondre… Ce serait trop… facile.
Prise d'un mauvais pressentiment, Beckett quitta le hall de conférence et se dirigea vers les ascenseurs.

Lorsque les portes s'ouvrirent au deuxième étage, elle fit un pas dans le couloir et aperçu aussitôt la femme blonde qui sortait d'une chambre. Les regards des deux femmes se croisèrent et Val sourit brièvement avant de démarrer sa course vers les escaliers.

- « Val ! Stop ! » s'écria Beckett vainement en s'élançant à sa poursuite.

Elle laissa échapper un gémissement lorsque sa jambe blessée se mit en mouvements, lui rappelant douloureusement qu'elle était encore censée être en convalescence.
Lorsqu'elle passa devant la chambre du maire, elle en poussa brièvement la porte, confirmant ainsi ses craintes et elle se saisit de sa radio en continuant son chemin vers les escaliers dans lesquels Val disparaissait déjà.

- « Suspect repéré. En poursuite. Envoyez une équipe médicale chambre 2117, deux hommes à terre. »

Serrant les dents contre la douleur qui lui lançait à la jambe, Beckett dévala les marches deux à deux.

- « Val ! Stop ! » Répéta-t-elle sans espoir.

Elle entendit une porte s'ouvrir et la vit disparaitre de la cage d'escalier.

- « Suspect dans le lobby » annonça-t-elle en poussant à son tour la porte.

Elle poursuivit Val qui se frayait un chemin vers les portes tambours et elle vit des policiers en uniforme de l'autre côté des vitres, dans la rue, prêts à bloquer la fuite de leur suspect.

- « Laisse tomber Val, tu es cernée ! » lança-t-elle tandis qu'elles ralentissaient toutes deux leur course.

Val s'arrêta devant les portes, semblant étudier les différentes possibilités un court instant. Beckett en profita pour reprendre son souffle, tout en s'approchant de la jeune femme, une main sur son arme.

- « C'est la fin de l'histoire Val. »

Celle-ci se retourna alors brusquement, pointant sur Beckett un pistolet qu'elle n'avait pas vu jusqu'alors.

- « Arme ! Tout le monde à terre ! » Ordonna Beckett tandis qu'elle dégainait aussitôt.

Les autres officiers présents en firent de même. Mais Val et Beckett n'étaient qu'à quelques mètres l'une de l'autre et Val tenait clairement le lieutenant en joue. Une pression sur sa gâchette et elle emportait Kate avec elle dans la mort.

Bien que consciente de la menace, Beckett redressa les épaules et régla sa position, apparaissant en tout et pour tout sûre d'elle.

- « Lâche ton arme Val. C'est fini. »

L'empoisonneuse jeta un bref coup d'œil autour d'elle sur les différents officiers qui la tenaient en joue et elle sourit.

- « Peut-être bien… Mais je trouve qu'il y a une certaine poésie à tout ça… Mourir en emportant avec moi la deuxième moitié de votre duo de choc... »

Beckett serra les dents, rapprochant son doigt de la gâchette à la mention de l'homme qui était entre la vie et la mort à l'hôpital.
Elle sentit Ryan et Esposito se positionner à ses côtés, armes au poing.

- « Comment va Castle au fait ? » demanda Val avec un large sourire, visant plus clairement la tête du lieutenant « Vous lui direz bonjour de ma part… » ajouta-t-elle en s'apprêtant à appuyer sur la gâchette.
- « Castle est vivant. »

Beckett eût à peine le temps de voir les yeux écarquillés de Val lorsque le coup de feu retentit.

Elle vit certains des policiers présents dans le hall se mettre à terre et par réflexe elle se baissa à son tour.
Balayant frénétiquement les alentours du regard, arme en main, elle s'approchant du corps de Val qui gisait sur le tapis luxueux du Grand Hôtel.

- « Qui a tiré ? » demanda-t-elle en se tournant vers Esposito qui avait déjà sa radio en main.
- « Je vérifie. »

Beckett remarqua le trou dans la grande vitre de l'hôtel et suivit sa trajectoire présumée jusqu'au toit d'un immeuble de l'autre côté de la rue.

- « Qui est sur ce toit ? »
- « Personne. »

Elle se retourna vers Esposito.

- « Comment ça personne ? »
- « Ce n'était pas l'un de nos gars Beckett. »

Elle examina à nouveau le toit, perplexe puis posa son regard sur Val qui se vidait lentement de son sang sur le tapis et le releva vers ses collègues.

- « Vous deux allez… »
- « On est partis. » la coupa Ryan en quittant l'hôtel en direction de l'immeuble en question avec Esposito.

Beckett resta dans le hall, les bras le long du corps, arme en main, encore sous le choc. Autour d'elle, les gens se relevaient, policiers et secours s'activaient. Et le coup de feu retentit dans sa tête… Elle avait cru que c'était la fin. Que cette balle était pour elle.

- « Vous êtes blessée »

Ces mots la tirèrent de ses pensées et elle remarqua le secouriste à ses côtés.

- « Pardon ? »
- « Votre jambe… Vous êtes blessée. »

Beckett baissa le regard et remarqua la tâche rouge qui s'étendait sur son pantalon beige.
Elle soupira puis grimaça, son cerveau lui envoyant enfin le message de douleur qui émanait de sa jambe.


Beckett arriva devant la porte de la chambre de Castle alors même que Martha arrivait de l'autre côté, un café dans une main et un chocolat chaud dans l'autre.

- « Je suis désolée, si j'avais su que vous veniez j'aurais pris deux cafés »

Beckett lui sourit en réponse à son commentaire et lui ouvrit la porte. A l'intérieur, elles trouvèrent Alexis qui se leva aussitôt et, quand elle vit le lieutenant, elle s'en approcha et la prit dans ses bras sans crier gare. D'abord surprise, Kate entoura ses bras autour de la jeune fille et porta son regard sur l'homme allongé derrière elle.

- « Hey Alexis. Comment va ton père ? »

La jeune fille se décolla de Kate et débarrassa sa grand-mère d'un gobelet, retournant s'asseoir.
Beckett ne manqua pas le regard que les deux rousses s'échangèrent et comprit que leur silence n'augurait rien de bon.

- « Qu'y-a-t-il ? »
- « Les médecins disent que ce n'est rien » commença Alexis
- « Qu'on n'a pas à s'inquiéter » rajouta Martha.
- « Là comme ça… Je suis inquiète ! » elle se tourna plus précisément vers la mère « Martha, s'il vous plaît… Qu'y-a-t-il ? »
- « Il semblerait que… » elle jeta un coup d'œil à sa petite fille qui se confortait avec sa tasse de chocolat chaud, le regard fixé sur son père « Il semblerait que Rick ait fait un arrêt cardiaque cet après-midi. »
- « Quoi ? » Beckett se retourna aussitôt vers Castle, comme pour vérifier qu'il était bel et bien là et vivant.
- « Il va bien maintenant. Son état est stable. Les médecins se veulent rassurants. »
- « Bien sûr qu'ils se veulent rassurant, c'est leur boulot ! » répondit-elle plus sèchement que prévu.

Lorsqu'elle vit le visage surprit et triste de Martha, elle se reprit ; après tout, elle aussi elle se devait d'être rassurante.

- « Je suis désolée. Je n'aurai pas dû… Il va bien maintenant et c'est l'essentiel. »

Kate se rapprocha timidement de Castle, observant le rythme de sa poitrine qui se levait et se baissait sur le tempo des machines qui l'entourait.

- « Vous l'aimez n'est-ce-pas ? »

Les joues de Beckett virèrent aussitôt au rouge face à cette question inattendue de Madame Rodgers. La panique se lisant clairement sur son visage.
Elle avait affronté bien des choses dans sa vie mais le regard inquisiteur d'une mère qui ne voulait que le bonheur de son fils la terrorisait.
Elle se sentait tellement coupable. Coupable d'avoir entraîné son fils dans cette folie, coupable d'avoir mis Castle dans cet état. Elle était convaincue que Martha la tenait responsable… à raison.
Son regard paniqué alterna entre Martha, Alexis, qui avait relevé la tête, et Castle, à la recherche de la bonne réponse.
Mais finalement le regard qu'elle porta sur Castle, les battements de son cœur qui battaient au même rythme que celui de l'homme qu'elle aimait lui donnèrent la seule réponse possible, la vérité.

- « Oui, je l'aime. »

Elle aurait aussitôt voulu se cacher, disparaître dans les méandres de la terre… Mais les regards bienfaisants que lui adressaient Alexis et sa grand-mère la rassurèrent autant qu'ils la surprirent.

- « Il t'aime aussi Kate tu sais » intervint la jeune fille
- « C'est évident » renchérit Martha.

Kate leur sourit timidement et s'aventura à prendre la main de l'homme inconscient dans la sienne.

- « Je sais. Et il me le prouve chaque jour un peu plus. »


Beckett dévalait les marches quatre à quatre. Les escaliers n'en finissaient plus. Elle pouvait entendre les ricanements de la femme qu'elle poursuivait qui résonnaient contre les murs dans un écho assourdissant.

En sueur, exténuée, haletante, elle arrive enfin au rez-de-chaussée et suivit la chevelure blonde qui disparaît derrière une porte, son rire toujours omniprésent.
Elle se trouva dans un grand hall complètement doré et désert. Valkyrie lui faisait face, pointant un revolver sur elle. Elle n'eût pas le temps de dégainer que le coup de feu retentit.
Elle ressentit une brûlure au cœur. Lorsque son regard se posa à ses pieds, elle vit une
mare de sang qui s'étendait sur le luxueux tapis couleur ocre. Elle était pieds nus et le liquide l'entourait déjà. Le sang n'était pas le sien.
Elle se retourna aussitôt et vit Castle allongé par terre derrière elle, mourant. Elle se laissa tomber à ses côtés, son pantalon blanc virant aussitôt au rouge, et prit la main de l'homme dans la sienne.

- « Castle ! Castle reste avec moi ! »

La douleur qui lui serrait le cœur l'étouffait, ses larmes coulaient à flot, tombant une à une dans ce sang qui les entourait.

- « Castle ! Je t'en supplie ! »

La douleur qui l'envahissait grandissait au fur et à mesure que la lumière dans les yeux de l'écrivain disparaissait.

- « S'il te plait » sanglotait-il « J'ai besoin de toi… Je suis désolée… Ne me laisse pas… »

Elle s'allongea contre son corps sans vie, sentant la sienne l'abandonner petit à petit et ne faisant rien pour l'en empêcher.

- « Ne me quitte pas… » Murmura-t-elle une dernière fois dans un léger souffle.

Et elle sentit sa main se serrer autour de la sienne.

Beckett se réveilla en sursaut, constatant qu'elle était à son éternelle place, au chevet de Castle.
Elle examina leurs deux mains jointes, à la recherche du même mouvement qui l'avait extirpée de son cauchemar mais, constatant qu'elle avait bien rêvé, elle soupira.

- « Castle… »

Elle s'approcha de lui et lui caressa le visage de l'autre main. Elle sentit sa main se serrer à nouveau et son visage s'illumina aussitôt.

- « Castle ? Tu m'entends ? »

Il bougea ses doigts et ouvrit difficilement les yeux avant de les refermer, satisfait de constater que la voix qu'il entendait était bien celle de la femme qu'il aimait.

Il pouvait retourner se reposer maintenant.
Il savait qu'il irait bien tant qu'elle était à ses côtés.


Castle ouvrit un œil encore endormi et vit aussitôt la tête brune assise à ses côtés.

- « J'aime te voir au réveil »

Il se racla la gorge et toussa, sentant sa gorge desséchée le brûler.

- « Ca rend tout ça… »

Il se racla à nouveau la gorge, frustré. Elle se leva et lui versa un verre d'eau avant de se rapprocher de lui.

- « Chut, ne parle pas. »

Elle passa une main derrière sa tête pour la lui soulever et amena le verre à ses lèvres.

- « Merci, » murmura-t-il

Elle replaça sa mèche légendaire avec tendresse et l'observa.

- « De quoi j'ai l'air ? » demanda-t-il d'une voix rauque.

Elle sourit et après un regard furtif vers la porte elle se pencha et déposa de légers baisers sur ses lèvres.

- « Arrête. De. Parler. » Ordonna-t-elle entre chaque baiser.

Il sourit largement. Tous ses malheurs oubliés… Ou presque.

- « Parle toi. » demanda-t-il dans un murmure « Raconte moi une histoire, comme… Ce qu'il s'est passé ces derniers jours… »
- « Je ne sais pas Rick, tu es l'écrivain, je ne suis que flic… »
- « Essaye » la poussa-t-il en se raclant à nouveau la gorge.

Elle lui redonna à boire avant de reprendre sa place, assise à ses côtés. Elle prit sa main dans la sienne et entreprit de lui raconter les évènements des derniers jours. Il n'intervint que pour demander plus de détails, notamment sur son combat contre Scap sur lequel elle était délibérément passée vite. Elle lui raconta aussi et surtout la tentative d'assassinat du Maire par Val et son propre assassinat.

- « Est-ce qu'on sait qui l'as tuée ? » demanda-t-il en murmurant toujours quand elle sembla avoir finit son récit.
- « Un pro, sans doute. Du même genre que le tireur d'élite qui était à notre camp. »
- « Et ? » Insista-t-il après qu'elle fut retombée dans le silence
- « Et c'est tout. Je n'en sais pas plus. »

Un sourcil alla se loger plus haut sur le front de Castle qui était perplexe. Et puis son esprit embué sembla se réveiller soudainement, se rendant compte que la simple présence de Kate à son chevet, bien qu'appréciable était étrange.

- « Kate… Qu'est ce que tu fais là ? »

Comme Castle auparavant, ce fut au tour de Beckett d'apparaître perplexe.

- « Comment ça ? »

Sentant sa gorge protester contre tant de parole, il réclama de l'eau du regard et elle lui en donna avant qu'il ne continue dans un murmure.

- « Tu devrais être au commissariat… mener l'enquête… découvrir qui… » Il se racla la gorge et elle en profita pour l'interrompre.
- « Je m'en fiche Rick » sous le regard surprit de Castle elle continua « Rick au cours de la dernière semaine, j'ai risqué de te perdre bien trop de fois et… si cette semaine a servi à quelque chose c'est de m'avoir fait revoir mes priorités… Tu es ma priorité Richard. Je suis ici aujourd'hui, pour toi. La police de New-York a de nombreux détectives très compétents, notamment Ryan et Esposito qui sont tout à fait capables de mener cette enquête et celles qui pourraient émerger au cours des deux prochaines semaines. »
- « Deux… ? »
- « J'ai pris un congé » explicita-t-elle.

Tandis que le silence retombait dans la pièce, Beckett porta son regard sur son pouce qui caressait inconsciemment le dos de la main de Castle. Celui-ci en retour était fasciné, subjugué par cette femme qui venait de lui dire, à sa façon, qu'il comptait plus pour elle que son travail.
Elle l'aimait, il en était certain. Et elle était là pour lui.


Beckett se réveilla au son de l'alarme et l'écrasa aussitôt avec dédain. Elle s'était habituée à ne pas se lever si tôt pour aller travailler.

Elle resta un moment allongée dans le lit, prenant le temps de se réveiller et se préparant à la journée de retour au commissariat qui l'attendait. Ses pensées matinales se portèrent très vite sur Castle et elle sourit.
Elle s'assit sur le bord du lit et récupéra le pantalon qui jonchait le sol, l'enfilant sous son long t-shirt.
Le sourire aux lèvres elle sortit de la chambre et se dirigea vers la cuisine, allumant la cafetière pendant qu'elle se tartinait des tranches de pain. Elle alla récupérer le journal qui attendait sagement sur le pas de la porte et s'installa à la table avec sa collation.
Elle laissa échapper un soupir satisfait, profitant du calme et du silence qui régnait dans la pièce, avant de devoir affronter à nouveau le chaos qu'était sa vie au commissariat.

Une fois repue, elle déposa ses couverts dans l'évier, remettant de l'eau dans la cafetière et se dirigea, tasse en main vers la salle de bain. Elle laissa l'eau couler et se glissa quelques minutes plus tard sous le jet d'eau fraîche – en ce début de mois de Juin, l'air se faisait déjà lourd de bon matin, promettant un été bien chaud.
Elle ressortit de la salle de bain quelques minutes plus tard, une serviette enroulée autour du buste et retourna dans la chambre.
Son sourire toujours bien ancré sur son visage, elle s'approcha de la grande armoire et en extirpa des dessous ainsi qu'un chemisier bleu foncé et son pantalon noir. Elle les enfila en silence et se dirigea vers la table de nuit, récupérant la montre de son père et l'accrochant à son poignet. Elle fit une pose devant son lit et ses draps défaits. Elle hocha les épaules amusée et ressortit de la chambre, empoignant ses chaussures à talons au passage.

Elle jeta un coup d'œil à sa montre, vérifiant qu'elle était dans les temps et retourna dans la cuisine. Elle sortit œufs et lait du frigo, récupéra une tasse et du chocolat au passage. Elle versa le lait et le chocolat dans le grand mug et mit le tout à chauffer au micro-onde. Pendant que la machine tournait, elle commença la préparation de son omelette.

Avec un timing parfait, elle entendit avant de voir, les pas de la jeune fille dans les escaliers lorsque le 'ding' du micro-onde retentit.

- « Bonjour Alexis. Bien dormie ? »

A un moment, entre le jour de sortie de l'hôpital et son retour au travail, Kate avait, sans vraiment sans rendre compte, prit ses quartiers chez les Castle.

Lorsque Castle avait commencé à s'ennuyer à l'hôpital, il avait demandé à en sortir. Le médecin n'avait accepté qu'à la condition qu'il ait une surveillance et des soins permanents au moins pendant les premiers jours. Kate s'était aussitôt proposée de veiller sur l'écrivain lorsqu'Alexis et Martha étaient absentes.
Et puis Martha avait fini par insister pour que Kate reste dormir la nuit. Lui évitant des allers-retours inutiles. Elle avait investi le lit de Castle, restant ainsi à ses côtés même la nuit… pour mieux veiller sur lui, bien entendu.
Et puis elle avait apporté des vêtements, et puis d'autres et son gel douche, sa brosse à dent…
Le plus naturellement du monde, elle s'était intégrée à la vie des Castle, à leur emploi du temps. Richard passait ses journées au lit à taper sur son clavier son nouveau roman, apparemment largement inspiré de leur dernière aventure en date.
Kate avait prit l'habitude de se lever en même temps que l'adolescente le matin, préparant le petit-déjeuner pour celle-ci avant qu'elle n'aille en cours. Sans qu'elles n'en parlent jamais, Kate avait prit un des nombreux rôles de Castle dans la maison… Celui de mère.
Elle passait le reste de la journée à rattraper son retard sur les livres qu'elle s'était promis de lire et les films qu'elle n'avait pas eu l'occasion de voir, parfois en compagnie de Castle.

Au cours de ses deux dernières semaines de congé, personne n'avait jamais fait de commentaire sur la présence de Kate dans cette maison.

- « Bonjour Kate. » salua Alexis en déposant son sac de cours au pied des escaliers « Prête à retourner au travail ? » demanda-t-elle alors qu'elle sortait sa tasse du micro-onde.

Kate fit une moue exagérée qui fit sourire la jeune fille et lui servit son omelette.

- « Puisqu'on ne t'as pas appelé pour un meurtre, tu ne pourrais pas rester à la maison en attendant ? » suggéra Alexis.
- « C'est tentant. Surtout que je n'ai toujours pas fini 'Marguerite et le maître'… » Kate posa un regard languissant sur le gros volume qui reposait sur la table basse du salon, un marque page ressortant au trois-quart du pavé.
- « Parce que concrètement tu fais quoi au commissariat quand il ne se passe rien. »
- « De la paperasse » répondit-elle avec un soupir désespéré.
- « Et tu n'aurais pas pu la faire pendant ton congé ? »

Kate jeta un regard à Alexis qui comprit sa bêtise et se reprit aussitôt.

- « Ce ne serait pas un congé dans ce cas ! » corrigea-t-elle.
- « D'autant que je ne suis pas censée sortir les dossiers du commissariat » rajouta Kate avec un sourire.
- « Papa le fait souvent pourtant… »

Kate sourit de plus belle, repensant aux règles que l'écrivain enfreignait continuellement sans remords.

- « Ton père… »

Le dit père fit son apparition dans le salon, finissant d'attacher la ceinture de son pantalon.

- « …Debout. »

Kate se leva et alla à sa rencontre.

- « Qu'est ce que tu fais debout ? Et habillé qui plus est ? »
- « J'ai senti l'odeur du café et il a été plus fort que tout… » Il enclencha la cafetière et se retourna vers les deux femmes « Et puis, je viens avec toi aujourd'hui. »

Beckett écarquilla les yeux.

- « Oh que non Castle ! Tu ne bouges pas d'ici ! »
- « J'en ai marre de rester à la maison à ne rien faire, je m'ennuie ! »
- « Tu ne fais pas rien, tu écris. »
- « En plus tu as entendu le médecin aussi bien que moi hier, je vais bien. Je ne suis pas en convalescence. Tout va bien. »
- « Tu ne viens pas avec moi Castle. »

Il avala une fourchette d'omelette.

- « T'as jamais remarqué que quand tu me grondes, tu recommences à m'appeler Castle ? » Il se tourna vers sa fille « T'as remarqué ? »

Alexis acquiesça très amusée par leurs chamailleries et Beckett ouvrit et referma la bouche plusieurs fois, cherchant une réplique.

- « Ne change pas de sujet Castle. Je ne veux pas que tu viennes avec moi au commissariat aujourd'hui.
- « Et pourquoi pas ? »
- « C'est dangereux. »
- « Dangereux ? La paperasse ? » Il versa le café qui était fin prêt dans sa tasse préférée et se tourna vers Beckett « Remarque oui, il y a de quoi mourir d'ennui. »

Elle lui lança un de ses regards noirs qui avaient dorénavant perdu tout leur aspect menaçant.

- « En plus je veux passer saluer Ryan et Esposito et le capitaine et tous les autres. Je ne les ai pas vu depuis tellement longtemps… Ils vont commencer à se faire du soucis pour moi » rajouta-t-il avec un large sourire.

Il s'approcha de Kate et la bloqua entre lui et le comptoir tandis qu'Alexis, amusée, concentrait tout son intérêt sur son reste d'omelette.

- « S'il te plaît ? » demanda-t-il d'une voix langoureuse en rapprochant son visage à quelques centimètres du sien.

Affolée, Beckett jeta un coup d'œil sur le côté, tâchant de lui signifier la présence de l'adolescente.

- « Je promets d'être sage. »

Il passa ses bras autour de sa taille et la rapprocha contre lui.

- « Castle… » avertit-elle
- « Dit oui. »
- « Castle… » Réitéra-t-elle tandis qu'il effleurait ses lèvres des siennes.
- « Dit oui » murmura-t-il

Elle étudia la situation un moment, son esprit distrait par la sensation de ces lèvres qui titillaient les siennes. S'abandonnant à son jeu, elle pressa leur bouche l'une contre l'autre savourant l'instant avant de se détacher fermement de lui.

- « D'accord ! Tu as gagné. Tu viens au commissariat avec moi, mais » ajouta-t-elle alors qu'il affichait déjà un sourire victorieux « Tu ne restes que la matinée. Et si je dois me rendre sur une scène de crime, tu ne viens pasavec moi. On est d'accord ? »

Castle jeta un regard à sa fille qui avait fini son assiette et les observait à nouveau. Elle hocha la tête et il reporta son regard sur Beckett.

- « Ca me semble juste. »
- « Bien. »
- « J'ai le droit à un autre baiser ? »
- « Non. »

Elle s'écarta de lui en lui adressant un sourire fier et se dirigea vers la chambre.

- « On part dans cinq minutes. » prévint-elle tandis que Castle finissait de vider la poêle de son contenu.

Sept minutes plus tard en ce lundi de Juin, Kate Beckett, Richard Castle et sa fille s'installaient dans la Crown Vic du lieutenant en direction du lycée d'Alexis et du 12è District de New-York pour une nouvelle journée de travail.