Merci à noumea, Matsuyama, Missfanficdu57 et Charlotte Marmotte pour vos commentaires que j'adore lire ! Pour vous, voici la suite ! (Je suis contente d'avoir pu trouver du temps aujourd'hui pour vous envoyer cette suite.)

(Poudlard et ses professeurs - excepté Harvey - appartiennent à J.K. Rowling)

Bonne lecture !

(Merci à Persis :)

Chapitre 18
La révélation

Le mois de décembre commençait et le château de Poudlard disparaissait sous d'épais tapis de neige. Noël s'annonçait et les vacances approchaient. Matilde rayonnait à l'idée qu'elle pourrait enfin retourner chez elle pour le temps des fêtes, revoyant avec joie ses parents et son amie Catherine, et se montrait manifestement impatiente de devoir attendre encore quelques semaines avant les vacances. Tant et si bien que le professeur Sinistra dut lui enlever quelques points pour avoir omis d'effectuer un devoir particulièrement lassant, qui consistait à déterminer l'emplacement des planètes par rapport à une lune de Neptune.

— C'était vraiment un devoir inutile ! protesta Matilde à Sarah, lorsqu'elles rejoignaient la table de Gryffondor à la Grande Salle, un mardi après-midi. Comme si on avait besoin de savoir l'emplacement des planètes autour d'une lune insignifiante et sans intérêt !

— Je sais, mais il reste tout de même encore trois semaines avant les fêtes, lui rappela-t-elle en s'asseyant près de Francis. N'abandonne pas tes efforts pour autant…

— Hé, Sarah, lança brusquement Francis qui s'était tourné vers elle d'un air enjoué, tu veux bien m'accompagner au bal de Noël ?

Rougissant, Sarah répondit « oui » d'un signe de tête et Matilde manqua de tomber en bas de son banc de stupeur.

— Un bal de Noël… ? s'étrangla-t-elle. Mais qu'est-ce que… ? Je n'ai jamais entendu parler qu'un bal de Noël… ?

— Non ? Eh bien, tu en entendras parler pendant tout le mois, dit Francis, la mine réjouie. C'est McGonagall qui nous a informés au sujet du bal de Noël, ce matin, lors de son cours. Il se déroulera pendant le dernier samedi avant les vacances. C'est super, non ?

— Ah bon, fit Matilde, toujours sous l'effet de la surprise, et il faut absolument être accompagné ?

Avec un pincement au cœur, elle songea qu'aucun garçon n'oserait lui demander d'être sa cavalière. Tout le monde l'abhorrait dans cette école…

— Mais non, tu n'es pas obligée, répondit Francis en se remplissant une deuxième assiettée de ragoût de bœuf, mais c'est fortement conseillé. Sinon, on se moquera de toi en disant que tu n'es pas assez… enfin… tu comprends ce que je veux dire…

— Mais qui voudrait de moi ? s'exclama Matilde avec désespoir. On n'arrête pas de me balancer tout le temps des insultes à la figure. Je suis détestée ici simplement parce que j'ai attaqué Dumbledore !

Francis suspendit sa fourchette à mi-chemin de sa bouche et la regarda d'un air scandalisé.

— Simplement ? répéta-t-il d'une voix étouffée. C'est assez perturbant, je dois avouer ! Je comprends parfaitement pourquoi on te craint…

— Ne recommence pas, Francis, gronda sèchement Sarah d'un ton menaçant. Nous en avons déjà discuté, Matilde n'est pas dangereuse !

Agacée, cette dernière soupira bruyamment et se mit à remplir également son assiette de ragoût.

— Ne t'inquiète pas, la rassura Sarah avec douceur, tu n'es pas horrible. Il y a bien un garçon qui voudra bien être ton cavalier.

— Ouais, ajouta Francis avec sarcasme, un gars qui aime bien jouer avec le risque de perdre ses entrailles…

Sarah le fusilla du regard puis, soudain surexcitée, se pencha à nouveau vers Matilde.

— Ce samedi, tu viendras avec moi au village de Pré-au-lard ! Il y a de belles boutiques là-bas pour acheter nos robes. J'ai vraiment hâte d'y aller faire un tour !

— Je veux bien mais je n'ai pas d'argent, répondit sobrement Matilde.

— Tu n'as pas d'argent ? s'étonna Sarah, et son air jovial tomba aussitôt.

— Mais non, je n'ai pas d'argent avec moi. Je veux dire, pas de l'argent de sorcier en tout cas. C'est Dumbledore qui a acheté mes fournitures scolaires. Il aurait peut-être aussi acheté ma robe, mais comme il n'est pas en état de me passer de l'argent en ce moment…

— Mince alors ! s'exclama Sarah en soupirant. Mais comment pourras-tu jamais acheter ta robe de bal si tu n'as pas d'argent ?

— Je ne sais pas…

Francis sourit alors d'un air railleur.

— Peut-être que tu pourrais tenter de gagner un peu d'argent en travaillant avec les elfes de maison de Poudlard ?

— Francis, tu es pénible ! lança Sarah avec mauvaise humeur.

— Ben quoi ? J'essaie simplement d'aider…

— Essaie plutôt de ne pas dire de conneries !

— Ça va, trancha Matilde, exaspérée. Je crois que je vais demander à McGonagall comment m'acheter une robe. Elle saurait peut-être quoi faire pour m'aider…

— Bonne idée, déclara Sarah, ragaillardie.

Et ce fut ce qu'elle fit après le déjeuner, juste avant le début de son cours de défense contre les forces du Mal. Le professeur McGonagall sortait de son bureau d'un pas rapide, les bras chargés d'une pile de parchemins, quand Matilde se rua vers elle en s'écriant :

— Professeur McGonagall ? Je peux vous parler ?

Le professeur McGonagall s'arrêta et la regarda en haussant les sourcils.

— Oui, Miss Beauregard ?

— Je… enfin… on vient de m'informer qu'un bal de Noël aura lieu à Poudlard dans quelques semaines.

— C'est exact, confirma McGonagall. Justement, j'allais vous en parler cet après-midi.

— Et… Je crois que j'aurais besoin d'une robe pour ce genre d'événement…

— En effet. C'est pour ça que vous disposez de trois semaines pour vous en procurer une.

— Justement… voilà le problème, déclara Matilde, hésitante. Je n'ai pas d'argent…

Le professeur McGonagall parut surprise et Matilde s'empressa de lui expliquer que c'était Dumbledore qui lui en avait prêté pour acheter ses fournitures scolaires.

— Je vois, dit le professeur McGonagall d'un air perplexe. Je vais donc voir ce que je peux faire et je vous reviendrai sur ce sujet.

— Merci, dit Matilde.

Elle lui adressa un timide sourire, puis le professeur McGonagall reprit sa marche rapide.

— Oh, attendez ! la rappela précipitamment Matilde.

Le professeur McGonagall s'arrêta et se retourna, l'air un peu impatient.

— Oui ?

— Dumbledore... Je veux dire, se reprit aussitôt Matilde, le professeur Dumbledore... Comment va-t-il ?

Le professeur McGonagall la dévisagea un moment, puis Matilde vit ses yeux briller d'une étrange façon. Enfin, elle dit d'une voix rauque :

— Nous espérons qu'il s'en sorte… Nous espérons…

Et lorsque Matilde la vit tourner l'angle du mur au bout du couloir et qu'elle l'entendit se moucher bruyamment, la terreur la submergea. Ce n'était pas bon signe. Dumbledore était-il en train de mourir sans que personne ne puisse faire quoi que ce soit pour le guérir ? N'allait-il jamais revenir à Poudlard ? À cause de ses Pouvoirs Fortifiés qui lui avaient consumé les entrailles ? Par sa faute ?

Ce fut donc avec une affliction épouvantable qu'elle se rendit à son cours de défense contre les forces du Mal, au troisième étage.

— Vous avez une mine terrible, Miss Beauregard, attesta le professeur Harvey tandis qu'elle se laissait tomber lourdement sur sa chaise. Il y a quelque chose qui ne va pas ?

Matilde répondit d'un sourire douloureux et baissa les yeux sur sa table.

— Vous voulez un verre, peut-être ? demanda-t-il alors. J'ai de très bonnes bouteilles, vous savez.

Matilde releva brusquement la tête, abasourdie, au moment où Harvey sortait déjà une bouteille à moitié pleine de whisky Pur Feu de sous son bureau.

— Non… merci…, refusa-t-elle poliment, étonnée qu'il ose lui offrir une telle boisson en cours.

— Allons, ne soyez pas idiote, insista Harvey qui posait la bouteille sur son bureau avec un bruit sourd. Cela ne vous fera pas de tort.

De sa démarche vacillante, il se dirigea tout droit vers une armoire à l'arrière de la classe et en sortit un verre poussiéreux qu'il essuya avec un pan de sa cape orangée. Il retourna ensuite à son bureau, sa robe tournoyant dans son sillage, puis, d'un geste maladroit, il saisit la bouteille et transvida la moitié de son contenu dans le verre en répandant quelques gouttes de whisky sur le sol.

— Tenez, dit-il en lui tendant le verre dégoulinant, en arborant son large sourire coutumier qui lui dévoila ses deux rangées de dents pointues. Buvez ! Cela vous fera un grand bien.

Matilde hésita à boire ce verre qui lui était délibérément offert par Harvey. Mais comme il était professeur, se répéta-t-elle dans sa tête, il devait forcément être en mesure de savoir ce qu'il faisait. Après tout, peut-être que cela lui ferait vraiment du bien, comme il le disait…

— D'accord, dit-elle finalement, en prenant le verre des doigts de Harvey.

Elle l'attira à ses lèvres. La première gorgée était brûlante et piquante. Puis les suivantes la réchauffèrent d'une façon étonnamment réconfortante. Plus elle avalait le whisky, plus elle se sentait bien. Toutes ses craintes en rapport avec Dumbledore et ses angoisses quant à tous ceux qui, à son égard, manifestaient sans relâche de la hargne ou de l'effroi, semblaient s'apaiser de plus en plus, comme par magie…

— Je peux en avoir d'autre ? demanda précipitamment Matilde, dès qu'elle eût vidé entièrement son verre.

Harvey la regarda d'un air à la fois impressionné et troublé.

— Vous…, chuchota-t-il, vous avez quelque chose de gros sur le cœur… Je me trompe ?

Matilde ne répondit pas, tenant son verre vide suspendu devant Harvey.

— Vous êtes au courant, continua-t-il, et cela vous tourmente…

Fronçant les sourcils, Matilde afficha un air interrogatif.

— Au sujet du professeur Dumbledore, précisa Harvey dans un murmure à peine audible, vous êtes au courant qu'il ne s'en sort pas bien !

— Dumbledore…, répéta Matilde avec lenteur alors que ses inquiétudes quant au directeur de Poudlard revenaient péniblement faire surface. S'il vous plaît, insista-t-elle en agitant son verre sous le nez de Harvey, donnez-moi-en encore !

Pour toute réponse, il leva la bouteille devant sa bouche et engloutit tout le reste du whisky d'un trait, sous les yeux désespérés de Matilde.

— Il ne faudrait pas abuser des bienfaits de cette boisson, Miss Beauregard, conseilla-t-il d'un ton détaché, en s'essuyant la bouche du revers de sa manche. Cela pourrait être dangereux. Surtout pour toi, ajouta-t-il d'un furtif geste du doigt.

Outrée, Matilde posa durement son verre sur sa table dans un grand bruit qui résonna dans toute la classe.

— Et vous ? Vous en abusez bien, vous ! fit-elle claquer dans l'air. Vous qui êtes toujours sous l'effet enivrant de vos bouteilles lorsque vous donnez vos cours !

— Déversez votre colère sur cette bouteille, ordonna aussitôt Harvey en allant précipitamment poser sa bouteille vide sur le coin de son bureau.

— Ne changez pas de sujet !

— Concentrez-vous sur cette bouteille ! insista Harvey qui reprenait son poste derrière Matilde.

— Mais je me fiche complètement de cette bouteille ! s'emporta-t-elle avec fureur. C'est sur vous que j'ai envie de déverser ma colère !

Aussitôt, des cordes s'enrôlèrent autour d'elle et la ligotèrent solidement, encore une fois, sur sa chaise.

Aaaargh ! hurla Matilde en se débattant de toutes ses forces jusqu'à ce que Harvey lui enfonce ses ongles dans la chair de ses épaules comme il l'avait déjà fait auparavant.

— Matilde, j'essaie seulement de vous aider…, susurra-t-il à son oreille. Décidément, l'alcool ne vous fait pas du tout… Vous êtes particulièrement dangereuse lorsque vous avalez tout un verre d'un trait...

— Je ne suis pas dangereuse ! protesta-t-elle avec vigueur.

Harvey poussa une exclamation d'incrédulité.

— Ne soyez pas ridicule, répliqua-t-il. Si je ne vous avais pas attachée, vous m'auriez sûrement attaqué…

— Je n'attaquerai personne ! scanda Matilde qui se remit à se débattre sous ses liens avec toute la force d'une colère dévastatrice, en dépit de Harvey qui tentait vainement de l'immobiliser. Arrêtez donc de penser que je ne suis qu'un monstre ! Si Dumbledore se meurt présentement c'est uniquement parce qu'il m'a demandé de le combattre. C'est tout ! Je n'ai jamais voulu lui faire de mal… Il m'a obligée à le faire… Il m'a…

Harvey lui enfonça un peu plus ses ongles et Matilde s'immobilisa enfin. Elle baissa la tête. Elle sentit alors les larmes lui monter aux yeux et il lui fut impossible de les refouler. Son cœur lui faisait trop mal. Elle avait besoin d'exprimer sa peine, de vomir tout ce qui lui pesait sur le cœur.

— Je n'ai jamais demandé à vivre cette vie de magie… et je n'en ai rien à faire d'être une sorcière…, encore moins d'être une maudite Parguenaise ! Et que tout le monde ne cesse d'avoir peur de moi ou bien qu'il m'insulte ou… m'envoie des sarcasmes… ça ne fait qu'aggraver ma souffrance ! Je déteste tellement cette école de cinglés ! Et… et…

Matilde s'interrompit, le temps de reprendre son souffle. Elle avait de la difficulté à respirer, ses sanglots lui oppressaient les poumons, en plus des cordes serrées étroitement sur sa poitrine. Les joues ruisselantes de larmes, elle termina d'une voix brisée :

— Mes parents me manquent terriblement…

Durant un long moment de silence, elle n'entendit que sa propre respiration saccadée, entrecoupée de sanglots. La honte de s'être laissé ainsi emporter vint soudain la tenailler de l'intérieur. Derrière son dos, le professeur Harvey se pencha de nouveau à son oreille.

— Tout se terminera enfin lorsque tu vaincras un jour tes Forces Obscures… assura-t-il avec douceur.

— Dumbledore n'appelait pas ça des Forces Obscures, objecta abruptement Matilde, renfrognée. Il était plutôt question de Pouvoirs Fortifiés — même intensifiés —, prisonniers à l'intérieur de moi, qui menaçaient tout simplement de déborder si je ne les laissais pas se manifester par l'intermédiaire d'une baguette. Dumbledore n'a jamais fait allusion qu'il fallait vaincre de certaines Forces Obscures

— Le professeur Dumbledore ne savait pas tout à votre sujet, rétorqua Harvey. Comme je vous en ai déjà fait part l'autre jour, j'ai découvert des choses qu'il ignorait encore…

— Et quelles sont ces choses ?

— Je ne peux pas vous le dire tout de suite…

— C'est ça ! lança Matilde avec agacement.

— Mais vous en serez bientôt mise au courant, promit Harvey.

Mais Matilde resta sceptique. Harvey l'exaspérait prodigieusement en lui refusant de lui révéler ses secrets. Alors, seulement pour lui manifester son mécontentement profond — et pour l'effrayer un peu tant qu'à y être —, elle concentra son esprit sur ses liens et les cordes disparurent instantanément en fumée noire. Matilde put enfin se lever de sa chaise et faire face à Harvey.

— Matilde, gloussa nerveusement celui-ci en reculant entre les tables, vers le mur. Ne faites rien que vous regretteriez ensuite…

Au même moment, Matilde ressentit sa tête lui tourner — sûrement à cause du verre de whisky qu'elle avait bu promptement d'un trait —, mais n'y fit pas attention. Elle se retourna vers la bouteille posée sur le bureau de Harvey, et d'un geste machinal, la fit flotter vers elle avant de s'en emparer d'une main. Elle eut alors l'impression étrange que rien ne pouvait lui arriver de malheureux à partir de maintenant. Elle se sentait parfaitement en confidence d'elle-même...

Sous ses doigts, la bouteille se tordit lentement comme une vieille guenille en coton et fondit ensuite sous la fumée noire, avant de s'évanouir comme tous les objets que Matilde avait fait disparaître jusqu'à présent. Puis elle se surprit à rire comme une idiote. Harvey, lui, ne semblait pas partager cette même émotion : acculé contre le mur, il observait Matilde d'un air alarmé, une main sous sa cape orangée, apparemment prêt à ressortir sa baguette magique à tout moment. Il sursauta lorsqu'elle lui refit face.

— Voyez-vous ça ! s'exclama Matilde d'un geste théâtrale, en agitant sa main vide qui avait tenu la bouteille avant que celle-ci ne s'anéantisse. Je ne fais que déplacer des objets et les détruire ensuite. Quelle magie extraordinaire ! ironisa-t-elle alors que Harvey n'osait broncher devant le mur. Combien de choses je vais devoir encore détruire pour enfin maîtriser ces Forces Obscures, comme vous dites ? Combien ?

Elle s'approcha de Harvey d'un air menaçant.

— Cela... cela dépend… balbutia ce dernier.

— Cela dépend de quoi ?

— Eh bien… Cela dépend du temps que vous consacrez à l'étude de cette magie, bien sûr, répondit-il simplement.

Matilde s'arrêta à quelque pas de Harvey, irritée. Elle n'avait jamais étudié cette magie en dehors des cours de défense contre les forces du Mal et ne l'avait jamais pratiquée non plus. C'était les seuls devoirs que Harvey lui demandait d'entamer et Matilde — à part le déplacement des objets — n'avait jamais osé faire apparaître la fumée noire sans la surveillance d'un professeur. Elle jugeait cela trop dangereux.

— J'y consacre beaucoup de temps, mentit-elle, un brin embarrassée, mais je n'arrive jamais à d'autres résultats…

Harvey remarqua sans doute le malaise de Matilde puisqu'il se redressa d'un mouvement confiant contre le mur.

— Asseyez-vous, Miss Beauregard, ordonna-t-il en recouvrant son autorité.

Soudain, Matilde se sentit défaillir dangereusement, complètement étourdie. Elle alla donc s'asseoir dans le seul but de ne pas s'effondrer par terre alors que Harvey affichait un air satisfait, certain qu'elle lui obéissait sans protester.

— Maintenant, écoutez-moi bien, dit-il en se déplaçant d'un pas lent jusqu'à la table de Matilde. Je ne crois pas que vous soyez un monstre… Je prends seulement des précautions, au cas où…

Harvey marqua une pause et regarda nonchalamment Matilde se prendre la tête entre les mains pour tenter en vain de l'empêcher de tourner. Sans paraître nullement décontenancé par son geste, il reprit :

— Si vous ne déployez pas plus d'efforts afin de vous exercer sérieusement à ces Forces Obscures, et que vous continuez à refuser obstinément l'aide que je vous apporte lors de mes cours, vous finirez par mourir, Matilde, écrasée sous vos propres Pouvoirs Maléfiques. Le professeur Dumbledore vous a-t-il déjà mentionné, avec détails, comment les Parguenais ont tous fini par succomber sous leurs Forces Obscures ?

Matilde releva la tête. Harvey s'était planté devant elle, ses yeux bleu électrique scintillant d'une façon sinistre.

— Non… répondit-elle d'une voix faible, comment ?

— Voulez-vous vraiment le savoir ?

L'expression effrayante qui apparut ensuite sur son visage laissa alors percevoir un horrible mystère derrière tout ça. Matilde perdit soudain toute envie de le savoir. Après un lourd silence, elle murmura d'un air résigné :

— D'accord, je ferai ce que vous voudrez…

— Sage décision…, souffla Harvey qui gardait toujours cette expression inquiétante dans le fond de ses yeux bleus. À présent, reprit-il avec sérieux, une fois par jour, vous vous efforcerez à faire subir des choses différentes à des objets quelconques, comme ces bouteilles vides que je vous présente lors de mes cours. Et ne manquez pas à ce devoir important !

Matilde acquiesça vivement. Elle devait pouvoir faire cela sans difficultés. Elle songeait déjà qu'elle pourrait s'enfermer dans une salle de classe inoccupée pour exécuter ces manœuvres à l'abri des regards indiscrets. Il fallait qu'elle cesse enfin de glander et de s'y mettre pour de vrai ! Harvey avait raison. Elle ne mettait pas assez d'efforts pour guérir de son état de Parguenaise. Elle devait faire preuve de plus de volonté, et c'est ce qu'elle ferait !

Sa tête cessa subitement de tourner.

À la fin du cours, sur le point de partir, Matilde demanda à Harvey avec inquiétude :

— Dumbledore va mourir, n'est-ce pas ?

Harvey lui sourit d'un air désolé et Matilde sentit son cœur se serrer douloureusement.

— Il n'y a vraiment rien qu'on puisse faire ?

— Le professeur Dumbledore a été atteint d'une magie inconnue de tous. Aucun antidote, potion, contre-sort et autres n'ont su lever le maléfice que vous lui avez infligé, Miss Beauregard. Vous avez des pouvoirs uniques et rien ne semble parvenir à inverser leurs conséquences.

— Mais enfin, vous êtes tous des sorciers ! s'exclama-t-elle au désespoir. Il y a bien quelqu'un qui saurait quoi faire ?

— Oui, répondit alors Harvey, il y a bien quelqu'un, si vous voulez bien mon avis…

Matilde ressentit un espoir surgir brusquement dans sa poitrine.

— Qui ? demanda-t-elle précipitamment.

— Vous…

— Moi ?

Mais à quoi donc jouait-il encore ? pensa Matilde, courroucée. Elle n'avait sûrement pas les compétences requises pour arriver à guérir Dumbledore. Et si elle essayait, elle ne ferait qu'empirer son état critique, c'était évident.

— Expliquez-moi…

— Vous êtes celle qui a fait disparaître ses entrailles, Matilde, répondit Harvey, vous êtes donc la seule à pouvoir les faire réapparaître…

Cette révélation la stupéfia.

Prochain chapitre : Aguamenti. On y reverra notre cher Rogue... Rendez-vous demain pour la suite !