Salut, me revoilà au poste avec la suite ! Je suis super contente d'avoir pu lire plein de reviews encourageantes !
Alors quel est mon rythme de publication de chapitres ? Pour répondre à ta question, Missfanficdu57, ma fic est déjà toute écrite. Donc durant chaque avant-midi, je corrige minutieusement mon prochain chapitre (ça me prend en général quatre heures de correction pour être sûre de parvenir à ramasser toutes mes fautes de conjugaison et d'orthographe, même si encore, il y en a toujours qui m'échappent...), et je le relis une fois à la vitesse normale pour m'assurer que mes phrases se lisent bien et qu'il n'y a pas d'accrochage dans certaines répétions de mots... Puis, lorsque je ne suis pas contrainte à faire autre chose en rapport avec mon travail, je publie mon chapitre entre midi et deux heures (ce qui équivaut pour la plupart d'entre vous avec le décalage horaire de la France - parce que je me situe au Canada - entre six et huit heures du soir). Et si je ne poste pas dans ces heures-là, j'essaie de publier le soir rendu. J'aime bien m'en tenir à un chapitre par jour parce que je ne peux plus me passer de vos reviews :P ! J'espère que ça répond bien à ta question, Missfanficdu57. S'il y en a d'autres qui ont des questions, n'hésitez pas... :)
À présent bonne lecture à vous tous qui me suivez toujours !
(Poudlard et le professeur Rogue appartiennent à J.K. Rowling)
(Merci encore et toujours à Persis :)
Chapitre 19
Aguamenti
Tout au long de la semaine, Matilde ne put s'empêcher de penser et repenser à ce que Harvey lui avait dit à la fin de son dernier cours. Il croyait donc qu'elle pourrait — à la condition qu'elle s'entraîne suffisamment — rétablir Dumbledore simplement en faisant réapparaître ses entrailles manquantes. Et pour y parvenir, elle n'avait qu'à essayer de faire réapparaître toutes les bouteilles vides qu'elle avait fait disparaître dans la salle de défense contre les forces du Mal. Évidemment, ce n'était pas une chose qui s'avérait facile à faire, même que Matilde en venait souvent à la conclusion frustrante que c'était impossible. Dans une salle de classe déserte au deuxième étage, assise devant une table vide, les sourcils froncés et le visage écarlate sous la concentration intense, elle n'obtenait jamais de résultats. Néanmoins, tous les soirs, après avoir fait disparaître quelques plumes et encriers sous d'épaisses fumées noires, elle recommençait son manège, persuadée qu'elle finirait bien par y voir apparaître l'ombre d'un goulot !
Le jeudi matin, à l'heure du petit déjeuner, Matilde eut la surprise d'apercevoir un hibou au plumage mordoré venir lui porter une lettre accompagnée d'une bourse en cuir.
— C'est ma mère ! déclara Matilde à Sarah, d'un ton joyeux, en parcourant la lettre d'un regard avide. Elle m'envoie de l'argent pour ma robe de bal. Elle me dit aussi qu'elle a vraiment hâte de me voir pour les vacances de Noël !
— Super ! s'écria Sarah, réjouie, tandis que le hibou reprenait son envol en manquant de renverser la salière au passage. Ça veut dire que tu vas pouvoir venir avec moi à Pré-au-Lard en fin de semaine !
Voyant que Matilde eut soudain un air perplexe, elle demanda :
— Quoi ? Qu'est-ce qu'il y a ?
Matilde ressortit un Gallion de la bourse et l'examina.
— C'est étrange, dit-elle, ma mère est une Moldue. Pourquoi m'envoie-t-elle de l'argent de sorciers ?
— Tout simplement que l'argent Moldu n'aurait aucune valeur dans notre monde, répondit Sarah sur un ton d'évidence.
— Mais comment a-t-elle pu s'en procurer ?
Sarah haussa les épaules.
— McGonagall l'a certainement aidée à changer son argent Moldu en argent de sorciers, c'est tout. De toute façon, ajouta-t-elle d'un ton enjoué en prenant la bourse des mains de Matilde, qu'est-ce que ça change ? Tu as enfin l'argent pour acheter ta robe ! Il y a tout plein d'argent là-dedans !
Elle secoua la bourse près de son oreille et écouta le son agréable que faisaient les Gallions en se frappant l'un sur l'autre. Matilde ne put s'empêcher de sourire.
— Tu as raison, dit-elle en reprenant sa bourse pour y remettre le Gallion qu'elle avait ressorti. Je vais pouvoir avoir de quoi à me mettre sur le dos lors du bal de Noël !
Et ce fut donc avec enthousiasme qu'elle rejoignit le professeur Flitwick pour son cours de sortilèges. Mais ce cours en question s'avéra particulièrement difficile puisqu'elle n'eût aucun succès avec le sort Aguamenti — pas la moindre goutte d'eau n'était apparue au bout de sa baguette —, ce qui lui fit perdre instantanément sa bonne humeur.
Mais au moins, en se rendant aux cachots, se remémorer les derniers cours passés avec le professeur Rogue en classe de potion lui redonnait un peu de baume au cœur : depuis la fois où il avait pratiqué la legilimancie sur elle, Rogue l'ignorait superbement, à la grande satisfaction de Matilde. Il ne faisait que lui indiquer la page où figuraient les ingrédients de la potion du jour, restait silencieux durant tout le reste du temps sans jamais lever les yeux vers elle, et à la fin du cours, lorsqu'elle lui apportait une fiole qu'elle avait empruntée à Sarah, remplie d'un échantillon de sa mixture, il ne daignait même pas lui trouver une insulte pour critiquer son travail.
Matilde ne réussissait pas toutes ses potions, certes, mais en très grande partie. Elle se concentrait de façon excessive lorsqu'elle fabriquait ses potions, dans l'unique but de prouver à Rogue qu'elle était capable de s'appliquer et d'être à la fois minutieuse. De cette manière, il ne pourrait plus jamais la comparer à un troll !
Bien sûr, durant les cours de potions, le malaise planait toujours dans l'air. Matilde savait que Rogue n'avait pas oublié ses pensées déplacées à son égard lors de ce fameux cours embarrassant survenu il y avait quelques jours, et elle redoutait l'instant où il déciderai de se venger par hasard...
— Page cent-quatorze, murmura intelligiblement Rogue en refusant toujours de regarder Matilde.
Celle-ci était entrée en silence dans la salle de classe, à l'heure exacte, et lui avait jeté un rapide coup d'œil scrutateur. À première vue, comme lors des derniers cours, il apparut que Rogue se tiendrait tranquille, assis derrière son bureau, la plume grattant calmement sur la surface du parchemin.
Rassurée, Matilde s'installa à sa table respective et ouvrit son livre à la page cent-quatorze.
« Potion d'amnésie », lut-elle mentalement.
Se demandant pourquoi les sorciers avaient besoin d'une telle potion stupide, Matilde écarta sa chaise et alla chercher les ingrédients dans l'armoire de Rogue. De retour à sa table de travail, les bras chargés de plantes bizarres, de morceaux d'animaux visqueux et d'étranges roches multicolores, elle fut enfin prête à élaborer sa potion. Elle jeta un coup d'œil dans son livre, sur la première consigne à faire : remplir le chaudron d'eau. Elle leva alors les yeux et scruta la salle de classe à la recherche d'un évier ou d'un robinet, mais elle fut surprise d'en trouver nulle part. Peut-être était-il caché quelque part et qu'elle n'arrivait simplement pas à l'apercevoir ?
La pensée de devoir poser une question à Rogue lui contractait l'estomac. Elle était certaine qu'il allait en profiter pour reprendre ses habitudes de sarcasmes acerbes. Mais comment allait-elle pouvoir commencer sa potion si elle ne trouvait pas d'eau ? Si seulement elle avait réussi le sortilège d'Aguamenti en cours, avec Flitwick, elle aurait pu faire apparaître toute l'eau nécessaire… Mais peut-être était-ce justement cela qu'elle devait faire ? Se servir de sa baguette était-il une nécessité à la fabrication de la potion d'amnésie ? Après tout, que pouvait-il bien survenir de néfaste si elle s'essayait à un enchantement ? Si elle n'y arrivait pas, elle n'aurait alors qu'à demander l'aide de Rogue ensuite…
Elle tira donc sa baguette magique et la pointa au-dessus de son chaudron. Mais, aussitôt, elle se rendit compte qu'elle allait devoir lancer la formule à haute voix et cette perspective de briser le précieux silence de Rogue ne l'enchantait vraiment pas.
« Flûte, pensa Matilde, ennuyée, je fais quoi, alors ? »
Elle réfléchit un instant et elle finit par se convaincre qu'il lui serait sûrement possible d'envoyer ce sort sans avoir besoin de marmonner les paroles requises. Si elle se concentrait suffisamment, elle y arriverait, non… ?
Mais sans succès. Matilde tenait maintenant la pose depuis un long moment déjà, les dents serrés et les sourcils froncés, à se répéter le mot « Aguamenti » dans sa tête avec beaucoup de force mentale, mais, à son grand agacement, pas une seule goutte d'eau venait perler au bout de sa baguette.
— Vous avez oublié la formule, Miss Beauregard ? dit soudain Rogue qui la fit sursauter violemment.
Il l'observait silencieusement par-dessus l'extrémité de sa plume, probablement depuis le début, et Matilde se sentit rougir d'embarras.
— La formule que vous cherchez désespérément est Aguamenti, informa-t-il inutilement. J'espérais que vous l'ayez apprise lors de vos cours de sortilèges…
— Je… je l'ai apprise…, balbutia Matilde. Je l'avais tout simplement oubliée, comme vous dites…
Il était hors de question qu'il apprenne qu'elle essayait stupidement de lancer le sort sans prononcer la formule à haute voix. Il se moquerait d'elle, c'était certain ! Puis, prise d'une peur soudaine qu'il lui décèle la vérité par legilimancie, elle détourna rapidement les yeux.
— Vous êtes lamentable, critiqua Rogue avec mépris. Vous oubliez une formule alors que vous venez tout juste de l'étudier…
Matilde eut alors la désagréable impression que Rogue avait fait exprès de lui infliger cette difficulté à réaliser un sortilège qu'il savait qu'elle ne maîtrisait pas. Mais Matilde se força à rester calme. Gardant résolument les yeux dans ceux des grenouilles mortes flottantes dans le formole d'un bocal posé sur sa table, elle espérait qu'en ne protestant pas, Rogue n'insisterait pas.
— Mais qu'est-ce que vous attendez, continua Rogue. Maintenant que je vous ai rafraîchi la mémoire en vous rappelant la formule, dépêchez-vous donc d'entamer cette potion, Miss Beauregard. Vous perdez du temps !
Matilde tressaillit et suspendit une seconde fois sa baguette au-dessus de son chaudron.
— A… Aguamenti… marmonna-t-elle d'une voix chevrotante. Aguamenti, répéta-t-elle un peu plus fort, mais en vain.
Après plusieurs essais sans succès, elle entendit Rogue renifler avec dédain.
— Vous êtes ridicule ! commenta-t-il. Vous faites disparaître les entrailles du directeur d'une façon naturelle mais vous êtes totalement incapable de produire un simple sortilège d'enchantement…
— Ce n'était pas naturel ! ne put s'empêcher de protester Matilde en le fusillant du regard. J'ai dû me concentrer beaucoup pour y parvenir…
— Alors, concentrez-vous ! coupa sèchement Rogue. Si votre chaudron n'est pas rempli d'eau dans moins de dix minutes, je vous donne une retenue dans mon bureau ! Et je vous promets que vous y passerez de très mauvaises heures en ma compagnie ! ajouta-t-il d'un ton malveillant avant de tremper sa plume dans l'encrier et de reprendre ses corrections avec raideur.
Matilde voulut lui hurler toutes les insultes qui lui venaient à l'esprit en cet instant, mais s'abstint au prix d'un effort colossal. Comment pouvait-il être si méchant avec elle sans ressentir le moindre remord ? Elle savait — autant que lui d'ailleurs, elle en était certaine — qu'il lui était impossible de remplir son chaudron d'eau dans moins de dix minutes.
— Ah oui, j'oubliais… reprit Rogue d'un ton doucereux. Je vous enlève cinq points pour avoir répliqué sur ce ton indécent, tout à l'heure.
Matilde serra les dents et fulmina intérieurement. Jamais elle n'avait ressenti une envie aussi profonde de se venger de quelqu'un. Et si elle lui balançait quelques flammes noires sur sa figure cireuse ? Comme ça, il ne pourrait plus la regarder de son air méprisant !
« Matilde, ressaisis-toi ! », se dit-elle aussitôt.
Il ne fallait pas qu'elle perde son sang-froid, sinon elle subirait la colère de Rogue. Elle prit donc une grande respiration par la bouche pour s'efforcer à se calmer, et ramena sa baguette magique à contrecœur, une énième fois au-dessus de son chaudron. Puis, rassemblant toute la concentration de son esprit, elle s'écria :
— Aguamenti !
Toujours rien. Son chaudron restait vide.
« Allez ! implora-t-elle à l'adresse d'une quelconque force, de l'eau ! Il me faut de l'eau ! »
Matilde focalisait ses pensées à un point si intense sur une eau qui semblait ne jamais devoir venir, qu'une chose étrange se produisit alors : une énorme goutte d'eau surgit de sa paume, ruissela autour de la baguette qu'elle serrait entre ses doigts, et tomba délicatement, presque sans bruit, dans le fond de son chaudron.
Ça y était ! Elle n'avait plus besoin de sa baguette ! L'eau coulait aisément sous sa main ! Matilde rangea donc à sa ceinture sa baguette maintenant devenue inutile, ouvrit grand la main au-dessus de son chaudron et redoubla sa concentration. L'eau s'écoula alors à flot de sa paume et le chaudron s'emplit lentement sous ses doigts. C'était tellement simple !
Cependant, lorsque l'eau atteignait la moitié du chaudron, Matilde ressentit une étrange faiblesse étourdissante se répandre dans tout son corps. C'était sûrement à cause de sa trop haute concentration, présuma-t-elle. Mais elle devait tenir le coup ! Elle avait presque fini de remplir son chaudron et elle ne devait surtout pas abandonner maintenant. Grâce à cette eau tombée du ciel, Rogue ne pourrait pas lui infliger sa retenue.
Pourtant, plus l'eau montait dans le chaudron, plus elle se sentait proche de l'évanouissement. Elle se surprit alors à vouloir plonger la tête dans cette eau devenue soudain irrésistible : une soif terrible la tenaillait à présent…
Rogue s'était déjà précipité à sa table lorsque Matilde sentit ses jambes se dérober sous elle et il la rattrapa de justesse avant qu'elle ne s'écroule sur le sol.
— Imbécile ! gronda-t-il tandis qu'elle s'agrippait faiblement à sa cape, la main dégoulinante d'eau. Mais qu'est-ce que vous avez fait ?
— J'ai soif, murmura-t-elle, la gorge atrocement sèche, j'ai besoin d'eau…
— Commencez par vous tenir debout ! insista-t-il avec colère.
Mais Matilde lui glissa des mains et s'effondra durement sur le plancher de pierre.
— De l'eau… de l'eau…, répéta-t-elle à l'agonie, les mains autour de son cou, j'ai besoin d'eau…
Elle avait l'impression que ses entrailles se ratatinait dans son ventre. Gémissant de douleur, elle vit Rogue se précipité vers une étagère, saisir le premier gobelet qui apparaissait à sa portée et revenir à la hâte en se laissant tomber à genoux auprès d'elle. Il sortit ensuite sa baguette et la pointa au-dessus du gobelet qu'il serrait dans sa main gauche.
— Aguamenti, lança-il d'une voix inquiète.
Une eau s'en écoula immédiatement. Incapable de patienter, à la vue de cette merveilleuse fontaine d'eau fraîche, Matilde se redressa prestement, s'empara à deux mains de la baguette de Rogue et fit dévier de force la trajectoire de l'eau, du gobelet à sa bouche directement. Rogue, qui n'avait pas lâché sa baguette, amorça un geste afin de la retirer aussitôt mais les doigts de Matilde remontèrent vers les siens pour le dissuader de lui enlever sa fontaine, sa précieuse eau, alors qu'elle buvait à grandes gorgées, comme si sa vie en dépendait. Alors Rogue se contenta de la regarder d'un air fasciné, moitié embarrassé, tandis que l'eau se répandant partout sur la robe de Matilde et sur le plancher de pierre, formant une grande flaque d'eau qui s'élargissait autour d'eux.
Puis, enfin, toussotant, hors d'haleine, elle repoussa la baguette que Rogue s'empressa d'agiter d'un coup sec pour en interrompre le flot continu.
Trempée de la tête aux pieds, Matilde ferma les yeux sans esquisser le moindre mouvement pour se relever de la surface du plancher froid, même si elle était gelée et qu'elle était secouée de tremblements. Elle prenait conscience de ce qu'elle venait de faire et, honteuse, elle attendait sagement que la fureur de Rogue s'abatte sur elle.
Mais elle ne venait pas. Rogue restait silencieux.
Alors Matilde osa ouvrir les yeux et le vit. Toujours agenouillé près d'elle, sa baguette encore suspendue dans les air, le gobelet toujours dans l'autre main, il la dévisageait, le visage totalement impassible. Était-il furieux ? Inquiet ? Troublé ? Elle n'en savait rien et cela la rendait encore plus anxieuse.
Elle se mit donc à se torde les doigts, puis le silence devint insupportable. Au moment où Matilde décida enfin d'ouvrir la bouche pour s'excuser, brusquement, le gobelet glissa de la main de Rogue et vint se fracasser sur le plancher de pierre dans un vacarme qui se répercuta dans toute la classe. Tous deux sursautèrent en même temps. Apparemment, Rogue n'avait pas fait exprès. Ce dernier ferma les yeux un moment, puis les rouvrit et les tourna lentement vers ceux de Matilde. Il semblait avoir repris contenance lorsqu'il murmura avec lenteur :
— Quand je vous disais, lors de mon premier cours, que tous sortilèges insolites et maléfices incontrôlés étaient strictement interdits dans cette salle de classe, je voulais également insinuer ce genre de magie dont vous venez tout juste de faire usage.
Matilde ne répliqua pas et s'attendit au pire.
— Par conséquent, poursuivit-il d'une voix onctueuse, non-seulement vous faites perdre quarante points à votre maison, mais vous bénéficierez en prime d'une retenue avec moi, dans mon bureau, et que cela vous serve de leçon pour l'avenir. Rien de mieux qu'une bonne correction, n'est-ce pas, Miss Beauregard ? ajouta-il d'un ton sarcastique avant de se remettre debout.
Matilde eut l'impression d'avoir brusquement chuté de trois étages. Ainsi donc, elle recevait la retenue de toute façon ! Mais maintenant qu'elle y repensait, elle avait effectivement été idiote d'avoir fait surgir de l'eau, comme ça, de sous sa main, alors qu'elle n'avait pas réfléchi du tout sur la provenance de toute cette eau. Elle s'était littéralement vidée d'une grande partie de son eau corporelle et jamais elle ne s'était sentie aussi faible.
— Levez-vous, ordonna Rogue en la toisant au-dessus d'elle, les bras croisés. Je dois maintenant perdre mon temps à vous conduire à l'infirmerie !
Tremblante de la tête aux pieds, Matilde se leva lentement et tenta de se réchauffer en se frottant les bras.
— Je suis… désolée…, marmonna-t-elle en claquant des dents. J'essayais seulement de… de remplir mon chaudron de… d'eau…
Rogue s'avança vers elle, un rictus au coin des lèvres, et Matilde recula instinctivement entre deux rangées de tables.
— Pourquoi ne pas m'avoir simplement dit que vous ne maîtrisiez pas encore le sortilège d'Aguamenti ? Vous espériez peut-être prouver quelque chose ?
Matilde le regarda d'un air outré. Mais comment osait-il ? Il savait très bien qu'elle avait de la difficulté avec ce sortilège et elle était convaincue qu'il avait fait exprès de la contraindre à l'utiliser dans sa classe uniquement pour profiter du plaisir malsain qu'il avait à la réprimander avec sarcasmes.
Rogue s'avançait toujours vers elle, les yeux étincelants, et Matilde reculait à présent vers la sortie.
— Écoutez, professeur, risqua-t-elle, je n'essaie pas de prouver quoi que ce soit. Je... Enfin...
Mal à l'aise, elle continuait à reculer et Rogue ne cessait de la regarder d'un air froid, malveillant, comme s'il brûlait d'envie de l'assassiner. Une vague d'effroi s'insinua alors en elle.
— Vous allez me faire mal ? demanda-t-elle d'une petite voix, avant même d'avoir pris conscience d'avoir prononcé ces mots.
Rogue s'arrêta et une lueur sinistre passa dans son regard noir. Le dos de Matilde toucha le métal froid de la porte.
— S'il vous plaît, supplia-t-elle, ne me faites pas de mal ! S'il vous plaît…
— Vous faire du mal ? répéta Rogue d'un ton abrupte, l'air incrédule. Croyez-vous vraiment que je peux me permettre de vous... ? Malheureusement, je suis professeur, Miss Beauregard. Je ne peux donc pas me permettre de vous faire… du mal... En revanche, poursuivit-il en réaffichant son air malveillant, lorsqu'on s'en prend au professeur Dumbledore comme vous l'avez fait, je deviens très, très méchant…
Matilde comprit alors pourquoi Rogue se montrait si désagréable envers elle : il ne lui avait jamais pardonné d'avoir attaqué Dumbledore. Et le fait qu'il venait sûrement d'apprendre qu'il n'y avait plus rien à faire pour le sauver, le mettait apparemment encore plus en colère qu'il ne l'était déjà. Elle aurait dû y songer avant…
— Je n'ai fait qu'agir sous ses ordres… expliqua Matilde, la voix tremblante. Il me l'avait demandé…
— Vraiment ? rugit Rogue dont le visage devint subitement livide de rage. Il vous a demandé de le tuer ?
— Non… pas le tuer…
— Alors pourquoi est-il en train de mourir en ce moment ? vociféra Rogue en serrant les poings.
— Je… ce n'était pas prévu…, répondit Matilde, les larmes bouillonnant au coin des yeux. Il me disait qu'il avait confiance dans les soins de l'infirmière de l'école…
— Bien sûr, ironisa Rogue avec méchanceté, et vous vous êtes dit, par la suite, que si vous faisiez disparaître ses entrailles, Madame Pomfresh pourrait sans problèmes les faire réapparaître, c'est ça ? C'est ça ?
Il fit un nouveau pas vers elle et Matilde eut peur qu'il se jette sur elle.
— Non…, pleurait-elle maintenant, acculée contre la porte, je n'avais aucune idée de ce qui arriverait à Dumbledore…
Rogue poussa une exclamation dédaigneuse.
— C'est donc votre genre : lancer toutes sortes de sortilèges à l'aveuglette sans jamais se soucier du moindre incident que cela pourrait engendrer !
— Laissez-moi partir, implora Matilde, je… je ne me sens pas très bien…
Et c'était vrai. Sa tête avait commencé à tourner et ses jambes menaçaient de se dérober une seconde fois sous elle, à n'importe quel moment.
— Vous me dégouttez, cracha Rogue avant de s'élancer brusquement sur elle.
— Non ! hurla Matilde, terrifiée.
Pour un moment, elle fut certaine qu'il la frapperait. Mais il ne fit que l'empoigner vigoureusement par le bras et la balancer à l'écart de la porte qu'il ouvrit ensuite à la volée. Avec brusquerie, il jeta Matilde dans le couloir et lança d'un ton furieux :
— Filez immédiatement à l'infirmerie ! Je vous reverrez ce samedi, neuf heures, dans mon bureau pour votre retenue. Et ne soyez pas en retard ! ajouta-il avant de refermer la porte métallique dans un bruit tonitruant.
Je sais, Rogue est méchant...
