Le matin pointa bien vite le bout de son nez. Hermione se leva avec enthousiasme. Il était temps de faire perdre la tête à Roger. Un sourire s'étendit sur ses lèvres. Elle allait tellement le manipuler qu'il ne pourrait plus se reconnaître. Elle se sentait comme revivre. Son côté serpentard reprenait ses droits et elle en prenait plaisir. Qu'est-ce qu'il était bon d'être rusé et fourbe ! Elle enfila une charmante robe moulante surmontée d'un petit veston décontracté. Elle mit une fine barrette argentée dans ses cheveux, retenant une mèche rebelle en place. Elle se parfuma agréablement la nuque et les poignets d'une douce odeur de vanille et prit son manteau et ses gants. Elle ferma la librairie à clé et sourit. Elle allait recevoir les nouveaux meubles aujourd'hui. Cela lui avait demandé une petite fortune mais l'argent n'était plus un problème. Elle avait déjà commencé à repeindre les chambres des garçons qui choisirent d'un commun accord une couleur qui leur plaisait à chacun. Elle leur fit leur petit coin à chacun dans la chambre avec des affiches de leur passion. Que ce soit le foot, le base-ball, l'équitation et bien d'autre encore ils pouvaient le modifier comme bon leur semblait. Ils pouvaient mettre des photos de leurs amis, des endroits qu'ils aimaient. Elle voyait bien qu'ils commençaient à reprendre goût à la vie. Roger était par contre de plus en plus frustré. Depuis qu'elle avait mis en place ces activités, il n'avait plus la possibilité de faire venir un seul enfant pour se soulager. Même lorsqu'il tentait d'aller le chercher le soir lorsqu'elle était enfin parti, il était dans l'incapacité d'ouvrir la porte et la poignet se mettait à chauffer lorsqu'il insistait trop. Les seuls moments où il se sentait bien étaient lorsqu'Alice venait faire le ménage dans son bureau. Il ne se gênait pas de la lorgner du regard en feintant de lire des documents importants. Plusieurs fois il avait tenté de rapprocher sa main de ses fesses rondes et fermes mais son bras se bloquait toujours, comme retenu par une force invisible. Elle se retournait souvent à ce moment là en lui envoyant un regard mystérieux qui le faisait frissonner de plaisir. Mon dieu qu'il désirait cette femme! Cela devenait même presque malsain tellement il se mettait à fantasmer sur elle. Elle était si...fascinante! Il n'arrivait pas à être violent et cruel avec elle. Il fondait rien qu'en la voyant et devenait tout mielleux. Un sentiment qu'il n'avait jamais ressenti de sa vie. Il entendit ses pas légers et réguliers. Ses petits talons claquaient sur le sol en bois et il prenait plaisir à les écouter. Ils se stoppèrent et il entendit Alice frapper à sa porte. Il lui pria d'entrer et il fut de nouveau happé par ses yeux gris. Cette couleur était perturbante. Il n'avait jamais vu de tels yeux! Elle lui sourit de cette façon si charmante et s'assit face à lui:
«_ Bonjour Roger.
_ Bonjour Alice.
_ J'aimerais vous demander quelque chose.
_ Quoi donc ma chère?
_ J'aimerais emmener aujourd'hui les enfants à Londres dans un parc d'attraction. Me le permettez-vous?
Une voix en lui criait à plein poumons que c'était de l'argent balancé par les fenêtres mais comme d'habitude il ne l'écouta pas et répondit tout le contraire.
_ Oui bien sûr que vous pouvez. Cela fera du bien à ces garçons de prendre un peu l'air.
_ Je vous remercie Roger. Ne vous inquiétez pas, je prends en charge les dépenses de cette sortie!
_ Il n'en est pas question! Vous ne débourserez pas un sou de plus! Vous en avez déjà assez fait en payant ces meubles hors de prix qui viennent de nous être livrés ! Toutes les dépenses seront payées par moi et seulement moi, est-ce clair?
_ Je...Je me sens confuse. Je ne voudrais pas que vous payiez pour l'une de mes idées. Je peux en assumer les conséquences.
_ Pas un mot de plus Alice ou je risquerais de me vexer. Je payerai un point c'est tout!
_ Si vous insistez tant Roger, je ne peux pas refuser. Merci beaucoup. Nous reviendrons dans la soirée! »
Elle sortit enchantée du bureau et se mit à sautiller comme une petite fille. C'était tellement facile! Elle allait le dépouiller de son précieux argent. Elle se dirigea dans le hall et exigea à l'affreux gardien de porter les meubles dans les chambres qu'elle lui désignerait. Il lui lança un regard de pur dégoût qu'elle renvoya en prime avec de l'arrogance. Elle était au-dessus de lui et il le savait. Il ne pouvait rien faire. Un mot de sa part et le directeur le renverrait. Il avait besoin de ce travail. Il n'avait nul part où aller à part là. Il avait assez longtemps goûté à la rue et ses épreuves pour qu'il puisse se permette d'y retourner une nouvelle fois. Il se dirigea donc vers les immenses cartons empilés dans le hall et en prit un de mauvaise grâce. Elle lui ordonna de le monter dans la nursery. Il le fit non pas sans suer et souffrir sous le poids qu'il transportait. Elle le regarda avec plaisir galérer dans les escaliers. Une petite main se mit à tirer sur les jupons de sa robe. Elle pencha sa tête et vit Tom, légèrement rougissant. Elle s'accroupit à son niveau et lui fit un sourire chaleureux tout en lui frottant les cheveux.
«_ Bonjour Tom! Tu as bien dormit?
_ Oui merci et vous?
_ Oh s'il te plaît cesse de me vouvoyer, j'ai l'impression d'être aussi vieille que mes parents.
_ Je ne peux pas vous tutoyer, je vous dois le respect.
_ Et c'est en refusant de me tutoyer alors que je te le demande que tu me manques de respect.
Elle avait répondu d'une voix froide et tranchante. Cette femme était une véritable énigme pour lui. Il n'arrivait pas à la cerner comme les autres.
_ Alors je vous manquerais de respect à vos yeux mais non aux miens. Je ne mérite pas de vous tutoyer. Nous ne nous connaissons pas assez et seuls les enfants tutoient les personnes de leur famille. Aux autres adultes ils doivent respect et vouvoiement.
_ Qui t'a dit cela?
_ Personne. C'est l'idée que je me suis faite en entendant des enfants parler à leurs parents dans la rue.
Il n'avait jamais eu de famille et il ne pouvait se baser que sur des inconnus, des passants.
_ Bien, alors je vais faire en sorte que tu me tutoies. Je ne lâcherais pas le morceau tu sais.
Et sur ses bonnes paroles, elle lui déposa une tendre bise sur son front dégagé et pria aux enfants de se réunir à la cantine. Elle les attendit avec le sourire et commença enfin son discours lorsqu'elle vit le dernier garçon arriver. Elle tapa dans ses mains afin de faire taire les conversations et sortit une belle affiche qu'elle exposa à leurs yeux.
_ Voici là où nous nous rendons aujourd'hui!
Des cris de surprise et de joie s'élevèrent en voyant écrit parc d'attraction. Ils n'avaient jamais eu l'occasion de faire une quelconque sortie.
_ Je vois que l'idée ne vous déplaît pas trop. Alors allez vous débarbouiller, mettez une tenue décontracté.
Elle vit des rougeurs et des regards gênés. Ils regardèrent leurs vêtements avec dégoût. Ils allaient se promener avec ces horreurs. Quelle merveilleuse image ils allaient donner d'eux. Elle comprit vite le problème.
_ Oh! J'ai oublié de vous dire. Je souhaiterai tout d'abord que vous m'ameniez tout vos vêtements. Quand je dis tout c'est tout, y compris ceux que vous portez. Je ne suis pas une vieille perverse, vous pouvez descendre en sous-vêtements sans problème.
Ils ne comprirent pas cette demande si étrange mais ne résistèrent pas. La femme ne leurs avaient jamais fait de crasse alors pourquoi aujourd'hui. Ils pouvaient lui faire confiance. Après un quart d'heure de vidage des armoires, ils redescendirent avec chacun leur boule de vêtements, en caleçon Elle leur pria de se mettre en ligne derrière un gros tonneau. Ils le firent et attendirent la suite.
_ Bien! Vous voyez ce tonneau? Il serra celui qui va vous libérer de ces horreurs!
Des étoiles brillèrent dans leurs yeux.
_ Un par un vous allez balancer avec toute la hargne que vous ressentez envers ces bouts de tissus et vous viendrez vous asseoir à une table.
Ils ne comprirent toujours pas la manœuvre mais suivirent le mouvement, jetant avec haine les vêtements. Certains même allèrent jusqu'à cracher dessus. Alice n'était pas étonné et encourageait même à ce genre de geste. Une fois tous les garçons passés et assis, elle prit de lourds cartons qu'elle eut du mal à porter. Les garçons plus âgés l'aidèrent à poser les cartons sur les tables. Elle les remercia avec un sourire et les ouvrit.
_ Alors maintenant je vous vais appeler et vous prendrez votre nouvelle boule de vêtements mais celle-ci est pliée et repassée.
Des cris de stupeurs sortirent. Comprenaient-ils vraiment la même chose?
_ Paul!
Un petit garçon de quatre ans, blond aux yeux noirs s'approcha timidement. Elle lui fit un sourire qu'il lui renvoya plus intimidé. Elle prit six T-shirt et pantalon qu'elle lui remit. Elle rajouta deux pulls, des chaussettes, des sous-vêtements, des gants chauds, un bonnet, une grosse écharpe et deux paires de nouvelles chaussures. Il n'en croyait pas ses yeux. Toutes ces belles choses étaient pour lui? Il se mit à pleurer en faisant tomber les vêtements par terre. C'était trop pour lui. Plusieurs personnes le rejoignirent dans ses pleurs. Les plus âgés se contentèrent de retenir leurs larmes à grande peine. Cette femme était un ange envoyée pour les aider. Elle sourit tendrement. Elle était touché par leur réaction. Tom ne pleura pas. Il ne montra pas son trouble. Il l'était déjà assez à l'intérieur. Oui, à l'intérieur il pleurait à chaudes larmes. Il ne pouvait croire la chance qu'il avait. Cette femme était certainement un mirage. Il allait se réveiller d'une minute à l'autre et se retrouver de nouveau dans ces chambres austères, ses journées mornes et vides, comblées par des viols. Alice prit le petit Paul dans ses bras, en tentant tant bien que mal de le faire cesser de pleurer mais c'était peine perdue. Elle le berça délicatement en lui chuchotant des mots rassurants. Il sourit et sécha ses larmes. Il prit sa nouvelle garde robe qu'il mit dans un carton que lui tendit Alice. Il y rangea précieusement son nouveau trésor et laissa la place au suivant. Ils remarquèrent avec surprise que les vêtements étaient chacun à leur goût, leur taille. Rien n'avait été laissé au hasard. Si les plus jeunes avaient préféré pour la plupart des T-shirt amples, colorés et décorés, les aînés s'étaient facilement tournés vers les chemises, les débardeurs qui pouvaient mettre leur corps en valeur. Ils comprirent soudainement ces séances de questions, de mesures. Elle voulait leur prendre des vêtements qui leur plairait. Elle était parfaite. Chacun prit son carton, les larmes aux yeux.
_ Je dois dire que je ne sais pas si tout vous plais et je sais pertinemment que ce ne sera pas suffisant pour vivre. C'est également pour cela que demain c'est sortie shopping de prévu!
Avaient-ils bien entendu...?
_ On se fera certes remarquer mais je ne compte pas vous laisser ainsi. Je veux que vous portiez des vêtements que vous aurez choisi!
Ils ne purent rien dire d'autre que des remerciements sans fin.
_ Bien, maintenant que tout le monde a sa garde robe, allez vous habiller. Je crois que je commence à avoir des pensées perverses.
Elle tourna son regard vers les plus âgés qui se mirent à rougir en souriant. Ce fut un fou rire général où même Tom prit presque part. Elle était devenue le rayon de soleil manquant. Ils sortirent de la cantine et tombèrent sur le gardien qui était en sueur en essayant vainement de porter un troisième carton. Alice s'avança avec plaisir vers lui.
_ Que vous arrive-t-il mon cher? Vous avez un peu de mal?
_ Croyez-vous sincèrement que je sois capable de porter tout cela tout seu?
_ Je ne suis qu'une femme, je ne peux que me tourner vers un homme pour accomplir ce genre de tache. Si vous vous n'y arrivez pas, alors que serait mon calvaire si je me penchais sur cette tache? Je pensais que vous aviez plus de muscles dans vos bras. Est-ce les années qui vous ont un peu ratatinées? Souhaitez-vous que je demande à ce bon Roger de venir vous aider?
L'idée que le directeur vienne et le voit dans cet état le fit trembler. Cela serait sa fin! Sans répondre, il prit avec force le carton et se dirigea vers son ennemi: L'escalier.
_ Posez le devant la chambre 2 celui-ci. Merci, je ne vous remercierai jamais assez pour votre précieuse aide.
Les garçons étouffèrent leur rire et passèrent avec joie à coté de lui dans le grand escalier de l'orphelinat. Il les regarda se moquer de lui du regard. Oh qu'il avait envi de leur faire sentir un bon coup de ceinture bien placé! Mais il était pieds et poings liés depuis l'arrivée de cette démone au visage d'ange. Il prendrait un jour sa vengeance! Alice passa la matinée à indiquer au gardien où poser les meubles et finit ensuite de vérifier la tenue de ses petits protégés. Elle leur permettait à présent de prendre une bonne douche par jour et celle-ci chaude. Un véritable régale pour eux. Elle vérifia le dernier garçon et sourit.
_ Bien! Je n'ai plus qu'à confier les plus jeunes à une amie et nous partons direction le parc d'attraction!
_ Ouais!
Elle mit les bambins dans des poucettes. Plusieurs garçons l'aidèrent à les amener à sa librairie. Ils furent surpris en la voyant. C'était la première fois qu'ils rentraient dans sa boutique. Petite et chaleureuse. Tout à fait à son image. Mais également étrange. Il flottait une atmosphère indescriptible. Elle les congédia avec le sourire et appela l'elfe de maison qu'elle avait engagé quelques jours auparavant.
_ Bonjour madame, Madame a appelé Bely?
_ Bonjour Bely. J'aimerais que tu gardes ces enfants pour moi. Occupe toi d'eux comme si ils étaient ta propre vie. Je ne veux que rien ne leur arrive.
_ Comptez sur moi madame, Bely s'occupera bien d'eux!
_ Merci Bely, je n'en doute pas un instant.
Elle sortit et rejoignit les garçons.
_ Direction le parc d'attraction!
_ Ouais!"
