Ils étaient rentrés sans grand problème à l'orphelinat. Ils découvrirent en rentrant dans leur chambre les nouveaux meubles qu'elle leur avait commandé. Le gardien les avait « gentiment » construit pendant leur absence. Elle lui avait laissé une liste complète où elle lui expliquait où placer les meubles, dans quelle chambre et comment. Elle laissa les garçons à leur découverte et se dirigea vers le bureau du directeur. Elle frappa et entra naturellement sans attendre de réponse. Elle le vit sursauter à son arrivé soudaine et semblait grandement gêné. Elle comprit la source de sa gêne en voyant des chaussures à talons dépasser de dessous son bureau. Elle venait de le prendre sur le fait...Elle ne s'y attarda pas, faisant comme si elle n'avait absolument rien vu même si la seule envie qu'elle ressentait était de lui en balancer une. Au moins il ne s'en prenait plus aux enfants. Elle s'assit, croisant les jambes et en profita pour donner un coup involontaire à la blonde très occupée. Le bureau eut un saut soudain et les sueurs de Roger ne faisaient qu'augmenter. Elle lui lança un regard plein d'interrogations.

«_ Ne vous en occupez pas ma chère, c'est ma jambe qui a eu un sursaut. Cela m'arrive parfois.

_ Mais dites moi, vous êtes sûr que vous allez bien ? Vous êtes tout rouge et votre respiration est courte et rapide. J'ai fait des études de médecine, je peux voir si quelque chose ne va pas.

_ NON !

Alice se rassit subitement à la suite de sa réponse paniquée. Elle se retint de justesse de sourire.

_ Je veux dire...Ne vous dérangez pas. Ce n'est rien. Cela m'arrive lorsqu'il fait trop chaud.

_ Vous avez trop abusé du chauffage Roger ?

_ Oui certainement.

_ N'est-ce-pas vous que m'aviez dit que les chambres des garçons étaient peu chauffées parce qu'il persistait beaucoup de problème de chaufferie ?

L'homme face à elle était ce que l'on pouvait appeler dans un état de panique pur. Sa respiration de plus en plus courte et incontrôlée suivait de prés ses bégaiements et sa sueur abondante.

_ Je...C'est...Enfin...Euh...

_ Vous l'avez faite réparer?

_ Oui ! C'est...cela ! Pendant que vous étiez dehors...

_ Quelle gentille attention ! Les garçons vont en être ravis ! Il est difficile de dormir sous le froid. Ils dormiront comme des bébés cette nuit.

_ Oui...Je le pense aussi.

_ Bon et bien je vais vous laisser.

_ Oui bonne nuit Alice.

_ Mais avant...Je vous remets le montant de cette sortie. J'ai fait les calculs et pense ne rien avoir oublié.

Elle déposa une feuille sur son bureau et il put y lire le montant. Sa respiration se fit sifflante et douloureuse à la vue de la somme astronomique qu'elle lui demandait.

_ Passez une bonne nuit vous aussi et...n'abusez pas trop sur la sucette, le sucre peut devenir nocif à forte dose. »

Elle partit sur ses bonnes paroles et monta voir une dernière fois Tom. Il était sur son lit, de nouveau mit à l'écart. Elle fit un sourire aux autres garçons et se dirigea vers son petit protégé. Elle s'assit sur son lit et lui caressa les cheveux. Il releva précipitamment la tête et son regard s'apaisa en la voyant. Elle déposa tendrement ses lèvres sur son front et lui enleva le livre de ses mains.

«_ Il est temps de dormir à présent Tom. Demain sera une longue journée.

_ Je n'ai pas sommeil.

_ Vraiment ?

_ Je ne peux pas dormir ici.

_ Pourquoi ?

Il jeta un regard aux garçons qui le regardaient avec haine et jalousie. Il était le seul à avoir autant d'attention de la part de Alice. Ils allaient certainement le lui faire payer pendant son sommeil. Elle comprit et le fit se lever.

_ Bien, alors viens ! Je dois ramener les petits dans leur chambre, tu vas m'aider.

_ Pourquoi je le ferais ?

_ Parce que je te le demande et cela avec le sourire.

_ Hmm...

Il la suivit sous les regards noirs de ses camarades de chambres. Ils se dirigèrent vers la librairie qu'elle ouvrit lentement.

_ Bely ?

_ Oui madame. Madame a appelé Bely ?

_ Oui Bely, je vais devoir ramener les enfants dans leur chambre mais vu l'heure j'ai peur qu'ils tombent malade si on les fait sortir. Pourrais-tu transplaner avec moi jusqu'à leur chambre ?

_ Cela sera fait comme vous le désirez madame.

Tom qui se trouvait derrière elle ne savait plus comment réagir. Il se tenait devant lui une sorte de créature à l'allure chétive et craintive qui se pliait avec plaisir aux ordres d'Alice. Elle vit son trouble et répondit à ses questions silencieuses.

_ Tom, je te présente Bely, c'est une elfe de maison.

_ Enchanté monsieur Tom, vous devez être le fils de madame Alice.

Un froid fut jeté à la suite de sa réponse. Non, il n'était pas son fils et ne le serait certainement jamais. Son regard était devenu froid. Il n'avait pas droit à ce bonheur. Il sentit soudainement qu'on le prenait par les épaules.

_ Ce n'est pas mon fils biologique, mais je le considère comme tel depuis un moment.

Il regarda Alice avec surprise. Etait-elle sérieuse... ? Pouvait-il le croire ? N'était-ce pas un moyen d'obtenir autre chose en retour ? Les adultes étaient tous comme cela. Agir par intérêt. Non...elle n'était pas comme cela et il avait eu l'occasion de le voir. Elle ne se contentait pas de faire le bonheur autour d'elle, elle le créait de toute pièce et avec le sourire. Il pouvait peut-être lui faire confiance. Elle lui avait démontré qu'elle en était digne à plusieurs reprises.

_ Si c'est vraiment le cas, pourquoi ne pas m'adopter ?

Il savait que c'était une réaction et une demande enfantine et égoïste, mais il ne pouvait s'empêcher de poser la question. Rien qu'à l'idée de vivre à ses côtés, son cœur se remplissait de bonheur sans qu'il sache pourquoi. Il s'attendit peut être à ce qu'elle s'énerve mais au lieu de cela elle parut gênée...

_ Tu le voudrais vraiment Tom ?

_ Je ne vous poserais pas la question si ce n'était pas le cas.

_ Pour tout te dire. Cela fait un moment que j'y pense. Je voulais te le demander pour tes 7 ans.

_ Vraiment ?

Il ne pouvait pas le croire. Quelqu'un voulait l'adopter malgré les faits bizarres qui l'entourait ! Ah...Sûrement parce qu'elle était elle-même une sorcière et que c'était normal pour elle.

_ Oui Tom c'est vrai. Je ne pense pas avoir un jour un enfant et j'aimerais que tu le sois.

_ Pourquoi attendre alors ?

_ Je voulais attendre d'avoir stabilisé la situation à l'orphelinat avant de passer aux procédures d'adoption.

_ Pourquoi vous occupez-vous d'eux ? Ce ne sont pas eux que vous voulez adopter !

_ Cela s'appelle être humain Tom. Je ne pourrais jamais partir en laissant des enfants dans cette situation. Je ne suis pas comme cela et il faudra que tu t'y fasses si tu veux un jour vivre avec moi.

Etre humain... ? A cet orphelinat on leur apprenait à être tout sauf humain. On devait apprendre à survivre, à être rusé pour être au-dessus des plus faibles. Pouvait-il concevoir qu'il pouvait être lui aussi humain ? Il ne le serait certainement jamais...Il repensa aux paroles de la vieille voyante. Deux vies se présentaient à lui...La puissance ou l'amour...Il y a quelque mois, il aurait répondu sans hésitation qu'il ne voulait que la puissance mais depuis qu'il avait rencontré Alice, sa poitrine était lourde comme si il découvrait l'existence de son propre cœur. La vie qu'il aurait toujours dû avoir...L'amour le suffirait-il ? Qui sait...l'avenir lui dirait.

_ Bon, Bely aide moi s'il te plaît.

_ Bien madame.

Ils prirent les enfants et disparurent dans un « plop » et « crac » sonore. Il les vit réapparaître quelques minutes après, prenant d'autres enfants, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'il ne reste plus que Tom dans la pièce. Elles revinrent et Bely proposa une tasse de chocolat chaud. Elle accepta et lui demanda d'en faire deux. Elle s'assit sur un fauteuil, face à Tom.

_ Alice, j'aimerais voir le monde sorcier.

Elle releva la tête avec fatigue.

_ Tu le verras un jour Tom. Je te le ferais découvrir.

_ Pourquoi attendre ?

_ Parce que lorsque tu habiteras avec moi, je ferais en sorte que l'on habite dans le monde sorcier. Je veux que tu grandisses dans ce que tu es. Tu as perdu assez d'années ici dans le monde moldu qui ne peut plus rien t'apporter à présent.

_ Pourquoi n'êtes-vous pas venu plus tôt me chercher ?

_ Crois bien que si j'avais appris ton existence, je serais venu te chercher à ta naissance même.

_ Pourquoi faîtes-vous tout cela pour moi ?

_ Parce que je t'aime Tom.

La phrase l'émeut plus qu'il n'aurait voulu. Il sentit les larmes lui monter aux yeux. Il ne pouvait pas pleurer ! Cela faisait des années qu'il se l'était interdit ! Il se retint de justesse de verser sa joie. Elle lui tendit un chocolat chaud que Bely venait de préparer. Il le prit et but silencieusement. Elle lui montra finalement à la fin de sa tasse sa chambre. Il découvrit une chambre d'enfant. Des jouets qui débordaient d'un coffre à jouets. Un lit double au matelas épais, qui semblait être confortable et doux. Une armoire blanche au bois poli contre un mur. Un grand bureau avec une lampe à huile posée sur celui-ci. Il s'extasia devant l'immense bibliothèque qui se trouvait dans la chambre. Elle se composait essentiellement d'ouvrages sorciers. Il se tourna vers Alice.

_ C'est vraiment pour moi ?

_ Oui, je l'ai préparée il y a à peu prés deux semaines. Installe toi confortablement, parce que c'est ta chambre à présent.

Elle ferma la porte, n'entendant presque pas le merci qu'il murmura. Il avança peu sûr dans sa chambre. Un terme qu'il avait du mal à employer. Il ne considérait pas la pièce où il dormait dans l'orphelinat comme sa chambre. Mais là...Il était seul et tout ce qui trouvait ici était à lui et à lui seul ! Il se mit soudainement à courir en direction du lit et se mit à sauter dessus tout en rigolant jusqu'aux larmes. Combien de temps avait-il rêvé de faire cela ? Il ne le savait pas lui-même. Il s'endormit plusieurs heures plus tard après avoir découvert avec joie tous les jouets sorciers et moldus qui se trouvaient dans sa chambre. Il prenait goût à simplement jouer, chose qu'il n'avait jamais fait. Il devenait petit à petit un vrai petit garçon.

Le lendemain, il s'habilla avec les vêtements qui se trouvaient dans son armoire et se dirigea vers la cuisine. Il y trouva Alice qui lisait un journal aux illustrations qui bougeaient. Il ne fit aucuns commentaires sur ce nouveau fait et s'assit face à elle. Elle lui fit un sourire en le voyant :

«_ Bonjour Tom, tu as bien dormis?

_ Oui et vous ?

_ Comme toujours. Qu'est ce que tu manges le matin ?

_ Rien en règle général. Les plus grands ont souvent mangé le peu de nourriture qu'ils nous servent.

Alice parut outrée par cette nouvelle. Elle appela Bely qui apparut une nouvelle fois dans un « plop ».

_ Bely peux-tu préparer un somptueux petit déjeuner pour Tom s'il te plaît ?

_ Bien sûr madame.

Elle s'affaira à la tache et la table fut remplie de mets dégageant une odeur exquise. Il ne savait pas par quoi commencer. Tout lui semblait si...irréel.

_ Mange ce que tu veux, Bely va se vexer si tu ne manges pas.

Tom lança un regard à l'elfe de maison qui confirma d'un signe de tête. Il reporta donc son attention sur des œufs brouillés. Il s'en servit légèrement n'ayant pas l'habitude de pouvoir se servir à volonté. Alice vit son hésitation et son cœur se serra lorsqu'elle vit la petite quantité de nourriture qui se trouvait dans son assiette. Les habitudes étaient tenaces. Elle se leva, prit l'assiette de Tom et le servit généreusement de tous les plats qui se trouvaient sur la table, disposant ainsi trois assiettes pleines devant lui.

_ Alors là tu as une assiette avec seulement du sucré, celle là du salé et la dernière tu as des deux. Je veux que tu manges tout ce qui se trouve dans ces assiettes jusqu'à ce que tu ne puisses plus rien avaler. Tu ne sortiras pas de cette table avant cela, est-ce bien clair jeune homme? »

Tom écarquilla les yeux face à cet ordre. Il devait se gaver... ? Son estomac répondit à sa place en s'exprimant par un charmant gargouillement. Il eut la politesse de rougir et de finalement plonger sa tête dans les assiettes. Son palet eut le plaisir de découvrir le goût divin du chocolat, des fruits frais, de la crème, de la vanille, des toasts, des tartes et bien d'autres choses. Il se retenait à grande peine de ne pas déverser les larmes qui menaçaient de couler à flots. Alice fit comme si elle n'avait rien vu. Elle savait qu'il avait sa fierté et le vexer n'était certainement pas une bonne idée. Il finit finalement les trois assiettes au prix de gros efforts. Son estomac n'était vraiment pas habitué à recevoir autant de monde. Elle se leva et prit son manteau. Tom en fit de même et ils se dirigèrent vers le portail de l'orphelinat. Elle le poussa, ouvrit la porte et dédia son sourire hypocrite au gardien qui grimaçait toujours autant en la voyant. Elle ouvrit la porte de la cantine et vit tous les garçons présent. Elle passa dans les rangs et vit que beaucoup d'assiette étaient bien moins bien remplies que d'autres.

«_ Et bien, qu'est ce qui se passe ici ? Comment cela fait-il que les jeunes aient des assiettes si peu remplies ?

Le chef cuisinier se rapprocha. C'était la première fois qu'elle lui faisait face et elle avait déjà cerné le personnage qu'il était. Un homme amer, autant par sa vie que par son entourage qui se vengeait par ce qui lui tombait sous la main, et dans son cas, les garçons de cet établissement. Il la jugea du regard et cracha à ses pieds. C'était pas lui qui se tapait le ménage pour avoir une telle réaction.

_ Qu'est ce que vous avez mam'zelle la bonniche ? Vous avez un problème avec ma cuisine ?

Les garçons retinrent leur souffle. Ils avaient déjà vu en direct le caractère exécrable dont pouvait faire preuve Alice. Elle sortit ce sourire si beau qui ne présageait rien de bon. Elle prit une des assiettes.

_ Sans vouloir vous vexer monsieur le chef. Je ne peux pas avoir un problème à proprement parler avec votre cuisine étant donné que je ne l'ai jamais goûté, et j'en remercie chaleureusement tout les dieux qui peuvent exister en ce monde. Je ne m'en tiens qu'à l'apparence répugnante qu'a celle-ci pour pouvoir avancer que son goût ne doit pas en être meilleur. Maintenant si on doit parler de problème, je dois dire que je ne supporte pas que vous privilégiez les aînés. Les jeunes ont aussi le droit de manger à leur faim !

_ Non mais pour qui vous vous prenez? Vous n'avez rien à dire sur le comment que je travaille ! Si ils ont faim ils ont cas bouffer de la terre les marmots ! C'est pas mon problème !

_ Avant de me faire face, veuillez apprendre à parler et cela sans postillonner. J'espère sincèrement que vous ne parlez pas en cuisinant ou je n'imagine que plus l'excellent goût que doivent avoir vos plats. Après, pour ce qui est de vous dire de quelle façon vous devriez travailler, j'en prends le droit et même le gauche pour vous dire que vous êtes minable dans tout les sens du terme. Je ne vois pas pourquoi les enfants devraient subir votre incompétence. Oui vous m'avez bien entendu, vous êtes incompétent ! Ce n'est pas leur faute si aucun restaurant n'a voulu avoir la chance d'avoir votre merveilleuse présence. Alors, vous avez intérêt à régler certains points. Je ne veux plus voir aucune assiette vide.

_ Non mais vous allez pas bien ! Je vais vous montrer moi !

Il chargea, dans l'intention de la mettre à terre mais Alice eut un coup d'avance sur lui en lançant discrètement un sort qui lui immobilisèrent les jambes. Il fut sur le point de chuter. Elle lui prit un bras et utilisa tout son poids pour lui faire une prise qui le mit au sol. Un crac sonore retentit et un hurlement s'éleva. C'était certainement la pauvre colonne vertébrale de ce cher chef qui venait de se briser. Il hurlait à la mort. Elle se baissa à son niveau, lui prit le col de sa chemise poisseuse et le releva un tant soit peu.

_ Maintenant que vous savez que je ne rigole pas et que je ne suis pas une petite mam'zelle, vous allez me faire le plaisir de bien faire votre boulot ou je saurai venir vous régler votre compte, est-ce bien clair monsieur le chef ?

Il secoua sa tête dans tout les sens sous la douleur en essayant tant bien que mal d'éviter son regard perçant. Il s'égosilla à répondre des oui entre ses cris. Elle se releva et afficha une expression de pure inquiétude en voyant les portes s'ouvrir sur Roger. Elle se pencha et aida le cuisinier à se lever.

_ Oh mon dieu ! Vous allez bien ? Venez, il faut que je vous ausculte !

_ Que se passe-t-il ici ? Que vous arrive-t-il Jean ?

_ Monsieur le directeur...Ah !

Alice venait d'appuyer sur son dos en signe d'avertissement.

_ Roger ! Venez m'aider ! Il faut tout de suite envoyer Monsieur Jean à l'hôpital ! J'ai peur qu'il se soit cassé la colonne vertébrale !

Il ne se fit pas prier et aida la jeune femme à transporter le chef. Ils l'amenèrent jusqu'à une voiture et le gardien fut chargé de l'envoyer à l'hôpital. Alice expliqua la situation à Roger qui but toute ses paroles sans problèmes. Elle retourna finalement dans la cantine où elle trouva les garçons, qui n'avaient pas bougé d'un poil.

_ Bien, je dois dire que je ne suis pas fier de certains. Comment pouvez-vous laissé les plus jeunes mourir de faim ? Vous devriez être au contraire solidaire dans votre situation ! Vous êtes seuls face à ce monde impitoyable qu'est la vie. Il faut savoir s'entraider ! Vous ne survivrez pas longtemps en faisant cavalier seul ! Peu importe qui c'est il faut que vous l'aidiez ! Me suis-je bien fait comprendre ?

Sa posture était froide, son ton tranchant, son regard sévère. Les aînés baissèrent la tête, honteux. Les plus jeunes furent gênés, aucuns d'eux n'étaient solidaire. C'était la loi du plus fort qui régnait en ces lieux.

_ Je veux vraiment que vous vous en sortiez dans la vie, continua-t-elle d'un voix soudainement plus douce. Je ne veux pas vous voir mal tourner ou mourir de faim dans les rues. Vous méritez tellement mieux vous qui avez subit la dure réalité de la vie. La vie n'est pas facile et elle peut être impitoyable mais également douce et juste. Maintenant que vous avez connu ses côtés sombres, il est temps pour vous de goûter ce qu'elle peut offrir d'autre. Allez vous préparer, je vous invite tous à manger.

Ils s'élancèrent avec entrain dans leurs chambres à la chasse aux vêtements. Une fois cela fait, ils marchèrent dans les rues à la conquête d'un restaurant. Elle les entraîna dans un restaurant qu'elle connaissait à son époque. Ron n'avait pas menti en disant qu'il était ouvert depuis presque un siècle. Ils s'installèrent non pas sans attirer l'attention une nouvelle fois. Ils commandèrent avec plaisir ce qui se trouvaient sur la carte. Tom était d'autant plus à l'écart en ayant déjà bien mangé ce matin.

_ Les garçons, mangez à votre faim, ne vous retenez pas. J'ai déjà généreusement payé pour votre note alors servez vous à volonté. Je vais faire les magasins avec Tom, nous revenons dans à peu prés une heure et demie. Profitez bien.

Elle prit la main de Tom qui ne protesta pas. Elle le mena à un bar délabré du nom de « Chaudron Baveur » que personne ne semblait remarquer. Les gens passaient devant sans lui accorder un regard comme s'ils ne le voyaient pas. Un petit homme à l'accoutrement assez étrange, au chapeau pointu y entra. Alice y entra à son tour et sourit au barman.

_ Bonjour Tom.

Tom ne comprit pas pourquoi elle lui souhaitait le bonjour, quand il vit le barman répondre à sa place.

_ Bonjour Miss Standel, comment allez-vous ?

_ Bien, les affaires marchent toujours aussi bien ?

_ Comme toujours. Qui est l'enfant qui vous accompagne ?

_ Mon cher Tom je vous présente mon petit protégé, Tom Jedusor.

_ Enchanté jeune homme, nous avons le même nom, vous serez mené à faire de grande chose.

_ Bonjour monsieur.

_ Pas de monsieur qui tienne, un Tom suffira.

_ Très bien Tom, répondit d'une même voix le jeune Tom.

_ Pouvons-nous passer par le portail Tom?

_ Oui, je vous en prie miss, passez une bonne journée sur le chemin de traverse.

_ Merci, vous aussi. »

Ils passèrent une porte qui les menèrent sur une petite arrière cour. Ils faisaient face à un mur en pierre. Il était banal, rien ne le différenciait à d'autre alors pourquoi le contempler ? Il ne cessait pas de se poser des questions. Il la vit sortir sa baguette qu'elle posa sur des pierres dans un ordre précis. Il vit soudainement les pierres bouger, le mur se briser pour finalement laisser un passage vers une longue et large rue.

_ Bienvenue dans le chemin de traverse Tom.

Il n'en croyait pas ses yeux. C'était...magnifique ! Des sorciers de toute taille, de toute forme, aux capes colorées, sombres, longues ou courtes, aux chapeaux poussiéreux, soignés, pointus, déchirés, ronds qui flânaient entre les magasins plus surprenant les uns que les autres. Il sentait la magie s'épanouir dans cet endroit. C'était si agréable de la sentir pleinement l'entourer ainsi. Il se sentait comme entier. Il comprenait ce qu'Alice voulait dire en disant que le monde moldu ne pourrait plus rien lui apporter. Il se sentait enfin complet dans cette sensation si grisante qu'était la magie pure. Il n'était plus un intrus mais enfin un de leur semblable. Personne ne le regardait avec cette lueur d'incompréhension, d'égarement total. Un sourire s'étendit sur son visage. Ils s'arrêtèrent dans un magasin de couture où une femme blonde se jeta presque sur lui avec un mètre et des ciseaux.

_ Oh Bonjour madame! Vous m'amenez votre fils aujourd'hui ? Des vêtements pour lui?

_ Oui s'il vous plaît.

La femme ne se fit pas prier et continua ses mensurations.

_ De quels genres les souhaitez vous?

_ J'aimerais des vêtements moldu avec enchantements inclus comme ceux de réchauffement, de fraîcheur, d'antitache, et contre l'usure. Avec cela des vêtements sorciers aux propriétés protectrices et apaisantes. Tom choisira seul les modèles qu'il souhaite avoir.

Aucune hésitation dans sa voix. Elle était si sûre d'elle. Elle était si belle...Il ne pouvait plus détacher ses yeux de cette femme. L'aimait-il... ? C'était possible. Il ne saurait dire. Il ne connaissait pas ce sentiment et ses effets. Il ressentait son cœur prêt à bondir hors de son corps en la voyant. La couturière se ramena avec des mannequins en bois qui se mirent à défiler comme des vrais avec tous les modèles pour son âge. Il mit une bonne demie heure à trouver tout les vêtements qu'il souhaitait avoir. En essayant sa cape de sorcier, il ressentit une douce sensation apaisante l'envahir. C'était...magique. Quel autre mot aurait-il pu mettre sur les événements qui se déroulaient ? Aucun. Il rabattit la capuche de la cape et il eut l'impression d'être entouré par un halo de lumière. Alice l'observa un court instant et ressentit un drôle de sentiment. Il était si beau, et avait l'air si pur. Il l'était toujours mais serait souillé par le sang et la folie des grandeurs. Il ne méritait pas un tel destin. Personne ne le méritait d'ailleurs. Tom se regarda dans le miroir avec attention. Il semblait plus âgé dans cette tenue. Alice posa ses mains sur ses épaules. Il fixa l'image réfléchit par le miroir. Ils ressemblaient à une famille...mais...il n'avait pas l'impression de ressentir un amour maternel envers elle...sa simple présence le mettait mal à l'aise et emplissait son cœur de joie sans aucunes raisons. Il ne comprenait pas ce qui lui arrivait mais n'y pensait plus. Il laissait les événements venir à leur guise. Il la vit tendre une grosse bourse à la couturière qui lui rendit son sourire. Il repassa ses vêtements d'origine et ils ressortirent avec de gros paquets qu'Alice s'empressa de rétrécir. Y avait pas à dire. La magie c'était super ! Ils repassèrent malheureusement de nouveau le passage, rejoignant le bar et se retrouvèrent dans la rue de Londres. Ils allèrent au restaurant et virent les garçons rire de bon cœur. Leurs ventres étaient bien ronds. Ils sourirent en la voyant arriver. Ils commencèrent donc cette sortie shopping qui fut longue et éprouvante pour tout le monde. S'occuper d'autant de garçons en même temps était très difficile et compliqué pour les satisfaire. La journée se termina donc sur des centaines d'euros de dépenses et sur une fatigue accumulée qui ne demandait qu'à être apaisée et déversée dans un bon bain chaud. Ils rentrèrent tous plus épuisé les uns que les autres. Elle passa une nouvelle fois dans le bureau de Roger et y déposa une nouvelle note. Cela suscita une autre crise d'asphyxie, plus importante que la dernière et plus fatale surtout. Il en réchappa de peu. Les garçons s'endormirent tous sans exception avec le sourire aux lèvres.