J'adore vos petites questions concernant le bal de Noël. On verra bien avec qui Matilde passera cet événement... En attendant, plongeons-nous dans l'atmosphère glaciale des cachots...

(Poudlard et ses cachots appartiennent à J.K. Rowling)

Bonne lecture !

(Merci à Persis :)

Chapitre 22
Terreur dans les cachots

Le cœur battant à tout rompre, Matilde prit ses jambes à son coup et fila le long du couloir à toute allure. Rien ne lui importait autant que de mettre le plus de distances possibles entre elle et le Baron Sanglant. Elle emprunta les couloirs au hasard, puis elle prit un tournant serré et heurta une armure de plein fouet avant de s'effondrer durement sur le dos, les bras en croix, haletant bruyamment.

Étourdie, elle resta immobile sur le sol pendant un long moment, fixant une araignée qui avait fait sa toile au plafond au-dessus d'un grand vase d'argile qui ornait le coin du couloir. Sa douleur à la nuque se faisait ressentir encore plus cuisante.

Le Baron Sanglant était encore plus effroyable qu'elle ne se l'était imaginé. Avec ses yeux gris exorbités et ses longs doigts maculés de sang, allongés vers elle, lorsqu'il avait surgi brusquement du mur, Matilde était convaincue qu'il aurait très bien pu l'étrangler avec ses chaînes — même si Sir Nicolas de Mimsy-Porpington lui avait clairement mentionné qu'aucun fantôme ne pouvait lui faire de mal. Peut-être, pensa-t-elle, mais si elle avait maintenant la tête doublement endolorie, c'était en grande partie à cause de lui, non ?

Maudissant le Baron Sanglant et les armures qui avaient le don de se dresser dans les endroits les plus importuns, elle se leva péniblement du sol en se frottant la nuque et scruta le couloir faiblement éclairé par la flamme des torches, dans lequel elle se trouvait. Rien ne lui était familier. Elle éclata alors d'un rire jaune à l'idée qu'elle avait réussi à se perdre en plus.

— Ah, bravo, Matilde ! se dit-elle à haute voix, irritée. À présent, retrouve ton chemin !

« Rogue sera d'une colère noire… songea-t-elle avec désespoir. Il n'y a que très peu de chances, maintenant, que j'arrive à son bureau à temps... »

D'un geste fébrile, elle releva sa manche et consulta sa montre : neuf heures moins cinq. Il ne lui restait que cinq minutes pour trouver le bureau de Rogue. Cette journée devenait vraiment insupportable ! Après avoir dû affronter une affreuse tempête de neige, ridiculisée dans la salle commune, effarée par un Harvey complètement ivre, terrorisée par un fantôme, elle était maintenant perdue dans les couloirs du sous-sol à la recherche du bureau de Rogue ! Mais que pouvait-il lui arriver de bien pire encore, en plus de se faire sermonner sévèrement par Rogue lorsqu'elle se rendrait enfin à sa retenue, en retard ?

Une grosse goutte de sueur glissa le long de sa tempe et elle l'essuya machinalement du creux de sa paume avant de s'aventurer dans les couloirs, attentive au moindre mouvement et bruit de pas. Un élève de Serpentard apparaîtrait bien à un moment ou l'autre ? Elle avait remarqué que ceux-ci allaient et venaient souvent dans les sous-sols lorsqu'elle se rendait aux cours de Rogue. Pourquoi cela devait-il être différent aujourd'hui ?

Une autre goutte vint perler à sa tempe. Agacée, elle passa sa main une nouvelle fois, se demandant pourquoi tant de sueurs alors que les couloirs du sous-sol étaient humides et froids ? C'était peut-être dû à l'affolement envers la situation : Rogue l'attendait à son bureau, prêt à la faire souffrir davantage !

Elle bifurqua dans un passage étroit qui mena vers un escalier escarpé et fit alors demi-tour. Elle n'avait pas l'intention de monter à l'étage. Le bureau de Rogue devait sûrement être situé au sous-sol.

Cela faisait maintenant dix minutes qu'elle avait l'impression de tourner en rond dans la pénombre des couloirs et Matilde, exaspérée, essuya une autre goutte de sueur à son front. Si au moins on avait songé à accrocher des portraits aux murs du sous-sol. Elle aurait pu alors demander son chemin. Mais non ! Apparemment, l'humidité les aurait rongés !

Soupirant de désespoir, Matilde retroussa sa manche une nouvelle fois pour consulter sa montre. Horreur ! Ses mains étaient en sang ! Poussant une exclamation de terreur, elle alla retourner ses mains plusieurs fois sous la lueur d'une torche et les examina de toutes parts, à la recherche d'une quelconque blessure, mais rien. Ses mains étaient intactes, dépourvues d'aucune égratignure ou de coupure. Pourtant, elles ne pouvaient pas être couvertes de sang sans raison ?

Une autre goutte de sueur ruissela le long de sa tempe et Matilde comprit enfin : ce n'était pas de la sueur, c'était du sang. Se passant doucement les doigts sur le côté droit de son front, elle découvrit une entaille plus ou moins profonde, assurément survenue lorsqu'elle avait heurté l'armure de plein fouet.

« Eh bien, voilà ! pensa-t-elle avec colère. Voilà ce qu'il pouvait bien m'arriver en plus de me faire sermonner sévèrement par Rogue lorsque je me rendrai enfin à ma retenue, en retard ! »

Matilde poussa un juron sonore.

Un vague martellement retentit alors quelque part dans les couloirs du sous-sol et Matilde tendit l'oreille. C'était des pas. Quelqu'un marchait à proximité et se rapprochait rapidement d'elle. Enfin, quelqu'un lui venait en aide ! Elle n'avait plus qu'à attendre sagement et cette personne l'amènerait tranquillement à l'infirmerie, là où elle n'aurait pas à subir le mécontentement de Rogue. S'ouvrir le front était incontestablement une bonne excuse pour ne pas avoir à se présenter à une retenue, non ?

— Miss Beauregard ? dit une voix derrière elle, doucereuse et glaciale, et son soulagement s'envola aussitôt, laissant place à un accablement épouvantable.

C'était la voix de Rogue.

Matilde eut l'impression que son cœur cessait de battre. Elle n'osa pas se retourner vers lui, de peur qu'il s'élance sur elle et ne l'attaque comme un serpent avide de victime innocente pour lui faire payer de ne pas avoir été présente à son bureau à l'heure prévue.

— Que faites-vous dans ce couloir alors que vous êtes censée être à mon bureau depuis déjà quinze minutes ? demanda-t-il, toujours sur son ton doucereux, menaçant.

Matilde ne voulut pas répondre. Puis elle se rendit compte qu'elle retenait son souffle depuis quelques minutes et se mit donc à respirer à plein poumon, le plus silencieusement que possible.

— Retournez-vous ! ordonna-t-il.

Mais Matilde ne bougea pas, pétrifiée.

Retournez-vous ! répéta-t-il d'une voix plus forte et elle tressaillit violemment.

Contrainte à obéir, elle se retourna lentement en fermant les yeux étroitement, comme si cela pouvait faire disparaître Rogue. Mais lorsqu'elle les rouvrit, il se révéla bien présent, à deux mètres de distance, la toisant avec froideur à travers le rideau de cheveux noirs et graisseux qui lui tombaient autour de sa figure cireuse.

Il y eut un bref silence, puis Rogue sembla soudain l'observer plus attentivement. D'un air inquiet, il plissa les yeux.

— Qu'avez-vous à la tête ? murmura-t-il en s'approchant pour mieux distinguer sa blessure sous la faible lueur de la torche dont la flamme scintillait au-dessus d'elle.

Matilde resta muette.

— Répondez ! aboya Rogue.

Elle tressaillit une seconde fois.

— Je… j'ai frappé une armure…, balbutia-t-elle.

— Une armure, répéta Rogue en arquant un sourcil.

Il s'arrêta devant elle et glissa un long doigt sous son menton pour lui relever la tête de force. Il scruta son entaille pendant de longues secondes, puis retira son doigt en lui ordonnant froidement :

— Suivez-moi, Miss Beauregard.

En silence, elle le suivit et se retrouva rapidement devant une porte non loin de la classe de Rogue (Matilde se sentit alors idiote de ne pas avoir songé avec logique que son bureau avait dû forcément se retrouver à proximité de l'endroit où il donnait ses cours). Dans un grincement sinistre, Rogue ouvrit la porte et s'écarta pour laisser passer Matilde devant lui.

Le bureau de Rogue était aussi sombre que les couloirs du sous-sol, sinon plus. Les murs étaient entièrement recouverts de flacons et de bouteilles, de toutes sortes de fioles et de bocaux remplient de créatures mortes, visqueuses et répugnantes. Une triste cheminée remplie de cendre s'enfonçait dans le mur à droite, devant deux fauteuils délabrés, et Matilde espérait que Rogue allumerait un feu pour chasser le froid mordant de l'humidité. Mais il n'en fit rien. Il la dévisagea encore durant un long moment, debout devant son bureau, le visage insondable, ses yeux noirs, glacés, vrillant ceux de Matilde, et celle-ci baissa la tête en tortillant ses doigts ensanglantés.

— Vous avez heurté une armure… dit Rogue d'un ton moqueur. Expliquez donc…

Matilde essuya fébrilement quelques gouttes de sang qui lui perlaient au-dessus de l'œil et raconta d'une voix faible ce qui lui était arrivé, lui révélant qu'elle avait eu peur du Baron Sanglant et qu'elle s'était précipitée dans les couloirs, effrayée, avant de heurter une armure en tournant un coin à l'aveuglette.

— Imbécile, gronda Rogue dès qu'elle eut fini son court récit. Comment avez-vous pu croire qu'un simple fantôme pouvait vous blesser ?

— J'ai eu peur, se défendit Matilde en se frottant les bras pour essayer de se réchauffer un peu. Je suis certaine que n'importe qui se serait enfui s'il s'était retrouvé lui aussi devant un fantôme couvert de sang !

— C'est donc pour tenter de l'effrayer en retour si vous êtes vous-même couverte de sang ? lança Rogue avec sarcasme, un rictus au coin des lèvres.

Matilde répondit d'un regard acide. Rogue hocha la tête, les yeux étincelant.

— Parfois je me demande bien pourquoi vous a-t-on mise à Gryffondor, là où on y place les élèves supposément les plus… courageux… Peur d'un fantôme… C'est déplorable…

Il y eut un silence.

— Asseyez-vous maintenant, Miss Beauregard, dit-il en désignant l'un des fauteuils délabrés devant le foyer. Vous êtes en retard à votre retenue et cela vous coûtera vingt points.

— Quoi ? s'horrifia Matilde dans un mouvement de recul. Je vais devoir subir ma retenue quand même ? Dans l'état où je suis ?

Rogue eut soudain une étrange lueur rougeoyante dans les yeux.

— Mais ce n'est qu'une légère coupure, répondit-il de sa voix la plus veloutée. Asseyez-vous donc. Je vais vous arranger ça.

Il passa sa main sous sa cape et Matilde crispa les doigts sur ses bras. Elle ne lui faisait pas confiance. Son regard flamboyant lui laissait un très mauvais pressentiment.

— Je ne devrais pas plutôt aller à l'infirmerie ? tenta-t-elle alors d'une petite voix.

Rogue ricana doucement en caressant sa baguette magique de ses longs doigts.

— Voyons donc. Nous n'allons quand même pas déranger Madame Pomfresh pour si peu... C'est une légère coupure, répéta-t-il, une blessure minime. Et pour y remédier il ne suffit que de prononcer une simple formule magique alors asseyez-vous dans ce fauteuil !

— Non !

Le mot s'échappa sans que Matilde n'ait pu le retenir et avant que Rogue ne réplique avec colère, elle s'empressa de se justifier :

— J'ai très mal à la tête aussi et je crois sincèrement qu'il vaudrait mieux que j'aille à l'infirmerie. Je n'ai peut-être pas qu'une simple entaille... j'ai peut-être aussi... autre chose... je ne sais pas trop... enfin..., bredouilla-t-elle maladroitement.

— J'ai dit, trancha Rogue en articulant clairement toutes ses syllabes, asseyez-vous dans ce fauteuil !

Matilde ne bougea pas et Rogue se mit alors à s'avancer lentement vers elle en la fixant d'un œil menaçant, étincelant de malveillance.

— Ah non, qu'est-ce que j'ai fait... souffla-t-elle tandis que son cœur grimpait en pulsations par secondes.

Rogue amorça un geste pour lever sa baguette et la panique emporta brusquement Matilde. Elle se rua vers la sortie, mais il y eut aussitôt un déclic et la porte refusa de s'ouvrir.

— Où croyez-vous aller comme ça, Miss Beauregard ? demanda froidement Rogue.

Matilde s'adossa à la porte, la main demeurant sur la poignée.

— Laissez-moi sortir ! ordonna-t-elle, affolée.

— C'est moi qui donne les ordres ici !

Laissez-moi sortir ! répéta Matilde d'une voix suraiguë.

Alors Rogue découvrit ses dents jaunies et accéléra le pas vers elle à la manière d'un serpent sur le point de mordre, sa cape noire virevoltant derrière lui.

Non ! Arrêtez ! glapit Matilde en ouvrant précipitamment la main devant elle. Si… sinon je fais disparaître vos entrailles à vous aussi !

Avec une profonde satisfaction, elle vit Rogue s'arrêter net, à un mètre d'elle, et l'ombre d'un sentiment d'effroi passa dans son regard noir.

Matilde avait dit n'importe quoi pour l'empêcher de se ruer sur elle et n'avait aucune intention, bien sûr, de lui infliger cette atrocité. Cependant, voir un Rogue quelque peu effrayé lui redonna un peu de courage. Mais ce sentiment agréable ne dura pas : Rogue cilla une fois et, à la vitesse de l'éclair, son visage redevint imperturbable.

— Vraiment ? dit-il avec lenteur en se remettant à caresser doucement sa baguette magique. Vous voulez me tuer ? Dans ce cas, allez-y… Tuez-moi…

Matilde secoua la tête d'un air apeuré.

— N-non… pas vous tuer… Seulement vous… vous vider de vos… entrailles… ou peut-être autre chose…

Elle ne savait plus trop ce qu'elle disait. Sa tête devenait de plus en plus douloureuse à mesure que son sang coulait posément le long de sa tempe et ses membres avaient commencé à s'engourdir légèrement à leur extrémité.

— Cela signifie, à mon avis, exactement la même chose, répliqua Rogue qui levait à présent sa baguette et la pointait vers Matilde.

— Non, contesta-t-elle, la main toujours tendue devant, ce n'est pas la même chose !

Elle n'avait pas tué Dumbledore ; elle l'avait juste blessé. Et elle s'entraînait à tous les soirs pour arriver à le rétablir un jour.

— … puisque je peux, si je le voulais, faire réapparaître tout ce que je fais disparaître…

Rogue écarquilla alors les yeux d'effarement total.

« Ah non ! pensa Matilde, horrifiée, en regrettant aussitôt ses mots, pourquoi j'ai dit ça ? Je suis vraiment stupide ! »

— Seriez-vous en train d'insinuer que vous pouvez conjurer le sort que vous avez jeté au professeur Dumbledore ? interrogea Rogue qui devenait livide.

Les jambes de Matilde se mirent à trembler, menaçant de la laisser tomber à tout moment, et elle s'évertua à tenir difficilement son bras qui devenait de plus en plus lourd, levé devant elle dans une position qui devenait ridicule.

Je vous ai posé une question ! rugit Rogue, le teint blême de rage. Répondez !

Sa voix était parvenue de façon très lointaine aux oreilles de Matilde dont la douleur à la nuque était devenue insupportable. Le décor du bureau de Rogue se brouilla, s'assombrit, jusqu'à ce que ce ne soit l'obscurité totale autour d'elle. Alors, dans un bruit sinistre, Matilde s'écroula sur le sol de pierre et perdit instantanément conscience.

...

— Elle ne devrait pas tarder à se réveiller.

— Parfait, vous lui direz de me rejoindre directement à mon bureau en sortant d'ici, répondit une voix sèche.

— Pas de problème, je lui dirai…

C'était les voix de l'infirmière Pomfresh et du professeur McGonagall qui se faisaient vaguement entendre au-dessus de Matilde alors qu'elle prétendait dormir depuis au moins trente minutes. Elle était couchée sous d'épaisses couvertures extraordinairement tièdes et elle savait qu'elle se trouvait à l'infirmerie.

Des pas s'éloignèrent et une porte s'ouvrit puis se referma avec un léger claquement.

Matilde garda les yeux fermés. Elle avait la désagréable impression que, si elle les rouvrait, elle risquerait d'avoir à supporter une autre journée effroyable comme celle qui venait de se passer. Rogue était peut-être présent dans un coin de la pièce et attendait patiemment qu'elle se réveille afin de lui infliger de nouveau sa retenue.

Comment tant de situations pénibles pouvaient se passer en une seule journée ? Attirait-elle seulement le malheur ? Matilde remarqua que, depuis qu'elle savait qu'elle était une sorcière, elle n'avait eu que de la malchance sur malchance. Elle n'avait jamais réussi à être heureuse dans cette école. « Chacun est l'artisan de son propre bonheur » lui disait constamment sa mère. Mais comment pouvait-elle y arriver si tout le monde l'exaspérait sans cesse, en commençant par Rogue ?

« Maman, pensa Matilde avec tristesse, si tu savais à quel point c'est lourd ici ! Je m'ennuie tellement de toi et papa… »

Une larme coula le long de sa joue. Ne pouvant plus se permettre de faire semblant de dormir plus longtemps, Matilde ouvrit les yeux, sécha sa larme et fixa, sans vraiment la voir, une lampe qui projetait un cercle de lumière dorée sur un plafond obscure. Combien de temps allait-elle devoir rester encore coincée à Poudlard ?

— Vous avez passé une bonne nuit ? demanda Madame Pomfresh d'un ton aimable, en venant déposer un plateau rempli d'œufs brouillés et de saucisses sur la table de chevet auprès du lit de Matilde.

— Oui… répondit-elle d'une voix rauque.

Elle se redressa sur son oreiller et scruta rapidement les lieux pour s'assurer que Rogue n'était pas assis quelque part en train de l'observer de son air mauvais. Heureusement, mis à part un garçon couché sur le lit d'en face avec une épaisse fourrure sur le visage, il n'y avait personne.

— Bien, dit Madame Pomfresh. À en juger par l'état dans lequel vous étiez hier, lorsque le professeur Rogue vous a amenée ici, vous aviez dû passer une bien affreuse soirée. Tenez, dit-elle en désignant le plateau d'un geste du doigt, je vous ai apporté votre petit déjeuner. Lorsque vous aurez terminé de manger, vous irez rejoindre le professeur McGonagall — votre uniforme est dans le tiroir. Elle vous attend à son bureau.

Elle lui adressa un sourire et elle s'éloigna vers une porte au fond de l'infirmerie, derrière laquelle elle disparut.

Matilde se passa la main sur son front et ne ressentit plus son entaille sous ses doigts. Toutes ses blessures avaient disparu, la douleur à l'arrière de sa tête également. Si elle n'avait pas été ébranlée par les événements de la veille, elle se serait sentie en pleine forme.

Elle mangea ensuite ses œufs distraitement, tout en songeant à la meilleure façon de tout révéler à McGonagall les horreurs que Rogue lui avait fait subir lors de la grande majorité de ses cours. Avec un peu de chance, Rogue serait contraint de quitter Poudlard pour avoir malmené une élève méchamment.

Dès qu'elle eut terminé de manger, elle enfila son uniforme derrière le rideau olivâtre de son lit, puis parcourut les couloirs de l'école pour se rendre au bureau de McGonagall. Beaucoup d'élèves l'esquivèrent avec effroi lorsqu'elle traversa le hall devant la Grande Salle, mais elle n'y fit pas attention.

— Hé, Matilde ! s'écria soudain Sarah en courant derrière elle pour la rattraper. Attends-moi !

Matilde ralentit le pas. Dès qu'elle fut à sa hauteur, Sarah lui demanda d'un air étrangement fasciné :

— Est-ce que c'est vrai ?

— Quoi ça qui est vrai ? répondit nonchalamment Matilde en continuant d'avancer à grands pas dans le couloir, au côté de Sarah.

— Que tu as essayé de tuer Rogue, hier soir ?

Sidérée, Matilde s'immobilisa brusquement et regarda Sarah.

— Q-quoi… ?

— Toute l'école ne parle que de ça, expliqua Sarah. Alors… ? C'est vrai ?

Voyant que Matilde se trouvait mal à l'aise, elle se reprit aussitôt avec douceur :

— Je sais que Rogue se montre particulièrement exécrable envers toi et je ne t'en voudrai pas si tu me disais que tu as réellement voulu tuer Rogue. Il l'aurait mérité…

— Je n'ai pas essayé de tuer Rogue, parla enfin Matilde, effarée que Sarah approuve une telle indécence. J'ai seulement menacé de lui faire disparaître les entrailles à lui aussi s'il osait s'approcher encore de moi…

Sarah écarquilla les yeux, visiblement impressionnée.

— J'ai dit ça sans réfléchir aux conséquences, ajouta précipitamment Matilde.

— Tu as dû lui faire énormément peur pour qu'il soit ainsi aller pleurnicher à tous les Serpentard en rapportant qu'il avait failli mourir sous tes maléfices, dit Sarah en souriant d'un air railleur.

Ainsi donc, Rogue s'était empressé d'aller raconter à tout le monde ce qui s'était passé hier soir. Il avait dû se faire passer pour la victime, songea Matilde avec amertume, la rabaissant au rang d'une dangereuse meurtrière, encore une fois...

Matilde soupira d'exaspération.

— Et qu'a-t-il raconté de plus, à part le fait que je suis dangereuse et qu'il faut à tout prix m'éviter dans les couloirs ? demanda-t-elle sombrement en regardant une élève aux cheveux ondulés faire aussitôt demi-tour avec frayeur dès qu'elle la vit.

— Simplement que tu as refusé de rester en retenue avec lui et que tu l'avais menacé de le tuer s'il ne te laissait pas sortir. Il a dit aussi que s'il était encore en vie, c'était uniquement grâce au fait que tu avais heurté une armure de plein fouet avant de venir à son bureau et que tu avais fini par tomber sans connaissance, juste au moment où tu t'apprêtais à lui lancer un maléfice supposément mortel.

Matilde poussa une exclamation indignée.

— C'est vraiment n'importe quoi !

Elle raconta alors en détails à Sarah ce qu'il s'était véritablement passé, en commençant par l'épisode du Baron Sanglant, jusqu'au moment où elle s'était écroulée devant Rogue. Elle omit toutefois de révéler le moment où elle disait à Rogue qu'elle pouvait faire réapparaître les entrailles de Dumbledore si elle le voulait, ne voulant pas courir le risque qu'elle s'affole avec ça.

— Je te crois, dit simplement Sarah lorsqu'elle eut terminé de tout lui raconter.

— Eh bien, dans ce cas, c'est toi qui est incroyable ! s'exclama Matilde en hochant la tête, abasourdie. Tu es vraiment la seule à ne pas avoir peur de moi.

Puis, après un court silence, elle sourit à Sarah d'un air timide.

— Merci de ne pas me juger dans mes nombreux moments de malheurs... Je ne sais pas ce que je ferais sans toi dans cette école… Tu sembles être la seule à me comprendre…

Sarah allongea le bras et tapota l'épaule de Matilde doucement.

— Je ne te jugerai jamais, assura-t-elle, je comprends que ce ne soit pas facile pour toi.

Il y eut un nouveau silence. Un petit homme à l'allure maigrichonne, représenté dans un portrait derrière Sarah, se moucha bruyamment dans un linge à pois violets, visiblement ému par ce qu'il venait d'entendre.

— Je dois y aller, dit Matilde en reprenant sa marche rapide. McGonagall m'attend à son bureau.

— Elle va sans doute te poser les mêmes questions que moi au sujet de Rogue, songea Sarah en la suivant le long du couloir.

Soudain, l'estomac de Matilde ne fit qu'un tour : et si le professeur McGonagall se rangeait du côté de Rogue en refusant catégoriquement de croire à tout ce qu'elle lui dirait ?

Toujours suivie de Sarah, elle bifurqua dans le couloir menant au bureau du professeur McGonagall et s'arrêta devant la porte.

— Bon, dit Matilde en se tournant vers Sarah, je crois qu'on se reverra tantôt. Tu seras à la salle commune, cette après-midi ?

— Non, probablement à la bibliothèque jusqu'à ce soir, répondit Sarah. J'ai un dur devoir à rendre au professeur Binns pour demain matin.

— D'accord, alors je te rejoindrai à la bibliothèque, dit Matilde en levant la main vers la porte pour frapper.

— Attends, dit précipitamment Sarah et Matilde interrompit son geste. Tu n'as pas quelque chose d'autre à me révéler ?

— Non, pas vraiment, répondit Matilde, surprise. Je t'ai déjà tout révélé au sujet de Rogue…

— Non. Au sujet du bal de Noël !

Matilde fronça les sourcils en signe d'incompréhension.

— Franchement, Matilde, ne fait pas l'innocente, soupira Sarah. Hier soir, Basile est entré dans la salle commune et a lancé à tout le monde que la raison pour laquelle tu avais refusé son invitation au bal était que tu avais déjà trouvé un cavalier. Matilde ! s'exclama Sarah avec une expression bizarre, mêlée de désappointement et d'enthousiasme, pourquoi ne m'as-tu pas dit que tu avais finalement trouvé un cavalier ?

Avec ce qui s'était passé dans le bureau de Rogue la veille, Matilde avait complètement oublié qu'elle avait inventé ça pour se débarrasser de Basile. Encore quelque chose de pénible dû au fait qu'elle avait dit n'importe quoi sans réfléchir ! Maintenant, à cause de ça, puisque tout le monde était au courant, elle ne pourrait plus se permettre d'arriver seule au bal.

Elle s'apprêtait à expliquer son nouveau désarroi à Sarah lorsque la porte derrière elles s'ouvrit brusquement. Le professeur McGonagall apparut.

— Miss Beauregard, dit-elle d'un air sévère, je vous attendais.

— J'allais justement frapper, marmonna Matilde.

— Eh bien, entrez, maintenant.

Le professeur McGonagall s'effaça de l'encadrement de la porte et Matilde, après un regard d'excuse lancé à Sarah, entra à l'intérieur.

Mmmm... Ça commence à se compliquer pour Matilde... La suite demain ! :)