Je suis très contente que vous soyez toujours partants pour la suite !

Merci à Letilableue pour avoir mis mon histoire dans ses favoris !

Maintenant voyons la réaction de Rogue...

(Poudlard et ses professeurs - excepté Harvey - appartiennent à J.K. Rowling)

Bonne lecture !

(Merci à Persis, encore et toujours :)

Chapitre 25
Accusations injustes

— Aaaaaaah, gloussa nerveusement Harvey, Severus. Mon Cher ami…

— Je vois que vous avez recommencé à boire, gronda froidement Rogue en posant ses yeux noirs sur la bouteille de vin de sureau que tenait toujours Harvey.

Puis il tourna son regard scrutateur vers Matilde dont le cœur battait à tout rompre. Maintenant qu'il les avait surpris à s'enlacer devant l'armoire vitrée, Rogue devait sans doute s'imaginer des choses indécentes entre elle et Harvey…

— Vous m'apportez quelque chose, Severus ? demanda Harvey, anxieux, en désignant le gobelet fumant que Rogue tenait à la main.

Rogue toisa Harvey avec mépris.

— Le professeur McGonagall m'a demandé de vous concocter cette potion dans le but de vous aider à repousser l'envie irrésistible de vous replonger dans vos bouteilles, Harvey, répondit-il avec lenteur, mais comme vous ne semblez pas enclin à vous aider vous-même…

Harvey baissa les yeux sur sa bouteille.

— Ce n'est pas du whisky Pur Feu, objecta-t-il en l'agitant devant Rogue, c'est du vin de sureau…

— C'est tout comme, répliqua Rogue à voix basse.

Matilde restait silencieuse, une main derrière le dos, là où une douleur vive se faisait ressentir depuis qu'elle avait heurté le coin du bureau. Elle se demandait si c'était le bon moment pour déguerpir en douce.

Rogue s'avança lentement vers Harvey, sa cape noire ondulant derrière lui, et lui tendit le gobelet avec raideur.

— Tenez, dit-il d'un ton méprisant, vous en ferez bien ce que vous voudrez.

Et tandis que tous deux échangèrent un regard hostile, Matilde se déplaça furtivement vers la porte restée ouverte en longeant le mur en silence, évitant scrupuleusement de se prendre les pieds dans l'une des innombrables bouteilles qui jonchaient le sol, tout en prenant soin de garder une distance raisonnable entre elle et Rogue.

— Miss Beauregard ! se récria soudain Harvey dès qu'il s'aperçut que son hôte filait en douce. Vous partez déjà ?

Matilde s'immobilisa à deux pas de la porte. Avant qu'elle puisse répondre quoi que ce soit, Rogue lança froidement à Harvey :

— Je pense que Miss Beauregard n'a plus rien à faire dans votre bureau, Harvey.

Celui-ci blêmit.

— Ce… ce n'est pas ce que vous croyez… marmonna-t-il, les doigts crispés sur le gobelet fumant de volutes ocre jaune et la bouteille opaque de vin de sureau.

— Vraiment ? dit Rogue en haussant les sourcils avec mépris. Qu'est-ce qu'il faudrait donc que je croie, alors ?

Devant l'embarras grandissant de Harvey, Matilde sentit qu'il fallait qu'elle intervienne :

— Il ne s'est rien passé, affirma-t-elle.

Rogue se retourna aussitôt vers elle et la transperça de son regard noir et glacé.

— Heu... Nous n'avons pas… Enfin… Nous nous ne sommes jamais…

Elle s'interrompit et sentit son visage s'enflammer à l'image absurde qu'elle évoqua malgré elle dans sa tête : Harvey, l'enlaçant dans ses bras, en train de l'embrasser avec fougue, devant l'armoire vitrée. Troublée, elle chassa rapidement cette pensée gênante de son esprit et détourna les yeux de ceux de Rogue qui la vrillaient avidement.

— Sortez de ce bureau, Miss Beauregard, murmura-t-il en pesant chaque mot, le visage impassible. Tout de suite.

Matilde ne se le fit pas dire deux fois. Elle sortit en trombe et la porte claqua d'elle-même derrière elle. Elle s'arrêta net au milieu de l'escalier jauni dans la salle de défenses contre les forces du Mal et, pantelante, tendit l'oreille. Rogue vociférait contre le professeur Harvey :

— Qu'est-ce que vous êtes en train de manigancer, Harvey ? Qu'avez-vous derrière la tête ? Je ne veux plus jamais vous voir seul avec Beauregard !

Harvey émit un flot de paroles étouffées, que Matilde ne put discerner à travers la porte, et Rogue poursuivit plus calmement. Seulement quelques mots étaient restés audibles : « attention », « insolent », « renvoyer ». Bref, Harvey semblait passer un mauvais quart d'heure en compagnie de Rogue.

Matilde marchait à présent le long d'un large couloir percé de hautes fenêtres à travers lesquelles une lune safranée apparaissait au milieu d'un ciel étoilé. Elle n'avait pas mangé depuis son petit déjeuner et son estomac criait famine. Avec un peu de chance, la Grande Salle offrait encore son festin de volailles comme à l'accoutumée. Elle hâta le pas et bifurqua vers les escaliers mouvants — quelques élèves sur son passage s'écartèrent brusquement avec effroi, comme d'habitude —, puis, arrivée au rez-de-chaussée, à quelques pas des grandes portes, Matilde se figea avec horreur. Elle venait de se rendre compte de sa maladresse : elle avait oublié que Rogue lisait dans les pensées. Il avait donc sûrement décelé sa brève image mentale de Harvey en train de l'embrasser, en croyant que c'était un véritable souvenir alors que ce ne l'était pas.

« Ah non ! songea-t-elle, angoissée, en se prenant la tête dans les mains. Maintenant Harvey va se faire renvoyer de Poudlard à cause de moi alors qu'il n'a rien fait ! Et moi donc ! Je parie que Rogue ne se gênera pas pour aller raconter ça à tout le monde… »

Matilde réfléchit à toute vitesse. Lors de la retenue de ce soir, si elle tentait de convaincre Rogue que Harvey n'avait rien fait, il ne la croirait pas, c'était facilement prévisible. Il fallait donc qu'elle aille voir quelqu'un de plus abordable et la seule personne qui lui vint naturellement à l'esprit fut le professeur McGonagall. En tant que remplaçante du directeur, elle avait plus d'autorité que Rogue. Si Matilde lui expliquait ce qu'il s'était véritablement passé entre elle et Harvey, le professeur McGonagall pourrait sans doute contester les accusations de Rogue portées contre Harvey et, de cette manière, Harvey ne serait pas contraint à quitter Poudlard. Et elle non plus…

Bousculant deux Serdaigle de deuxième année qui restaient pétrifiés devant elle depuis un bon moment, Matilde se rua sur les grandes portes qu'elle ouvrit prestement. Le dîner n'était pas terminé : beaucoup d'élèves mangeaient encore autour des quatre tables, dans un tumulte de conversations enjouées. Bien que la Grande Salle fût magnifiquement décorée pour Noël — avec ses douze grands sapins dressés tout autour de la salle et ses guirlandes de gui et de houx suspendues aux murs — Matilde n'y prêta pas attention. Elle cherchait avidement le professeur McGonagall des yeux.

— C'est la Parguenaise ! s'écrièrent soudain plusieurs voix autour d'elle.

— C'est la meurtrière qui a attaqué Dumbledore !

— Cherche-t-elle un autre professeur à réduire en fumée ?

— Hé, Parguenaise ! lui cria un garçon massif à l'air mauvais. Ce n'est pas parce que Rogue a les cheveux gras qu'il faut nécessairement le tuer !

Matilde envoya un regard circulaire sur les tables des quatre maisons et recula d'embarras devant tant de visages menaçants, sidérés, horrifiés, outrés, tournés dans sa direction. Elle rebroussa aussitôt chemin et retourna dans le hall.

Tous ces élèves qui l'avaient dévisagée avec autant d'antipathie… Matilde avait eu l'impression qu'ils se seraient tous jetés sur elle pour lui faire regretter les choses pour lesquelles elle n'était même pas entièrement responsable. Comment allait-elle prendre ses repas à l'avenir ? Elle ne pouvait plus supporter qu'on la méprise de la sorte.

Tourmentée, Matilde s'engagea vers le bureau du professeur McGonagall. Elle ne l'avait pas aperçue à la table des professeurs, ce qui signifiait qu'elle devait sûrement être retournée à son bureau.

— Vous ! s'exclama soudain une voix mystérieuse et nébuleuse derrière elle.

Matilde se retourna.

Le professeur Trelawney, la femme aux nombreux châles et aux lunettes épaisses, la pointait d'un long doigt menaçant alors que plusieurs élèves s'étaient arrêtés dans le couloir près du hall pour observer la scène.

— Quelque chose de terrible est sur le point de s'abattre sur vous !

Matilde s'étrangla. Mais qu'est-ce qu'elle racontait ?

— Je vois la Mort ! poursuivit-elle, ses yeux énormes derrière ses lunettes la faisant ressembler à un insecte. Elle est autour de vous ! Elle se délecte de vos gestes malsains !

— Mais arrêtez ça ! couina Matilde en se bouchant les oreilles.

— La Mort ! La Mort ! répéta Trelawney d'un ton cinglant jusqu'à ce que Matilde prenne ses jambes à son cou.

Elle s'élança au hasard dans un couloir à sa droite et renversa cinq élèves de Gryffondor sur son passage.

— Hé ! Mais fais donc attention !

Mais elle ne cessa pas de courir, le cœur battant à toute allure. Elle se rendit jusqu'au bout du couloir et tourna précipitamment le coin à sa gauche. Puis, alors que certains portraits poussaient des exclamations indignées tandis qu'elle passait en coup de vent devant eux, elle bifurqua dans un corridor plus étroit et fonça de plein fouet sur quelqu'un sans le voir. Durement, elle s'effondra sur le sol, face contre terre.

— Aïe ! s'écria une voix de fille au-dessus d'elle.

Matilde ne bougea pas, hors d'haleine, le front douloureux.

— C'est la Parguenaise ! retentit une autre voix de fille paniquée, pas loin de l'autre. Vite ! Stupéfixe-la avant qu'elle ne t'attaque !

Au mot « Stupéfixe » Matilde se retourna avec appréhension, affolée. Elle vit deux filles : l'une avait les cheveux tressés en une longue natte qui lui tombait sur l'épaule gauche, et l'autre avait la baguette pointée droit sur Matilde, sa chevelure noire en cascade, de chaque côté de ses bras, se balançant au rythme de sa respiration saccadée.

— Non, implora Matilde en reculant sur le sol. S'il-vous-plaît ! Ne faites pas ça !

Stupéfix !

En un éclair, le décor bascula dans l'obscurité et se fut la confusion totale.

...

Suite à une impression de courant électrique lui parcourant le corps, Matilde ouvrit aussitôt les yeux. Elle se trouvait toujours sur le sol dur du couloir étroit, et un visage flou flottait au-dessus d'elle.

— Vous vous sentez bien ? demanda une voix qui, d'habitude, n'était nullement complaisante et rassurante.

D'autres voix chuchotaient frénétiquement tout autour d'elle et elle sentit une main lui soulever la tête.

— C'est une blessure minime, dit la voix sèche du professeur McGonagall alors que le visage inquiet de Rogue apparaissait plus clairement au-dessus de Matilde. Je vais arranger ça.

Le professeur McGonagall prononça une formule et une chaleur réconfortante enroba le front de Matilde.

— Levez-vous, ordonna Rogue qui avait déjà repris son ton glacial coutumier.

Matilde se leva lentement et regarda autour. Rogue était tout près, ainsi que le professeur McGonagall qui l'observait gravement derrière ses lunettes. Il y avait également le professeur Chourave, l'horrible professeur Trelawney et une dizaine d'élèves parmi lesquels les deux filles qui l'avaient stupéfixée sans pitié figuraient au premier rang. Tous avaient le regard fixé sur Matilde.

— Je vais bien, murmura celle-ci à l'adresse de tous ces visages embarrassants.

Rogue serra brusquement le bras de Matilde et la tira vers lui.

— Suivez-moi, dit-il avec hargne.

— Non, Severus, protesta abruptement le professeur McGonagall. C'est moi qu'elle suivra. Je vous l'enverrai après…

Rogue lâcha Matilde d'un air mécontent et McGonagall lui fit signe de la suivre.

« Qu'est-ce que j'ai fait ? » se demanda Matilde avec effroi, après s'être finalement arrachée à tous ces yeux intimidants dans le couloir étroit. Elle suivait le professeur McGonagall avec appréhension, se grattant les paumes nerveusement, compte rendu que cette dernière n'avait vraiment pas l'air contente.

— Entrez, ordonna-t-elle sèchement en ouvrant la porte d'une salle de classe déserte.

Matilde obtempéra. Lorsque McGonagall referma la porte derrière elle dans un claquement tonitruant qui fit trembler les murs dans toute la classe, Matilde sursauta violemment. Un silence terrible tomba ensuite, puis le professeur McGonagall tonna avec impétuosité :

— Pas même un jour de passé depuis que je vous ai demandé de faire attention et, déjà, quatre personnes se font agresser ! Quatre !

— Mais… mais ce n'est pas moi qui…, s'indigna Matilde mais le professeur McGonagall l'interrompit avec colère.

— Pour l'amour du ciel, Miss Beauregard ! Mais n'avez-vous donc aucune décence ? Vous représentez maintenant un danger pour tout Poudlard !

— Mais…

— Des parents d'élèves ont même entrepris de retirer leur enfant de l'école !

— Mais je n'ai pas…

— Et moi qui s'acharne encore à vous garder sous notre toit, lança McGonagall, les narines pincées, le visage écarlate. Simplement parce que Dumbledore…

Elle s'interrompit et pris une profonde respiration. Ses lunettes lançaient des éclairs rouges.

— À présent écoutez-moi bien, dit-elle plus calmement d'une voix grave. À partir de maintenant, vous serez surveillée vingt-quatre heures sur vingt-quatre…

— Mais écoutez…

Ne m'interrompez pas !

Furieuse de cette injustice, Matilde ressentit une vague d'amertume la submerger. Elle n'avait jamais attaqué ces quatre personnes. Pourquoi McGonagall refusait-elle de l'écouter ?

— Vous allez quitter votre dortoir et venir vous installer immédiatement dans les appartements du professeur Rogue…

Non ! ne put s'empêcher de crier Matilde, horrifiée.

Le professeur McGonagall lui lança un effroyable regard menaçant et Matilde ferma aussitôt la bouche.

— C'est seulement pour ce soir ! précisa-t-elle d'un ton sec. Le représentant du ministère arrivera demain matin. À ce moment là, vous déménagerez avec lui, dans l'une des tours nord du château. Mais en attendant, le professeur Rogue s'est porté volontaire pour veiller sur vous cette nuit.

Mais McGonagall ne lui avait pas mentionné, ce matin même, que Rogue désirait voir Matilde se faire expulser de Poudlard ? Que s'il se montrait provocateur à son égard, c'était uniquement pour prouver qu'elle était bel et bien dangereuse et qu'il fallait à tout prix qu'elle aille en prison ?

— J'ai eu une petite discussion entendue avec le professeur Rogue, informa McGonagall comme si elle avait lu les pensée interrogatives de Matilde. Il n'a donc pas intérêt à vous causer des ennuis ce soir.

« Et s'il advenait qu'il en cause quand même ? » : c'était la question qui lui brûlait la langue mais Matilde ne se risqua pas à la poser, épouvantée par la prochaine réaction de McGonagall. Elle avait peur que celle-ci finisse par la renvoyer de Poudlard et de se retrouver alors seule avec son problème — assurément mortel — de Parguenaise.

McGonagall ouvrit la porte.

— Suivez-moi, exigea-t-elle d'une voix sèche. Je vais vous conduire aux appartements du professeur Rogue…

Elles descendirent alors silencieusement dans les sous-sols du château, vers les cachots humides et froids, McGonagall ouvrant la marche à grands pas résolus. Derrière elle, Matilde se mordait la langue quasiment jusqu'au sang pour s'empêcher de protester. Une envie bouillonnante de forcer McGonagall à écouter tout ce qu'elle avait à dire au sujet des fausses accusations portées sur sa personne la tenaillait. Il était pénible de devoir se taire de la sorte.

Enfin, le professeur McGonagall s'arrêta devant une porte métallique, considérablement rouillée par endroit et adjacente à celle qui ouvrait sur le bureau de Rogue. Elle frappa quatre coups et Matilde retint son souffle. Rogue, avec ses cheveux gras descendant jusqu'aux épaules et son teint cireux, apparut aussitôt, comme s'il l'avait attendue impatiemment derrière la porte.

— Voilà, dit le professeur McGonagall à mi-voix, et ne soyez pas trop sévère avec elle.

« Surtout pas, songea Matilde avec amertume, puisque vous l'aviez déjà été amplement avec moi, professeur McGonagall… »

Dès que Rogue s'effaça de l'embrasure, McGonagall poussa impérieusement Matilde à l'intérieur.

Inutile de vous dire que le prochain chapitre sera ''bourré de Rogue''... :P Pauvre Matilde...