Bonjour !
Bienvenue dans les appartements de Rogue !
Ce chapitre est l'un des chapitres que j'ai le plus adoré à écrire. J'espère que vous l'apprécierez autant que j'aime à le relire souvent. ^^
(Ces appartements ainsi que son sombre occupant appartiennent à J.K. Rowling)
Bonne lecture !
(Merci à Persis :)
Chapitre 26
Sinistres appartements
Les appartements de Rogue étaient aussi sinistres que lui-même. Un minuscule salon, à l'air miteux, était plongé dans la pénombre et de grandes étagères de livres à la reliure marron ou de vieux cuir, recouvraient entièrement les murs. Dans la faible clarté que projetaient quelques flammes d'une cheminée en briques noires, un canapé élimé, un fauteuil délabré et une table basse branlante étaient tristement regroupés.
— Vous dormirez sur le canapé, lança Rogue en refermant la porte derrière lui avec un grand bruit.
Une pendule en bois terni, posée négligemment sur le foyer, indiquait neuf heures dix. Et tandis que Rogue allait tranquillement s'asseoir dans le fauteuil délabré, un livre à la main, Matilde, surprise, consulta sa montre bracelet en songeant qu'elle n'avait quand même pas été stupéfixée pendant trois heures. Mais sa montre bracelet confirma l'heure de la pendule.
— Il y a quelque chose qui ne va pas ? demanda Rogue à voix basse, dès qu'il remarqua la mine ahurie de Matilde.
— Non, ça va… répondit-elle. C'est juste que… Je ne pensais pas avoir été inconsciente durant si longtemps…
— Vous vous êtes fait stupéfixée dans un couloir où il y a peu de circulation, expliqua Rogue en ouvrant son livre à l'emplacement où il avait marqué sa page à l'aide d'un ruban noir, et Miss Langdon et Panzer ont tardé avant de venir avertir un professeur. Les pauvres, ajouta-t-il d'un ton doucereux, guettant l'expression de Matilde, elles ont complètement été foudroyées par votre acte de sauvagerie.
— Je ne leur ai rien f…
Matilde s'interrompit aussitôt. Rogue essayait de la provoquer encore une fois, c'était évident. Il ne fallait surtout pas se laisser prendre dans son jeu. Serrant les dents avec amertume, elle s'accrocha à son sang-froid lorsque Rogue l'encouragea avec un horrible sourire :
— Vous dites ?
— Non, rien… Pardonnez-moi, professeur, dit-elle le plus aimablement que possible.
« Comme ça, il n'aura aucun prétexte pour me réprimander », pensa-t-elle férocement.
Rogue l'observa un long moment, le regard impénétrable, son livre ouvert sur ses genoux, puis il lança avec froideur :
— Seriez-vous en train d'insinuer que vous les avez vraiment attaquées ?
— Non, assura Matilde en s'efforçant de toujours tenir un ton poli, bien sûr que non. C'est elles qui ont cru que je pouvais leur faire du mal. Simplement parce que je suis une Parguenaise, l'une d'entre elles m'a jeté un sort. Et ce fut la même chose avec les deux Serpentard… Tout le monde me craint alors que je n'ai aucune intention de blesser qui que ce soit…
Il y eut un silence. Sur la cheminée, la pendule émettait de faibles tic-tacs.
— Venez vous asseoir, ordonna Rogue à mi-voix.
Matilde, docile, s'approcha du foyer et vint s'asseoir sur le canapé élimé, sur l'extrémité la plus éloignée du fauteuil de Rogue.
— Plus près… murmura-t-il avec un rictus qui lui découvrit ses dents jaunâtres.
Le cœur de Matilde se mit alors à battre vigoureusement entre ses côtes : se rapprocher de Rogue ne l'enchantait vraiment pas. Mais comme elle était déterminée jusqu'au bout à ne pas lui donner aucun motif qui pourrait le pousser à la tourmenter et la persifler, Matilde se risqua alors, d'une façon hésitante, à glisser lentement vers Rogue, vers l'extrémité opposée du canapé. La chaleur du feu crépitant dans la cheminée vint lui réchauffer doucement les jambes.
Rogue referma son livre et le posa sur la table basse branlante qui côtoyait son fauteuil. Ses yeux noirs cherchèrent ensuite ceux de Matilde, mais celle-ci s'obstina à tenir son regard fixé droit sur les flammes du foyer en adoptant une position fermée. Puis la voix doucereuse de Rogue murmura à son oreille, plus basse que jamais :
— Je sais que vous éprouvez de certains sentiments à l'égard du professeur Harvey…
Osant lui accorder un regard en biais, Matilde se mit à ronger ses ongles nerveusement, puis, toujours en s'efforçant d'adopter un ton détaché malgré son anxiété, elle répliqua :
— Je n'éprouve pas ces sentiments à l'égard du professeur Harvey. Il ne s'est rien passé entre lui et moi.
— Dans ce cas, reprit Rogue en la dévisageant d'un regard intense, comment expliquez-vous le fait que je vous ai tous deux surpris en train de vous enlacer étroitement dans son bureau ?
Matilde ferma les yeux, embêtée. Elle avait appréhendé cette question.
— Je ne l'embrassais pas…
— Vous faisiez quoi, alors ? demanda Rogue d'un ton glacial. Ne répondez pas que vous étiez gentiment en train de…
— Je ne l'embrassais pas ! répéta-t-elle sèchement en plongeant des yeux menaçants dans ceux de Rogue.
Celui-ci soutint son regard avec mépris.
— C'est vrai qu'il m'enlaçait, admit Matilde avec prudence, plus calmement, s'évertuant à ne pas trop s'emporter. Mais je ne l'embrassais pas. Je ne sais pas ce qu'il lui a pris de m'enlacer comme ça, sans pudeur… Je crois qu'il essayait de me réconforter… Harvey agit souvent d'une façon bizarre avec moi… soupira-t-elle en reportant son attention sur le feu dans la cheminée.
Rogue, pour sa part, n'avait pas quitté pour une seconde les yeux de Matilde.
— Vraiment… ? souffla-t-il.
Elle lui lança un regard oblique.
— Ce que vous avez lu dans mes pensées dans le bureau de Harvey n'était pas la vérité…
— Qu'est-ce que j'aurais dû voir dans vos pensées ? interrogea précipitamment Rogue.
Matilde fut alors aussi déconcertée que lui.
— Vous n'avez pas lu dans mes pensées… ?
— Pour votre information, Miss Beauregard, dit-il en se redressant dans son fauteuil délabré, pénétrer de force dans l'esprit d'une personne est considéré la plus part du temps comme illégal…
— Dans ce cas, vous n'aviez aucun droit d'aller fouiller dans mes rêveries lors de votre deuxième cours de potion ! gronda-t-elle en le fusillant du regard.
— Je n'ai pas fouillé dans vos rêveries ! Vous me les aviez balancées volontairement sous mes yeux comme un livre ouvert. C'est très différent !
Matilde se raidit d'indignation.
— Ce n'était pas volontaire ! s'exclama-t-elle.
Dans son fauteuil, Rogue se pencha vers elle, un sourire narquois se dessinant sur ses lèvres.
— Ne faites pas l'innocente, Miss Beauregard, susurra-t-il, j'ai perçu l'intensité de votre fantasme, ce jour là. Apparemment, les professeurs vous font de l'effet…
Matilde eut l'impression que de l'eau bouillante se répandit brusquement dans tout son corps. Non mais vraiment ! Avec ses cheveux gras, son teint cireux, ses dents jaunes et son air immuablement malveillant, Rogue ne pensait quand même pas qu'elle fantasmait sur lui ? C'était absurde ! Elle le haïssait ! Et ce fantasme, dont il lui parlait, n'avait jamais été plus qu'une chaste pensée sans aucune insinuation. C'était simplement parce qu'il avait été à quelques centimètres de son visage...
Rogue resta silencieux, tout à son plaisir de l'avoir ébranlée. Matilde chercha désespérément ses mots pour réfuter mais aucun son ne lui vint à la bouche. Elle se leva donc et se dirigea vers l'une des étagères plongées dans la pénombre dans un coin de la pièce. Dos à Rogue, elle se croisa les bras et ferma les yeux pour retrouver son calme.
— Aurais-je vu juste ? demanda Rogue derrière elle, d'un ton malicieux.
À ce moment précis, un élan d'aversion terrible secoua Matilde. Jamais elle n'avait eu autant l'envie de lui prouver à quel point elle l'exécrait. Ses ongles s'enfoncèrent dans la chair de ses bras lorsque Rogue, à son tour, se leva de son fauteuil, avec un grincement sourd. Elle l'entendit se rapprocher d'elle lentement, puis s'arrêter à quelques pas. Les tic-tacs de la pendule semblèrent avoir doublé de volume.
— Vous me disiez tout à l'heure que le professeur Harvey agissait souvent d'une façon bizarre avec vous, murmura-t-il. Expliquez-moi…
— Cela ne vous regarde pas ! répondit sèchement Matilde sans se retourner, d'un ton plus agressif qu'elle ne l'aurait voulu.
Alors Rogue fit brusquement un pas en avant et la saisit vigoureusement par le bras pour la forcer à le regarder dans les yeux.
— Surveillez votre ton, Miss Beauregard ! cracha-t-il, menaçant. Je vous signale que je suis toujours votre professeur et que vous me devez un minimum de respect ! Votre impertinence aurait coûté cinquante points à Gryffondor, mais comme vous ne faites plus partie de cette maison ni d'aucune autre maison de Poudlard…
— Quoi ? s'étrangla Matilde, le bras déjà engourdi sous les longs doigts implacables de Rogue. Que voulez-vous dire par là ?
Rogue, visiblement réjoui de la réaction qu'il avait suscitée chez elle, afficha un sourire mauvais.
— Cela signifie que vous n'êtes plus considérée comme une élève de Poudlard, Miss Beauregard.
Matilde sentit son cœur fondre au creux de sa poitrine.
— Je ne comprends pas…
— C'est évident, dit Rogue en la repoussant brutalement contre l'étagère d'où quelques livres s'en échappèrent avec un bruit mat. Vous avez fait trop de désordres à Poudlard. Plus personne ne veut de vous ici. Dès que vous serez guérie — et c'est bien parce que le professeur Dumbledore insistait pour que vous soyez remise de votre état de Parguenaise — vous serez renvoyée sur-le-champ d'ici, avec interdiction de revenir.
— Eh bien, tant mieux, déclara Matilde avec vigueur en frottant son bras endolori, parce que je n'avais aucune intention de revenir, justement ! Je n'ai eu que des malheurs depuis que j'ai mis les pieds à Poudlard ! Quitter enfin cet endroit ne pourrait que me faire du bien !
Immobile devant elle, Rogue n'aurait pas eu une expression différente si elle l'avait soudain giflé.
— Vous n'êtes qu'une petite ingrate complètement ignorante et égoïste ! postillonna-t-il avec dégoût. Je suppose que vous ne vous rendez même pas compte de tout le mal qu'on se donne pour vous empêcher de mourir sous votre Magie Noire de Parguenais ! Si ce n'était pas le souhait du professeur Dumbledore, cela ferait longtemps qu'on vous aurait tous abandonnée à votre terrible sort !
Mal à l'aise, Matilde soutint difficilement son regard noir rempli de reproches, puis elle se résigna à détourner les yeux vers le bout de ses souliers. Il était vrai que si Poudlard ne l'aidait pas avec son problème de Pouvoirs Fortifiés, elle périrait lamentablement.
— Mais tout le monde est méchant avec moi…
Rogue renifla avec dédain.
— Ne vous demandez pas pourquoi.
Indignée, Matilde leva un regard vitreux.
— Vous croyez que je mérite tout ça ? s'écria-t-elle d'une voix suraiguë, secouée de tremblement. Que j'ai fait exprès de blesser Dumbledore de cette manière ?
— Sur un autre ton, Miss Beauregard !
— Je m'en fiche ! Hurla-t-elle, des larmes de colère perlant aux coins des yeux. Depuis que je suis dans cette école, je ne suis qu'une misérable Parguenaise dont tout le monde peut mépriser, offenser, maltraiter, humilier à sa guise ! À part Sarah, il n'y a jamais eu personne qui m'a demandé comment j'allais, comment je me sentais ou qui j'étais vraiment ! Tout le monde ne cesse de croire que je suis dangereuse et que je passe mon temps à vouloir tuer pour le plaisir…
Sa voix se brisa. Rogue, l'expression impassible, ne broncha pas lorsque de chaudes larmes ruisselèrent sur les joues de Matilde.
— Je… je n'ai pas agressé les quatre élèves qui sont allé se plaindre en… en racontant toutes sortes de conneries à mon sujet. Et vous le savez ! poursuivit-elle à travers ses sanglots. Vous êtes allé vous-même clamer à… à tout le monde que je vous ai menacé de mort alors que… que vous saviez pertinemment que c'était un mensonge…
— Je n'ai pas menti ! protesta Rogue froidement.
— Vous avez falsifié ce qui c'est réellement passé !
— Vous m'aviez véritablement menacé de mort ! rugit Rogue, les poings serrés.
Matilde, le souffle court, pour la première fois, le regarda sans la moindre frayeur. Elle n'avait plus envie de se laisser écraser sous son intimidation. De toute façon, elle avait déjà dépassé les bornes et, maintenant qu'il était impossible de retourner en arrière, elle se remit donc à ses doléances :
— Je vous ai menacé de vous blesser et non pas de vous tuer !
— C'est la même chose ! déclara furieusement Rogue qui semblait être sur le point de s'élancer sur elle avec rage à tout moment.
— Vous voulez peut-être que je vous montre la différence ? menaça alors Matilde pour qui les larmes avaient soudain cessé de couler.
Rogue fit aussitôt un pas en arrière mais son expression demeura imperturbable. Puis, après un court silence pendant lequel les tic-tacs de la pendule semblaient à présent résonner à une allure à rendre fou, il hocha la tête avec gravité éloquente.
— Vous ne pourrez pas sauver Dumbledore… murmura-t-il.
— Et pourquoi pas ? répliqua Matilde sur un ton de défi.
— Simplement parce que la Magie Noire n'a jamais sauvé personne. Elle n'a jamais rien fait d'autre que détruire ou causer des atrocités…
— Avec moi c'est différent ! objecta Matilde, entêtée. Je m'entraîne à tous les soirs ! Je sais que j'arriverai bientôt à un résultat !
Mais dans le fond d'elle-même, elle ne pouvait s'empêcher de rester sceptique. Elle n'avait jamais eu de résultat concret qui prouvait qu'elle était réellement capable de le faire. Et avec ce que Rogue venait juste de lui déclarer, elle voyait ses pires craintes confirmées.
— Je suis sûre que je peux y arriver… marmonna-t-elle néanmoins, sur un ton trahissant son inquiétude.
Rogue fronça les sourcils.
— Mais qui vous a mis dans la tête que vous pouviez rétablir Dumbledore ? demanda-t-il lentement. Le professeur Harvey, peut-être ?
Matilde se remit à se ronger les ongles avec malaise.
— Répondez !
— Le professeur McGonagall y croit aussi, affirma-t-elle sur la défensive, ses yeux fuyant ceux de Rogue.
Celui-ci la dévisagea gravement durant un certain temps, l'air tendu. Puis il se détourna dans un tourbillon de cape noir, se dirigea vers une porte à peine visible d'entre deux étagères ensevelies de livres et disparut derrière.
Matilde resta alors seule dans le minuscule salon sinistre de Rogue, n'écoutant que les faibles tic-tacs de la pendule qui avaient repris leur cadence habituelle. Dans la cheminée, le feu s'éteignait lentement, plongeant la pièce dans une obscurité de plus en plus lourde. Qu'avait-elle dit à Rogue pour que ce dernier paraisse soudain troublé ?
La porte ne tarda pas à se rouvrir, révélant un Rogue chargé de vieilles couvertures râpées.
— Votre valise est derrière le fauteuil, informa-t-il en laissant tomber lourdement les couvertures sur le canapé élimé. Installez-vous pendant que je m'absente un moment.
— Vous partez ? s'étonna-t-elle tandis qu'il se rendait vers la sortie. Mais je suis censée être surveillée vingt-quatre heures sur vingt-quatre…
— Ne soyez pas stupide, Miss Beauregard, répliqua Rogue en tournant la poignée. Vous n'avez quand même pas l'intention de faire un mauvais coup maintenant ?
Il sortit dans le couloir.
— Attendez ! s'écria Matilde en se précipitant vers lui avant qu'il ne referme la porte.
Rogue se retourna.
— Oui, Miss Beauregard ? dit-il avec exaspération ostensible.
— La salle de bain, où est-elle ?
Apparemment, Rogue ne fut pas très enthousiasmé par cette question.
— Dans ma chambre, répondit-il entre ses dents, avant de refermer la porte au nez de Matilde.
Et n'oubliez pas de me dire ce que vous en pensez de ce chapitre, parce que la soirée avec Rogue n'est pas encore terminée... :P
