Bonjour ! Me revoilà avec la suite !
Alors comme je l'ai mentionné à la suite du précédant chapitre, vous êtes ici au véritable milieu de l'histoire, même si la moitié du nombre de chapitres est déjà passée depuis quelques jours... C'est que les prochains chapitres renfermeront plus de mots, donc ils seront un peu plus longs... et plus longs à corriger également... Mon quatre heures de correction quotidienne vient déjà de grimper à cinq heures et demi... Alors n'hésitez surtout pas à m'encourager comme certains le font déjà (et que je remercie beaucoup du fond du cœur), j'en ai grandement besoin si je veux tenir encore mon rythme de parution à un chapitre par jour ! :)
Merci à Nuuuf et algore-i pour avoir mis mon histoire dans leur favoris, merci à Name8 Cheg8 pour qui je ne m'attendais vraiment pas à recevoir de review de sa part (:P), et merci encore à vous tous qui m'avez suivie jusqu'ici ! Je vous promets bien de l'action pour cette deuxième partie des aventures de Matilde ! :)
(Poudlard et ses professeurs appartiennent à J.K. Rowling)
Bonne lecture !
(Merci à Persis :)
Chapitre 29
Surveillance étroite
Matilde ne parla pas pendant tout le temps que le professeur McGonagall, qui avait un air étrangement lugubre, suivie de Ranbbie, les guidait vers les appartements de la tour Nord, là où Matilde passerait le reste de son séjour à Poudlard, étroitement surveillée par Ranbbie. Trimballant sa grosse valise derrière elle dans un bruissement sonore, Matilde tenait la tête basse. Elle avait le pressentiment amer que Ranbbie allait s'amuser avec elle comme il l'avait fait chez Fleury et Bott et elle espérait qu'il ne vienne pas la rejoindre dans son lit la nuit…
Après avoir escaladé un grand escalier en colimaçon — Ranbbie avait fait léviter la valise pour faciliter son déplacement —, ils pénétrèrent dans un salon beaucoup plus chaleureux que celui de Rogue. Une vaste cheminée surmontée d'un grand tableau représentant une jeune femme assise au bord d'une fontaine se dressait devant trois fauteuils et un canapé en cuir rouge vermillon. Une haute étagère remplie de livres à la reliure vert et or était contre le mur à droite. Un bureau en bois verni était dans un coin, une table carrée entourée de chaises capitonnées dans l'autre, et trois portes en bois de chêne qui devaient s'ouvrir sur les chambres à coucher et la salle de bain, s'enfonçaient le long du mur à droite de la pièce, proche de l'étagère.
Ranbbie, d'un coup de baguette, alluma un feu dans la cheminée et une douce chaleur enveloppa Matilde. Le professeur McGonagall ne resta pas longtemps. Après avoir remercié Ranbbie d'un bref signe de tête, elle tourna les talons et sortit rapidement du salon, laissant Matilde seule avec Ranbbie.
— Elle n'a pas l'air de bien aller, remarqua Ranbbie d'un ton grave en désignant la porte qui venait de se refermer sur le professeur McGonagall.
Matilde resta silencieuse, debout au milieu de la place, sa valise à ses pieds. Bien sûr, la mine morne de McGonagall ne pouvait signifier qu'une chose : Rogue, peut-être lors de son absence inexpliquée la veille, avait dû aller lui dire qu'il n'y avait plus aucune chance de sauver Dumbledore. Une douleur acide vint alors tordre le cœur de Matilde. Elle ne voulait pas laisser mourir Dumbledore. Elle voulait continuer ses efforts pour un jour réussir à le guérir. Mais Ranbbie, tout comme Rogue, s'assurerait indubitablement à ce qu'elle ne pratique plus ses pouvoirs de fumée noire. Cependant, si la chance venait à se présenter, elle pourrait toujours essayer de le faire subrepticement…
— Ça va ? s'inquiéta Ranbbie qui avait dû reconnaître l'amertume dans le regard de Matilde.
— Oui… marmonna celle-ci sans le regarder dans les yeux.
Ranbbie s'approcha d'elle.
— Tu sais, dit-il avec douceur, tu peux te confier à moi. Je suis ton ami maintenant…
Matilde poussa une exclamation de dédain. Elle n'était pas prête d'oublier son comportement déplacé chez Fleury et Bott.
— D'accord, reconnut Ranbbie avec un soupir, je me suis comporté comme un véritable crétin la première fois que je t'ai vue. Comprends-moi, je n'ai pas pu résister... Tu es tellement jolie, déclara-t-il en lui adressant un sourire séducteur.
Matilde répliqua d'un regard noir.
— Ne pensez pas que je ne discerne pas du tout ce que vous avez en tête, Mr Hedlund, dit-elle froidement.
— Et que crois-tu donc que j'ai en tête, Miss Beauregard ? dit-il sur un ton de défi.
Les joues de Matilde s'enflammèrent et Ranbbie la contempla alors avec une délectation apparente. Matilde s'emporta :
— Vous n'êtes qu'un sale type impertinent et impudique qui…, commença-t-elle mais Ranbbie l'interrompit.
— Je suis ici car personne d'autre n'a voulu de ce poste, expliqua-t-il d'un air soudain sérieux. Tout le monde te craint au ministère, Matilde, simplement parce que tu es Parguenaise. Mais moi, poursuivit-il d'un sourire railleur, ayant eu la chance de te rencontrer avant, je savais bien que tu n'étais rien d'autre qu'une petite fille vulnérable, trop froussarde pour véritablement faire le mal... Je ne crois pas que tu aies volontairement attaqué Dumbledore.
Matilde fut brusquement saisie de gratitude pour Ranbbie. Enfin, quelqu'un d'autre que Sarah reconnaissait son innocence ! Mais elle ne voulut pas témoigner son élan d'affection soudaine à son égard. En partie parce qu'il l'avait tout de même traitée de froussarde, ensuite parce qu'elle ne voulait pas lui donner de chance de se rapprocher d'elle en tant qu'ami ou autre. Alors dans un cillement de paupières, elle s'efforça de paraître indifférente.
— Bien, murmura-t-elle, maintenant, si vous voulez bien m'excuser, je vais aller m'installer dans ma chambre.
— C'est la deuxième porte à ta droite, indiqua Ranbbie. Tu reviendras vite, un petit déjeuner t'attend sur la table…
Au grand soulagement de Matilde, Ranbbie resta tranquille tout le long de la semaine. Il n'essaya plus de la séduire ni de la provoquer comme elle avait cru qu'il le ferait. Il adoptait plutôt une attitude professionnelle — bien qu'il continuait à la tutoyer lorsqu'il lui parlait —, la respectant dans son intimité lorsqu'elle était aux toilettes ou enfermée dans sa chambre, et lorsqu'il n'était pas en cours avec elle, il occupait son temps à écrire sur de longs parchemins, recevant de temps à autre quelques hiboux au plumage mordoré qui venaient lui porter le courrier. Probablement continuait-il son travail au ministère, Matilde ne le lui avait jamais demandé. Elle évitait soigneusement de lui adresser la parole, entêtée à ne pas se lier d'amitié avec lui en dépit du fait qu'elle devait passer tout son temps en sa compagnie.
Excepté pour les cours, Matilde ne sortait jamais de la tour. Elle y faisait ses devoirs, prenait ses repas et occupait souvent ses temps libres à regarder par la fenêtre du salon. À l'extérieur au loin, le stade de Quidditch disparaissait sous une nappe de neige épaisse. Les nombreuses tribunes l'entourant ressemblaient à de grandes glaces à la vanille. Matilde eut fréquemment l'occasion d'observer vaguement quelques équipes chevaucher des balais volants en se lançant plusieurs balles quelconques, apparemment dans le but de se pratiquer pour le prochain match officiel.
Elle ne voyait plus Sarah, ni aucun autre élève, ou alors rarement. Son horaire avait dû être forgé de sorte à ce que tous les élèves soient en salle de classe lorsqu'elle empruntait les couloirs avec Ranbbie pour se rendre à ses cours privés. Les seuls rares élèves qu'elle rencontrait par hasard se montraient toujours apeurés que d'habitude, mais toutefois un peu rassurés qu'elle soit sous la vigilance constante de Ranbbie.
Quant aux professeurs, le changement considérable de leur comportement irrita quelque peu Matilde. Lors de ses cours, le professeur McGonagall était tout aussi lugubre que la dernière fois — cependant avec la même sévérité qu'à l'ordinaire —, mais le professeur Sinistra, pour sa part, s'était montrée anormalement complaisante. Par exemple, lorsque Matilde ne pouvait trouver la bonne réponse à ses questions, Sinistra s'empressait d'intervenir nerveusement en disant : « Ce n'est pas grave, je vais vous le dire ! ». Puis, à la fin du cours, pour la première fois, elle ne lui infligea aucun devoir à remettre pour le cours suivant, comme si elle avait peur que Matilde se venge en la brûlant de ses flammes noires et opaques.
À peu près les mêmes situations se manifestaient dans la salle de classe du professeur Flitwick sauf que celui-ci avait insisté pour que Ranbbie aille s'asseoir à la même table que Matilde alors qu'elle devait lancer quelques sortilèges avec beaucoup de difficulté. Mais naturellement, encore et toujours, comme elle n'avait aucun succès dans ses nombreuses tentatives à la baguette, Flitwick, d'un air réprobateur, lui avait donné cette semaine le devoir urgent de pratiquer sérieusement tous les sortilèges qu'elle avait vus depuis le début de ses cours.
— Tu vas devoir t'y mettre avec plus de cœur dans tes pratiques de sortilèges, lui avait notamment conseillé Ranbbie lorsqu'ils se rendaient à la tour Nord en fin de journée. Tu es vraiment pitoyable…
— Je sais, répliqua sèchement Matilde.
Et elle dut s'exercer toute la soirée à lancer des sorts, sous l'égide de Ranbbie qui se tenait toujours prêt à intervenir lorsqu'un sortilège tournait mal. À plusieurs reprises, elle avait failli faire éclater le portrait de la jeune femme à la fontaine alors qu'elle s'efforçait d'envoyer simplement le sortilège Lumos.
— Ton problème n'est pas dans ta façon de tenir ta baguette, gronda Ranbbie tandis que la jeune femme du tableau quittait son cadre d'un air furibond. C'est plutôt dans ta tête. Tu n'as pas assez de volonté.
— Je n'en ai assez ! s'exclama Matilde d'un air morose. Je vais me coucher…
Ranbbie n'avait pas tort. Il était vrai, à bien y penser, qu'elle ne mettait pas assez de volonté lorsqu'elle lançait ses sortilèges. Mais c'était parce qu'elle n'avait qu'un seul objectif en tête : guérir Dumbledore. Et ce n'était pas les sortilèges qui lui permettraient de réussir. C'était ses pouvoirs à elle, ses Pouvoirs de Parguenais, ses Forces Obscures comme disait Harvey. Alors, à l'insu de Ranbbie, à chaque soir, dans l'obscurité de sa chambre, elle s'évertuait encore, implorant ses pouvoirs de toutes ses forces, à faire apparaître n'importe quoi. Mais elle restait toujours sans résultat…
Elle avait espéré que le professeur Harvey lui envoie d'autres conseils concernant la maîtrise de ses pouvoirs mais depuis la présence de Ranbbie lors de ses cours, son attitude avait radicalement changé, beaucoup plus drastiquement que les autres professeurs. Il n'était plus le professeur timbré au sourire carnassier et à la démarche vacillante qui demandait sans cesse de faire exploser ses bouteilles de whisky Pur Feu dans des volutes de fumée noire. Il était devenu maussade, terne, et débitait le contenu de ses cours — qui n'avait plus rien à voir avec ses Forces Obscures — avec un caractère si acariâtre que si Matilde osait l'interrompre en lui signalant qu'elle ne comprenait pas, il lui balançait rigoureusement le fait qu'elle devait être plus attentive et qu'elle devait cesser de tordre ses doigts.
Le seul professeur qui n'avait pas changé sa façon d'enseigner, c'était le professeur Binns. Indéfectiblement ennuyeux, de sa voix nasillarde et monotone, il parcourait les détails interminables de la révolte des Gobelins en plongeant encore une fois Matilde dans une lourde torpeur. Elle surprit même Ranbbie, assis dans le fond de la classe, en train de cogner des clous alors qu'il s'évertuait en vain à ne pas s'endormir.
Du moins, comme l'avait présumé Matilde, la présence de Ranbbie eut un effet avantageux dans la classe de Rogue. Toutefois dans l'amère atmosphère qui flottait toujours dans le cachot, Rogue s'était tenu tranquille. Il lui avait marmonné le numéro de la page où s'affichait la méthode de préparation de la potion qu'elle devait élaborer aujourd'hui, puis avait replongé ses yeux malveillants dans les examens qu'il était en train de corriger. Matilde s'était appliquée scrupuleusement dans la fabrication de son philtre de confusion. Le teint rouge, les cheveux de plus en plus ébouriffés dans les vapeurs de son chaudron, elle avait été déterminée plus que jamais à ne laisser passer aucune remarque insultante de la part de Rogue. Comme de fait, lorsqu'il passa près de son chaudron à la fin du cours et qu'il baissa ses yeux noirs sur sa mixture qui frémissait d'une brume azurée, il ne fit aucun commentaire. Ce qui signifiait, à la grande satisfaction de Matilde, qu'il n'avait rien pu trouver à critiquer.
Cependant, elle craignait qu'il ne tente de se rattraper dans ses sarcasmes, lors de la retenue dans son bureau, le samedi soir venu. Matilde n'avait cessé d'envoyer des coups d'œil inquiet dans la direction de Ranbbie avant de se rendre aux cachots, espérant que Rogue ne l'ait pas empoisonné comme il avait menacé de le faire. Elle lui posait donc souvent la question :
— Vous allez bien, n'est-ce pas ? Vous ne ressentez aucun étourdissement ?
— Si tu me le demandes encore une fois, répliqua Ranbbie lorsqu'ils s'arrêtèrent devant la porte du bureau de Rogue, je vais commencer à croire que tu aies tenté désespérément de m'empoisonner…
— Mais non, pas moi, s'empressa-t-elle de répondre sans réfléchir.
Ranbbie, le poing suspendu en l'air, prêt à frapper sur le métal rouillé de la porte, regarda Matilde d'un air soupçonneux.
— Que veux-tu dire par là ?
— Rien, dit aussitôt Matilde.
Elle n'allait quand même pas l'énerver en lui révélant que Rogue risquait de l'empoisonner à tout moment…
— C'est juste que vous semblez un peu… blafard… mentit-elle alors pour se justifier.
— Blafard ? répéta Ranbbie avec un ricanement incrédule. Vraiment ?
Matilde haussa les épaules, un peu gênée, et Ranbbie hocha la tête en la regardant avant de frapper à la porte avec un grand bruit métallique.
— C'est plutôt toi qui a l'air blafarde, si tu veux mon avis. Rogue ne te plaît vraiment pas et ça se voit dans ton visage.
La porte s'ouvrit sèchement et Rogue fit son apparition dans un grand tourbillon de volutes de vapeur amarante. Pour un court moment, Matilde crut voir Lucifer en personne.
— Bonjour, professeur Rogue, salua Ranbbie d'un ton poli, j'amène Miss Beauregard à sa retenue.
Rogue tourna les yeux vers Matilde d'un air méprisant, puis recula d'un pas pour les laisser entrer.
Le bureau de Rogue était inondé de brume quasiment opaque et une légère odeur putride flottait dans l'air. Matilde voyait à peine le gros chaudron, qui était la source flagrante de toutes ces volutes rougeâtres, bouillonnant et bavant d'un liquide épais de la même couleur que la brume, posé sur le coin d'une table, à l'arrière du bureau de Rogue.
— Asseyez-vous, lança Rogue en claquant la porte derrière lui dans un bruit tonitruant de métal qui fit trembler les bocaux sur leur étagère.
Il avait l'air mécontent, comme si on l'avait dérangé dans une affaire particulièrement cruciale.
Matilde s'assit derrière une table recouverte de débris de fioles et de flacons en verre tandis que Ranbbie alla s'asseoir dans l'un des fauteuils délabrés devant la cheminée. Rogue se braqua devant Matilde.
— D'habitude, je ne laisse jamais personne avoir recours à la magie lors des retenues, dit-il. Mais cette fois-ci, je me vois dans l'occasion de faire une exception.
D'un geste majestueux, il prit l'un des morceaux de verre brisé.
— Vous allez réparer tous ces flacons à l'aide du sortilège Reparo et me les poser ensuite sur cette étagère.
Il désigna un endroit vide entre deux bocaux remplis d'une substance verdâtre dans laquelle des créatures visqueuses et mortes flottaient.
— Et je ne veux pas entendre aucun mot sans rapport avec la formule, ajouta-t-il en reposant le débris dans un tintement de verre sur la table devant elle.
Puis il retourna derrière son bureau, sa robe noire voltigeant derrière lui, le faisant ressembler à une chauve-souris géante, tremblotant derrière les vapeurs chatoyantes qui s'échappaient régulièrement de son chaudron.
Matilde empoigna sa baguette magique et la pointa à contrecœur vers les flacons brisés. Rogue savait qu'elle était d'une maladresse alarmante lorsqu'il s'agissait de lancer un sortilège — elle le soupçonnait même d'avoir lui-même brisé toutes ces fioles pour ainsi la voir se ridiculiser devant l'obligation de les réparer à l'aide d'un sort — et Ranbbie aussi. Celui-ci la regardait d'un air inquiet qui semblait vouloir dire : « Fais attention lorsque tu lanceras ton sortilège et concentre-toi ».
D'une voix mal assurée, Matilde marmonna :
— R-reparo…
Bien évidemment, rien de se produisit. Les débris de verre n'avaient pas remué d'un seul centième. Rogue leva des yeux morgues par-dessus son chaudron. Serrant les dents avec amertume, Matilde releva sa baguette.
— Reparo.
Encore rien.
— Lamentable, commenta Rogue en versant quelques gouttes d'une éprouvette dans sa mixture qui continuait à répandre ses volutes amarante dans tout le bureau.
Matilde lui jeta un regard féroce. Ranbbie restait silencieux, les coudes appuyés sur les bras de son fauteuil, un doigt sur la bouche, les jambes croisées, et observait la scène d'un air amusé. Matilde eut alors la désagréable impression que si Rogue venait à la provoquer, Ranbbie ne broncherait pas, préférant se réjouir du spectacle. Irritée, elle leva une troisième fois sa baguette au-dessus des fioles brisées et lança entre ses dents :
— Reparo !
Brusquement, le morceau de verre qui se trouvait sous sa baguette, éclata violemment en mille petits fragments qui virevoltèrent en tous sens. Matilde poussa alors une exclamation de stupeur et leva ses bras pour se protéger des débris qui lui écorchèrent le visage au passage. Ranbbie se leva aussitôt, sa propre baguette déjà dressée devant lui, et s'élança vers elle. Le regard méprisant, Rogue n'avait fait aucun geste pour tenter de remédier à ce qu'il venait de se passer.
— Fais voir, ordonna Ranbbie d'un air inquiet en lui dégageant doucement les mains de son visage. Quelques égratignures, ça va, rien de grave…
Matilde ressentait sa peau la brûler aux endroits où elle avait été touchée par le verre et ses mains étaient légèrement maculées de sang.
— Il va falloir retirer les fragments de verre qui se sont incrustés dans ta peau, dit Ranbbie en scrutant le visage de Matilde. Attends, je vais arranger ça…
Mais au moment où il pointa sa baguette sous les yeux de Matilde, Rogue intervint :
— Elle ferait mieux d'aller voir l'infirmière de l'école. Ce serait plus prudent.
Ranbbie lui envoya un sourire rassurant.
— Je maîtrise parfaitement les sortilèges de guérison, professeur Rogue. Soyez sans crainte.
Mais Rogue n'avait pas l'air craintif. Il avait plutôt l'air contrarié, comme s'il aurait préféré que Ranbbie ne s'approche pas de Matilde. Celle-ci était troublée. Assise devant Ranbbie qui lui attribuait ses soins à l'aide de sa baguette magique, elle regardait Rogue du coin de l'œil et il paraissait fulminer intérieurement derrière son chaudron, les doigts crispés sur le manche de la cuillère en bois avec laquelle il remuait lentement sa potion. Il n'aurait pas été étonnant de voir ses yeux lancer des flammèches. Pour on ne savait trop quelle raison, il semblait être en proie à une colère noire.
— Voilà, dit Ranbbie d'un ton enjoué, en effleurant la joue de Matilde du dos de ses doigts après qu'il eut terminé de soigner toutes ses blessures. Ton joli visage à retrouvé tout son éclat.
Se sentant rougir à ce contact, Matilde le remercia d'un sourire timide et repoussa délicatement ses doigts de sa joue. Un craquement sinistre retentit. Rogue, l'air à présent enragé, tremblait dans les vapeurs rougeâtres de son chaudron. Dans chacun de ses poings, il tenait une moitié de sa cuillère en bois.
— Ça va, elle va bien, annonça Ranbbie en se redressant, elle peut maintenant poursuivre sa retenue.
Et il alla se rasseoir devant la cheminée, nullement décontenancé par le comportement étrange de Rogue.
Finalement, songea Matilde, aller à l'infirmerie plutôt que de se faire soigner sur place par Ranbbie aurait eu comme avantage de ne pas se retrouver en face d'un Rogue dangereux qui risquait d'exploser à tout moment. Mais Rogue, cependant, resta tranquille. Après avoir jeté les morceaux de sa cuillère brisée contre son chaudron, il contourna la table, se dirigea vers son armoire et en ressortit une grande tasse en métal. Il revint presqu'aussitôt à sa potion pour y plonger sa tasse dans la mixture épaisse, l'emplissant jusqu'au bord puis, après avoir agité sa baguette au-dessus de la tasse comblée, il engloutit la potion d'un seul trait.
Mais qu'avait-elle donc cette potion comme effet, pour que Rogue s'en fasse tout un chaudron ? se demanda Matilde qui détourna les yeux subitement lorsque ceux de Rogue vinrent se poser sur elle.
— Miss Beauregard, dit-il d'un ton menaçant en déposant sa tasse sur la table et en reprenant les morceaux de sa cuillère en bois, puisque les fioles de verre brisé se révèlent trop dangereuses pour vous, étant donnés votre étroitesse d'esprit et votre navrante incapacité à lancer de simples sortilèges tel que le Reparo, ainsi que votre manque de…
— Nous y travaillons, objecta Ranbbie, interrompant le flot d'insultes que Rogue était en train de déverser sur Matilde. À tous les soirs, je l'aide à…
— Mr Hedlund, coupa Rogue froidement, je n'ai pas demandé à vous consulter.
Il le fusilla du regard et Ranbbie resta bouche bée.
— Comme je disais, reprit Rogue en se rapprochant de Matilde comme un serpent sur le point de mordre, puisque le verre est dangereux pour vous, pourquoi ne pas essayer plutôt avec le bois ?
Il jeta les morceaux de sa cuillère sur la table devant Matilde, parmi les débris de fioles et de flacons, puis lança d'un ton glacial :
— Vous ne sortirez pas d'ici avant d'avoir pu réparer ça !
Faisant claquer sa cape noire, il fit volte-face et alla s'asseoir derrière son bureau, les sourcils froncés. Ranbbie le regarda à présent avec un rictus méprisant, digne d'une imitation parfaite de Rogue lui-même. Matilde était sûre que, lorsqu'ils seront enfin seuls, dans leurs appartements de la tour Nord, Ranbbie pesterait contre Rogue avec hargne, fulminant toutes sortes d'insultes sur son horrible personne. Et elle serait là pour approuver ses médisances avec grande joie.
D'un geste exaspéré, Matilde se saisit des deux morceaux de la cuillère puis, après avoir tassé les débris de verre sur un côté de la table, elle plaça, côte à côte, les deux extrémités des morceaux devant elle. Elle leva sa baguette.
— Reparo !
Les morceaux de bois restèrent immobiles. Elle relança de nouveau la formule. Toujours rien. Contrainte à bien devoir y parvenir, sous peine de devoir passer la nuit là, Matilde refit la même manœuvre plusieurs fois, sous l'œil moqueur de Rogue. Il lui fallut plus d'une demi-heure avant d'arriver à un résultat. Le cœur de Matilde avait bondi dans sa poitrine lorsque les deux morceaux, après d'innombrables essais, s'étaient rejoints à leur extrémité pour un moment, puis s'étaient décollés instantanément. Du moins, cela prouvait qu'il y avait de l'espoir…
Ranbbie lui adressa un sourire encourageant. Il remua les lèvres et prononça silencieusement le mot : « volonté ». Non mais vraiment ! Croyait-il réellement qu'elle n'avait aucune volonté à réparer cette fichue cuillère pour enfin sortir de là au plus vite ?
Les vapeurs amarante s'étaient dissipées depuis quelques minutes. Rogue était en train de remplir une multitude de fioles de sa potion épaisse et rougeâtre qui avait cessé de fumer dans son chaudron. Il paraissait s'être calmé.
Brandissant sa baguette pour l'énième fois, Matilde savait que cette fois-ci serait la bonne. Simplement parce qu'elle avait failli y parvenir lors de son dernier essai et que maintenant, elle ressentait que sa détermination avait momentanément décuplé.
— Reparo ! lança-t-elle d'une voix ferme.
Des étincelles argentées jaillirent alors du bout de sa baguette et vinrent frapper les deux morceaux de la cuillère en bois qui se rattachèrent aussitôt. Au même moment, une sensation de rafraîchissement, comme si elle venait de boire un grand verre d'eau froide, se répandit furtivement dans sa poitrine. Mais elle n'y fit pas attention. Elle retenait son souffle, les yeux fixés sur la cuillère, dans l'espoir qu'elle ne se casse pas de nouveau. Ce fut seulement après quelques secondes, constatant que la cuillère restait bien intacte, que Matilde étouffa enfin une exclamation de réjouissance, sous le regard de Rogue. Celui-ci avait interrompu son activité, le visage froid et impassible.
Ranbbie se leva.
— Bon, eh bien, je pense que nous pouvons partir maintenant, dit-il en s'étirant les bras d'un air satisfait.
Rogue le regarda avec mépris, mais ne fit pas un geste lorsque Matilde rangea sa baguette magique sous sa ceinture et suivit Ranbbie vers la sortie.
— Tu as été magnifique ! s'exclama Ranbbie d'un ton jovial alors qu'ils prenaient le chemin vers la tour Nord. Tu as merveilleusement réussi à lancer le sortilège !
— Oui mais Rogue est vraiment un sale type acariâtre ! maugréa Matilde d'un air blasé.
Ranbbie éclata de rire.
— Rogue a toujours été comme ça ! Je me rappelle lorsque j'étais moi-même élève à Poudlard…
Son regard se perdit au loin pour un moment, s'obscurcissant. Sûrement qu'il était en train de se remémorer ses pires moments passés avec Rogue lors de ses cours de potions du temps qu'il était encore étudiant.
— Il ne devait pas être aussi exécrable avec vous qu'avec moi, assura Matilde d'un ton amer. C'était vraiment odieux de sa part de m'avoir ridiculisée avec ce sort.
— Moi je trouve que c'était une idée géniale, au contraire, objecta Ranbbie avec grand sérieux. Grâce à lui, tu maîtrises maintenant le sortilège Reparo.
— J'y serais parvenue sans lui, répliqua Matilde, courroucée qu'il prenne soudain le parti de Rogue.
— Je n'en doute pas, dit Ranbbie d'un ton détaché lorsqu'ils s'engagèrent dans un couloir plus étroit. Mais avoue-le donc, ta retenue aurait pu être pire. Rogue a toujours eu l'habitude ne nous faire faire du travail ennuyeux, inutile et difficile. Estime-toi heureuse de ne pas avoir perdu ton temps lors de ta retenue. Tu maîtrises maintenant un sort ! répéta-t-il d'un air enjoué mais Matilde resta renfrognée.
— J'aurais passé tout ce temps-là dans ma chambre et j'aurais eu le même résultat. Vous avez remarqué comment il nous regardait ?
— Oui, répondit-il avec un sourire moqueur, il était frustré de te voir réussir ton sortilège en moins d'une demi-heure. Tu détiens peut-être le record de la plus courte retenue jamais passée avec Rogue !
— Non, rectifia Matilde. Je veux dire… Pendant que vous soigniez mes blessures, Rogue semblait en désaccord total avec le fait que... Enfin... J'ai vraiment cru qu'à un moment donné il allait venir vous arracher la tête…
Ranbbie pouffa de rire.
— Rogue semble toujours sur le point d'arracher des têtes.
— Je sais, mais là, c'était… bizarre… il… il fulminait… Je suis sûre qu'il a cassé sa cuillère sous l'intensité de sa colère…
Ranbbie haussa les épaules.
— Il n'a tout simplement pas dû aimer la façon dont je t'ai effleuré la joue, railla-t-il alors en lui envoyant l'un de ses sourires qui lui révélaient toujours un charme troublant.
Matilde ouvrit la bouche pour rétorquer, mais la referma aussitôt, déconcertée. Elle sentit ses joues s'enflammer de nouveau. C'était absurde. Rogue la détestait. Il ne pouvait quand même pas éprouver de la jalousie envers Ranbbie. S'il s'était montré aussi menaçant lors de sa retenue, c'était sûrement parce qu'il n'avait tout simplement pas supporté que Ranbbie soit présent, veillant à ce que tout soit pour le mieux. Rogue aimait lorsque Matilde souffrait et il aurait incontestablement été ravi qu'elle soit contrainte à poursuivre sa retenue dans la douleur, le visage en sang. N'avait-il pas, lors de sa précédente retenue, essayé de la retenir alors qu'elle avait été gravement blessée à la tête, au bord de l'évanouissement ? Franchement, il était ridicule, improbable et complètement incohérent que Rogue soit amoureux d'elle. Ranbbie se moquait d'elle, comme d'habitude…
— Je te l'ai déjà dit, chuchota Ranbbie en contemplant Matilde avec délice, et je tiens à te le redire encore : tu es vraiment jolie lorsque tu rougis ainsi.
Matilde détourna les yeux d'un air irrité. Elle détestait quand Ranbbie jouait au séducteur effrontément agaçant.
Il y eut un silence gêné pendant lequel on n'entendait que les bruits de leurs pas lorsqu'ils s'engagèrent dans l'escalier menant à leurs appartements.
— D'accord, je m'excuse, soupira Ranbbie. Je n'ai pas pu me retenir… À l'avenir, je te promets que je ferai de gros efforts pour ne pas succomber encore une fois sous ton charme.
Non mais vraiment ! s'offusqua Matilde. S'il trouvait sa façon de rougir charmante, ce n'était quand même pas de sa faute ! À quoi jouait-il ? On aurait dit qu'il cherchait constamment à l'amadouer dans un but qu'elle ignorait. Il ne voulait quand même pas coucher avec elle ? Il risquerait de se faire sévèrement corriger par le ministère s'il manquait considérablement à son devoir professionnel. De plus, elle avait dix-sept ans. Elle n'était même pas majeure !
Dès qu'elle entra dans ses appartements, après avoir manifesté ostensiblement son mécontentement envers Ranbbie en lui jetant le regard le plus noir qu'elle pu, elle hâta le pas directement vers sa chambre. Le lendemain, elle ne sortit que pour prendre ses repas. Le reste du temps, elle se confina dans sa chambre à feuilleter distraitement les livres à la reliure vert et or venant de l'étagère du salon, pratiqua quelques sorts à la baguette et surtout, s'efforça de faire apparaître en vain tous les objets qu'elle faisait disparaître dans ses volutes de fumée noire.
La suite demain ! :)
