Partants pour un peu d'action ? :)
Merci à Charlotte Marmotte et Missfanficdu57 pour m'avoir encouragée grandement pour la correction de ce chapitre ! Je suis repartie sur un ''boost'' là ! Super ''full' motivée !
(Poudlard appartient à J.K. Rowling)
Bonne lecture !
(Merci à Persis :)
Chapitre 30
Des trolls dans le château
Noël approchait. Il ne restait que trois jours avant le bal et Matilde avait appris — d'ailleurs, elle s'y était un peu attendue — qu'elle ne pouvait plus s'y rendre. Le professeur McGonagall lui avait notamment expliqué que bon nombre d'élèves se montreraient encore trop apeurés pour qu'elle vienne ainsi s'exhiber au beau milieu d'un attroupement. Elle risquerait de déclencher un tohu-bohu des plus conséquents. N'empêche, elle n'avait jamais eu véritablement envie d'y aller de toute façon. Que plein d'élèves la méprisent ou la pointent du doigt en lui jetant des remarques sarcastiques lors de cette soirée festive ne la ravissait pas. De plus, cela réglait son problème de cavalier.
Matilde soupira. Elle était assise au bord de la fenêtre du salon et regardait la neige tournoyer légèrement et joyeusement devant elle alors qu'elle se sentait d'humeur lourde et morne. Les jours se succédaient dans une lenteur proche de l'indécence. Elle ne pensait plus qu'à l'instant où elle pourrait enfin quitter Poudlard, retourner chez elle pour les vacances de Noël et revoir ses parents qui se feraient certainement une joie de l'accueillir. Là-bas, elle serait de nouveau considérée comme une humaine dotée de sentiments et non pas comme un monstre sanguinaire qu'il fallait garder constamment enfermé pour ne pas risquer qu'il finisse par tuer quelqu'un.
— Tu devrais pratiquer tes sortilèges au lieu de déprimer comme ça, seule dans ton coin, suggéra Ranbbie en trempant sa plume dans son encrier avant de se remettre à ses parchemins, assis derrière son bureau.
Matilde soupira de plus belle. Elle n'avait fait que ça : pratiquer ses sortilèges. À chaque matin, entre chaque cours, pendant chaque soir, Ranbbie l'avait forcée à s'entraîner à lancer ses sorts sans relâche. Dans un emportement exaspéré, elle l'aurait volontiers transformé en bouillie fumante si elle n'avait pas dû faire de gros efforts pour s'empêcher de déverser ses flammes noires sur son admirable visage railleur alors qu'il l'observait par-dessus ses parchemins, s'assurant qu'elle continuait à demeurer active à ses devoirs.
— Je n'en ai pas envie, répondit Matilde, sans détacher son regard du stade de Quidditch quasiment enseveli sous la neige. De toute façon, je maîtrise assez bien mes sortilèges à présent.
Et c'était vrai. Après toutes ces journées d'acharnements constants, elle réussissait maintenant, presqu'à tous les coups, le sortilège Reparo, Evanesco, Alohomora, Lumos, Aguamenti (celui qu'elle avait le plus de difficulté à réussir), puis le Wingardium Leviosa. À chaque fois qu'elle réalisait un sort, la même sensation de rafraîchissement au niveau de sa poitrine se faisait sentir et c'était grâce à cette sensation étrange qu'elle savait si le sortilège de lévitation provenait de sa baguette et non pas de ses Pouvoirs de Parguenais. Néanmoins, elle n'en avait parlé à personne. Elle était certaine que cela faisait partie du processus d'exécution des sortilèges.
— Pas le sortilège Finite Incantatem, fit remarquer Ranbbie. Tu pourrais peut-être t'entraîner un peu sur ce sortilège avant d'aller en cours avec le professeur Flitwick, cette après-midi.
— Je pourrais aussi rester tranquille, assise là, à regarder la neige tomber, répliqua Matilde d'un ton irrité. J'ai appris assez de sorts pour cette semaine !
— Tu ne devrais pas me parler sur ce ton, Matilde, répliqua Ranbbie avec réprobation. Ton comportement irascible envers moi devient très déplacé.
Matilde le regarda sombrement.
— Désolée, dit-elle à contrecœur avant de reporter son attention à travers la fenêtre.
Dehors, au loin, deux gros oiseaux noirs, bizarres, ressemblant à de grands chevaux ailés, décrivaient des cercles au-dessus de la cime des arbres enneigés.
— Ce sont des dragons ? demanda machinalement Matilde en plissant les yeux pour essayer de mieux distinguer leur forme à travers la neige tournoyante.
— Quoi ? dit Ranbbie, un peu perdu. Qu'est-ce que tu dis ?
— Là-bas, dit-elle en pointant la forêt dépourvue de feuilles au travers la vitre. Ce sont des dragons ?
Alarmé, Ranbbie se leva d'un bond et vint rejoindre Matilde à la fenêtre.
— Je ne vois rien, dit-il en scrutant le paysage d'un blanc éclatant.
— Mais là, voyons, s'impatienta Matilde qui ne comprenait pas comment pouvait-il ne pas discerner deux évidents dragons noirs d'une neige aussi blanche.
— Je ne vois rien du tout. Tu as dû avoir mangé trop de morceaux de tarte à la mélasse tout à l'heure, railla-t-il en retournant s'asseoir derrière son bureau.
— Mais enfin, Ranbbie ! s'exclama-t-elle, agacée. Vous vous fichez de moi ou quoi ?
Ranbbie la regarda alors avec un sourire ému, complètement hors de propos.
— C'est la première fois que tu m'appelles par mon prénom, dit-il sur un ton affectueux. Avec un peu de chance, tu finiras aussi par me tutoyer un jour.
— Vous êtes vraiment pitoyable, lança Matilde avec un hochement de tête amer.
Les dragons avaient disparu et les flocons continuaient de tomber allègrement en tournoyant légèrement sur eux-mêmes. Ranbbie, l'air indifférent, avait remis le nez dans ses parchemins.
— Ils sont partis, annonça Matilde. J'espère qu'ils ne seront pas une menace pour Poudlard, ajouta-t-elle en espérant provoquer un peu d'inquiétude chez Ranbbie.
Celui-ci leva les yeux vers elle.
— Ils étaient comment, tes dragons ? interrogea-t-il enfin, cependant d'un ton détaché.
— Noirs, gros... Ils ressemblaient plutôt à de grands cheveux ailés…
— Ah, comprit aussitôt Ranbbie en trempant de nouveau sa plume dans l'encrier. Mes condoléances.
Matilde se trouva déconcertée et à la fois exaspérée par ses mots complètement insensés.
— Pourquoi « mes condoléances » ? demanda-t-elle froidement.
Ranbbie lui sourit tristement, sa plume suspendue au-dessus du parchemin.
— C'était un proche ? murmura-t-il.
— Quoi un proche ?
— La personne que tu as vue mourir ?
Matilde étouffa une exclamation sidérée. Comment savait-il qu'elle avait vu mourir quelqu'un ? C'était absurde ! Il n'aurait pas pu savoir que sa tante s'était éteinte à son chevet quelques années auparavant. Elle avait demandé à voir toute sa famille avant de mourir et Matilde n'avait que de brefs souvenirs de ce moment lugubre. Elle devait avoir trois ou quatre ans, tout au plus. Ce dont elle se souvenait surtout, c'était que sa mère avait eu beaucoup de chagrin suite à la perte de sa sœur.
— Alors ? demanda Ranbbie, la tirant brusquement de ses pensées funèbres, c'était quelqu'un de ta famille ?
— Je préfère ne pas en parler, répondit-elle. D'ailleurs, qu'est-ce que cela a rapport avec des dragons ?
Ranbbie laissa échapper un rire amusé, posa sa plume dans son encrier, puis joignit les mains sur son bureau.
— Ce n'étaient pas des dragons, déclara-t-il, c'étaient des Sombrals.
— Des quoi… ?
— Des Sombrals, répéta-t-il calmement. Ils ne sont pas dangereux à moins d'être provoqués. Ce sont d'immenses cheveux ailés avec une tête de dragon et un corps squelettique qui ont un excellent sens de l'orientation. Ils s'avèrent très utiles pour tous ceux qui ne connaissent pas l'adresse exacte de l'endroit où ils veulent aller. Les seules personnes qui peuvent les voir sont ceux qui ont vu la mort. Ce qui explique pourquoi, moi, je ne peux pas les voir et que toi, oui, parce que tu as irréfutablement vu quelqu'un mourir. Mes condoléances, ajouta-t-il à nouveau, aimablement, avant de reprendre sa plume dans l'encrier. Maintenant, si tu veux bien me le permettre, j'aimerais bien me remettre à mes écrits.
— C'est stupide, commenta abruptement Matilde, les yeux fixés sur le paysage de neige sans vraiment le voir. C'est stupide et insensé comme toutes les autres choses absurdes et illogiques de ce monde… magique…
Elle avait prononcé le dernier mot avec tout le mépris dont elle était capable.
— Tu n'aimes pas du tout la magie, toi, constata Ranbbie avec douceur. Je l'avais remarqué dès notre première rencontre…
Il y eut un silence. L'arrêt du bruissement de plume sur le parchemin fit comprendre à Matilde que Ranbbie la fixait toujours alors qu'elle restait à observer les arbres agités par le vent, dans le lointain. Ranbbie demanda :
— Que s'est-il passé dans ton enfance pour que tu aies développé autant de répulsion envers la magie ?
Matilde tourna la tête vers lui.
— Je ne sais pas exactement, avoua-t-elle sincèrement. J'ai toujours cru que la magie ne pouvait pas exister, que c'était idiot d'y croire…
— Pourquoi ?
— Parce que, répondit-elle en faisant sentir qu'il s'agissait d'une évidence. Tout le monde, enfin, les gens normaux, apprennent très vite que la magie n'existe que dans les contes de fées. Il n'y a aucune logique dans la magie. Elle ne peut tout simplement pas exister et pourtant, elle existe ! Ça me dépasse encore…
Ranbbie s'adossa sur sa chaise, un doigt pressé contre sa lèvre inférieure, l'air songeur. Lorsqu'il parla, il s'exprima lentement, les yeux étincelant.
— Se pourrait-il qu'en refusant obstinément la magie dans ta vie, tu aies contribué inconsciemment à ton état de Parguenaise ?
— Peut-être bien… admit Matilde qui venait de se souvenir que Rogue lui avait déjà mentionné quelque chose de semblable le jour où elle avait attaqué Dumbledore :
« … comme tous les autres imbéciles qui sont devenus Parguenais par bête décision de dédaigner tous ce qu'ils ne comprenaient pas ! », avait-il dit.
— Tu as dû éprouver une aversion excessivement profonde pour ainsi arriver à réprimer tous tes pouvoirs magiques à l'intérieur de toi…
Effectivement, elle a toujours détesté la magie et elle l'exécrait encore. Toutefois, elle se forçait à mettre cette aversion de côté pour tenter de guérir un jour de son état de Parguenaise. Les sortilèges qu'elle avait appris à maîtriser au courant de la semaine l'aidaient sûrement à y remédier. Mais quelque chose au fond d'elle ne voulait pas qu'elle guérisse — du moins, pas tout de suite. Elle voulait sauver Dumbledore avant que ses pouvoirs de fumée noire ne se volatilisent trop tôt. C'était sa seule chance d'y arriver. Même si Rogue lui disait que la Magie Noire n'avait jamais sauvé personne, Harvey, lui, prétendait le contraire. Ne lui avait-il pas révélé un jour qu'il avait étudié soigneusement son cas de Parguenaise et avait découvert des choses intéressantes à son sujet ? Ce n'était pas pour rien qu'il voulait à tout prix que Matilde s'entraîne à ce genre de magie. Il savait qu'il était encore possible de conjurer le sort qui retenait Dumbledore prisonnier d'une mort inévitable, et il était hors de question de le laisser périr.
Ranbbie, toujours en position fermée, paraissait perdu dans ses réflexions. Matilde ramena les yeux à la fenêtre. Les arbres de la forêt continuaient à s'agiter vivement, mais ce n'était pas le vent qui en était la cause : une ribambelle de six géants à l'allure de gorille, d'une taille d'au moins trois mètres, une massue à la main, émergeaient des arbres d'une démarche chaloupée.
Matilde les observa avec un mélange de curiosité et d'appréhension. Elle se demanda si, comme les Sombrals, ils étaient inoffensifs ou bien représentaient-ils un réel danger. Comme ils se dirigeaient vers Poudlard d'une façon menaçante, elle jugea bon de s'enquérir auprès de Ranbbie.
— Heu…, fit-elle en regardant les géants s'avancer en file dans la neige, creusant d'énormes et profondes ornières dans leur sillage. Les géants sont-ils inoffensifs aussi ?
— Les géants sont de créatures vraiment très agressives, informa nonchalamment Ranbbie qui avait déjà repris ses écrits. Tu ne veux pas te retrouver un jour en leur présence…
— Ah…, dit Matilde qui ressentait à présent un certain malaise venant lui chatouiller désagréablement les entrailles. Alors pourquoi il y en a six qui se dirigent vers Poudlard en ce moment ?
Ranbbie hoqueta d'un rire incrédule.
— Les géants vivent dans des montagnes très éloignées d'ici. C'est très improbable qu'ils viennent se balader par ici. Je te le redis, se moqua-t-il, tu as vraiment mangé trop de tartes à la mélasse…
— Je ne dis pas n'importe quoi ! s'écria Matilde en se levant brusquement, outrée. Si vous ne me croyez pas, venez donc le constater vous-même ! Il y a vraiment six géants qui se dirigent vers Poudlard !
Sceptique, Ranbbie se leva tranquillement, contourna son bureau et vint regarder par la vitre. Son visage blêmit.
— Je te l'avais dit, lança Matilde avec vigueur, alors que les géants se rapprochèrent du château en passant sous la fenêtre, devenant ainsi hors de vue.
— Ce ne sont pas des géants, déclara Ranbbie, la voix tremblante d'inquiétude, ce sont des trolls.
— Des trolls ?
Ranbbie se précipita vers la porte, l'air tendu.
— Reste ici, ordonna-t-il d'un ton autoritaire. Surtout ne sors pas d'ici !
Il sortit en trombe.
Matilde retourna à la fenêtre mais ne vit que les énormes traces dessinées dans la neige par les trolls depuis l'orée de la forêt. Ce fut seulement à ce moment qu'elle s'aperçut que son cœur lui martelait littéralement les côtes : une profonde angoisse grandissait en elle. L'expression de panique qu'avait exprimée Ranbbie sur son visage en sortant de la pièce ne présageait rien de bon. Apparemment, ces trolls venaient effectivement attaquer l'école.
Matilde trottinait de long en large dans le salon, se tortillant les doigts, tendant l'oreille aux aguets, même si la tour était isolée du reste du château et ne permettait donc pas d'entendre ce qui pouvait survenir aux étages inférieurs. Elle attendait alors hâtivement le retour de Ranbbie pour qu'il lui dévoile enfin ce qu'il se passait.
Une voix retentit brusquement dans le silence. Matilde s'immobilisa.
— Tous les élèves sont priés de retourner immédiatement dans leur salle commune ! Je répète, tous les élèves…
C'était la voix du professeur McGonagall, amplifiée sans doute par magie, résonnant dans tout le château.
C'était maintenant devenu irréfutable ! Poudlard était réellement attaqué ! Et si ces trolls venaient à tuer tout le monde dans le château en finissant par Matilde, toute seule dans sa tour… ?
« Matilde, calme-toi, se dit-elle en fermant les yeux et en respirant profondément pour tenter de se calmer. Tout va bien aller… Ce sont des sorciers… Ils peuvent les arrêter facilement… »
Des bruits de pas précipités se firent soudain entendre derrière la porte. Matilde ouvrit aussitôt les yeux. Ranbbie revenait. Elle se rua sur la porte et, trop énervée pour attendre plus longtemps, l'ouvrit à la volée. Mais ce n'était pas Ranbbie qui s'élançait vers elle, pantelant : c'était Harvey. Le chapeau de travers sur ses cheveux en bataille, le visage luisant de sueur, il escaladait les marches quatre par quatre avec un air paniqué.
— Matilde, haleta-t-il en vacillant sur elle (celle-ci recula dans la pièce avec prudence), il y a des trolls partout ! Il… il faut venir nous aider…
— Aider ? Moi… ?
Harvey, hors d'haleine, s'appuya d'une main sur le cadrage de la porte et tenta de reprendre son souffle.
— Oui ! Toi ! Tu dois venir nous aider !
— Mais…, balbutia Matilde, terrifiée, qu'est-ce que vous voulez que je fasse ? Les trolls vont sûrement m'écraser… Je ne suis pas assez forte pour…
— Utilise tes Forces Obscures ! dit Harvey en levant son regard bleu électrique brillant vers elle, interrompant sèchement ses jérémiades. Tes pouvoirs sont largement plus puissants que les nôtres. Ne restes pas là alors que plusieurs personnes en ce moment même risquent de mourir dans d'atroces souffrances !
Matilde se grattait vigoureusement les paumes tandis qu'elle essayait de raisonner sous l'affolement. Ranbbie lui avait ordonné de rester dans ses appartements. Mais d'un autre côté, il était vrai qu'elle ne pouvait pas rester là si on avait besoin d'elle…
Harvey ne lui laissa pas plus de temps pour réfléchir. Il l'agrippa par le bras et l'entraîna dans l'escalier.
— Nous n'avons pas le temps, dit-il en dévalant les marches à toute allure. Les trolls ont déjà pénétré dans le château !
Glissant sur le coin d'une marche, Matilde faillit tomber à la renverse mais Harvey la retint de justesse. Il la relâcha seulement lorsqu'ils arrivèrent dans le couloir.
Un bruit tonitruant, ressemblant à un éboulement de pierres, fit trembler le sol un instant.
— Viens, dit Harvey en sortant sa baguette magique de sous sa cape orangée.
Il s'avança dans le couloir dans la direction du bruit. Hésitante, Matilde le suivit en extirpant inutilement sa propre baguette qu'elle brandit devant elle comme si cela pouvait vraiment la protéger. Elle ne connaissait aucun sort de défense…
Ils tournèrent à l'angle d'un mur. D'autres bruits résonnèrent alentour : des pas précipités, des cris. Les personnages des portraits couraient d'une toile à l'autre, poussant des exclamations d'horreur. Matilde se laissait gagner par l'effroi. Lorsqu'un craquement sonore fit de nouveau vibrer le sol, elle ne put s'empêcher de faire demi-tour brusquement.
— Où vas-tu ? lança Harvey alors qu'elle tournait déjà à un autre coin de mur.
Elle se précipitait à l'aveuglette, ne sachant pas exactement où elle allait. Une peur panique s'emparait d'elle comme un poison qui se rependait rapidement dans toutes ses veines. Elle courait, comme une folle, le long des couloirs déserts, empruntant au hasard les voies qui s'ouvraient devant elle. Jamais elle n'avait senti son cœur battre avec autant de puissance à l'intérieur de ses côtes.
Un fracas terrible se répercuta en écho dans tout le château et elle s'arrêta brusquement au milieu d'un couloir sombre. Des pas se faisaient entendre tout au bout du couloir : des pas lents et pesants — très pesants — qui faisaient craquer le parquet à une distance qui se rapprochait dangereusement de Matilde. Celle-ci se figea d'horreur. Et tandis qu'une forte odeur de vase et de poisson pourri envahissait le couloir, elle songea avec désespoir que tout allait alors se terminer ainsi. C'était fini. Elle allait mourir aplatie sous la lourde massue d'un effroyable monstre alors qu'elle avait tenté de s'enfuir lâchement, pendant que d'autres personnes devaient pitoyablement réclamer son aide, à quelques étages inférieurs de là. Un sentiment de honte vint la submerger, comme une eau glacée, emplissant tous ses membres.
— Matilde ! s'écria soudain quelqu'un derrière elle au même moment où une silhouette massive et corpulente émergea de la pénombre, le sol s'enfonçant sous ses énormes pieds, la massue levée à la hauteur de ses larges épaules, prêt à frapper.
Pétrifiée par la vue terrifiante du troll violacé qui la fixait de ses yeux minuscules enfoncés dans sa petite tête cornue, Matilde laissa tomber sa baguette magique qui heurta le sol dans un bruit sourd. Aussitôt, des mains l'agrippèrent fermement et la tirèrent de force en arrière.
— Matilde ! s'étrangla Harvey qui la retournait devant lui en la secouant vigoureusement comme pour la ramener à la réalité. Il faut que tu fasses usage de tes Forces Obscures ! Tu dois te concentrer !
Matilde tremblait de tout son corps. Elle n'entendait que les grognements tonitruants de la bête qui devait indubitablement continuer d'avancer lentement derrière son dos. Les craquements incessants du parquet devenaient de plus en plus sonores.
— Écoute-moi ! hurla Harvey, affolé, ses doigts crispés autour des bras de Matilde. Concentre-toi ! Il ne peut rien t'arriver si tu te concentres ! Fais surgir ta Magie Noire ! Fais…
Ses derniers mots furent engloutis par un rugissement déchaîné. Harvey, d'un mouvement rapide, plaqua brutalement Matilde contre le mur, juste au moment où la massue s'abattait violemment à l'endroit où ils étaient, une fraction de seconde auparavant. Hurlant de terreur, Matilde se débattit jusqu'à ce que Harvey la relâche et s'élança à toute vitesse le long du couloir, n'ayant qu'une idée en tête : mettre le plus de distance possible entre le troll et elle. Elle n'aurait pas dû sortir de ses appartements. Elle aurait dû écouter Ranbbie. Tournant les coins de murs avec une rapidité colossale, sans prendre conscience de la direction qu'elle prenait, elle vint à s'arrêter net, la respiration saccadée, devant les innombrables escaliers mouvants.
Un grand bruit de démolition retentit à l'étage inférieur. Des cris d'enfants se mêlaient maintenant aux exclamations apeurées des portraits agités autour d'elle. Les entrailles de Matilde se tordirent douloureusement. Mais qu'est-ce qu'elle faisait ? Il fallait qu'elle agisse ! Harvey avait raison : si elle se concentrait, elle n'avait rien à craindre. Pourtant, son cœur continuait de battre à tout rompre. Elle n'avait pas assez de vaillance, ni de bravoure pour affronter les trolls. Mais avant même qu'elle tente de s'exhorter à prendre son courage à deux mains, elle avait déjà commencé à descendre lentement les marches vers le rez-de-chaussée. Des bruits de massues s'intensifiaient à mesure qu'elle approchait.
Elle ferma les yeux dans une nouvelle tentative de se calmer. Elle devait absolument reprendre ses esprits. Respirant profondément, lorsqu'elle rouvrit les yeux, un énorme troll était étendu sur son long, inconscient, contre les grandes portes de la Grande Salle. Le mur de gauche était complètement défoncé, ainsi qu'une partie du plafond d'où tombait un nuage de poussière dense.
Matilde s'approcha du troll avec précaution, attentive au moindre mouvement qui pouvait survenir. Était-il mort ?
Au loin, les cris d'horreur retentirent de nouveau, plus effroyablement, plus près. Aussitôt, elle contourna le troll et se précipita le long du couloir. Dès qu'elle tourna l'angle du mur au bout, en freinant dans un glissement de chaussures, un spectacle horrible lui sauta aux yeux : un gigantesque troll suspendait un garçon par la cheville au-dessus de cinq autres élèves de première année, adossés contre le mur, serrés les uns contre les autres. L'air terrifié, ils regardaient leur camarde qui semblait être sur le point de se faire dévorer vivant.
Puis, contre la lourde massue de la bête, projetée mystérieusement à quelques mètres de son possesseur, Matilde aperçu avec effroi une silhouette dotée de motifs écossais qui gisait redoutablement sur le sol.
Désolée pour cette fin de chapitre un peu abrupte mais... la suite demain sans fautes ! :)
