Merci à toi 06Caprica pour ta review qui m'a fait beaucoup de bien ! :)
Et merci toujours à tous ceux qui m'ont encore laissé leur petit mot motivant ! (...que je lis toujours au moins une dizaine de fois tant je suis heureuse d'en recevoir ! ) :P
Voici la suite ! :)
(Poudlard et ses professeurs appartiennent à J.K. Rowling)
Bonne lecture !
Chapitre 31
Les flammes noires
— Aaaargh ! À l'aide !
Le garçon se débattait au bout des énormes doigts du troll qui le fixait d'un air féroce mêlé de curiosité malsaine. Sans réfléchir, malgré la panique qui continuait à lui serrer douloureusement la poitrine, Matilde allongea la main vers le monstre et se força à rassembler toute sa concentration, ses forces, sa volonté.
Avec une profonde satisfaction, le résultat fut immédiat : elle vit le troll tressaillir et laisser tomber le garçon qui vint s'écraser par terre comme un petit tas de chiffons, avec un bruit mat. Le monstre recula vers le mur, ses mains se crispèrent sur son ventre proéminent et une expression abasourdie apparut sur son visage violacé. Visiblement, il ne comprenait pas du tout ce qui était en train de se passer à l'intérieur de lui, tout comme les six élèves qui observaient la scène d'un air hébété, à la fois fasciné, tandis que Matilde continuait d'envoyer toute sa puissance sur le troll, décidée à le réduire au néant.
Brusquement, le couloir tout en entier se mit à trembler. Matilde se souvint que le même phénomène s'était produit un jour dans le bureau de Dumbledore. Ces tremblements signifiaient peut-être que ses pouvoirs atteignaient en ce moment leur puissance maximale ?
Le troll s'agitait présentement contre le mur en ponctuant son affolement de grognements surpris. D'horribles plaques noires lui surgissaient de partout, recouvrant la totalité de son corps. Puis, sous les yeux ébahis du groupe d'élèves, la bête finit par prendre feu. D'affreuses flammes noires, qui émanèrent d'opaques volutes de fumée sombre, léchèrent voracement la silhouette corpulente du troll, jusqu'à ce qu'il étouffe un dernier rugissement et qu'il s'effondre lourdement sur le sol. Sa carcasse se désagrégea subitement en cendre et disparut en poussière.
Aussitôt, les murs cessèrent de trembler.
— Nous sommes sauvés ! s'exclama un élève d'un air réjoui.
Toutes les têtes se tournèrent vers Matilde qui, les yeux toujours fixés sur l'endroit où le troll s'était évanoui, prenait horriblement conscience de ce qu'elle venait de faire : elle avait tué… Certes, cela n'avait été qu'un troll malveillant sur le point d'étrangler un enfant, mais n'empêche, elle avait véritablement fini par tuer quelqu'un…
Alors qu'elle avait l'impression de sombrer dans un gouffre sans fond, elle ne fit pas attention aux nombreuses mains qui vinrent l'entourer, la saisir, la tirer, l'étreindre. Tous ces cris qui l'acclamaient, la gratifiant de les avoir sauvés de l'effroyable troll, ne s'élevaient que sous forme de bourdonnement nébuleux à ses oreilles.
— Que s'est-il passé ?
Le professeur Chourave, son chapeau rapiécé en équilibre précaire sur sa tête, suivie du minuscule professeur Flitwick, fit irruption dans le couloir. Tous deux paraissaient essoufflés, la baguette brandie, les cheveux en bataille. Chourave ouvrit des yeux ronds lorsqu'elle vit les six élèves qui entouraient Matilde.
— Mais que faites-vous hors de votre salle commune ? demanda-t-elle d'un ton autoritaire, partagée entre l'indignation et l'angoisse. Vous n'êtes pas censés errer dans les couloirs alors que des trolls…
Un chahut éclata alors, interrompant brusquement le professeur Chourave. Chacun voulait raconter à sa manière comment la Parguenaise avait vaincu le troll sans baguette magique. Et tandis qu'ils s'avançaient vers les professeurs qui les écoutaient d'un air incrédule, le sol se remit à vibrer : un autre troll venait les rejoindre, faisant racler bruyamment sa massue derrière lui, imposant déjà son odeur nauséabonde de vase et de poisson pourri dans tout le couloir.
Tous se turent instantanément. Une expression d'horreur passa dans les yeux des élèves. Le professeur Chourave, pour sa part, sembla s'agripper à son flegme. Rassemblant les élèves autour d'elle, elle dit à Flitwick :
— Filius, je dois amener ces élèves à leur salle commune…
— Ne vous faites pas de souci pour moi, couina Flitwick d'un ton assuré. Je saurai très bien m'occuper du troll seul. Miss Beauregard, lança-t-il à l'adresse de Matilde, courez vous mettre à l'abri. Il est dangereux de rester ici !
Mais Matilde ne broncha pas. Elle venait d'apercevoir le troll surgir au bout du couloir, plus gros que les deux précédents, se diriger droit sur elle, de sa démarche pesante qui fit à nouveau craquer le sol et trembler les murs, et menacer de piétiner inéluctablement le corps inerte du professeur McGonagall si elle ne le retenait pas…
— Par la barbe de Merlin ! s'exclama le professeur Chourave.
Elle venait de remarquer la présence du corps immobile de sa collègue sur le parquet. Le troll continuait d'avancer à la hâte, une jubilation malveillante dans le creux de ses petits yeux noirs tandis qu'il contemplait tous ces êtres humains devant lui, bientôt à la portée de son arme contondante.
Le professeur Flitwick fut le plus rapide. D'un coup de baguette, il lança de sa voix flûtée la formule : « Wingardium Leviosa ». Aussitôt, la massue glissa d'elle-même des doigts du troll et s'éleva dans les airs, tournoya lentement un moment au-dessus de la tête cornue de son propriétaire, puis retomba lourdement sur le sol, écorcha la large épaule du troll au passage, manquant sa tête de peu. La bête avait rapidement fait un bond de côté.
Flitwick échappa un juron strident et le troll reprit rapidement sa massue, indifférent à l'entaille rougeâtre qu'il avait présentement sur le haut de son bras violacé, et s'élança, l'air furieux, avec un grognement tonitruant qui fit reculer le professeur Chourave en entraînant les six élèves terrifiés avec elle dans un geste protecteur.
Ce fut seulement au moment où le troll fut sur le point d'abattre son poids d'au moins une tonne sur le corps inanimé du professeur McGonagall, et que des cris d'affolement et d'horreur s'élevèrent de l'assistance autour, que Matilde se résolut enfin à intervenir. Balançant le bras avec vigueur, elle fit déplacer le professeur McGonagall contre le mur d'une manière plus brutale qu'elle ne l'aurait voulue, l'extrayant de justesse de dessous l'énorme pied du monstre qui, de toute évidence, n'avait pas remarqué sa présence, n'ayant que de yeux pour l'attroupement bien vivant devant lui. Puis, sentant que tout le monde retenait son souffle devant la scène, avec un pincement au cœur de devoir reconstituer un nouveau meurtre, Matilde lui envoya le même sort qui avait cruellement supprimé l'un de ses confrères. Le troll s'immobilisa alors et des plaques noires surgissaient déjà sur la surface de tout son corps.
— Regardez ! s'écria un garçon derrière elle, elle va refaire le coup des flammes noires !
Le couloir en entier se remit à trembler violemment. Des étranglements de stupeur de la part des professeurs retentirent. Le monstre, dans un grognement d'incompréhension, se mit à fumer à l'extrémité de ses membres et de ses oreilles. Il y eut un bruit d'impétueuse bourrasque puis les flammes noires jaillirent à nouveau et enrobèrent la silhouette entière de la créature agitée par la panique.
Soudain, sans aucun signe avant-coureur, des mains agrippèrent Matilde avec la force d'une tenaille et la projetèrent durement sur le sol, face contre terre, avant d'être retournée brutalement sur le dos. Ce fut alors qu'elle vit un Rogue livide de rage, son visage furieux effrayant à deux pouces du sien alors qu'il la plaquait fermement sur le parquet.
— Tuer des trolls vous amuse, peut-être ?
Matilde fut si foudroyée par le comportement incompréhensible de Rogue qu'elle ne put émettre aucun son. Elle se contenta alors de le regarder avec une confusion des plus franches.
— Severus, dit la voix du professeur Chourave. Mais qu'est-ce que vous faites ?
Apparemment, comme Matilde, personne ne comprenait le geste inexpliqué de Rogue. Le couloir avait cessé de trembler depuis déjà quelques secondes et on n'entendait que le tumulte des protestations indignées venant des élèves. Rogue respirait bruyamment. Il continuait de fixer Matilde, indifférent aux agitations autour de lui, une expression de colère noire incrustée dans chaque ride de son visage.
— Alors, dit-il en lui serrant les bras si fort que Matilde sentait ses mains s'engourdir. Alors… Vous avez passé un merveilleux moment, Miss Beauregard ?
— Je… Je ne comprends pas… balbutia-t-elle en essayant de se libérer vainement de l'étreinte écrasante de Rogue.
— Severus, lâchez-la !
Avec un profond soulagement, Matilde reconnut la voix impérative du professeur McGonagall. Rogue ne put alors ignorer plus longtemps l'indignation qui s'intensifiait au-dessus de lui. Contraint à relâcher sa proie, après avoir pris soin de bien fusiller Matilde du regard, il se redressa.
Lentement, Matilde se releva à son tour, les jambes flageolantes. Une légère sensation au creux de sa poitrine, semblable à un feu emprisonné entre ses côtes, brûlait doucement les parois de sa cage thoracique — sans doute dû au choc causé par l'agression de Rogue, pensa-t-elle.
Le troll avait fini par disparaître sans laisser de trace de cendre, son arme massive laissée à l'endroit précis où il s'était consumé, à quelque pas de l'autre massue.
— Vous allez bien ?
Le professeur McGonagall était debout au côté de Matilde. Son chignon était à moitié défait et sa robe aux motifs écossais était partiellement fripée. Elle regardait Rogue avec un air réprobateur tandis que les professeurs Chourave et Flitwick faisaient de même que les élèves : observer silencieusement tour à tour McGonagall ainsi que Rogue avec une expression d'ahurissement totale sur le visage.
— Oui, je vais bien, répondit timidement Matilde, malgré l'étrange sensation de brûlure qui persistait à l'intérieur de sa poitrine.
Rogue ne cessait de lui lancer des regards noirs, les lèvres pincées.
Des pas précipités précédèrent l'arrivée soudaine de Ranbbie. Sa baguette brandie, ses cheveux blonds collant à ses tempes en sueur, la respiration saccadée, il affichait un air alarmé lorsqu'il s'avança vers la petite foule d'élèves et de professeurs au milieu du couloir.
— Tout va bien, ici ? J'ai senti le sol vibrer juste après la neutralisation d'un troll trouvé à l'étage. J'ai cru que…
Il s'interrompit aussitôt lorsqu'il remarqua la présence de Matilde. Il écarquilla les yeux.
— Mais qu'est-ce que tu… ? commença-t-il mais le reste de sa phrase fut brutalement étranglé.
La main de Rogue venait de s'agripper sauvagement à son cou et l'obligeait de force à reculer contre le mur. Tout le monde étouffa des cris de scandale.
— Vous étiez supposé la surveiller vingt-quatre heure sur vingt-quatre ! fulmina Rogue en serrant les doigts sur Ranbbie qui prenait déjà des teintes bleuâtres.
— Severus ! intervint le professeur McGonagall qui se rua sur lui en tirant vigoureusement sur sa manche pour l'inciter à le relâcher. Mais qu'est-ce qui vous prend à la fin ?
Puis, comme s'il venait tout juste de se rendre compte de ce qu'il était en train de faire, Rogue s'écarta de Ranbbie.
— Comment avez-vous osé la laisser seule ? ajouta-t-il sans détourner ses yeux noirs flamboyants de colère de ceux de Ranbbie.
Celui-ci frotta sa gorge endolorie.
— Je… je lui avais ordonné de ne pas quitter ses appartements… balbutia-t-il d'une voix éraillée.
— Ça suffit ! gronda sèchement le professeur McGonagall, courroucée. Mais comment diable pouvez-vous adopter un tel comportement déplacé en la présence d'élèves ?
Bouche bée, les six élèves de première année observaient la scène avec stupeur, entassés aux côtés des professeurs Chourave et Flitwick. Ces derniers regardèrent Rogue avec un mélange d'incrédulité et d'indignation.
Il y eut un silence embarrassé puis…
— J'ai manqué quelque chose ? retentit une voix enjouée, étrangement poussée à la comédie.
Personne n'avait remarqué la venue inopinée du professeur Harvey jusqu'alors. Avec son chapeau ridicule enfoncé sur ses cheveux blond filasse et sa cape orangée virevoltant derrière lui alors qu'il s'approchait d'eux, la mine réjouie, il souriait de son habituel sourire carnassier qui lui découvrait ses étincelantes dents pointues.
— J'ai à vous parler, s'empressa de répliquer froidement Rogue à brûle-pourpoint, avant de hâter le pas vers lui.
Le professeur McGonagall se tourna vers Ranbbie qui était toujours adossé sur le mur en train de se masser le cou, l'air penaud.
— Reconduisez Miss Beauregard à ses appartements, voulez-vous, dit-elle d'un ton strict. J'irai vous rejoindre dans quelques minutes.
S'exécutant instantanément, Ranbbie fit signe à Matilde de le suivre. Celle-ci eut tout juste le temps d'apercevoir Rogue entraîner Harvey, probablement vers son bureau dans les cachots, avant de s'engager dans le couloir menant à ses appartements. Elle était plutôt soulagée d'enfin pouvoir quitter le regard furieux de Rogue et, par la même occasion, d'échapper à l'horrible odeur des trolls.
Lorsqu'ils arrivèrent dans le salon de leurs appartements, Ranbbie referma la porte avec véhémence, ce qui fit sursauter Matilde.
— Qu'est-ce qui t'a pris de sortir d'ici alors que je t'avais très clairement ordonné de rester ! s'écria-t-il, emporté soudain par une fureur noire.
Mal à l'aise, Matilde recula vers l'un des fauteuils en cuir vermillon. C'était la première fois qu'elle voyait Ranbbie dans un tel état. Il avait le teint rouge, la mâchoire contractée et ses yeux crachaient des éclairs alarmants.
— Qu'est-ce qui t'a pris ? répéta-t-il en faisant un pas vers elle, les poings crispés convulsivement.
— C'est le professeur Harvey qui est venu me chercher, avoua-t-elle précipitamment en reculant de plus belle vers le fauteuil, apeurée qu'il ne lève la main sur elle. Il… il m'a dit que je devais venir aider à combattre les trolls et c'est ce que j'ai fait...
Ranbbie parut soudain interdit. Ses traits avaient passé rapidement de la colère à l'embarras.
— Il ne m'a pas laissé le choix, ajouta Matilde qui se tortillait à nouveau les doigts.
Ranbbie ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. D'un air incrédule, il hoqueta un rire nerveux puis, après un court silence, il demanda à voix basse :
— Et tu as réussi à détruire des trolls ?
Matilde hocha la tête.
— Oui. Deux…
Ranbbie blêmit. Il passa sa main dans ses cheveux d'un geste troublé, puis se mit à faire les cents pas devant la porte.
— Il y a quelque chose qui ne va pas ? marmonna Matilde, inquiète.
Ranbbie garda le silence encore un peu puis s'immobilisa devant elle.
— Par hasard, ressentirais-tu quelque chose de bizarre à l'intérieur de toi ? demanda-t-il gravement. Quelque chose d'anormale ?
Matilde songea aussitôt à l'étrange sensation de légère brûlure qu'elle avait sentie tout de suite après que Rogue se soit rué sur elle. Mais à présent, elle avait l'impression de ne renfermer en elle plus que l'ombre d'une flamme.
— Je crois bien avoir ressenti un peu quelque chose au niveau de ma poitrine tout à l'heure, mais rien de grave, admit-elle d'une voix réticente.
Puis à la vue de Ranbbie qui devint encore plus blanc qu'il ne l'était déjà, elle s'empressa d'ajouter :
— Je ne la ressens presque plus !
Ranbbie fut sur le point de répliquer mais, au même moment, la porte derrière lui s'ouvrit dans un grincement sourd. Il se retourna vivement. Le professeur McGonagall entrait tranquillement dans la pièce. Elle avait remis un peu d'ordre dans son chignon, bien que sa robe fût encore fripée par endroit.
— Je suis désolée concernant les agissements déplacés du professeur Rogue, Miss Beauregard, dit-elle en refermant doucement la porte derrière elle. C'est parce qu'il se fait du souci pour vous. Vous auriez pu vous faire tuer…
Rogue se faire du souci pour elle ? Autant dire que les trolls étaient de parfaits animaux de compagnie, songea Matilde avec dédain. S'il le pouvait, Rogue la martyriserait jusqu'à la fin de ses jours, elle en était certaine !
— Asseyez-vous, dit McGonagall en désignant les fauteuils vermillon et en s'invitant elle-même à prendre place dans l'un d'eux.
Ranbbie ne bougeait pas. L'air absorbé dans ses pensées, il avait le visage renfrogné. Matilde alla s'asseoir sur le canapé en face du professeur McGonagall, en rongeant ses ongles avec appréhension. Elle redoutait le moment où elle allait se remettre à vociférer contre elle, lui disant, comme Ranbbie, qu'elle n'aurait jamais dû sortir de ses appartements. Mais elle se détendit lorsque McGonagall se mit à parler posément, d'une voix douce, contrastante à son ton coutumier :
— On vient de me raconter en détails les événements désastreux dont vous venez de faire preuve de bravoure…
Elle marqua aussitôt une pause et Matilde vit avec stupeur une larme miroiter au coin de son œil.
— Vous venez de me sauver la vie, Miss Beauregard, murmura-t-elle dans un souffle. Et je tiens à vous témoigner toute ma gratitude envers…
— Pardon ? interrompit abruptement Ranbbie. Matilde a fait quoi ?
— Elle m'a sauvé la vie, répéta le professeur McGonagall en reprenant brusquement son ton sec.
Elle s'essuya furtivement les yeux et se retourna vers lui.
— Si vous voulez bien, Mr. Hedlund, à bien y penser, il serait préférable de me laisser seule un moment avec Miss Beauregard.
Son ton catégorique ne lui donna pas le choix de quitter la pièce. Après un regard offensé vers elle et Matilde, Ranbbie sortit de ses appartements sans rouspéter.
— Alors vous ne m'en voulez pas d'avoir accouru vers les trolls ? demanda Matilde, dès que la porte fut refermée sur Ranbbie.
McGonagall expira bruyamment avant de répliquer d'un air grave.
— Non. Puisque vous m'avez sauvé la vie. Mais si les choses s'étaient déroulées autrement, j'aurais probablement été très mécontente.
— Mais pourquoi ?
— Bon sang, Miss Beauregard, s'exclama le professeur McGonagall d'un ton irrité qui fit sursauter Matilde, êtes-vous totalement dépourvue de logique ? Si Mr. Hedlund s'est engagé à ta surveillance constante, c'était justement pour vous empêcher de faire usage de vos Pouvoirs Fortifiés.
— Mais…
— Je croyais que le professeur Rogue vous avait tenue informée du danger de cette magie obscure…
— Quel danger ? demanda précipitamment Matilde, confuse.
Le professeur McGonagall la dévisagea d'un air incrédule.
— Mais comment pouvez-vous ne pas être au courant ? interrogea-t-elle avec lenteur.
— Rogue m'a interdit de pratiquer mes Pouvoirs de Parguenais mais ne m'a jamais parlé d'un quelconque danger concernant cette magie, répliqua Matilde sur la défensive.
— Ne me dites pas que vous ne vous êtes jamais rendue compte que c'est de cette magie en particulier qu'on tente de vous protéger ? Que c'est justement par ces Pouvoirs Intensifiés que votre statut de Parguenaise vous tient prisonnière ?
— Je ne comprends pas… risqua Matilde d'une petite voix.
— Pour l'amour du ciel, Miss Beauregard ! Maintenant que vous avez détruit ces trolls de rivières, de graves et d'inévitables conséquences surviendront ! Vous ne resterez pas sans séquelles, c'est certain ! Un autre emportement de ce genre et vous risquez de mourir alors que nous faisons tout notre possible pour parvenir à satisfaire les dernières volontés de Dumbledore !
— Non ! s'étrangla Matilde, horrifiée. Vous ne l'avez quand même pas laissé mourir ?
Le regard insondable, le professeur McGonagall répondit :
— Il est toujours maintenu en vie à Ste Mangouste… Mais plus pour longtemps…
— Je peux le sauver, assura Matilde, les mains tremblantes. Le professeur Harvey me la certi…
— J'ai moi-même cru aux paroles d'espoirs que le professeur Harvey avait réussi à me faire avaler la semaine dernière, répliqua McGonagall avec une certaine affliction dans la voix. Heureusement que le professeur Rogue m'a vite remise sur…
Elle s'interrompit. Matilde s'était levée d'un bond. Puis, sans trop être consciente de ce qu'elle faisait présentement, avec tout le mépris dont elle était capable, elle se lança :
— Rogue, pour une raison qui m'échappe, ne veut pas que Dumbledore soit rétabli ! Il veut m'empêcher à tout prix d'arriver à le sauver ! Il prétend peut-être que Harvey a eu tort de penser que j'en sois capable mais moi, je suis convaincue qu'avec la pratique, j'arriverais sans problèmes à faire réapparaître les entrailles que j'ai réduites involontairement en cendre dans le ventre de Dumbledore ! Et je ne crois pas que ma magie obscure puisse être néfaste, poursuivit-elle avec conviction. Pour votre information, professeur, j'en fais usage à tous les soirs et jamais elle ne m'a causé de dommage. Je vous ai sauvé la vie grâce à ces pouvoirs. Pourquoi ne pourrais-je pas sauver aussi celle de Dumbledore ?
Le professeur McGonagall l'avait écoutée sans broncher. Puis, à la grande surprise de Matilde, ses yeux se remplirent de larmes.
— Bien sûr, je comprends… c'est parfaitement compréhensible… dit-elle d'une voix rauque.
Elle sortit un mouchoir de sa poche, puis se leva et alla étouffer ses sanglots dans un coin du salon. Matilde se trouva nettement interloquée. Elle n'aurait jamais imaginé une minute qu'elle aurait pu la faire pleurer de la sorte. Elle n'avait pas espéré cette réaction inopinée. Dans le silence ponctué des reniflements du professeur McGonagall, elle se demanda si elle devait aller la consoler ou pas.
— Je suis désolée, marmonna-t-elle, mal à l'aise.
Mais elle n'avait aucune idée de ce qu'elle pourrait bien lui dire. Après un temps qui avait semblé vouloir s'éterniser, le professeur McGonagall se retourna enfin vers elle. Ses yeux gonflés et rougis lui donnait un air qui ne lui était pas du tout naturel.
— Non, c'est moi qui suis désolée, murmura-t-elle.
Elle alla ouvrir la porte.
— À présent, reprit-elle de son ton coutumier, si vous voulez bien m'excuser, Miss Beauregard, je dois maintenant aller m'entretenir avec le professeur Harvey...
Et elle sortit.
Alors ? Vous en pensez quoi de ce chapitre... ?
