Merci, merci, merci pour vos reviews ! Je sais que ce n'est pas toujours évident d'avoir le temps d'en écrire une mais parfois, un simple ''j'aime toujours'' suffit pour me rendre heureuse ! Je suis super motivée encore, vous m'avez gâtée avec vos compliments ! :)
J'aime ça, plusieurs mêmes questions refont surface dans vos commentaires : mais que cache Harvey ? Et Rogue ? Et c'est quoi cette sensation bizarre que Matilde ressent à intérieur de sa poitrine ? Vous l'avez indubitablement remarqué : j'adore créer des mystères ! ^^
Allons voir un peu si Matilde se pose les mêmes questions que vous... :P
(Poudlard et ses professeurs appartiennent à J.K. Rowling)
Bonne lecture !
Chapitre 32
Le feu dans la poitrine
L'après-midi fut dispensé de cours, le temps de remettre le château en ordre, de réparer les nombreux dégâts causés par les trolls. Ranbbie avait vite rejoint Matilde dans leur tour Nord et l'avait bombardée de nouveaux reproches. Il lui avait notamment affirmé qu'elle pouvait s'estimer heureuse de ne pas avoir été tuée soit par un troll, soit par ses propres Pouvoirs Maléfiques et qu'à partir de maintenant, il décuplera sa vigilance pour ne pas qu'un tel incident revienne à se répéter. Bref, ce fut un quart d'heure des plus pénibles. Et comme pour couronner le tout, Rogue était venu faire son apparition soudaine dans leurs appartements pour remettre à Matilde sa baguette magique qu'elle avait laissée tomber par inadvertance face à sa première rencontre avec un troll. Elle avait cru qu'il se ruerait sur elle comme il semblait avoir pris l'habitude de le faire à la moindre occasion ces temps derniers mais sous la surveillance de Ranbbie, il s'était contenté de lui tendre la baguette en la dévisagent avec mépris.
—Ne vous en séparez plus jamais, lui avait-il dit avec son indéniable malveillance incrustée dans le fond de ses yeux noirs.
Puis après quelques menaces adressées à Ranbbie lui mentionnant clairement que s'il laissait encore Matilde seule ne serait-ce qu'un court instant de plus il allait le lui faire regretter amèrement, il sortit.
Matilde passa le reste de la journée assise sur le canapé, renfrognée, ses doigts se tortillant sur sa baguette qu'elle tenait depuis que Rogue la lui avait redonnée, observant nonchalamment Ranbbie qui écrivait depuis ce qui semblait des heures sur ses parchemins, sa plume émettant de constants bruissements dans le silence du salon.
Elle essayait de deviner ce que le professeur McGonagall pouvait bien avoir dit à Harvey lors de son entretien avec lui. Avec un peu de chance, elle avait cru Matilde au sujet de l'aspect inoffensif de ses Pouvoirs Fortifiés, et elle était allée demander à Harvey de se remettre à son enseignement des Forces Obscures pour tenter de trouver le moyen de rescaper Dumbledore. Cependant, il était plus probable qu'elle ait tout simplement réprimandé Harvey d'avoir foutu de mauvaises idées dans la tête de Matilde…
Mais si c'était le cas, quel intérêt pouvait bien avoir Harvey pour l'avoir ainsi encouragée à utiliser ses Forces Obscures ? Pourquoi voudrait-il la pousser dans cette pratique noire ? Voulait-il qu'elle succombe sous la force de ses Pouvoirs Fortifiés ? Ça n'avait aucun sens ! Matilde était persuadée qu'il avait dit la vérité concernant ses recherches sur son cas de Parguenaise. Il savait des choses que les autres ignoraient ; qu'elle-même ignorait d'ailleurs… Pourquoi donc ne lui avait-il pas révélé ses découvertes ? Matilde sentit alors son cœur faire un bond. À bien y penser, c'était peut-être une feinte… Rien ne prouvait qu'il sache véritablement ces choses. C'était peut-être une tromperie pour la déjouer… Mais l'une de ses premières questions revint vite à la surface : pourquoi voudrait-il qu'elle meure ? Pour le simple plaisir et la curiosité de la voir mourir ? C'était insensé !
—Est-ce que ça va ?
Ranbbie venait de remarquer les agitations angoissées de Matilde sur le canapé. Sans s'en rendre compte, ses doigts s'étaient crispés sur sa baguette magique, et elle fixait la plume de Ranbbie avec anxiété.
—Oui, ça va, répondit-elle en s'apercevant que son feu intérieur s'était brusquement réveillé, crépitant faiblement dans sa poitrine.
Elle posa instinctivement sa main sur sa gorge. Aussitôt, de nouvelles questions se bousculèrent dans sa tête : ce pourrait-il que ce soit un signe que ses Pouvoirs de Parguenais prenaient véritablement le dessus ? Allait-elle réellement mourir ? Se forçant à chasser rapidement ces pensées lugubres de sa tête, elle parvint à se convaincre que cette sensation de brûlure était simplement due à un éreintement. Cette journée de trolls avait été dure. Elle devait prendre du repos.
Sous le regard inquiet de Ranbbie, Matilde consulta sa montre et se leva.
—Il est tard, annonça-t-elle, je vais me coucher.
—Déjà ? Il n'est même pas dix heures, s'étonna Ranbbie en consultant sa propre montre à son tour.
—Je suis fatiguée, souligna Matilde en étouffant un bâillement dans la paume de sa main avant de se diriger d'un pas trainant vers sa chambre.
—D'accord, je comprends, dit Ranbbie en trempant sa plume dans l'encrier. Mais tu ne pourrais pas attendre quelques minutes ? J'aimerais bien finir ces lignes…
Matilde ne put s'empêcher d'émettre quelques rires étouffés.
—En quoi cela va-t-il m'empêcher de dormir ? gloussa-t-elle en ouvrant la porte de sa chambre.
—S'il te plait, Matilde, insista Ranbbie dans un grattement de plume frénétique, ce ne sera pas long…
Avec une certaine impatience, Matilde soupira, croisa les bras et regarda Ranbbie écrire à la hâte, des tâches d'encres éclaboussant le bout de son nez. Il aurait pu lui dire tout de suite ce qu'il avait à lui dire plutôt que de la faire patienter comme une idiote devant la porte de sa chambre. Cela ne l'aurait pas empêché d'inscrire ses phrases après cela…
—Ça y est, j'ai fini, déclara Ranbbie après quelques minutes. Nous pouvons aller se coucher.
—Nous… ? répéta Matilde, déconcertée, vous parlez comme si nous allions coucher dans la même chambre…
—C'est exacte, confirma Ranbbie d'un ton désinvolte en roulant ses parchemins sans regarder Matilde qui exprima un air hébété.
—C'est une blague ou quoi ?
—Non, non, je suis très sérieux. Ce soir nous coucherons ensemble, heu…, se reprit-il aussitôt, nous dormirons ensemble.
—Vous vous moquez de moi !
—Ce sont les ordres du professeur McGonagall…
—Non mais arrêtez vos conneries ! s'emporta Matilde, outrée. Comme si vous aviez reçu l'ordre de coucher avec moi…
—De dormir avec toi, rectifia Ranbbie en disposant calmement ses parchemins roulés en une pyramide bien nette sur son bureau. C'est très différent. Après ce que tu as révélé au professeur McGonagall cet après-midi, plus question de te laisser seule la nuit.
—C'est n'importe quoi ! s'écria Matilde d'un air incrédule.
—Désolé mais je dois me soumettre aux ordres…
—C'est ça ! dit-elle d'un ton féroce. Quelle soumission ! N'allez pas me dire que vous n'y avez pas rêvé ! Je vois clair dans votre jeu Mr. Hedlund. Vous avez intérêt à ne pas me toucher sinon je dépose une plainte pour « détournement de mineur » !
Il y eu un silence. Ranbbie la contemplait d'un visage impénétrable derrière son bureau alors que Matilde le fusillait du regard devant la porte de sa chambre. La sensation de brûlure dans sa poitrine s'exacerba légèrement.
—Pour ton information, dit posément Ranbbie en contournant lentement son bureau, les sorciers atteignent leur majorité à l'âge de dix-sept ans, à l'encontre des Moldus qui, pour leur part…
—Ridicule ! interrompit Matilde avec vigueur. Ce n'est pas une raison pour... pour…
Le reste de sa phrase resta bloqué dans le fond de sa gorge. Ranbbie s'arrêta devant elle.
—Matilde, Matilde, soupira-t-il en arborant son sourire charmeur, singulièrement agaçant en cet instant, comment peux-tu penser de telles indécences à mon égard ? Tu sais bien que je ne te ferai pas de mal.
Matilde renifla avec mépris.
—Figurez-vous que je n'en suis pas si sûre…
Ils se dévisagèrent un moment, puis Ranbbie murmura avec sérieux :
—Je te promets que je ne tenterai rien.
Matilde afficha un air interdit. Elle n'avait aucune envie de passer la nuit avec Ranbbie. Elle appréhendait le pire. De plus, elle n'avait jamais couché avec un garçon de toute sa vie.
—Alors ? demanda Ranbbie aimablement. Tu me laisses entrer ?
Contrainte à ne pas devoir décliner l'ordre du professeur McGonagall sous peine de se faire réprimander durement encore une autre fois, avec un pincement au cœur, elle s'écarta de la porte.
—Merci, dit Ranbbie en se faufilant dans la chambre. Le lit est amplement grand pour nous deux, fit-il remarquer en le désignant inutilement du doigt entre les deux tables de chevets envahies de livres à la reliure vert er or.
—Ça ne peut pas vous intéresser un lit de camp ? demanda désespérément Matilde.
Ranbbie éclata de rire.
—Et toi ? Ça t'intéresserait ?
—Maintenant que vous me le proposez,…
—Ne sois pas idiote, coupa Ranbbie, je vais me changer et je reviens. Profite-en pour en faire autant.
Lorsque Matilde eut enfilé sa chemise de nuit avec précaution — elle ne voulait pas que son nouveau bouton qu'elle avait recousu à la place de l'ancien vienne encore malencontreusement s'enrouler dans une mèche de ses cheveux auburn — et qu'elle fut emmitouflée jusqu'au cou sous les couvertures épaisses et tièdes de son lit, on cogna à la porte.
—Tu peux entrer, lança-t-elle avec anxiété.
Ranbbie entra. Dans la faible lueur de la lampe de chevet, Matilde l'observa s'avancer silencieusement vers le lit en souriant de son éternel sourire séducteur. Il était vêtu d'un simple pyjama bleu qui rehaussait prodigieusement ses yeux de la même couleur.
—Tu ne perds pas de temps avant de me tutoyer, gouailla-t-il en rabattant les couvertures à côté de Matilde.
—Ce n'était pas volontaire, ronchonna-t-elle.
Et c'était vrai. Elle ne savait pas pourquoi mais elle devait toujours faire des efforts pour ne pas oublier de le vouvoyer, comme si elle ne le voyait pas assez important pour lui accorder ce genre de déférence. De plus, il ne devait guère être plus vieux qu'elle : cinq ans, tout au plus. Il pouvait tout aussi bien être son petit ami… À cette pensée furtive, elle sentit ses joues s'enflammer, et elle vit déjà venir Ranbbie…
—T'ai-je déjà dit que tu étais jolie lorsque tu…
—…rougis comme ça, acheva Matilde d'un ton agacé, oui, cent fois…
Ranbbie éclata d'un rire désinvolte. Lorsqu'il s'étendit sous les couvertures au coté de Matilde, celle-ci ressentit son cœur accélérer brutalement sa cadence d'un coup. Puis un indicible frisson qui n'avait rien à voir avec le feu de sa poitrine se répandit dans tout son corps. Et si elle venait à succomber à ses avances ? Comme elle avait peu expérimenté le domaine de la sexualité, elle ne pourrait peut-être pas s'empêcher d'éprouver une certaine curiosité avide s'il baladait ses mains sur son côté. Elle risquait tellement d'être vulnérable si le désir charnel venait la saisir brusquement…
—Bon, alors, dit Ranbbie en ressortant sa baguette magique de quelque part sous les couvertures (Matilde se figea d'horreur lorsqu'il la pointa sur elle), je crois qu'on peut éteindre la lumière…
—Qu'est-ce que vous allez faire ? dit-elle sur un ton qui trahissait sa panique.
—Éteindre la lumière, répéta-t-il en haussant les sourcils et c'est à ce moment qu'elle comprit qu'il ne pointait pas sa baguette sur elle mais sur la lampe posée sur sa table de chevet derrière elle. Pourquoi ? demanda-t-il. Tu ne veux pas l'éteindre tout de suite ?
—Oui… bien sûr…, bredouilla-t-elle en se sentant aussitôt stupide de s'être énervée pour rien.
D'un coup de baguette, Ranbbie éteignit enfin la lampe, et l'obscurité s'abattit sèchement dans la chambre. Un bruit sourd indiqua qu'il posa sa baguette magique sur sa table de chevet et le lit se mit à brasser un moment lorsqu'il se cala un peu plus sous les couvertures.
—Bonne nuit, dit-il.
Le silence se mêla ensuite à l'obscurité. Matilde gardait ses yeux grands ouverts en dépit du noir total. Elle avait l'impression que ce moment la stressait autant, sinon plus, que de devoir affronter des trolls. Raide sous les couvertures, elle redoutait le moment où Ranbbie tenterait son premier geste impudique. Mais il ne fit rien. Après plusieurs minutes de silence, il se retourna sur le côté, lui faisant dos, et il resta ainsi durant tout le temps de l'insomnie nerveuse de Matilde.
Le lendemain matin, elle crut n'avoir dormi que d'une courte durée. Lorsqu'elle ouvrit les yeux, elle fut surprise de voir que Ranbbie la contemplait d'un air suave, couché sur son flanc, la tête retenue d'une main, les couvertures repoussées au niveau de la ceinture. La regardait-il depuis longtemps dans son sommeil ?
—Bien dormi ? susurra-t-il.
Troublée par sa façon de l'observer, Matilde ne put s'empêcher de rougir encore une fois et détourna aussitôt la tête, ne voulant pas qu'il lui balance nouvellement sa phrase irritante disant qu'elle était jolie ainsi.
—Ton petit déjeuner est prêt, informa Ranbbie. Il t'attend dans le salon.
Gardant le silence, Matilde se leva et alla à la fenêtre. Le soleil envoyait briller sa lumière vive sur toute la surface de la neige. Puis soudain, une douleur aigüe lui transperça la poitrine et elle y porta subitement les mains dans un gémissement étouffé.
—Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ranbbie d'un ton alarmé.
Rabattant les couvertures brusquement, il vint la rejoindre rapidement devant la fenêtre.
—Ce n'est rien, dit précipitamment Matilde en le repoussant d'une main.
Sa douleur brulante à l'intérieur de ses côtes s'était intensifiée durant la nuit. Mais elle ne voulait pas inquiéter Ranbbie avec ça. Elle s'entêta encore à croire à un manque de sommeil.
—N'essayes pas de me persuader que ce n'était rien, répliqua Ranbbie d'un ton cassant. J'ai très bien vu ton geste. Tu as mal quelque part, c'est évident ! Qu'est-ce qui se passe ?
—Douleurs menstruelles, rien de plus, lança Matilde à l'improviste avant de s'élancer hors de la chambre en direction des toilettes.
Cette chaleur cuisante dura toute la journée, durant tous ses cours et Matilde fit de gros efforts pour la camoufler aux yeux de tous. Personne ne devait savoir qu'elle souffrait. Ce serait comme admettre qu'elle avait eu tort de penser que ses Pouvoirs de Parguenais ne présentaient aucun danger. Effectivement, elle y avait songé sérieusement et avec désespoir, elle ne pouvait plus se convaincre qu'aucun lien n'existait entre cette douleur et les attaques de trolls. Cela devenait trop flagrant. Et tôt ou tard, elle allait devoir s'obliger à en informer quelqu'un. Cependant, en classe avec le professeur McGonagall, elle fut incapable de lui révéler quoi que ce soit concernant cette douleur à la poitrine.
—Miss Beauregard, avait-elle dit de son ton rigoureux alors que Matilde agitait sa baguette magique indolemment au-dessus d'un hérisson qui ne semblait jamais devoir se transformer en pelote de laine, si vous y mettiez du cœur, vous obtiendriez de bien meilleurs résultats. Vous ne vous concentrez pas suffisamment.
—C'est ce que je fais, mentit Matilde en lançant un regard de reproche à Ranbbie qui était assis dans le coin de la pièce, les bras croisés, l'observant d'un air amusé.
En vérité, elle ne pouvait s'empêcher d'imaginer toutes sortes de scénarios horribles qui pourraient bien lui arriver si le feu crépitant dans sa poitrine s'aggravait dangereusement. Elle se voyait déjà mourir de la même façon que les trolls sur lesquels elle avait envoyé d'immenses flammes noirs venant les dévorer cupidement vivants. Cela la terrorisait tellement, qu'à chaque passage aux toilettes, elle s'examinait scrupuleusement la poitrine sous sa chemise pour s'assurer qu'aucune plaque noire n'apparaissait à la surface de sa peau.
—Vous êtes constamment dans votre tête, Miss Beauregard, constata le professeur McGonagall d'un air agacé en levant les yeux au ciel. Comment voulez-vous que je réussisse à vous enseigner quoi que ce soit ? Il y a quelque chose qui vous tracasse ?
Matilde la regarda dans les yeux.
« Vas-y, s'encouragea-t-elle intérieurement, dis-lui ! Il faut qu'elle sache sinon tu n'auras de l'aide de personne et tu finiras par mourir bêtement… »
Mais au moment où elle ouvrit la bouche pour répondre, elle ressentit quelque chose de piquant se trémousser sur ses genoux. Avec un petit cri de surprise, elle baissa les yeux et vit que le hérisson avait profité de son inattention pour tenter de s'enfuir furtivement en sautant en bas de la table. Matilde le reprit aussitôt dans ses mains.
—Je crois que nous pouvons se contenter de ça pour aujourd'hui, déclara le professeur McGonagall en regardant le petit animal, l'air résigné, que Matilde reposait négligemment sur la table. Je vous conseille fortement de vous entraîner ardemment pendant les fêtes. Et c'est un conseille à ne pas prendre à la légère, ajouta-t-elle sur un ton d'avertissement.
Matilde acquiesça tristement d'un signe de tête en ramassant son manuel de métamorphose à l'usage des débutants et Ranbbie se leva pour l'accompagner vers la sortie.
—Ah, j'oubliais…, dit le professeur McGonagall abruptement avant que Matilde n'ouvre la porte.
Celle-ci se retourna en même temps que Ranbbie.
—Le groupe d'élèves que vous avez protégés des trolls ont vite fait circuler la rumeur dans tout le château. Par conséquent, tout le monde est au courant de vos exploits et ils ont tous très hâte de vous témoigner leur reconnaissance. Vous êtes donc invitée au bal de Noël, Miss Beauregard, dit-elle en lui envoyant un sourire qui apparut comme très étrange sur son visage : c'était la première fois que Matilde la voyait sourire.
Rogue, par contre, ne manifesta pas du tout de contentement envers cette invitation inopinée et Matilde savait pourquoi : en se rendant au bal ce samedi, sa prochaine retenue allait devoir être reportée après les fêtes. Alors, pendant tout le cours, elle dut endurer avec exaspération ses nombreux sarcasmes méprisants en devant mordre incessamment sa langue pour refouler ses envies brûlantes de répliquer amèrement.
Ranbbie ne s'était pas interposé une seule fois, et avec raison. Depuis que Rogue l'avait empoigné par la gorge la veille, il aurait été stupide de tenter quoi que ce soit contre lui.
Le soir arriva bien assez vite, et Matilde avait dû partager une seconde fois son lit avec Ranbbie. Et encore là, il avait dormi sagement contre elle, sans même esquisser le moindre geste lubrique. Matilde ne comprenait pas pourquoi, mais elle se surprit à éprouver une certaine déception concernant son absence de luxure. Peut-être qu'il ne la désirait pas autant qu'elle ne l'avait cru ?
Le matin suivant, elle fut soulagée de constater que ses brulures internes ne s'étaient pas intensifiées encore une fois durant la nuit. Néanmoins, au courant de la journée, elle ne put ignorer les engourdissements subtils et inquiétants qui lui survenaient souvent dans les jambes lorsqu'elle se levait trop vite ou qu'elle marchait trop rapidement. Elle réussit tout de même à cacher ses inquiétudes à Ranbbie jusqu'en cours avec le professeur Flitwick où, avec apaisement profond, instantanément après avoir réussi à jeter le sortilège Finite Incantatem sur l'encrier qui avait sautillé sur place sous l'emprise d'un enchantement créé par Flitwick, elle ressentit l'habituelle sensation de fraîcheur agréable qui étouffa pour un moment son feu brulant dans sa poitrine. Suite à cette expérience révélatrice, elle ne cessa de jeter à tout moment les sorts qu'elle maîtrisait bien — en particulier le Lumos qui ne nécessitait pas de pointer un objet spécifique pour ainsi obtenir un effet —, dès qu'elle sortait des classes, cherchant à faire ressurgir constamment cette sensation réconfortante au creux de sa poitrine douloureuse.
—Tiens donc, remarqua Ranbbie après le ixième sortilège Lumos que Matilde lançait inlassablement tandis qu'ils se dirigeaient tous deux vers leurs appartements, longeant un couloir bordé d'armures, aurais-tu développé soudainement une affection singulière envers la magie ?
—Je m'entraine, c'est tout, dit-elle en éteignant la lueur au bout de sa baguette magique pour la rallumer aussitôt.
À chaque fois, satisfaite, elle ressentait cette fraîche sensation s'enrouler un moment autour de sa douleur brûlante, puis se dissiper ensuite en donnant l'impression que son feu intérieur diminuait son intensité un peu plus après chacun de ces passages répétés.
—Ton comportement est louche, déclara Ranbbie d'un air sérieux. Qu'est-ce qui te prend tout d'un coup ?
Matilde le regarda avec outrance.
—Mais j'ai le droit de faire de la magie ! Ce n'est pas ce que tout le monde n'arrêtait pas de me répéter : que je dois m'entraîner à la magie absolument ? Maintenant que je m'y mets, n'allez pas me reprocher de lancer mes Lumos…
Elle éteignit de nouveau sa baguette et la ralluma encore.
—D'accord, se résigna Ranbbie. Mais je finirai bien par découvrir ce que tu me caches obstinément…
Deux heures plus tard, assis derrière son bureau, les doigts crispés sur ses parchemins, l'air considérablement irrité, Ranbbie regarda Matilde sur le canapé qui s'apprêtait à relancer un nouveau « Lumos » et s'écria :
— Ce n'est pas bientôt fini tout ça ? Je n'arrive plus à me concentrer à la fin !
Matilde se figea.
—Désolée, dit-elle, indignée par son brusque comportement emporté. Je vais continuer mon entrainement dans ma chambre, alors.
Elle se leva.
—Non, répliqua-t-il précipitamment et Matilde l'observa passer ses mains dans ses cheveux blonds en signe d'embêtement. Je ne peux pas te laisser seule. Tu dois rester ici avec moi.
—Alors je reste, dit simplement Matilde avant de retourner s'asseoir sur le canapé et d'agiter nouvellement sa baguette avec un autre « Lumos ».
Elle prenait un certain plaisir à tourmenter un peu Ranbbie.
—S'il te plait Matilde, se plaignit-il, tu vas me rendre fou avec tes Lumos cinglants ! Tu ne pourrais pas faire autre chose un moment ?
—Dumbledore m'a dit un jour, alors qu'il était encore vivant — son cœur se serra douloureusement à la pensée qu'elle ne pouvait désormais plus le guérir maintenant que ses Forces Obscures prenaient le dessus sur elle —, que je devais faire usage de la magie avec une baguette le plus souvent possible. Alors c'est ce que je fais…
—Le bal de Noël est demain, rappela Ranbbie d'un air désespéré, tu n'as pas des choses à préparer ?
—Comme quoi ?
—Comme rassembler ta robe, tes souliers… penser à ta coiffure… ?
Matilde éclata de rire.
—J'aurai amplement le temps de faire tout ça dans la journée de demain.
—Alors fais n'importe quoi d'autre mais ne m'accable plus avec tes sortilèges ! gronda Ranbbie d'un ton catégorique. J'ai du travail moi !
D'un mouvement mécontent, il se remit à ses parchemins.
Matilde fulmina intérieurement. Pourquoi s'emportait-il maintenant qu'elle acceptait de pratiquer ses sortilèges ? Soupirant bruyamment, elle se leva à contrecœur et alla chercher un autre livre à la reliure vert et or rangé dans l'étagère du salon, essayant de ne pas trop porter attention au feu brulant qui venait de reprendre sa place dans sa poitrine, léchant voracement les parois de sa cage thoracique.
