Les mois passèrent et la situation n'évolua pas. Tom refusait de la voir, se penchant plus sur le cas de cette fameuse Marianne qui l'obnubilait. Jade ne désespéra pas et garda tout de même confiance, il viendrait naturellement à elle. Elle ne perdit pas son temps et aida certains élèves en les conseillant, les soutenant comme une jeune mademoiselle Pomfresh. Celle-ci était une jeune fille de Serdaigle, avec un manque flagrant de confiance en soi. Elle était discrètement venue observer Jade dans son travail, s'extasiant devant ses potions, ses instruments, ses formules. Jade fit comme si elle ne voyait rien mais l'invita un jour à devenir son assistante, demande qui fut accueillie par un visage rouge et des bégaiements poussés. Mais un sourire vint finalement prendre place sur le visage de la septième année lorsque Jade lui avoua qu'elle était la seule à pouvoir le faire. Elle devint donc son assistante, passionnée et attentive. Elle retenait très bien les conseils et les appliquait comme si elle l'avait fait toute sa vie. Si elle savait que c'était elle-même qui lui avait tout appris. A son grand malheur, son fan club ne faisait qu'augmenter. Ils n'en rataient pas une pour lui déposer un compliment ou pour la suivre. Elle avait souvent dû en venir aux menaces et aux intimidations. Elle avait eu un bon professeur pour cela. Severus lui manquait énormément dans ces moments là. Alors qu'elle était en train d'appliquer un pansement sur une égratignure d'un élève de cinquième année, elle entendit une explosion dans les jardins. Son cœur fit un bond et son corps sembla retrouver ses habitudes car elle sortit sans attendre sa baguette, prête à abattre le moindre suspect. Elle passa sa tête par la fenêtre et vit de la fumée noire s'élever jusqu'à elle. Elle remarqua également la présence de plusieurs sorciers, baguette en main, plus menaçant que jamais.
«_ Poppy sort tout de suite les élèves et dirige toi vers la salle sur demande, celle que je t'ai montré la semaine dernière, conduit les tous là bas!
_ Mais..., commença dépitée Poppy.
_ Poppy Pomfresh! Si vous ne sortez pas immédiatement de cette infirmerie dans les secondes qui viennent, je vous ferai regretter d'être seulement née! »
Elle ne se fit pas prier deux fois et évacua les élèves présents dans l'infirmerie pour les diriger jusqu'à la salle sur demande. Jade pendant ce temps là se dirigea vers la source de l'explosion, sautant par la fenêtre sans hésitation. Elle atterrit en douceur avec un sort et se plaqua derrière un arbre encore debout. Elle vit avec horreur des hommes tenir des élèves par la gorge, les faisant agoniser. Elle sortit de sa cachette en leur envoyant un « experliarmus » en plein visage. Les deux hommes s'envolèrent, s'écrasant piteusement au sol. Les élèves se placèrent instinctivement derrière elle, les larmes aux yeux. Elle vit les deux hommes se relever, l'air mauvais. C'était trop dangereux de se battre tout en protégeant les élèves. Elle se retourna quelques secondes en exécutant un « levicorpus » sur eux, les faisant directement passer par la fenêtre de l'infirmerie. Elle fit face à ses adversaires qui étaient prêt à lui sauter à la gorge lorsqu'ils furent retenus par une puissante main. Il les écarta du chemin et apparut un homme blond aux cheveux soigneusement ondulés, lui tombant sur ses épaules. Des épaules fines, mais un torse développé et un sourire dévastateur. Elle ne le lui rendit aucunement, lui lançant un regard hautain. L'inconnu souleva un sourcil, légèrement déconcerté.
«_ A qui ai-je l'honneur?
_ Se présenter avant de demander le nom de l'autre n'est-ce-pas plus poli?
_ Vous faîtes dans les politesses. Gellert Grindelwald, enchanté.
Elle se tenait devant un des plus grand mage noir de l'histoire! Ce n'était certainement pas la même chose de lire l'histoire dans un manuel que de la vivre en direct...
_ Oh mais que fait un mage noir dans une paisible école? Vous n'avez pas quelques pays à conquérir?
_ Je vois que je ne vous suis pas inconnu, mais je dois dire que je n'ai pas l'honneur de vous connaître. Alors laissez-moi écraser cette école que l'on puisse faire plus ample connaissance.
_ Je suis désolée, mais je vais devoir refuser l'invitation. Si vous voulez bien me le permettre, j'aimerais que vous partiez sur le champ!
_ Je n'aurai même pas l'honneur de connaître votre nom?
_ Je ne pense pas que cela suffise à vous faire partir alors autant que je ne le vous donne pas.
_ Où est donc parti votre politesse?
_ Je crois qu'il y a des chances que je l'ai laissé dans mon lit ce matin en me levant.
_ Voudriez-vous que nous allions la rechercher ensemble? sous-entendit-il avec charme.
_ On ne m'avait pas dit que vous étiez du genre dragueur, vous faîtes faux bon à votre réputation.
_ Il faut bien l'être un peu pour donner jour à un héritier.
_ Intéressant, je connais quelqu'un qui pourrait vous présenter une charmante dame. Laissez-moi vous aider à la rejoindre plus vite, deux lieux sous terre.
Sans attendre elle lança un « stupéfix » qu'il dévia d'un « protégo » sauf que cela suffit pour qu'elle disparaisse. Il prit un air contrarié, la cherchant du regard. Il sentit soudainement un souffle sur sa nuque et voulût se retourner mais n'entendit qu'un chuchotement.
_ Trop tard.
Des flammes l'enveloppèrent brusquement, le rendant prisonnier dans un cage de feu. Il vit cette femme qui l'avait si facilement eu. Les reflets des flammes la rendait si belle, si désirable. Il tenta l'utilisation de l'eau mais rien à faire, les flammes ne cessaient pas de se régénérer. Elles dansaient tout autour de lui. Jade se pencha, passant son visage entre les flammes, sans ressentir aucune douleur.
_ Maintenant que je sais que vous êtes immobilisé, je peux au moins vous donner mon nom, retenez le bien comme celui de celle qui a le pouvoir de vous réduire à néant même si tel n'est pas mon destin. Jade Dumbledore, enchantée.
Il écarquilla les yeux sous ce nom et vit arriver le corps professoral. Il croisa le regard d'Albus. Son ancien ami, son partenaire, ce traître. Cette femme ne pouvait pas être sa fille...il aurait été au courant alors qui était-elle? Il vit le regard d'Albus devenir sombre d'inquiétude pour cette Jade et également de surprise en le voyant dans cette position des plus désavantageuse. Un regard qu'il renvoya emplie de haine. Cet homme qui avait fait tant de projet de grandeur à ses côtés et qui avait tout abandonné du jour au lendemain. Cet homme qui l'avait laissé, brisant tout ses plans, tout ses rêves en un instant. Il ne pouvait pas se permettre de le laisser en vie, de le laisser vivre sa douce vie. Il devait souffrir! Il devait regretter! Il devait revenir auprès de lui ou tout simplement mourir. Albus se rapprocha de Jade, posant une main sur son épaule.
_ Ne laisse pas couler ta haine sur lui, ce n'est pas à toi de lui faire face, lui souffla Albus.
_ Je sais que ce n'est pas mon rôle, c'est pour ça que je n'ai fait que l'immobiliser, votre vie et la sienne sont liées.
_ Merci de comprendre cela Jade.
Ils se sourirent et sans s'y attendre, de la pierre enveloppa les flammes autour de Gelbert. Elles s'éteignirent, ayant étouffé ce qui les faisaient brûler. Il fit un bond et s'éloigna de ses adversaires. Certains de ses partisans se mirent autour de lui, en mode défense. Il fit un signe de main pour leur prier de se calmer.
_ J'avoue que vous êtes puissante pour votre jeune âge ma chère Jade mais ce n'est pas vous qui m'intéresse aujourd'hui mais cet homme qui fait partie de votre famille.
_ Je ne souhaite pas que vous vous intéressiez à moi et cet homme en question s'appelle Albus, retenez ce nom que vous avez tant employé par le passé.
Celui-ci écarquilla les yeux devant le sous-entendu de leur enfance. En effet, ils avaient grandis ensemble, des vrais inséparables. Mais le fait de l'entendre de la bouche d'une autre personne qu'Albus lui faisait un drôle d'effet. Comme si ce lien était resté un secret enfouit entre eux seulement. Mais il en avait apparemment parlé. Le traître se mettait à faire dans le sentimentalisme. Cela l'écœurait.
_ Vous ne savez pas de quoi vous parlez très chère. Bien, je vois que ce n'est pas le bon jour pour accomplir ma tache, je reviendrai Albus et ce jour là sera celui de ta mort. »
Il disparût sur ses paroles dans une affreuse fumée noire, si semblable à celle des mangemorts. Jade en eut un léger frisson. Ces fumées n'étaient jamais signe de bonne chose. Plus loin se tenait Tom, le regard brillant d'intérêt. Il avait observé avec délectation la façon avec laquelle elle se tenait devant le grand mage noir de cette époque. Elle n'avait pas flanché. Pas un seul moment il n'avait senti de la peur en elle, seulement de la confiance. Ces mots arrogants, ce regard hautain, c'était tellement le genre d'Alice, mais peu importait, elle était à présent une personne à avoir près de lui. Il devait se la garder pour lui seul. Cette puissance qui se dégageait d'elle. Une puissance envoûtante. Il n'était certainement pas le seul à le penser vu le regard calculateur que lui avait dédié Grindelwald. Mais elle serait à lui. Elle serait à ses côtés lors de sa montée au pouvoir. Elle serait sa princesse des ténèbres: Sa muse. Tom n'arrivait plus à résonner correctement. Il ne pensait plus qu'à elle. Son pouvoir, sa beauté, des atouts tant recherchés qu'il détenait en une seule femme. Il ne pouvait pas la laisser à un autre! Il devait passer à l'attaque. Il partit s'enfouir dans l'ombre des couloirs, se faisant totalement engloutir dans l'obscurité.
Ses journées furent de plus en plus dures à supporter. Depuis que la rumeur comme quoi elle avait fait face au grand mage noir sans peur s'était étendue, les déclarations et les cadeaux ne cessaient de se retrouver dans sa chambre ou dans l'infirmerie. Elle ne pouvait plus le supporter. Si elle ne supportait pas une chose, c'était bien d'être traqué. Ils ne lâchaient pas le morceau et même si les filles lui vouaient de l'admiration, elle voyait également la lueur de jalousie flamber dans leurs yeux. Les garçons de tout âge ne faisaient plus que de parler d'elle, surtout les Gryffondors. Son fan le plus dévoué était Charlus Potter, celui qui n'abandonnait jamais. Elle avait l'impression de revoir son fils James en plein harcèlement de la pauvre Lily Evans. De la joie et de la tristesse se mêlaient en elle en le voyant. Joie de voir combien il avait bien grandis et surtout parce qu'il lui était très sympathique, mais tristesse de sa ressemblance même minime avec Harry. Elle le vit justement rentrer dans son lieu de travail, un magnifique bouquet de rose dans les mains. Elle sourit mais fronça tout de même des sourcils. Où allait-elle mettre celui-ci...?
«_ Bonjour monsieur Potter, qu'amenez-vous aujourd'hui?
_ Un bouquet de rose pour la plus belle des fleurs.
_ Vous m'en voyez désolée mais il n'y a aucune fleur ici. Repassez un autre jour, vous aurez peut-être plus de chance.
_ L'évidence est pourtant là mademoiselle, souffla avec charme Charlus, ça ne peut qu'être vous cette belle fleur.
_ Donc vous pensez que je ne vaux pas mieux qu'une fleur qu'on prend et qu'on met dans un vulgaire vase pour qu'on l'oublie?
_ Non je...balbutia Charlus complètement désorienté.
_ J'espère pour vous ou vous goûterez à ma baguette.
_ Je ne pensais pas avoir cette honneur si tôt.
_ En parlant de tôt, pourquoi venir si tôt aujourd'hui?
_ Je ne pouvais pas attendre une minute de plus pour vous voir.
_ C'est très flatteur mais vous savez que j'ai du travail?
_ Je pourrai peut-être vous aider.
_ Il y a déjà Poppy pour cela.
_ Il n'y a jamais assez de personne pour aider.
_ Vous avez raison mais cela sera tout de même un non, répondit-elle en souriant.
Il l'amusait contrairement aux autres qui ne faisaient que lui vouer des mots d'amours insensés.
_ Pourquoi être si cruelle avec moi? Demanda Charlus en feintant une larme qui coulait.
_ Pourquoi venir sans cesse me voir?
_ Parce que j'en ai envi.
_ Alors vous avez votre réponse à votre question.
_ Bien envoyé mademoiselle.
_ Bien répondu monsieur Potter.
Ils se sourirent et Charlus fut sur le point de s'installer sur un lit quand Tom entra à son tour. Il fusilla du regard son ancien ami qui le lui renvoya. Tom passa le premier à l'attaque.
_ Qu'est ce que tu fais là Potter? Tu n'as pas une pauvre fille sur qui baver aujourd'hui?
_ Non, je suis désolé de te le dire mais je préfère passer du temps avec notre charmante infirmière. Mais dis- moi, tu n'as pas un livre à lire ou un ordre à donner à un de tes sous-fifres?
Ils s'échangèrent un regard noir. Des éclairs semblaient crépiter dans la pièce. Jade, lassée, se mit entre eux, le regard sévère.
_ Mon infirmerie n'est pas un lieu de combat et encore moins une pièce de duel. Si vous voulez faire votre scène de ménage, je vous prierai de la faire ailleurs qu'ici.
_ Une scène de ménage? Avec lui? Vous m'insultez mademoiselle! Sortit Charlus, une main sur le cœur.
_ Ne me mettez pas dans le même sac que ce Griffondor en chaleur mademoiselle, je pourrai me vexer, souffla sombrement Tom.
Une veine se mit à palpiter sur le front de Jade. Elle fit deux pas en arrière et prit ses couteaux, menaçante. Les jeunes hommes eurent des frissons en la voyant ainsi. Leur dernière heure était-elle arrivée?
_ J'espère que vous n'avez rien à regretter dans votre vie parce que vous n'aurez pas le temps de réparer quoi que ce soit.
Leur teint se fit blanc à chacun, et leur salive difficile à avaler. Elle allait les tuer! Elle ne rigolait pas! Alors qu'ils la virent se rapprocher dangereusement d'eux, la porte s'ouvrit sur Septimus. En le voyant, Charlus se jeta derrière lui dans un dernier espoir.
_ SEPTIMUS! Mon ami! Sauve-moi!
_ Qu'est ce que tu as encore fait Charlus?
_ Moi? Mais rien! C'est Tom qui m'a cherché!
_ Ce sera Standel pour toi Potter, nous ne sommes pas assez proche pour que tu te permettes de m'appeler par mon prénom.
Cette phrase jeta un froid dans la pièce. Il ne lança pas un regard et Tom préféra sortir. Le moment était mal choisis. Il sortit en frôlant Septimus qui ne décolla pas son sourire de son visage. Comment pouvait-il garder ainsi le sourire? Jade ne comprenait pas. Il se courba devant elle, la tête basse.
_ Je désolé pour tous les désagréments que Charlus a causé. Je ne sais pas comment rattraper sa conduite.
_ Vous n'avez rien à faire monsieur Weasley, ce n'est rien. Dîtes-moi, êtes vous en froid en ce moment avec monsieur Standel?
Les deux baissèrent la tête, de colère, de gêne.
_ C'est comme cela depuis notre première année, avoua Septimus qui avait plus de maîtrise de soi.
Jade écarquilla les yeux. Que s'était-il passé?
_ Une dispute?
_ Nous ne le savons pas nous-même.
Hein...?
_ C'est simple mademoiselle, reprit Charlus, il nous évite depuis notre rentrée. On le croyait mort depuis quatre ans! On le revoit enfin et il nous rembarre sans raison.
_ Mais ce n'est pas logique! Pourquoi ferait-il cela?
_ Nous ne sommes plus assez bien pour lui, supposa Charlus, la mine sombre. On a appris par hasard qu'il avait réuni des adeptes, il est dans un tout autre monde que nous.
Ses mangemorts! Il avait déjà commencé à les former! Un frisson la traversa. C'était une catastrophe! Si il s'intéressait à elle c'était qu'il voulait la rallier à sa cause...C'était comme se prendre une gifle. Elle qui avait toujours été traquée par les mangemort à cause de sa condition de née moldu, elle était sûrement en première ligne des candidats pour son recrutement. Quelle douce ironie que la vie lui présentait. Elle pouvait se tromper mais son instinct lui criait que s'en était tout autre. Il lui restait toujours l'espoir...
_ Que voulez-vous dire par des adeptes?
_ Jurez nous tout d'abord de ne pas lui dire que c'est nous qui vous en ont parlé, pria Charlus, méfiant.
_ Je vous jure sur ma magie que monsieur Standel ne saura rien sur votre implication dans cette histoire.
_ Hm...Un soir, alors que Septimus m'avait forcé à finir tout mes devoirs à la bibliothèque, nous avons surpris une conversation entre Tom et plusieurs Serpentards. Ils parlaient de magie noire, de réunions qui se tiendraient toutes les semaines et surtout, appelaient Tom « maître ». C'était vraiment étrange comme scène, avoua Charlus. Une gêne m'a envahie en voyant cela. Je...Je me sentais vraiment à part de ce concept qui est devenu celui de Tom. Un concept de maître et valets. Ce n'est plus le Tom que nous avons connu!
Elle voyait couler toutes les émotions de Charlus dans ses yeux si expressifs. Septimus posa une main réconfortante sur son épaule.
_ Mais tu sais qu'il nous reste un espoir, le rassura Septimus.
_ Oui...la bague...
Elle revit la scène où Tom passait avec conviction une bague à son doigt. Celle qui les liait dans une amitié sincère et éternelle.
_ Il ne l'a toujours pas enlevé...chuchota Charlus. Il reste un espoir!
_ De quelle bague parlez-vous? Celle que monsieur Standel porte?
_ Oui, celle la même. Je lui ai offerte pour son septième anniversaire. Celle-ci est composée d'un morceau d'émeraude. Ce même émeraude à été brisé en trois parties et nous portons les deux autres parties, nous sommes en quelque sorte liés. J'ai prétendu en lui offrant qu'il serait dans l'impossibilité de l'enlever mais c'était un petit mensonge d'enfant pour rajouter du sens dans quoi il s'engageait en la mettant. S'il avait voulu l'enlever, il aurait pu le faire sans problème. S'il l'a toujours à son doigt, cela veut dire qu'il n'a jamais essayé, pas même une seule fois de la retirer et c'est cela qui nous laisse un dernier espoir de retrouver un jour notre ami.
Jade en eut presque les larmes aux yeux. Il aurait pu être si heureux à leurs côtés mais il avait fallu qu'il se retrouve de nouveau dans cet orphelinat. Si seulement elle avait fait plus attention! Elle s'en voulait tellement! Elle avait gâché sa vie! La culpabilité lui rongea son cœur. Mais au fond d'elle, une voix lui hurlait que ce n'était pas de sa faute. Qu'elle avait eu un vertige, personne ne pouvait prévenir de ce genre de chose. Mais elle ne l'écouta pas un seul instant, s'enfonçant un peu plus dans les regrets. Les griffondors virent son trouble. Quand soudain, ils la virent tomber au sol, comme au ralenti, et purent la rattraper au dernier moment, l'empêchant de s'écraser durement sur le sol. Elle venait tout simplement de s'évanouir. Charlus alla chercher en catastrophe le directeur qui était en compagnie d'Albus, laissant Jade dans les bons soins de Septimus. Il était essoufflé et en sueur lorsqu'il arriva enfin au bureau et lui suffit juste de prononcer le prénom de Jade que son professeur de métamorphose disparut à sa vue pour s'engouffrer dans les couloirs de l'école, menant à l'infirmerie. Il trouva celle qu'il considérait à présent comme sa fille, dans un lit blanc, en sueur, en train de se débattre avec les démons de son passé. Il posa la main sur son front et dégagea une lumière blanche qui calma progressivement les plaintes de Jade. Septimus lui jeta un regard anxieux. Charlus arriva à son tour, suivit de près par le directeur qui lança une question muette à Albus.
_ Qu'a t-elle? Se mit à crier d'inquiétude Charlus.
_ Je vous prierai de cesser de crier ainsi, elle a besoin de repos et je n'aimerais que vous la réveilliez monsieur Potter.
Celui-ci honteux, baissa la tête tout en s'excusant. Il voulut rester à son chevet mais on le lui refusa. Albus resta un instant seul avec elle, en lui caressant tendrement les cheveux. Les mois étaient passés et ils s'étaient réellement rapprochés. Il tenait beaucoup à cette jeune femme qui avait bouleversé son existence mais également embellie par sa présence chaleureuse, pétillante, pleine de vie. Elle lui avait parlé de son passé, passant des soirées à poser sa tête sur son épaule à pleurer ses proches morts dans la guerre. Il savait aussi qu'elle s'en voulait beaucoup par rapport à ce qu'il s'était passé. Mais ce n'était pas sa faute. Le destin en avait voulu ainsi. Elle n'avait pas choisi de l'abandonner. Elle n'y était pour rien mais beaucoup de fois il avait vu cette lueur de tristesse profonde emplir son regard. Il comprenait cette femme qui avait tout perdu dans l'espoir de voir un jour ce monde dans lequel elle avait vécu, changer et devenir meilleur. La simple idée de se de dire que tout cela n'aurait servi à rien deviendrait insupportable pour n'importe qui. Même lui...
_ Ne laisse pas ton passé te submerger Jade. Un jour, tes efforts seront récompensés et tu pourras vivre cette vie qui t'attends. Il suffit juste d'être encore patiente ma petite fille. »
Il déposa ses lèvres sur son front et partit de l'infirmerie après un dernier regard pour sa protégée.
La nouvelle de son évanouissement avait fait le tour du château et était arrivée aux oreilles d'un fameux serpentard. La nuit tomba et l'infirmerie s'ouvrit sur un jeune homme qui contempla la seule présence dans cette pièce. Elle ressemblait à un ange. La lumière de la lune s'abattait sur elle avec douceur, faisant ressortir la couleur légèrement mat de sa peau. Ses cheveux semblaient briller sur les draps blancs opaques. Elle était si belle. Ses lèvres roses pleines qui ne demandaient qu'à être mangé. Ses joues légèrement rosées qui lui donnait un air si vivant malgré sa condition.
«_ Mon ange des ténèbres. Qu'est ce qui t'est arrivé? Je savais que je n'aurai pas dû te laisser avec ces incapables. Ne t'inquiète pas, tes tourments seront bientôt fini. Je t'emmènerai avec moi et tu seras à moi; rien qu'à moi...
Il voulut passer sa main sur son front mais la vit soudainement remuer. Elle fronça les sourcils et gémit, marmonnant quelques mots incohérents. Ses gémissements se transformèrent brusquement en cri. Elle jeta son bras en avant, comme pour essayer de retenir quelqu'un.
_ NON! PARDONNE MOI T...! »
Il ne put pas entendre la suite qu'elle ouvrit les yeux. Son regard était paniqué et son visage en sueur, les cheveux qui collaient à son visage. Elle posa ses yeux sur lui, troublée, perdue. Il n'eut pas le temps de chercher une explication qu'il entendit des pas se précipiter vers l'infirmerie. Ses cris avaient dû rameter du monde. Il se faufila dans l'ombre de la nuit et partit dans les couloirs avant qu'Albus n'arrive. Jade n'en toucha pas mot sur sa présence mais n'en pensa pas moins. Que faisait-il là? L'avait-il entendu crier son non? Ce serait une catastrophe! Albus lui prit sa température et lui pria de se reposer encore. Elle ne discuta pas le conseil et replongea dans les bras de Morphée.
Beaucoup de personnes vinrent lui rendre visite, filles comprises. Elles s'attachaient à elle et ne pouvaient qu'admettre qu'elle ne faisait rien pour séduire les garçons, au contraire. Elle ne faisait que les rejeter sans cesse, mais sans succès. Son évanouissement avait entraîné une chute d'énergie dans tout son corps et elle devait se munir d'une canne pour marcher. Le directeur lui conseilla de prendre quelques congés bien mérités. Elle accepta de mauvaise grâce sous le regard sévère d'Albus mais souhaita tout de même que cela soit Poppy qui reprenne son travail. Elle avait un très bon niveau et serait parfaitement capable de prendre en charge la place d'infirmière pendant quelques jours. Sa demande fut acceptée sous son regard larmoyant. Personne ne pouvait y résister. Une de ses armes infaillibles. Elle partit donc du château avec sa canne et attendit d'être assez loin pour transplaner. Elle était trop têtue pour écouter les conseils d'un médecin. Elle arriva sur une colline, celle qu'elle avait pris l'habitude de regarder la splendide vue qu'elle lui renvoyait. Un monde sans guerre où les enfants sortaient seuls en courant l'un derrière l'autre mais elle fut déçu par le résultat. Dix ans étaient passés pour ruiner son moment de paix. Elle revoyait ce même monde auquel elle avait appartenu. Un monde tremblant de peur sous le joug de la guerre. Elle en eut les larmes aux yeux même si elle savait que cela ne serait que passager. Elle posa sa canne et ouvrit ses bras, laissant le vent la transporter dans un monde merveilleux: celui des airs. Un monde libre qu'elle rêvait de rejoindre. Alors que le sourire avait pris place sur ses lèvres elle entendit un « crac » si significatif du transplanage. Qui pouvait venir ici troubler son moment de paix? Elle tourna la tête et se figea. Se trouvait devant elle Philius Malfoy. Il n'avait pas changé. Il était devenu si beau. L'âge lui allait si bien. Il posa également son regard sur elle et souffla d'une voix lointaine.
«_ Alice...
Que...Qu'avait-il dit? Il ne pouvait pas la reconnaître.
_ Vous devez faire erreur monsieur.
Il se reprit, comme soudainement réveillé.
_ Je suis désolé mademoiselle, je ne sais pas ce qui m'a pris...Je ne sais même pas à qui appartient ce nom mais il m'est soudainement revenu en vous voyant.
Il ne savait pas...? Elle regarda ses yeux et y vit comme de la brume. On lui avait lancé un sort d'oubliette. Qui pouvait vouloir effacer son existence? Son cœur se serra. Il ne se rappellerait donc jamais d'elle...Mais c'était déjà exceptionnel qu'il ait pensé à son nom en la voyant sous cette autre apparence.
_ Ce n'est rien voyons, l'erreur est humaine.
Elle ouvrit de nouveau ses bras tout en fermant les yeux. Il la fixa. Pourquoi était-il perturbé par cette femme. Il ne savait même pas pourquoi il ne cessait pas de venir ici contempler cette vue. Comme s'il l'avait déjà fait mais quand...? Lorsqu'il essayait de savoir, un mal de tête atroce s'en suivait. Cette femme...Il avait l'impression qu'elle allait s'envoler à tout instant.
_ Pourquoi faîtes-vous cela?
Elle ouvrit les yeux, baissa les bras et se retourna avec le sourire.
_ Parce que j'ai l'impression de pouvoir m'envoler!
_ Pourquoi vouloir voler? Nous sommes bien sur terre, nous sommes fait pour l'être.
_ Sur terre nous sommes prisonnier, dans les airs nous sommes libre voilà pourquoi.
Cette phrase le fit se figer.
_ N'avez-vous pas l'impression de pouvoir être libre là haut dans ce ciel bleu? D'être en sécurité dans ces doux nuages? Reprit Jade avec le sourire.
Une vision s'imposa à sa revit une magnifique femme blonde ouvrir les bras et laisser le vent lui fouetter le visage. Elle semblait ne faire qu'un avec lui.
« _ Pourquoi fais-tu toujours cela?
Elle se retourna et il put voir ses éblouissants yeux gris briller. Elle lui sourit avant de lui répondre.
_ J'ai l'impression de pouvoir m'envoler.
_ Nous avons déjà les balais pour cela, répondit-il avec humour.
_ Ce n'est pas pareil avec un balai. Ce n'est pas la même sensation.
_ Quelle sensation?
_ La liberté Philius. Celle dont tout le monde rêve. Sur terre nous sommes comme des prisonniers qui n'attendent que leur prochain châtiment mais nous pourrions avoir tellement plus ! Pouvoir voler par moi-même et m'envoler librement dans les cieux. Ne voudrais-tu pas cela Philius?
_ Oui...J'aimerais beaucoup Alice. »
Il vit une fois encore ce sourire si chaleureux avant que la vision s'estompe pour retomber sur cette femme aux splendides cheveux aubruns et aux magnifiques yeux violets. Elle était si belle mais étrangement si semblable à Alice...Alice...Un affreux mal de tête s'abattit sur lui. Il revit la partie de sa vie qui lui avait été volé. Il revit sa rencontre avec Alice, sa fiancée. Celle avec Tom, le fils d'Alice. Voilà où il l'avait vu ! Sa vie à leurs côtés, une famille. Alice, sa meilleure amie qui était morte...et Tom qui avait disparu...Les larmes arrivèrent d'elles-mêmes jusqu'à ses yeux. Jade ne put pas supporter plus longtemps la vision de son ami dans cet état. Elle ne voyait plus cette brume dans ses yeux. Les souvenirs étaient revenus jusqu'à lui. Elle le prit dans ses bras et elle le vit crier son ancien nom, en larmes. Cela lui fendit le cœur en le voyant tant souffrir. Elle avait tellement fait de mal! La culpabilité s'accrochait encore un peu plus à son cœur. Philius s'accrocha à cette femme qu'il ne connaissait pas mais qui lui semblait si familière à présent. Il ne cessa pas de murmurer le nom d'Alice, cette femme qu'il avait aimé. Elle prit sa tête qu'elle serra contre sa poitrine.
_ Pardonne moi Philius...
Il releva la tête. Que venait-elle de dire? Il vit cette femme si belle pleurer. Pleurer toutes les larmes de son corps, pour lui. Pourquoi? Pourquoi savait-il au fond de lui que c'était pour lui, qu'il la connaissait, qu'il pouvait la prendre dans ses bras sans crainte, qu'il pouvait l'aimer, qu'elle était...Alice...?
_ Alice...?
Elle lui lança un regard suppliant.
_ Philius...
_ Comment est-ce possible?
_ C'est une si longue histoire...
_ Alice!
Il la prit sans prévenir dans ses bras, la serrant comme jamais on ne l'avait serré, avec un tel désespoir. Il la serra longtemps, mêlant bise et larmes. Ils s'assirent finalement et lui raconta toute l'histoire. Sa vie passé, le chaos dans son monde, son voyage dans le temps, sa mission, l'accident, son retour.
_ Alors aujourd'hui tu t'appelles Jade Dumbledore?
_ Oui.
_ Et tu as en fait le sang de Serpentard, de Standel et Dumbledore dans tes veines?
_ Oui.
_ C'est extraordinaire! Tu es extraordinaire!
_ Non, je ne le suis pas du tout. Je ne me considère pas comme telle en voyant comment est Tom aujourd'hui. Il n'a plus rien à voir avec mon petit garçon...
_ Tom...Il est vrai que j'en ai souvent entendu parlé par mon neveu, un de ses préférés. Il passe ses journées avec lui.
_ Oui, je l'ai vu. Il n'est pas souvent sans lui ou monsieur Kraujas.
_ Kraujas, un être que je ne pensais pas un jour rencontrer sans pouvoir en parler par la suite. Il est réputé pour être sanguinaire.
_ Non, il l'a été. Mais cela fait bien des siècles qu'il ne l'est plus. Il s'est fait discret et plus personne ne l'a plus vu depuis longtemps. Je n'ai pas eu l'occasion de lui parler encore mais...son regard est étrange lorsqu'il se pose sur moi. Il semble savoir qui je suis et je me demande même s'il n'est pas là à cause de moi...
_ Que veux-tu dire?
_ Lorsque le cristal s'est brisé et m'a emporté dans cette époque, j'ai ressenti une présence près de moi. J'avais l'impression qu'elle lisait en moi. J'étais mise à nue devant cette présence et j'ai même presque eu l'impression de voir un sourire carnassier se dessiner devant mes yeux. Deux canines bien pointues y dépassaient...
_ Il aurait un lien avec toi?
_ Je ne peux pas l'affirmer mais je pense que oui.
_ Fais attention à toi Alice, je n'aimerais qu'il t'arrive malheur!
_ Jade, Philius. Il ne faut surtout pas que tu prononces mon ancien nom, surtout devant Tom. Ce serait une catastrophe!
_ Oui, tu as raison. Excuse-moi.
_ Ce n'est rien, et puis, ne t'inquiète pas. Je sais me défendre, mieux que tu ne le pense.
_ Non, je le sais. Abraxas m'a parlé de son incroyable infirmière qui a fait face au grand mage noir de notre époque.
_ Ce n'est pas extraordinaire.
_ Tu es bien trop modeste Al...Jade! Ce n'est pas n'importe qui qui peut prétendre tenir devant Grindelwald !
_ Tu sais, il est certes puissant mais...il n'est rien comparé à Voldemort.
Sans savoir la raison, ce nom donna des frissons à Philius. Dire qu'il ne l'avait même pas connu et qu'il tremblait presque en entendant son nom. Il ne voulait même pas imaginer ce qu'avait pu vivre Jade.
_ Voldemort était indestructible, continua Jade le regard baissé, un être si noir que l'idée même qu'il ait été un jour un humain ne pouvait pas nous traverser l'esprit. Il était monstrueux. Une tête de serpent qui emplissait les rêves de quiconque. Mon meilleur ami qui lui devait le vaincre, une vie sacrifiée dans cette quête sans espoir. Mon meilleur ami que j'ai quitté sur son lit de mort, qui avait baissé les bras à la vue de sa femme morte devant lui, emportant son enfant avec elle et l'espoir du monde sorcier. Oui, il n'y avait plus d'espoir dans mon monde et je suis venu en créer ici mais...il est si proche de devenir Voldemort que de redevenir Tom. Je...Philius, crois-tu que j'ai fait cela pour rien? Penses-tu que ma vie ne se résume qu'à une série d'échecs?
_ Ne dis pas n'importe quoi Jade! Il y a toujours de l'espoir! Jusqu'à ton dernier souffle il y en aura. Tu es la seule à pouvoir le ramener à la raison. Tu es celle qui a réussi un jour à le faire sortir des ténèbres, tu peux le faire une seconde fois!
_ Mais il n'était pas si emplie de haine à cette époque...
_ Cela ne change rien! Tu es celle qui lui a donné une vie. Tu l'as sorti de la misère. Tu lui as donné un foyer, une famille, un nom, des amis. Il ne peut qu'être reconnaissant envers cette personne.
_ Tu as sûrement raison mais il ne doit pas apprendre ma véritable identité. Il m'en voudrait de l'avoir abandonné, de l'avoir laissé et surtout, penserait qu'il n'était qu'une mission et que je ne l'ai jamais aimé, ce qui est faux! J'ai réalisé par moi-même que je devais le faire. Mais il se sentirait trahit et là, je ne pourrai plus rien faire. Il faut que cela reste secret!
_ Et cela le restera!
_ Merci Philius de m'écouter, de m'aider.
_ C'est normal Jade, nous sommes amis.
_ Les meilleurs du monde, conclut-elle avec le sourire. »
Ils se quittèrent finalement au coucher du soleil. Elle retourna à l'école mais ne vit pas du haut de la tour d'astronomie Tom l'observer, accompagné d'Audric tout sourire.
