Merci beaucoup à Loupio-Duff et Elodays pour avoir mis ma fic dans vos favoris ! ^^
Maintenant laissez-moi vous faire part d'une petite découverte inopinée concernant l'âge de Severus Rogue dans mon histoire... Selon les statistiques sur ce sujet dans le site internet de l'encyclopédie française du monde de Rowling, les parents d'Harry Potter auraient eu autour de vingt ans lorsque celui-ci est venu au monde. Donc, puisque Rogue a le même âge que Lily et James, lorsque, onze ans plus tard, Harry arrive à Poudlard, il aurait eu, soit, environ 31 ans. Alors, pour revenir à mon histoire, si ma fic se situe dans la période entre le meurtre des Potter et la rentrée d'Harry à l'école, il a donc, approximativement, entre 22 et 31 ans... Mais ! Si Rogue a également été professeur de potion du temps que Ranbbie était étudiant, ce dernier ayant, selon Matilde (il n'a jamais avoué lui-même son âge durant ma fic), à peu près 20 à 22 ans, il faudrait dans ce cas que l'âge de Rogue soit estimée à 30-31 ans si nous voulons qu'il ait commencé son enseignement au sein de Poudlard au moins durant les dernières années d'études de Ranbbie, donc ma fic se passerait un an avant que Harry arrive à Poudlard... C'est drôle, je ne le pensais pas aussi jeune... En tout cas... gros casse-tête inutile... désolée de vous avoir fait tourner la tête avec ça... J'ai simplement essayé de concorder un peu les choses avec les aventures d'Harry et celles de Matilde mais bon... Puisque que je ne parle pas de l'âge de Rogue durant ma fic, vous lui donnerez bien l'âge que vous voudrez... :P
Assez maintenant ! Retournons à l'histoire de Matilde...
(Poudlard et Rogue appartiennent à J.K. Rowling)
Bonne lecture ! :)
Chapitre 35
La rancune de Ranbbie
— Votre audace m'étonne, Miss Beauregard, admit Rogue qui s'était adossé à nouveau sur le dossier de sa chaise, se replongeant dans l'ombre du pilier aux guirlandes de gui et de houx. Vous voulez jouer à un jeu en particulier ?
Matilde se remit à torde ses doigts sous la table. Fuyant les yeux de Rogue, elle n'avait aucune idée de la façon dont elle allait s'y prendre pour réussir à se sortir de cette situation malencontreuse. Ses jambes engourdies flageolaient dans ses talons hauts et menaçaient de se dérober sous son poids dès qu'elle oserait se lever. De plus, un léger étourdissement ne cessait de lui faire tourner la tête.
— J'attends, s'impatienta Rogue. De quoi voulez-vous me parler ?
Les regards indiscrets avaient fini par détourner les yeux et Matilde ne trouvait pas Ranbbie parmi la foule. Son dernier espoir avait été qu'il vienne à son secours.
— J'attends, répéta froidement Rogue, toujours sur un ton d'empressement.
Matilde chercha fébrilement dans ses pensées, se forçant à trouver quelque chose à lui répondre. N'importe quoi. N'importe quoi avant qu'il ne la saisisse brutalement par le bras une nouvelle fois. Enfin, sans le regarder, elle dit :
— C'est vous qui avez quelque chose à me dire…
Elle avait déclaré cette phrase avant même d'avoir pris conscience de l'avoir prononcée. Maintenant, elle le présentait, elle allait en subir les conséquences…
— Expliquez-vous, ordonna Rogue en articulant clairement ses deux mots sur un ton rempli de menaces.
Se refusant toujours de le regarder, Matilde le sentit se rapprocher d'elle en faisant tressaillir légèrement la table sous laquelle elle tortillait ses doigts de plus en plus nerveusement.
Soudain, Ranbbie vint s'asseoir sur la chaise à côté d'elle et une énorme vague de soulagement la raviva subitement.
— Salut vous deux, dit-il d'un ton enjoué.
Il but à sa bouteille avant de la poser brutalement sur la table, faisant tressauter le verre de Rogue. Une autre goutte de whisky Pur Feu s'en échappa aussitôt.
Rogue eut l'air mécontent. Quant à Ranbbie, Matilde remarqua qu'il avait le teint plus rosé que d'habitude et il avait déboutonné les deux premiers boutons du col de sa chemise.
— Tu as bu beaucoup ? demanda Matilde sur un ton reproche.
Ranbbie sourit en ébouriffant ses cheveux blonds d'une main.
— Un peu, avoua-t-il. Et toi ? Tu as bu beaucoup ? lui retourna-t-il la question d'un air railleur. Basile m'a informé à quel point tu aimes le whisky Pur Feu…
Un malaise saisit Matilde.
— Il est venu te parler ?
Ranbbie éclata de rire.
— Il m'a dit que tu avais carrément englouti son verre d'un trait, dit-il en prenant sa bouteille d'un geste majestueux avant de la porter une nouvelle fois à ses lèvres.
Rogue resta silencieux et Matilde se refusait toujours de tourner la tête vers son coin sombre.
— Son verre n'était même pas plein, objecta-t-elle, sur la défensive.
Ranbbie reposa sa bouteille sur la table et posa alors sa main sur l'épaule de Matilde. Celle-ci sentit sa peau la brûler à l'endroit où il la touchait.
— Matilde, dit-il en souriant, tu n'as pas à t'en faire. C'est Noël ! Il faut s'amuser ! Tiens, dit-il en retirant sa main de son épaule pour lui tendre sa bouteille sous son nez, goûte à ça. C'est un Rhum groseille. Tu aimerais…
— Non merci, refusa-t-elle en repoussant sa bouteille.
Déjà qu'elle espérait que les effets du whisky Pur Feu s'estompent, elle ne voulait pas d'une autre boisson qui lui aggraverait son étourdissement.
— Dommage, dit simplement Ranbbie en levant de nouveau le coude.
Soudain, l'engourdissement des jambes de Matilde s'adoucit d'un coup et une envie de se lever et de déguerpir de cette table se manifesta alors avec intensité. Regardant Ranbbie, elle voulut s'excuser de son futur départ mais il ne lui accorda pas d'attention. Il s'adressait maintenant à Rogue avec sarcasme :
— Mon cher Severus ! Toujours aussi morose… Pourquoi rester dans votre coin ? Allez donc profiter de la fête. Comme tout le monde… Cela pourrait vous redonner de l'éclat à votre teint si pâle et terne…
— Fichez-moi la paix, Hedlund, lança froidement Rogue.
Sidérée par sa réplique si brutale, Matilde ne put s'empêcher de tourner la tête vers lui. Il serrait son verre de whisky dans sa poigne, menaçant de le faire éclater à tout moment, et fusillait Ranbbie d'un regard terriblement noir. Ce dernier, pour sa part, souriait toujours et, comme s'il n'avait pas été interrompu par Rogue, il poursuivit avec désinvolture :
— … à moins que la raison pour laquelle vous vous tenez près de se pilier est que vous souhaitez désespérément que Matilde vous embrasse…
Matilde se raidit brusquement et eut l'impression qu'une énorme pierre lui tomba lourdement dans l'estomac. Pour rien au monde elle voulait voir l'expression que Rogue affichait présentement.
— Ranbbie ! s'indigna-t-elle en écarquillant les yeux. Comment… Qu'est-ce que tu… Enfin, Ranbbie, tu es complètement soûl ! Tu dis n'importe quoi !
— Mais non, répliqua-t-il d'un air dégagé en gardant ses yeux dans ceux de Rogue. Tout le monde connaît la tradition de la branche de gui… Tu la connais, toi ? demanda-t-il à l'adresse de Matilde qui le regardait bouche bée.
— Votre… petite amie a raison, Hedlund, dit alors Rogue à voix basse mais clairement distingue dans l'atmosphère musicale des Bizzarr' Sisters. Vous avez trop bu… Vous dites n'importe quoi…
Maintenant outrée, Matilde regarda Rogue et protesta avec vigueur :
— Je ne suis pas sa petite amie !
— Oh, si, tu l'es, s'empressa d'approuver Ranbbie et elle se retourna si brusquement vers lui qu'elle s'étira incidemment un muscle de son cou. Enfin… seulement pour ce soir, précisa-t-il avant de porter une nouvelle fois le goulot de sa bouteille à ses lèvres.
— Je ne comprends pas, dit sèchement Matilde qui commençait à craindre qu'il soit devenu fou à force de boire son Rhum groseille.
— Tu n'as pas déclaré toi-même à Basile que j'étais ton cavalier pour le bal ?
Une eau bouillante semblait alors remplir Matilde de l'intérieur tandis qu'elle maudissait Basile d'aller toujours tout raconter à tout le monde.
— Maintenant que toute l'école est au courant, poursuivit Ranbbie en se levant dans un raclement de chaise et en tendant la main vers elle d'un mouvement théâtral, tu veux bien m'accorder cette danse ?
Matilde avait été si pantoise qu'elle n'avait pas remarqué que les Bizzarr' Sisters jouaient à présent l'une de leurs chansons romantiques. Préférant rejoindre la piste de danse avec Ranbbie plutôt que de rester assise avec un Rogue qui devait présentement brûler d'une envie à tuer n'importe qui d'une façon sauvage, elle se leva et se laissa guider par Ranbbie parmi la foule.
— Tu es tellement belle ce soir, lui dit-il en s'arrêtant au milieu de la piste de danse.
Il lui prit doucement les mains, les déposa sur ses épaules et l'approcha de lui dans une douce étreinte, passant ses mains derrière son dos. Matilde ressentit alors une grande chaleur lui couper le souffle, puis un vif frisson se déclencha le long de son échine lorsqu'il lui susurra à l'oreille :
— Et tu es encore plus belle lorsque tu rougis comme ça…
Bien qu'elle ait espéré ce moment intime avec Ranbbie il y avait encore quelques heures auparavant, Matilde se sentit nettement mal à l'aise lorsque qu'il glissa un peu plus ses mains vers le bas de son dos pour la rapprocher davantage à lui. La tête forcée à s'appuyer sur son épaule, elle s'était tenue à fixer résolument le sol durant toute la chanson pour éviter de croiser les regards des autres élèves — et surtout celui de Rogue qui devait indubitablement l'épier avec aigreur dans son coin sombre.
Ils tourniquèrent sur place parmi la foule de danseurs durant un temps qui avait paru se ralentir, se figer. Puis, lorsque le violoncelle lança une dernière note avec un savent tremolo, Ranbbie s'écarta un peu d'elle pour la regarder, mais ne desserra pas son étreinte.
— Ce fut un plaisir, remercia-t-il d'un ton courtois alors que Matilde s'évertuait à calmer son anxiété.
Elle était certaine que tout le monde parvenait à entendre les martellements frénétiques de son cœur. Par-dessus l'épaule de Ranbbie, elle aperçut Sarah et Francis qui lui adressèrent des signes de la main encourageants et des sourires approbateurs, puis elle ne put se retenir plus longtemps de jeter un coup d'œil rapide dans l'ombre du pilier. Elle ne parvenait pas à voir l'expression de son visage dans la pénombre, mais elle savait que Rogue l'observait avec son indéfectible malveillance.
— Le professeur Rogue t'obsède, n'est-ce pas ? demanda Ranbbie qui avait suivi son regard vers le pilier.
Matilde eut soudain très chaud.
— Je vais faire un tour dans le parc, marmonna-t-elle en s'éloignant de lui pour se précipiter hors de la Grande Salle.
C'était vrai, Ranbbie avait raison : elle était obsédée par Rogue. Mais c'était uniquement depuis qu'elle avait appris qu'il avait une faiblesse et qu'elle voulait absolument la découvrir. Elle ne croyait plus qu'il ne s'agisse simplement d'un sentiment amoureux. Rien en Rogue évoquait l'amour. Sa faiblesse devait avoir un lien avec la haine. Seulement la haine…
La grande porte à double battant dans le hall d'entrée était déjà ouverte et elle vit un jardin de rose enneigé qui scintillait à la lueur d'une multitude de lucioles lumineuses. Fascinée par ce décor féerique, elle sortit dans la neige. La fraîcheur du soir de l'hiver lui caressa les joues et les bras. Elle alla se promener entre les massifs et les buissons parmi lesquels se dressaient quelques statues en pierre surmontées de bonnet de neige et une majestueuse fontaine érigée au centre du parc dont les jets d'eau chatoyaient au clair de lune.
— Tu vas prendre froid.
C'était Ranbbie. Ses pas crissaient dans la neige alors qu'il venait la rejoindre hâtivement.
— J'avais chaud, se justifia Matilde, bien qu'elle s'enlaçât instinctivement les bras.
Finalement, pensa-t-elle, un manteau bien chaud n'aurait pas été de refus.
— Tiens, mets ça, dit Ranbbie en ôtant sa cape d'un mouvement d'épaules pour l'étendre sur ceux de Matilde.
S'emmitouflant dans l'étoffe tiède de Ranbbie, elle lui sourit timidement en guise de remerciement et il lui rendit son sourire.
— Je suis désolé de t'avoir fait subir ce malaise tout à l'heure, à la table avec Rogue, s'excusa-t-il en se dirigeant lentement vers la fontaine.
Matilde resta silencieuse lorsqu'elle le suivit à son côté, le long d'un chemin étroit qui s'enfonçait parmi les roses.
— C'était lui que je visais, pas toi. Si tu avais vu sa tête lorsque je lui ai balancé la tradition de la branche de gui… ricana Ranbbie d'un air satisfait.
— Tu n'aurais pas dû faire ça, riposta Matilde sur un ton réprobateur, surtout pas après qu'il a failli te tuer ce matin.
— Je n'ai pas peur de Rogue, déclara-t-il avec fermeté.
— Eh bien, tu devrais, conseilla-t-elle en cueillant machinalement une rose enneigée tandis qu'ils contournèrent un buisson sur le chemin de la fontaine. D'ailleurs, je ne comprends pas pourquoi tu essaies tout le temps de l'hérisser. Parfois, j'ai vraiment l'impression que tu le détestes plus que moi…
— C'est parce que, en effet, je le déteste plus que toi, confirma Ranbbie. Rogue a aussi été mon professeur de potion du temps que j'étais étudiant à Poudlard et je ne suis pas prêt d'oublier ce qu'il a fait…
Il regarda deux silhouettes sombres qui venaient d'émerger des bosquets de roses en gloussant pour aller s'enlacer ensuite près d'une statue un peu plus loin.
— Il t'a fait subir des choses pires qu'à moi ? demanda Matilde qui ne voyait pas comment Rogue pouvait être plus terrible qu'il ne l'était déjà.
Ranbbie affirma d'un signe de tête.
— C'est donc pour ça que tu t'amuses à le turlupiner sans cesse ces temps derniers, comprit Matilde.
Elle chercha son regard qui fut soudain devenu fuyant.
— Maintenant que tu as découvert sa faiblesse, tu cherches à te venger, c'est ça ?
Un sentiment d'animosité et de haine déforma alors le visage de Ranbbie. Matilde tortilla la rose entre ses doigts avec inquiétude. Elle ne l'avait jamais vu dans un tel état.
— Je ne me vengerai jamais assez pour égaler un jour ce qu'il a fait, murmura-t-il entre ses dents serrées, en regardant la neige s'accumuler sur le bout de ses souliers à mesure qu'il marchait vers la fontaine.
— Ranbbie… dit timidement Matilde, effrayée. Rogue ne semble pas du tout le genre à se laisser marcher sur les pieds. Si tu continues ainsi, tu cours le risque de finir véritablement étranglé jusqu'à la mort…
Ranbbie hoqueta d'un rire méprisant.
— Non. Rogue préfère tuer avec ses paroles outrageantes plutôt qu'avec ses mains. C'est plus cruel…
— Qu'est ce que tu veux dire ? demanda lentement Matilde.
Ranbbie s'arrêta devant la fontaine. Il leva les yeux du sol et regarda le couple au loin qui était présentement en train de s'embrasser passionnément auprès de la statue. Il soupira avec affliction.
— Quand tu me disais que Rogue ne pouvait pas être aussi exécrable avec toi qu'avec un autre, eh bien…
Il s'interrompit. Lorsqu'il reprit la parole, le son de sa voix était à présent devenu rauque, crispé, et une profonde tristesse émanait de lui.
— Elle s'appelait Emily… et je l'aimais…
Matilde fut foudroyée d'un malaise. D'abord parce qu'elle ne put refouler une pointe de jalousie envers cette Emily qu'elle ne connaissait même pas, ensuite, Ranbbie était en train de se remémorer des souvenirs douloureux et elle n'avait jamais été très habile à réconforter qui que ce soit. Cependant, cette histoire d'Emily en lien avec Rogue lui souleva tout de même un grand intérêt et elle invita donc Ranbbie à s'asseoir sur le bord de la fontaine à côté d'elle. Le doux écoulement régulier des jets d'eau couvrit les dernières notes des Bizzarr' Sisters qui résonnaient en sourdine dans tout le parc depuis la Grande Salle.
— Qu'est-il arrivé à Emily ? demanda-t-elle avec toute la douceur dont elle était capable en dépit de la sensation acerbe qui lui serrait le cœur.
— Elle est morte, répondit-il abruptement.
Puis une larme ruissela sur sa joue. Matilde laissa tomber la rose sur la surface de la neige et allongea le bras pour l'enlacer maladroitement contre elle.
— Je suis désolée, murmura-t-elle, effarée.
— Nous avons fait tous nos études ensemble, poursuivit Ranbbie comme s'il devait tout lui raconter à présent qu'il avait abordé le sujet. Nous étions tous deux à Poufsouffle. Emily était mon âme sœur. Nous nous étions rencontrés le premier jour dans le Poudlard Express et, depuis, nous avions été inséparables… Nous étions amoureux… Emily m'aimait tendrement… Quant à moi, j'étais fou d'elle...
Il émit un petit rire nostalgique avant de continuer.
— Je la faisais rire souvent et j'aimais l'entendre rire. Emily était une fille qui souriait tout le temps. Elle était tellement gentille… et belle. Tout le monde l'appréciait parce qu'elle était toujours là pour aider et écouter les autres… On n'avait qu'à aller se confier à elle pour que tous nos problèmes disparaissaient en un éclair… comme par magie… Elle avait un don, tu comprends ? Elle avait le talent de rendre le monde heureux à tous les coups ! Même que c'en était sa passion…
Le visage de Ranbbie s'assombrit et un triste silence s'en suivit, bien que les amoureux au loin regagnassent tranquillement le château en se tenant par la main et en riant joyeusement. Ranbbie les suivit des yeux jusqu'à ce qu'ils se perdent dans les bosquets à l'entrée de l'école, des essaims de lucioles scintillantes s'envolant à leur passage.
— Qu'est-il arrivé à Emily ? répéta Matilde d'une voix réticente. Je veux dire… comment est-elle… heu…
Elle ne savait pas trop pourquoi mais elle n'osait pas dire le mot, comme s'il s'était coincé dans sa gorge.
— Comment est-elle morte ? acheva Ranbbie sombrement. Et bien ce fut lors de notre dernière année à Poudlard. Cette année-là avait été particulièrement difficile pour nombre d'entre nous, étant donné que nous devions tous étudier très fort pour passer nos ASPIC…
— ASPIC ?
— Il s'agit d'examens importants que l'on doit réussir à la fin de l'année, informa Ranbbie en réponse à l'air interrogatif de Matilde.
— Ah bon…
— Comme je disais, reprit-il, nous devions tous passer nos ASPIC et lors de cette période, beaucoup d'élèves deviennent fous. En plus d'étudier comme une cinglée, Emily était constamment appelée à remonter le morale de plusieurs et elle se donnait sans cesse le devoir d'exhorter quiconque qui en avait besoin. Elle avait un grand cœur, mon Emily… Trop grand même… L'exténuation se pointait souvent dans ses yeux quand venaient les soirs et je n'appréciais pas de la voir s'affaisser de plus en plus, à chaque semaine… à chaque jour… J'avais beau essayer de lui faire comprendre qu'il lui fallait garder du temps pour elle, de ne pas toujours le donner aux autres… Mais c'était sa passion… Elle avait besoin d'aider son prochain… Elle ne supportait pas les malheureux…
Sa voix se brisa. D'un geste réconfortant, Matilde lui passa la main dans son dos.
— À t'entendre parler, Emily devait être un ange…
Ranbbie sourit tristement.
— Elle l'est toujours…
Une brise fraîche vint faire danser les branches et les roses des bosquets enneigés. Quelques lucioles voltigèrent au loin. Matilde sentit Ranbbie frissonner sous sa main.
— Nous devrions rentrer… suggéra-t-elle. Il fait un peu froid.
— Tu es gelée ?
— Ah non, moi ça va, répondit-elle en réajustant la cape tiède de Ranbbie sur ses épaules. C'est toi qui sembles avoir froid.
— Je n'ai pas froid, répliqua-t-il précipitamment. Restes encore avec moi, veux-tu ?
— D'accord…
Restant alors assis sur le bord de la fontaine, ils regardèrent valser une horde de lucioles lumineuses en écoutant la douce mélodie des jets d'eau durant un moment, puis Matilde posa enfin la question qui lui préoccupait l'esprit :
— Qu'est-ce que Rogue a fait d'impardonnable ?
Elle ne connaissait pas encore le lien qui s'établissait entre Emily et lui et elle appréhendait la réponse de Ranbbie avec effroi. Mais comme de fait, il lui confirma ce qu'elle espérait ne pas entendre.
— Il l'a tuée…
Il y eut un terrible silence. Même l'eau de la fontaine derrière eux semblait s'être figée dans l'air. Matilde avait l'impression que tout son sang s'était coagulé dans ses veines.
— Co… comment Rogue… a… ?
— Je te l'ai déjà dit, répondit Ranbbie, Rogue aime tuer avec ses paroles blessantes. Pas avec ses mains…
— Mais enfin, s'indigna-t-elle, il ne l'a quand même pas poussée à se tuer elle-même ?
— Emily était gentille avec tout le monde, expliqua Ranbbie tandis qu'un autre couple se précipitait dans le parc en poussant des cris aigus. Avec tout le monde, même avec… Rogue…
— Ridicule ! lança Matilde d'un ton hargneux. Comment peut-on être aimable avec un homme aussi ignoble, satanique et… inhumain. Je te parie qu'il n'a même pas de cœur sous sa cage thoracique, si ce n'est pas qu'un trognon rongé par ses trop nombreuses mauvaises intentions…
— Je sais mais la raison pourquoi Rogue est si hostile à l'égard de tout le monde est tout simplement parce qu'il est… malheureux et...
— Non mais vraiment ! interrompit Matilde qui se laissait maintenant emporter par une bourrasque d'aversion envers Rogue. Lui, simplement malheureux ? Assoiffé de démence, aussi !
— Je sais, répéta Ranbbie, mais Emily, comme je le disais tout à l'heure, ne supportait pas de voir les gens malheureux. Elle a tenté de l'approcher amicalement, de lui montrer d'une certaine manière à quel point elle compatissait à sa peine. Je la voyais lui sourire lors des cours de potion…
— Ah non… souffla Matilde qui percevait déjà la suite avec horreur.
— Rogue, bien évidemment, a vu en elle une menace, poursuivit-il d'une voix tremblante. Il s'est mis aussitôt à la terroriser. Il lui enlevait des points injustement, s'arrangeait pour lui flanquer des retenues le plus souvent possible et il l'insultait cruellement en avant de toute la classe. Il était devenu un véritable monstre envers Emily… Et moi… moi…
Des larmes ruisselèrent sur ses joues à gros bouillons et il continua d'une voix douloureusement crispée :
— Moi… je n'ai rien pu faire d'autre que de la regarder défaillir à petits feux… Même si Dumbledore promettait qu'il glisserait un mot à Rogue, Rogue continuait à la torturer férocement. Alors Emily ne dormait plus la nuit, perdait l'appétit, ne voulait plus sortir de la salle commune seule, de peur qu'elle ne rencontre Rogue dans les couloirs, elle blêmissait lorsqu'elle devait aller en cours de potion ou lorsqu'elle devait aller en retenue avec lui… Mais malgré tout ça, elle… elle essayait tout de même de cacher sa faiblesse… de paraître forte... de continuer à sourire pour les autres, pour moi… et tout le monde qui continuait à trouver réconfort auprès d'elle alors que c'était elle qui avait besoin d'aide…
— C'est horrible…
À présent, Matilde tremblait de tout son corps, non pas de froid mais d'horreur. Rogue était encore pire qu'elle ne l'avait constaté.
— Emily est morte un mercredi matin, d'exténuation extrême... seule, dans son lit…
Puis Ranbbie se laissa emporter par ses sanglots, se prenant la tête à deux mains, se balançant sur le bord de la fontaine alors qu'un sentiment de répulsion intense enflait en Matilde. Elle avait envie de tenailler Rogue à l'instant, de l'étouffer, de lui arracher les yeux, de lui faire payer son crime !
— Mais pourquoi Rogue n'a pas été arrêté pour avoir fait une telle chose abominable ? demanda-t-elle avec colère.
— C'était en période d'examen, expliqua Ranbbie, la voix étranglée par ses sanglots, et tout le monde s'accusait d'avoir ennuyé Emily avec ses nombreux problèmes anodins… Il n'y avait que moi en qui elle se confiait… Or, personne n'était au courant concernant Rogue. Et moi… je n'avais tout simplement pas de preuve…
Trois autres silhouettes sortirent du château en se tiraillant et en riant entre les bosquets de roses, faisant surgirent plusieurs essaims de lucioles au-dessus d'eux. Le couple aux cris aigus avait disparu. Sans doute caché quelque part où il pouvait bénéficier d'un endroit à l'abri des regards indiscrets.
Ranbbie ne pleurait plus. Les yeux rougis, il regardait un point fixe devant lui. Il semblait ruminer des mauvais plans dans sa tête.
— Je comprends maintenant pourquoi tu détestes Rogue, dit Matilde à mi-voix.
— J'ai attendu longtemps l'occasion de retourner à Poudlard, murmura Ranbbie, de me venger…
Matilde fut à nouveau mal à l'aise.
— Je suis désolée Ranbbie, mais je ne crois pas que ce soit une bonne idée… Tu risquerais d'avoir des ennuis terribles. Imagine que Rogue déclare à tout le monde que tu aies tenté de le tuer. Tu perdrais ton emploi… ta réputation…
Ranbbie eut une exclamation de dédain, puis il ricana.
— Si ça peut te rassurer, Rogue souffre déjà, et je m'en réjoui bien de sa douleur. Depuis que j'ai découvert sa faiblesse, je m'amuse à exacerber son malaise et ça me fait du bien. Je le fais pour Emily…
Matilde regarda alors Ranbbie avec avidité.
— Et tu peux m'avouer maintenant quelle est la faiblesse de Rogue ?
Ranbbie la regarda à son tour, mais d'un air las.
— Tu l'as déjà devinée…
— Alors j'ai besoin que tu me le confirmes, s'empressa-t-elle d'insister, en posant sa main sur son bras pour l'inciter à répondre. S'il te plaît.
Son bras était gelé et Matilde remarqua que ses lèvres avaient pris une teinte bleuâtre. Lorsqu'il entrouvrit la bouche pour répondre, ce fut soudain une toute autre voix qui parla à sa place. Une voix bien plus froide que le bras de Ranbbie, et particulièrement désagréable :
— Je crois bien que votre petite conversation peut s'arrêter là.
Ranbbie se leva d'un bond avec surprise et Matilde se retourna vivement. Debout derrière un buisson, la baguette brandie, Rogue les regardait successivement, l'air furieux, sa longue cape noire ondulant dans la brise du soir. Depuis combien de temps était-il là à les écouter parler ? Matilde n'en avait aucune idée mais elle espérait de tout cœur qu'il vienne tout juste d'arriver.
— Tiens donc, lança Ranbbie d'un ton faussement enjoué, professeur Rogue. Vous arrivez au bon moment… J'étais justement sur le point de dévoiler à Matilde vos sentiments am…
Tout se passa alors en un éclair : Rogue agita sa baguette magique et une lumière rouge jaillit à son extrémité. Sans avoir eu le temps de réfléchir, Matilde se jeta sur Ranbbie pour le protéger et dévia le sortilège d'un rapide geste de la main en l'envoyant heurter de plein fouet un bosquet de rose qui se ratatina aussitôt à son contact. Alors qu'un tas de lucioles lumineuses virevoltèrent en tous sens d'une façon ahurie au-dessus du massif desséché, la sensation de flammes ardentes dans sa poitrine s'exacerba atrocement d'un coup et elle s'effondra dans la neige aux pieds de Ranbbie en hurlant, les mains crispées sur sa douleur. Elle avait l'impression qu'une bête sauvage se tortillait vigoureusement entre ses côtes, voulant à tout prix déchirer sa poitrine de l'intérieur avec ses griffes pour en sortir.
— Matilde ! Non ! s'étrangla Ranbbie, quelque part au-dessus d'elle.
Puis, alors qu'une petite luciole venait se poser innocemment sur la neige devant ses yeux embués, Matilde se vit engloutir lentement d'une sinistre obscurité. La petite luciole, qui était en fait une jolie petite fée scintillante qui la regardait d'un air intrigué, fut la dernière chose qu'elle vit avant de sombrer dans l'inconscience.
Eh oui... Une autre fin en ''chien'' comme le dit si bien Elodays... :P Mais la suite arrivera vite ! ^^ ... avec d'autres fins en ''chien''... XP
