Ah mon dieu ! J'ai eu tellement de beaux reviews pour le chapitre précédent ! Merci énormément ! Et merci aussi à mes lecteurs anonymes qui continuent de lire mon histoire qui commence à prendre lentement des tournures d'horreur... J'espère que cette suite vous plaira à tous...

(Poudlard appartient à J.K. Rowling)

Bonne lecture...

Chapitre 37
Le dernier espoir

Matilde marchait très lentement dans les couloirs sombres — question d'éviter d'être contrariée par un autre engourdissement ou vertige —, longeant les portraits qui ronflaient et somnolaient paisiblement dans leur cadre, une main pressée sur sa douleur à la poitrine, l'autre serrée sur sa baguette magique. Elle avançait dans le silence lourd mais tout de même réconfortant du château, se dirigeant vers les escaliers mouvants. Elle aurait bien voulu emprunter un escalier plus discret pour se rendre au troisième étage. Mais comme elle ne connaissait pas les multiples raccourcis et passages secrets de Poudlard, elle s'était résolue au chemin le plus long et risqué. Elle espérait cependant de ne pas rencontrer d'obstacles ennuyeux, susceptibles de lui causer de graves conséquences.

Lorsqu'elle tourna un coin de mur, elle les vit enfin : les escaliers mouvants — quoique immobiles en cet instant —, baignant dans la pénombre au bout du couloir. Après s'être assurée que personne ne se trouvait à proximité, elle hâta le pas et entreprit d'escalader les marches quatre par quatre. Elle s'arrêta enfin au troisième étage. Là, elle fut contrainte à s'arrêter un moment pour s'appuyer contre le mur : ses jambes avaient recommencé à lui piquer d'un engourdissement léger.

« Ah non ! » songea Matilde en frottant inutilement ses jambes. Les engourdissements semblaient ne pas vouloir la lâcher de sitôt.

Tout à coup, un miaulement aigu la fit sursauter. Pas très loin d'elle, près du socle d'un grand vase en porcelaine, des yeux jaunes et chatoyants la fixaient intensément. Soulagée de constater qu'il ne s'agissait que d'un simple chat, Matilde se déplaça silencieusement le long du mur et s'engagea dans un autre couloir, la démarche chancelante.

Le chat miaula de nouveau. Se retournant, Matilde discerna la silhouette du chat qui s'avançait en sautillant dans sa direction comme s'il voulait jouer à un quelconque jeu.

— Non, chuchota-t-elle en faisant de grands signes impérieux pour le dissuader de la suivre. Va-t-en. Laisse-moi tranquille. Tu vas me faire repérer…

Mais le chat ne fit pas attention à ses gestes. Il continua de trottiner vers elle et lorsqu'il passa sous la faible lueur que projetait la flamme d'une des torches fixées au mur, Matilde reconnut avec effroi Miss Teigne, la chatte grise du concierge Rusard.

Son cœur se serra. Le concierge était-il dans les environs ? Jetant de nombreux coups d'œil inquiet dans toutes les directions, elle ne remarqua rien de susceptible de signaler la présence de quelqu'un. Les personnages des portraits dormaient encore et aucune ombre ne bougeait. La chatte vint tranquillement s'asseoir à ses pieds et, de ses yeux globuleux et protubérants, l'observa d'un air étrangement malévole qui n'appartenait en rien aux comportements normaux des chats. Et lorsqu'elle miaula pour la troisième fois, Matilde recula, effrayée.

Soudain, une voix sifflante retentit au bout du couloir :

— Miss Teigne ? Ma belle ? Tu as trouvé quelqu'un ?

C'était Rusard. Frappée d'horreur, Matilde s'élança dans une tentative de fuite mais Miss Teigne, comme brusquement emportée par tous les démons, lui sauta impétueusement dessus, griffes sorties, crachant comme une damnée, la tailladant sauvagement au visage, au cou, sur les bras…

— Aaaargh, non ! Fiche le camp ! gémit Matilde en repoussant la chatte de toutes ses forces avant de s'affaisser brutalement sur le sol, à genoux, pantelante.

— Tiens donc, dit Rusard, la voix teintée de malice.

Il éleva sa lanterne au-dessus d'elle. Matilde regardait tomber des gouttes de sang sur sa robe lavande. Sa peau la brûlait aux endroits où la chatte l'avait griffée, presqu'autant que sa sensation de feu dans sa poitrine qui continuait à la consumer par en-dedans.

— Levez-vous, ordonna Rusard, le professeur Rogue se fera une joie de vous accueillir dans son bureau.

Prise au piège, Matilde se leva lentement, tremblante, guettant la chatte du coin de l'œil. Miss Teigne était présentement assise contre le mur et observait gentiment la scène comme si elle n'avait jamais rien fait de malsain.

Rusard, quant à lui, ne regardait pas Matilde dans les yeux. Il venait de remarquer sa robe lacérée au niveau de sa poitrine et paraissait complètement hypnotisé par la vue de son soutien-gorge souillé de gouttes de sang. Matilde, qui avait momentanément oublié l'état de sa robe, ne fit néanmoins pas un geste pour se couvrir la poitrine. Profitant plutôt de son moment de distraction, presqu'instinctivement, elle lui balança un vigoureux coup de pied entre les jambes.

Aaaargh ! hurla Rusard qui se courbait convulsivement vers l'avant, les traits de son visage déformé par la douleur, des larmes lui montant déjà aux yeux.

Puis, avant que la chatte ne l'attaque une seconde fois, Matilde contourna le concierge et se précipita le long du couloir sans un regard en arrière. Elle y était presque. La salle de défense contre les forces du Mal n'était plus très loin. Il ne lui restait qu'un dernier angle de mur à franchir. La voix sifflante et furieuse de Rusard qui beuglait des jurons résonnait en écho dans le couloir. Elle tourna le coin dans un virage serré et se rua enfin sur la porte convoitée qu'elle ouvrit à la volée. Elle entra en trombe.

La salle de défense contre les forces du Mal était aussi sombre que les couloirs, mais Matilde discernait bien l'escalier jauni à l'avant de la classe, qui menait au bureau de Harvey. Maintenant qu'elle le voyait, elle sentit son cœur battre frénétiquement. Elle était certaine que Harvey l'attendait tranquillement dans son fauteuil, s'enivrant de ses bouteilles de whisky Pur Feu, prêt à lui sauver la vie dès qu'elle le lui demanderait.

Les jambes ramollies par les engourdissements qui s'étaient aggravés suite à sa course, elle gravit péniblement les marches, en se hissant à la rampe jusqu'au balcon, puis, sans prendre la peine de frapper, elle poussa la porte et entra.

Depuis la dernière fois qu'elle y était venue, rien n'avait changé dans le bureau. Une forte odeur de whisky Pur Feu flottait toujours dans l'air et les mêmes bouteilles vides s'entassaient partout dans toute la pièce. Il y régnait une lourde pénombre. La seule source de lumière était celle de la lune, faible, qui, à travers la fenêtre, se reflétait sur le fauteuil en face du bureau. À la grande déception de Matilde, Harvey n'était pas là.

Évidemment qu'il n'était pas là, songea-t-elle sombrement, puisque c'était probablement le milieu de la nuit. Sans doute qu'il dormait en ce moment même. Si elle avait su où étaient situés ses appartements dans le château, elle s'y serait rendue sur-le-champ. Mais comme elle ne voulait pas prendre le risque d'aller fouiller derrière toutes les portes du troisième étage alors qu'elle était recherchée dans tout le château, elle se résolut à se laisser tomber dans le fauteuil baigné de rayons de lune, en espérant que Harvey revienne vite dans son bureau. Avec un peu de chance, la nuit était sur le point de laisser place au soleil bientôt…

Ses jambes tremblotaient. Portant sa main sur sa poitrine enflammée, elle se demanda combien de temps lui restait-il avant que ses Pouvoirs de Parguenais ne la détruisent complètement.

« Harvey…, pensa Matilde avec accablement, dépêche-toi… J'ai besoin de toi… »

De faibles tic-tacs attirèrent son attention sur le mur de droite. Plissant les yeux, elle aperçut une pendule à coucou, suspendue tout près de l'armoire vitrée. Son cœur remonta à sa gorge lorsqu'elle constata que les aiguilles de l'horloge indiquaient une heure et vingt minutes. Allait-elle devoir passer toute la nuit à attendre dans ce bureau ?

Désemparée, Matilde se mit à se torde les doigts autour de sa baguette magique. Et si Harvey se rangeait du côté de Rogue ? Et qu'il se mette à insister lui aussi pour la tuer ? Peut-être était-ce en fin de compte la seule façon de rétablir Dumbledore : la tuer avant que ses Forces Obscures ne le fassent avant ? Non, songea-t-elle aussitôt, Harvey saurait la sauver. Il connaissait sûrement le moyen de détruire sa Magie Noire de façon à ce qu'ils survivent tous les deux, elle et Dumbledore. Il le savait ! Il devait le savoir !

Dans un coin noir de la pièce, un visage ensanglanté la fit sursauter violemment. Effarouchée, Matilde fut sur le point de se lever et de se précipiter hors du bureau lorsqu'elle se rendit compte que ce n'était que son propre reflet qui la regardait. Dans le coin sombre, un grand miroir avait été posé négligemment.

S'efforçant de calmer son cœur qui avait subitement grimpé en nombre de pulsations par seconde, avec précaution, Matilde se déplaça vers le miroir. Elle enjamba les nombreuses bouteilles qui jonchaient le sol, puis s'arrêta devant son reflet qu'elle examina de plus près.

Elle avait une mine épouvantable. Son visage était ravagé de balafres plus ou moins profondes et du sang s'y était écoulé et avait séché sur ses joues et dans son cou. D'autres entailles rougeâtres maculaient sa gorge, ses épaules, ses bras. Et avec ses cheveux à moitié défaits et sa robe lacérée souillée de sang, elle avait l'air d'avoir survécu à une attaque de fauves alors que ce n'avait été que l'œuvre d'une petite — et démente — chatte grise nommée Miss Teigne.

Maudissant la chatte de Rusard, Matilde s'empara d'une chemise blanche qui traînait au pied du miroir et entreprit de nettoyer le sang séché de ses nombreuses et affreuses blessures qui lui faisaient notablement ressembler à la femme de Frankenstein. Elle regretta alors de ne pas avoir appris le sortilège de guérison qu'il lui aurait permis de tout faire disparaître ces abominables égratignures d'un coup. En revanche, elle maîtrisait plutôt bien le sortilège de réparation. Alors, d'un bref mouvement de baguette, les lambeaux de sa robe se raccommodèrent d'eux-mêmes. Toutefois, quelques traces de rapiéçages aux endroits qui avaient été le plus endommagés avaient refusé de disparaître.

Une porte claqua dans la salle en bas et Matilde se raidit à l'écoute des bruits de pas précipités dans l'escalier, l'autre côté de la porte restée entrouverte. Dans un élan de panique à l'éventualité que ce soit Rogue, Matilde plongea dans la poussière sous le bureau, aussi silencieusement que possible. Elle vit le bas d'une cape faire irruption dans le bureau sombre, puis les lampes s'allumèrent d'un coup. Avec soulagement, elle reconnut la cape orangée de Harvey. Elle s'apprêta donc à émerger de sa cachette mais se ravisa aussitôt. L'horrible voix glaciale, celle qu'elle ne voulait surtout pas entendre, résonnait en bas dans la salle de défense contre les forces du Mal :

— Harvey ! Il vous faut coopérer !

— Non, répondit celui-ci en se dirigeant vers son armoire vitrée, je vous répète que vous faites une grave erreur en voulant la tuer…

Il y eut des bruits de pas furieux dans l'escalier, puis les souliers noirs encrassés de Rogue apparurent dans l'embrasure de la porte.

— C'est la seule façon de faire si on veut que Dumbledore se réveille un jour !

— Vous vous trompez, Severus…

— Vraiment ? dit froidement Rogue. Et je suppose que vous connaissez une autre solution ?

— Exactement, répondit Harvey d'une voix égale.

Le son d'une bouteille qu'on débouche retentit et Rogue s'approcha brusquement de Harvey.

— Lâchez-ça et expliquez-moi plutôt ce que vous voulez insinuer par là ! gronda Rogue, irrité, et Matilde vit quelques gouttes de whisky Pur Feu se répandre par terre.

— Ne me touchez pas !

— Expliquez ! exigea Rogue sur le même ton.

— Sachez que j'ai beaucoup étudié les Parguenais et j'ai découvert des choses que personnes ne…

— Ne recommencez pas à me conter vos fariboles ! interrompit sèchement Rogue. J'ai moi-même déjà beaucoup étudié le sujet et j'en sais probablement plus que vous !

Harvey émit un petit rire incrédule avant de riposter avec dédain :

— Vous n'avez pas dû étudier bien fort…

Il y eut un silence.

— Vous savez ce que je pense, Harvey ? dit alors Rogue d'une voix doucereuse. Je pense que vous être un menteur et que vous racontez n'importe quoi pour vous rendre intéressant. Je ne sais pas pourquoi vous faites cela, mais je finirai bien par le savoir bientôt… En attendant, Beauregard doit être tuée avant que sa Magie Noire ne la consume en entier, et ne songez pas à la cacher parce que vous en subirez de graves conséquences, Harvey, croyez-moi !

Sur ces mots, Rogue tourna les talons et se dirigea vers la sortie. Mais au moment où il atteignait la porte, Harvey lança d'un ton résigné :

— D'accord ! Je vais la tuer ! Mais vous le regretterez…

— Je ne vous demande pas de la tuer, Harvey, dit Rogue sans se détourner de la porte, je vous demande seulement de la retrouver…

— C'est tout comme…

— Non, ce n'est pas tout comme, répliqua Rogue, agacé. Lorsque vous me la retrouverez, vous me la ramènerez tout de suite ! Vivante ! Et n'enfreignez pas mes commandements, ajouta-t-il d'un ton menaçant.

Il claqua la porte derrière lui et ce fut le silence durant un bon moment. Harvey restait immobile, tout comme Matilde sous le bureau. Cette dernière se trouvait complètement désemparée. Elle ne savait plus quoi penser. Harvey avait semblé vouloir la sauver jusqu'alors, mais à présent qu'il venait de déclarer qu'il la tuerait, Matilde hésitait maintenant entre rester cacher et se révéler au grand jour. N'empêche, tôt ou tard, Harvey finirait par se rendre compte de sa présence. Il n'avait qu'à aller s'asseoir dans son fauteuil pour s'apercevoir que quelqu'un était tapi dans la poussière sous son bureau. Serait-il mécontent lorsqu'il la découvrirait ?

Un violent fracas retentit soudain au-dessus de Matilde qui tressaillit sur le coup. Apparemment, Harvey venait de déposer brutalement sa bouteille sur la surface de son bureau. Puis, une petite boule de verre roula jusqu'au bas de la cape orangée : le Rapeltout. Matilde n'avait pas remarqué la présence de l'objet sous le bureau avec elle. Dans son brusque sursaut, elle avait dû l'avoir malencontreusement effleurée.

Elle retint son souffle lorsque que les genoux de Harvey fléchirent et que sa main apparut ensuite pour ramasser le Rapeltout. Dès qu'il se redressa, il demanda d'une voix chantante :

— Aurais-je une charmante Parguenaise cachée sous mon bureau ?

Sachant qu'il ne servait plus à rien de rester silencieuse, résignée, Matilde émergea à grand-peine de sous le bureau, tenant toujours sa baguette magique d'une main. Elle espérait de tout cœur qu'il veuille de nouveau l'aider.

— Par la barbe de Merlin ! s'exclama Harvey dès qu'il l'aperçut. Mais que vous est-il donc arrivée ?

Il scruta Matilde d'un air ahuri, son chapeau pointu de travers sur ses cheveux échevelés, le Rapeltout à la main.

— Vous voulez parler de mes égratignures ? demanda sombrement Matilde. Eh bien, c'est la merveilleuse chatte du concierge qui m'a attaquée, ironisa-t-elle en passant précautionneusement ses doigts sur son visage. Peut-être que vous pourriez me les faire disparaître ?

Après un instant où il parut confus, enfin, il sourit de son sourire carnassier coutumier et ses dents candides et pointues se découvrirent.

— Oui, bien sûr, dit-il d'un ton joyeux en déposant le Rapeltout sur le bureau. Je vais vous arranger ça…

Il sortit sa longue baguette de sous sa cape orangée. Matilde fut brusquement parcourue d'un malaise.

— Vous n'allez pas me tuer ?

Harvey éclata d'un rire nerveux.

— Mais non, répondit-il sur un ton d'évidence, pas vous tuer. Seulement vous soigner… comme vous me l'avez demandé…

Légèrement soulagée, mais tout de même méfiante, Matilde demanda :

— Vous ne me livrerez pas à Rogue, n'est-ce pas ?

— Soyez sans crainte, assura Harvey, toujours souriant à pleines dents, je n'ai aucune intention de vous envoyer à Rogue.

— Même s'il vous a menacé de le faire si jamais vous me trouviez ?

— Même s'il m'a menacé de le faire si jamais je vous trouvais, répéta Harvey d'un ton rassurant.

Tranquillisée, Matilde lui rendit son sourire en signe de gratitude.

— Merci, dit-elle.

— Il n'y a pas de quoi, renvoya Harvey, jovial. Je suis heureux que vous soyez venue me voir, Miss Beauregard, sans quoi Rogue vous aurait tuée avant que…

Il s'interrompit.

— Avant que mes Forces Obscures ne me détruisent ? acheva Matilde à sa place.

— Oui… c'est ça…, murmura Harvey, l'air de nouveau un peu perdu.

Il baissa les yeux sur la baguette magique que Matilde tenait toujours entre ses doigts.

— Alors ? dit-elle d'un ton qu'elle s'efforça à garder patient, en dépit de l'urgence qui se faisait sentir en dedans de sa poitrine brûlante. Vous pouvez m'aider ?

Harvey cilla plusieurs fois des yeux, comme pour revenir à la réalité, et leva un regard brillant dans celui de Matilde.

— Oui, tout de suite, répondit-il en s'approchant d'elle, sa longue baguette levée.

Il prononça la formule et Matilde ressentit aussitôt une chaleur apaisante recouvrir toutes ses blessures. Son visage, son cou et ses bras avaient cessé subitement de piquer.

— Merci, répéta-t-elle en se tournant vers le miroir dans le coin de la pièce.

Devant son reflet dans la glace, elle fut contente de retrouver son visage à nouveau resplendissant, bien qu'elle avait toujours l'air un peu amochée avec ses cheveux défaits et sa robe grossièrement rapiécée et tachée de gouttes de sang.

— C'est toujours vrai que vous pouvez me sauver la vie ? interrogea-t-elle en observant Harvey derrière son reflet dans le miroir.

— Je peux vous aider, assura-t-il en souriant de plus belle.

Matilde se détourna du miroir et vint rejoindre Harvey, debout derrière son bureau.

— Alors, allez-y. Sauvez-moi, implora-t-elle en écartant les bras pour l'encourager à le faire enfin.

Et tandis qu'elle fixait intensément Harvey, un immense sentiment d'allègement se faisait déjà sentir en elle, dénouant son estomac, lui retirant du même coup le poids énorme qu'elle supportait sur ses épaules depuis trop longtemps. Elle allait être enfin guérie. Elle n'aurait plus à endurer ce monde abject et effrayant qu'était cet ignoble monde magique. Elle allait pouvoir enfin retourner chez elle… Revoir ses parents…

Mais Harvey ne bougea pas. Il semblait ruminer nerveusement dans son esprit, jetant régulièrement de furtifs coups d'œil sur la baguette magique de Matilde.

— Il y a quelque chose que je dois faire ? demanda-t-elle alors, prête à faire n'importe quoi pour assurer sa survie. Est-ce un rituel qu'il faut élaborer dans lequel je dois participer d'une certaine manière ? Ou une incantation ? Je dois me positionner d'une façon quelconque ? Il faut que je me dévêtisse, peut-être ? Ça ne me dérange pas, je suis prête à tout…

Harvey leva sa main dans un geste incitant à se taire. Son sourire avait disparu et les traits de son visage étaient tendus. Une lueur étrange luisait dans le fond de ses yeux bleu électrique.

— Je ne comprends pas, dit Matilde, perplexe, vous voulez m'aider, oui ou non ?

— Oui, bien sûr, répondit Harvey à mi-voix, mais peut-être pas de la méthode dont vous présumiez…

Le cœur de Matilde se resserra. Mais qu'essayait-il donc d'insinuer ?

— Je ne comprends pas, répéta-t-elle avec lenteur.

— Vous n'avez pas idée de l'incommensurable souffrance que vous allez devoir subir si vos Forces Obscures prenaient le dessus sur vous… murmura-t-il mystérieusement.

Sa lueur au fond des yeux signalait à présent quelque chose qui n'était pas bon signe. Matilde recula de quelques pas.

— Mais pour… pourquoi vous dites cela ? Je sais bien que je vais souffrir… C'est pour ça que vous devez m'aider… me sauver…

— Et je vais vous sauver de ces souffrances inexorables, charmante Parguenaise, assura Harvey en se rapprochant lentement de Matilde qui se remit à reculer vers le mur. Seulement, j'ai besoin de quelque chose en échange…

— Tout ce que vous voudrez, s'empressa-t-elle de répondre.

Les yeux de Harvey se baissèrent alors une nouvelle fois sur la baguette de Matilde et, enfin, elle comprit.

— Ah non… non… je peux vous offrir n'importe quoi, mais pas cette baguette…

— Et pourquoi pas ? dit doucement Harvey.

Il leva un regard dément dans celui de Matilde. Celle-ci venait de toucher le mur derrière son dos.

— Parce que… vous ne pourrez pas… pour la posséder il faut…

— Il faut quoi ?

Elle n'avait soudain plus envie de lui expliquer que la seule façon de devenir le maître de la baguette de Dumbledore était de combattre son prédécesseur. Mais l'expression triomphale de Harvey lui démontrait clairement qu'il devait déjà être au courant des démarches à suivre pour la conquérir.

— Je suis désolé, Matilde, dit-il, toutefois sans la moindre trace de regret dans le ton de sa voix. Mais si ça peut te rassurer, tu ne sentiras rien lorsque tu recevras le sortilège d'Avada Kedavra…

— Le quoi ? couina Matilde dont le cœur avait recommencé à cogner vigoureusement dans le feu ardent de sa poitrine.

— Le sortilège de mort… précisa Harvey dans un souffle, les yeux étincelant de folie malsaine.

Matilde eut alors l'impression que tout s'effondrait brusquement autour d'elle. Harvey avait constitué son dernier espoir d'être enfin libérée de son état de Parguenaise et voilà maintenant qu'il lui annonçait qu'il voulait la tuer, lui aussi… C'était aberrant ! Elle ne voulait pas y croire ! Ce ne pouvait pas être vrai ! C'était impossible !

— Mais, tout à l'heure… vous aviez dit… Rogue… qu'il faisait une erreur… une erreur en voulant me tuer…

Elle avait du mal à respirer.

— C'est évident, non ? répliqua Harvey, visiblement amusé par la réaction choquée de Matilde. Si j'ai fait croire à Rogue qu'il se trompait dans ses intentions, c'était uniquement pour le dissuader de vous tuer à ma place et ainsi prendre possession de la Baguette de Sureau… Entre toi et moi, il est plus facile de te vaincre toi, plutôt que de défier Rogue en duel. Qu'est ce que tu en penses ?

— La Baguette de Sureau ?

— La Baguette de la Destinée ! La Baguette de Sambucus ! Le Bâton de la Mort ! Bref, la baguette la plus puissante au monde !

Et devant l'expression horrifiée de Matilde, Harvey éclata de rire, non pas de son habituel rire aviné et délirant qu'on lui connaissait, mais d'un rire franc et glacial.

— Maintenant j'ai assez perdu de temps, dit-il en brandissant sa propre baguette magique. La Baguette de Sureau m'attend…

— C'est pour ça que Rogue veut me tuer aussi ? demanda Matilde qui ne voyait pas très bien ce qu'elle pouvait faire d'autre que de gagner du temps en le faisant parler. Il désir également la baguette ?

— Rogue ? répondit Harvey avec une incrédulité ravie. Je ne crois pas qu'il ait fait le lien entre cette baguette et la légende du Bâton de la Mort. Non… S'il insiste pour te tuer, c'est uniquement car il y voit le seul moyen de remédier à la situation de Dumbledore.

— Mais vous vouliez aussi que Dumbledore se rétablisse. Vous m'avez persuadée qu'en pratiquant mes Pouvoirs de Parguenais, j'arriverais à… à…

— Ne sois pas ridicule, petite Parguenaise, coupa Harvey d'un ton sarcastique. Comment as-tu pu penser une seconde que tu pouvais vraiment sauver Dumbledore ? Décidément, j'ai eu de la chance que tu sois une imbécile…

— Je ne suis pas une imbécile !

— Pourtant, il faut bien que tu le sois pour ne pas avoir tenu compte des nombreux avertissements des professeurs qui essayaient vainement de t'empêcher de continuer à faire usage de tes Forces Obscures…

— C'est parce que j'avais confiance en vous ! s'écria Matilde, désespérée.

Elle sentit une nausée l'envahir. Elle se rappelait maintenant à quel point Harvey avait semblé avidement intéressé par sa baguette magique lors de son premier cours avec elle. Mais bien qu'elle l'eût trouvé un peu louche, jamais elle n'avait douté une seconde qu'il puisse vouloir la tuer un jour pour s'en emparer…

— C'était donc pour ça que vous m'aviez poussée à m'entraîner à mes Forces Obscures ? dit Matilde pour qui tout devenait clair à présent dans son esprit. C'était pour m'affaiblir au point de ne plus pouvoir me défendre et ainsi en profiter pour me vaincre plus facilement ?

— Très bien, chère Matilde, bien raisonné… dit lentement Harvey. En effet, je savais que je n'avais aucune chance de m'emparer de la Baguette de Sureau sans risquer de devoir perdre mes entrailles ou de disparaître en fumée noire. Il n'y a pas encore longtemps, tu restais invincible tant que tu ne laissais pas tes Forces Obscures se manifester, suscitant par la même occasion une emprise sur toi…

— Si ça n'avait pas été des trolls, je ne me serais pas rendue là… Ranbbie me surveillait étroitement. Il m'était devenu difficile de pratiquer ma Magie Noire.

— Effectivement. J'avoue que depuis l'arrivée inopinée de Hedlund, j'ai cru que mon plan allait échouer. En plus de Rogue qui ne cessait de me tourner autour avec soupçon depuis la fois où il nous a surpris en train de nous enlacer dans mon bureau, toute éventualité de me retrouver seul à nouveau avec toi ne m'était plus possible. J'ai donc dû recourir aux trolls pour vous inciter à déverser vos…

— C'était vous ? s'écria Matilde, effarée.

— Mais bien sûr, ma petite ! s'exclama Harvey avec jubilation. J'ai un don particulier avec les trolls, figures-toi donc. Quant à toi, avec ta peur panique envers ces bêtes, j'admets que ça ne m'a pas été d'une tâche facile pour que tu daignes enfin à en combattre au moins un. Il m'a bien fallu envoyer un troll sur une bande de petits morveux pour t'inciter à réagir enfin… Pauvre Minerva… le sortilège de confusion a été un peu dur sur elle…

— Vous êtes vraiment ignoble et… et…

Mais Matilde ne trouva pas de mots suffisamment forts pour qualifier toutes les horreurs que Harvey avait faites.

— Ça suffit maintenant, dit-il en brandissant sa longue baguette magique. Assez parlé. Tu peux toujours essayer de te défendre tandis que je m'apprête à te tuer. Mais je te le déconseille fortement, ricana-t-il en réaffichant son sourire carnassier. Étant donné ta situation et ton état, on s'entend…

Sans cessez de fixer Matilde de ses deux yeux bleu électrique scintillant de sadisme, il s'éloigna d'elle de quelques pas légèrement vacillants, puis il leva sa baguette dans les airs.

Le saviez-vous ? Vous étiez-vous attendus à ça de la part de Harvey ? J'ai vraiment hâte d'avoir vos commentaires pour ce chapitre... Merci à vous ! ^^