Salut !
Sachez que je suis aussi impatiente que vous de voir la suite publiée de mon histoire pour vous. Si je n'avais pas eu autant de reviews encourageantes, jamais je n'aurais eu autant la force de corriger inlassablement un chapitre à tous les matins pour être capable de vous donner la suite à chaque jour. Sincèrement, encore une fois, merci beaucoup !
Et merci à DoePatronus7, HarryPotter1221 et 06Caprica à qui je leur donne le trophée des plus longues reviews ! ^^
Vous ne pouvez pas savoir à quel point je vous aime tous, vous, mes fidèles lecteurs, et même ceux qui restent anonymes. Merci encore énormément !
Maintenant, sans plus tarder, attachez votre tuque, car voici une suite qui, j'espère, vous fera vivre quelques émotions...
(Le sombre Rogue appartient à J.K. Rowling)
Bonne lecture ! ^^
Chapitre 39
Amours envenimés
Ils se regardèrent, en silence, durant un temps qui semblait s'être arrêté. Rogue, le teint cireux et humide de larmes, ne bronchait pas et Matilde, parmi les vêtements de la garde-robe, attendait anxieusement le moment où il exploserait de rage en la tuant sur le coup.
Mais rien ne se passait. Rogue ne faisait que la fixer inlassablement, le visage redevenu impassible.
Alors Matilde se rappela l'une des raisons premières du pourquoi elle s'était rendue dans ses appartements et s'y accrocha avec désespoir. Les chances que Rogue l'aiderait étaient bien minces, mais peut-être pouvait-il néanmoins traquer Harvey pour l'empêcher de la tuer et de s'emparer de sa baguette… Elle se lança donc :
— Je… je voulais… je… suis venue… vous… vous-avertir-que-Harvey-a-voulu-me-tuer…
Bien qu'elle eût balbutié ses premiers mots, la fin de sa phrase, cependant, sous le poids de l'anxiété, avait été lancée avec une telle rapidité qu'elle n'eût guère le temps de l'articuler clairement.
Rogue haussa les sourcils.
— Harvey a voulu me tuer, répéta Matilde plus intelligiblement.
Ne changeant pas d'expression, Rogue resta silencieux.
— Harvey, insista Matilde, il est méchant…
— Vraiment ? dit-il enfin, dans un murmure à peine audible.
— Oui, affirma-t-elle vivement, contente qu'il réagisse enfin. Il a essayé de me jeter le sortilège de mort. C'était pour…
— Je ne savais pas que le choix du sorcier qui va devoir vous lancer ce sort vous importait autant, Miss Beauregard, coupa Rogue avec sarcasme.
Matilde se trouva soudain décontenancée.
— Non… ce n'est pas ça que…
— Depuis combien de temps vous vous cachez là ? demanda-t-il froidement.
— Heu… pas longtemps…
— Combien de temps ? répéta Rogue, menaçant.
— Juste avant votre arrivée tout à l'heure, s'empressa-t-elle de répondre en recommençant à se torde les doigts. J'ai tout entendu votre discussion avec le professeur McGonagall et…
Elle hésita.
— Et quoi ?
— Je vous ai vu pleurer… marmonna-t-elle.
Il y eut un silence gêné durant lequel Matilde regardait ses doigts rougis qu'elle continuait à torde vigoureusement, puis Rogue la saisit brusquement par le cou.
— Et pour quelle intention vous vous êtes cachée dans ma garde-robe ? interrogea-t-il férocement.
— Non… suffoqua-t-elle. S'il… vous… plaît…
Rogue la lâcha alors aussi brusquement qu'il l'avait saisie et elle s'affaissa dans le fond de la garde-robe.
— Attendez… avant… de me tuer, haleta-t-elle en frottant son cou meurtri. Je dois vous mettre en garde…
Une idée venait de lui monter à l'esprit. C'était une faible idée mais peut-être que ça suffirait pour le dissuader de la tuer…
— Si vous me tuez, Harvey vous tuera après. Et je peux vous assurer qu'il est assez fou pour le faire. Il est obsédé…
— Qu'est-ce que vous racontez, dit Rogue avec lenteur.
Il la regarda d'un air incrédule mais Matilde put tout de même déceler un certain intérêt sur son visage. Résolue, elle se releva avec grand-peine dans la garde-robe et se lança :
— Pendant tout ce temps, Harvey m'a fait croire que je pouvais faire réapparaître les entrailles de Dumbledore si je m'exerçais suffisamment à mes Forces Obscures. Mais dans le fond, c'était une ruse ! Il savait que ça finirait par m'affaiblir. Tout ce qu'il voulait, c'était de s'emparer de ma baguette sans risquer que je ne le détruise à l'aide de mes Pouvoirs de Parguenais. À présent que je suis vulnérable… il peut enfin me tuer sans que je puisse me défendre…
Matilde se tut et guetta l'expression de Rogue. Celui-ci continuait à la regarder de son habituel visage impénétrable et paraissait totalement indifférent à ce qu'elle venait de lui débiter avec vivacité.
Mais Matilde ne lâcha pas prise.
— La Baguette de Sureau, poursuivit-elle en pointant du doigt sa baguette dans les mains de Rogue. C'est la baguette la plus puissante au monde. Si vous me tuez, la baguette vous choisira comme son nouveau maître. Et c'est à ce moment là que Harvey se retournera contre vous : pour tenter de s'en saisir à son tour. Vous comprenez ? Il vous tuera !
De nouveau, elle escompta une quelconque réaction de la part de Rogue, mais à son plus grand agacement, il restait toujours de marbre, immobile, sans cesser de l'observer en silence.
Soudain, une brusque peur panique serra la poitrine en feu de Matilde. Et si Rogue voulait la baguette, justement ? C'était la baguette la plus puissante, donc il n'aurait aucune difficulté à exterminer Harvey après s'en être saisie. Mais qu'avait-elle donc fait ? Elle avait été stupide de penser que Rogue puisse craindre de se faire abattre par Harvey s'il la tuait.
Rogue baissa ses yeux noirs un instant sur la baguette qu'il tenait dans ses mains, puis ramena son regard dans celui de Matilde, l'air plus malveillant que jamais.
— Miss Beauregard, dit-il d'une voix doucereuse, peu importe le nombre d'histoires qui vous viendront à l'esprit pour tenter de me dissuader de vous tuer, je ne changerai pas d'avis. Vous n'avez pas le choix de mourir et il vous serait plus…
— Non ! vociféra Matilde en l'interrompant brutalement.
Le fait que Rogue ne voulait même pas se donner la peine de la prendre au sérieux, au moins juste une fois dans sa vie, la fit trembler de fureur.
— J'ai très bien le choix de mourir ou non ! s'emporta-t-elle. Je vous ai entendus tout à l'heure, vous et McGonagall ! Vous pouvez me sauver ! Ma mort n'est pas inévitable ! Vous agissez injustement ! Je suis autant importante que Dumbledore sinon plus… Comme McGonagall l'a mentionné tout à l'heure, j'ai toute ma vie devant moi alors que lui… lui, il est vieux, déjà à la fin de sa vie… il est… il allait mourir de toute façon dans quelques années…
— Comment osez-vous parler de Dumbledore de la sorte, s'indigna Rogue, ses yeux étincelant.
— Je suis sûre que Dumbledore ne voudrait pas que je meure à sa place… continua-t-elle, téméraire. En plus, vous n'êtes même pas certain qu'il se réveillera vraiment après m'avoir tuée…
D'un mouvement brusque, Rogue plongea sa main sous sa cape noire et en tira sa propre baguette magique.
— Sortez de ma garde-robe, ordonna-t-il.
Parmi les vêtements de Rogue, Matilde le regarda d'un air craintif.
— Ne me tuez pas…
— Sortez de ma garde-robe, insista Rogue en brandissant son arme sur elle.
— Et si je trouvais le moyen de guérir Dumbledore sans devoir mourir, vous épargnerez ma vie ? demanda précipitamment Matilde dans une tentative désespérée.
— Sortez ! s'écria Rogue.
Il l'agrippa par le bras et la fit sortir de force.
— La baguette de Dumbledore, continua Matilde, tenace, elle est puissante. Elle… elle pourrait… Aaaaarrgh…
Rogue la balança violemment sur son lit. Matilde rebondit à plat ventre sur les couvertures puis s'empressa de se retourner pour refaire face à Rogue dont le visage était à présent déformé par la haine et le dégoût. Il serrait toujours la Baguette de Sureau dans une main et, de l'autre, il brandit à nouveau sa propre baguette au-dessus d'elle.
— Attendez, supplia Matilde en levant les bras devant son visage. Je crois savoir comment faire pour conjurer le maléfice qui retient Dum…
— Vous ne croyez savoir rien du tout ! trancha Rogue d'un ton glacial. Vous devez mourir !
— Non ! Je vous en supplie, écoutez-moi ! C'est la baguette qui peut le sauver… la baguette… Vous devez m'écoutez…
Matilde était persuadée maintenant que la Baguette de Sureau pouvait très bien lever le maléfice qui retenait Dumbledore dépourvu de ses entrailles, comme elle pouvait aussi la libérer elle-même de ses Forces Obscures. Elle avait seulement besoin de quelqu'un qui lui montrerait la formule adéquate pour réussir. Elle avait besoin de la coopération de Rogue, mais celui-ci refusait catégoriquement de porter attention à ce qu'elle s'acharnait désespérément à lui faire comprendre.
Aveuglé par l'animosité, Rogue la fixait en la menaçant de sa baguette brandie, l'air dément avec son horrible rictus qui lui découvrait ses dents jaunâtres et ses cheveux gras qui lui tombaient sur le front, collant à ses joues cireuses encore humectées de larmes. Néanmoins, le cœur battant à tout rompre dans la douleur de sa poitrine, Matilde se réessaya de le faire raisonner :
— Les pouvoirs de la Baguette de Sureau sont beaucoup plus puissants que les miens ! Si vous me donnez une chance… il serait possible de…
— Silence ! aboya Rogue et Matilde fut alors parcourue de sanglots désespérés.
Pourquoi ne l'écoutait-il pas ? Ce pourrait-il qu'il se refusait simplement de la croire ?
— Je dis la vérité… gémit-elle.
Mais Rogue ne voulait carrément rien entendre.
— Je vous ai ordonné de vous taire !
Et malgré le regard implorant que Matilde lui envoyait avec toute l'énergie du désespoir, il ajouta d'un ton horriblement triomphant, ses yeux noirs réduits en deux fentes menaçantes sous les mèches graisseuses de ses cheveux sombres :
— … le temps de prononcer la formule qui vous tuera enfin…
Il éleva alors sa baguette dans les airs. Mais avant qu'il n'ait eu le temps d'ouvrir la bouche pour formuler le sortilège de mort, Matilde, dans un mouvement irréfléchi, s'était déjà redressée sur le lit… Elle se rua sur Rogue et agrippa sa main tenant sa baguette magique pour essayer de toutes ses forces de la lui arracher. Alors, à cet instant précis, il se passa quelque chose de totalement inattendue et insensée qui saisit brusquement Matilde par surprise : Rogue lâcha de lui-même sa baguette magique ainsi que celle de sureau qui vinrent tous deux heurter le parquet avec un bruit sourd, puis il passa ses bras autour de Matilde et l'embrassa à pleine bouche.
Un coup de foudre traversa Matilde de la tête aux pieds tandis qu'il l'étreignit étroitement contre lui, une main crispée derrière son dos, l'autre caressant fébrilement ses cheveux défaits, comme s'il n'était pas digne de la toucher ainsi mais qu'il n'en pouvait plus de se retenir. Il l'embrassait avec tant d'impétuosité que Matilde avait du mal à respirer. Cependant, elle ne fit pas un geste pour le repousser, même qu'elle se surprit à lui rendre son baiser avec presqu'autant de fougue que lui, oubliant momentanément ses cheveux gras, ses dents jaunâtres et son teint cireux, oubliant qu'il ne s'agissait de nul autre que Rogue, l'homme infâme et odieux pour qui elle n'avait jamais éprouvé autre chose qu'une aversion insurmontable depuis l'instant de sa première rencontre avec lui.
Mais Matilde, ne sachant pas pourquoi — ni comment cela pouvait être possible —, alors qu'elle était parcourue de frissons extrêmes tandis qu'il continuait à l'embrasser avidement, la serrant vigoureusement contre lui, fusionnant son corps au sien comme pour ne plus jamais devoir la relâcher un jour, se sentit bien entre ses bras tremblants. Comme si elle y trouvait un quelconque réconfort. Jamais un homme ne l'avait désirée avec autant d'ardeur et, à son grand désarroi, elle se voyait s'y accrocher avec frénésie, à en perdre la raison.
Enfin, au bout d'un long moment durant lequel Matilde avait perdu toute notion du temps — il pouvait s'être passé une demi-heure, une heure, ou même une éternité —, Rogue s'écarta d'elle, sans toutefois desserrer son étreinte, et la regarda intensément, les yeux écarquillés, comme soudain terrorisé par ce qu'il venait juste de faire. Puis une sentiment d'affliction rendit son visage méconnaissable. Il semblait être en proie à une douleur profonde et ses larmes recommencèrent à ruisseler le long de ses joues.
Quant à Matilde, elle se contenta de l'observer sans rien dire, perplexe. Elle n'arrivait pas à croire que Rogue venait de l'embrasser.
Soudain, des coups furieux retentirent à la porte au salon et tous deux sursautèrent, s'éloignant l'un de l'autre. Rogue parut anxieux. Tandis que les coups frappés se renouvelèrent aussitôt avec plus de force, il ramassa sa baguette sur le sol, essuya précipitamment ses larmes du revers de sa manche et alla ouvrir la porte de sa chambre. Après avoir jeté à Matilde un regard d'avertissement en mettant un doigt sur ses lèvres lui signifiant clairement qu'elle ne devait surtout pas faire de bruit — ou qu'elle ne devait surtout rien dire à personne concernant ce qu'il venait de se passer entre eux —, il remit son masque d'impassibilité et sortit en douce, refermant bien la porte derrière lui. Les lampes s'éteignirent alors, replongeant Matilde dans une obscurité totale.
Bien qu'elle eût espéré rejoindre rapidement Ranbbie dans l'espoir qu'il lui sauve la vie, à présent qu'elle entendait sa voix de l'autre côté de la porte, elle ne bronchait pas. Restant immobile, debout près du lit, là où Rogue l'avait laissée, elle se sentait vide, l'esprit embrouillé. Elle n'avait même plus la force de se concentrer sur ce que disait la voix coléreuse de Ranbbie au salon. Tout était flou autour d'elle, comme si elle s'enfonçait tranquillement dans un étrange abîme. Tel un film passé en boucle dans sa tête, elle ne revoyait que le visage déconfit de Rogue qui n'était pas parvenu à refouler sur le coup ses sentiments pour elle, et Matilde prenait un plaisir suave à ressusciter les sensations enivrantes qu'elle avait ressenties lorsqu'il l'avait embrassée fougueusement.
Ainsi donc, c'était vraiment ça, sa faiblesse : il éprouvait réellement de l'amour — probablement obsessionnel — envers elle et il devait tenter en vain de réprimer ce sentiment depuis un bon bout de temps déjà.
Et comme si Ranbbie prenait soudain part à ses pensées, Matilde entendit sa voix rugir dans la pièce adjacente :
— La tuer n'apaisera pas votre souffrance, Rogue !
Rogue répondit quelque chose d'inaudible et Ranbbie poussa une exclamation dédaigneuse.
Ne discernant pas ce que Ranbbie lui répliquait ensuite à cause de son ton devenu trop bas, Matilde s'approcha de la porte silencieusement et y colla l'oreille. Elle parvint alors à entendre le restant de ce que disait Ranbbie :
— … vous ne pouvez pas le nier…
— Je n'essaie pas de refouler mes émotions, coupa Rogue avec fureur. Beauregard n'est rien d'autre qu'une petite insolente sans aucune envergure pour moi et je n'ai aucune attirance quelconque en ce qui concerne cette petite idiote !
Matilde fut alors prise d'indignation. Comment pouvait-il l'insulter de la sorte et renier avec autant de conviction tous ces sentiments intenses qu'il venait de lui manifester en l'embrassant tout à l'heure ? Mais Rogue pouvait dire ce qu'il voulait, Matilde restait convaincue qu'il l'aimait incontestablement et que s'il osait balancer toutes ces paroles offensantes en l'air, c'était uniquement parce qu'il ne voulait pas se l'avouer. Apparemment, Ranbbie partageait la même opinion qu'elle puisqu'il lança d'un ton incrédule :
— Je ne vous crois pas.
Il y eut un silence tendu, puis Rogue poursuivit d'une voix si basse que Matilde dut appuyer son oreille de toutes ses forces contre la porte de la chambre pour l'entendre.
— Dans ce cas, croyez donc ce que vous voudrez, Hedlund. Je me fiche bien de ce que vous pouvez vous imaginer à mon égard… Cependant, il est toujours question de sauver la vie de Dumbledore. Et vous savez autant bien que moi que si on veut y parvenir, Miss Beauregard doit être tuée.
— Rien ne nous assure que Dumbledore se rétablirait vraiment lorsque vous l'aurez tuée, lui rappela Ranbbie d'un ton acerbe.
— Le pourcentage des chances que ça fonctionne est tout de même très élevé, Hedlund, dit Rogue avec persuasion. Nous ne pouvons pas se risquer à cette autre expérience… simplement parce que vous l'aimez…
— Moi, l'aimer ? s'exclama Ranbbie avec incrédulité mêlée d'agacement. Mais c'est vous qui en êtes amoureux, mon cher Rogue !
— Je ne suis pas amoureux ! s'insurgea-t-il. Et cessez de revenir incessamment sur le sujet ! C'est vous qui l'aimez ! Et n'essayez pas de me faire croire que vous, vous n'éprouvez aucun sentiment pour elle…
— Je ne m'amuse pas à vous faire croire quoi que ce soit, déclara fermement Ranbbie. Contrairement à vous, je n'ai pas peur de mes sentiments… Je n'ai donc rien contre le fait d'affirmer que, en effet, je suis attaché d'une certaine manière à Matilde…
— Attaché d'une certaine manière ?
— C'est une amie que j'aime bien, rien de plus… expliqua Ranbbie. Je vous rappelle que c'était Emily que j'aimais plus que tout et vous me l'avez tuée comme vous vous apprêtez à tuer aussi Matilde.
L'oreille toujours pressée contre la porte, Matilde sentit son cœur se serrer étrangement. Ranbbie éprouvait simplement de l'amitié envers elle ? Elle avait cru qu'il l'aimait plus que ça... Apparemment, le professeur McGonagall s'était trompée. La pointe de jalousie que Matilde avait déjà ressentie auparavant refit alors surface malgré elle. Ce n'était pas d'elle qu'il était amoureux. Il restait toujours fidèle à Emily…
— Je ne l'ai pas tuée. Elle est morte d'elle-même… murmura Rogue.
— Parce-que vous l'avez poussée à bout !
— Peu importe ! lança alors Rogue avec dédain.
Un lourd silence suivit, puis Ranbbie répliqua d'une voix tremblante, lourdement imbibée de mépris et de haine :
— Vous êtes vraiment ignoble, rien d'autre qu'un monstre sans cœur. Et lorsque je retrouverai Matilde, sachez que je ferai tout ce qui sera en mon pouvoir pour vous empêcher de la tuer. Le professeur McGonagall est d'accord avec moi. Dumbledore n'apprécierait pas qu'on sacrifie la vie d'une innocente pour sa survie…
— Je refuse de laisser Dumbledore périr, s'entêta Rogue. D'ailleurs, il vous est impossible d'empêcher Beauregard de mourir sans l'aide de mes compétences.
— Vous n'êtes pas le seul connaissant en matière de Magie Noire, fit remarquer Ranbbie. Je trouverai bien quelqu'un d'autre que vous, qui serait capable de réciter l'incantation.
— Vraiment ? railla Rogue d'un ton sceptique. Le professeur Harvey, peut-être ?
— Et pourquoi pas ? demanda Ranbbie sur un ton de défi.
Rogue émit un rire mauvais.
— Harvey aurait apparemment d'autres préoccupations plus importantes en ce moment que d'accorder votre requête.
Matilde se sentit soudain plus légère. Y avait-il des chances que Rogue ait cru son histoire concernant les hostilités de Harvey ?
— Que voulez-vous insinuer ? interrogea Ranbbie avec irritation.
— Simplement que j'ai des raisons de croire qu'il ne soit pas sur la même longueur d'onde que nous…
— Soyez plus clair !
Brusquement, un violent vertige monta à la tête de Matilde et tout devint subitement plus noir que l'obscurité l'entourant dans la chambre. Lorsqu'elle rouvrit les yeux une fraction de seconde plus tard — c'est en tout cas l'impression qu'elle eut —, elle était étendue par terre, les yeux orientés vers le plafond jauni par la lumière des lampes.
— Matilde, est-ce que ça va ?
Ranbbie s'était penché au-dessus d'elle et passait sa main sous sa nuque pour lui relever doucement la tête.
— Ne la touchez pas, lança Rogue. Vous pourriez aggraver son état.
— Je vais bien, s'empressa-t-elle de les rassurer, d'une voix fébrile.
Elle esquissa un mouvement pour se relever mais Ranbbie l'en empêcha aussitôt en posant une main opposante sur sa poitrine.
— Ta douleur s'est-elle empirée ? demanda-t-il en la regardant d'un air inquiet.
— Non, répondit sobrement Matilde. Je vais bien.
Bien que sa poitrine restât toujours cuisante, elle ne remarqua pas de changement notable quant à sa douleur.
Ranbbie se tourna vers Rogue qui s'était immobilisé dans l'encadrement de la porte, observant Matilde d'une expression insondable — comme d'habitude. Derrière lui, on pouvait entrevoir le désordre qu'il avait fait dans son salon sous l'impulsion de sa détresse. Son fauteuil délabré était renversé sur le côté et un amoncellement de livres à la reliure marron recouvrait en grande partie le parquet, parmi quelques fioles brisées.
— Allez chercher Madame Pomfresh et le professeur McGonagall, lui dit Ranbbie d'un ton pressant. Elle doit retourner à l'infirm…
— Je n'irai nulle part, coupa Rogue d'une voix grave.
Ranbbie parut exaspéré.
— Rogue, arrêtez vos puérilités et allez cherchez…
Mais Rogue l'interrompit une nouvelle fois en répétant et en articulant clairement chacun de ses mots :
— Je n'irai nulle part !
Une lueur démente brilla dans le fond de ses yeux noirs et Matilde sentit l'effroi revenir l'envahir.
— Professeur, lui dit-elle d'une voix timide en s'agitant légèrement sous les mains de Ranbbie qui la retenait toujours clouée sur le sol. S'il vous plaît. Ne me tuez pas…
Rogue resta impassible. Ranbbie baissa les yeux sur elle.
— Ne t'inquiète pas, Matilde, dit-il d'un ton réconfortant. Tant que je serai avec toi, tu ne risques rien…
— Comme c'est touchant, ironisa Rogue avec dédain. Vraiment, Hedlund, croyez-vous réellement parvenir à me gêner ?
D'un élan de fureur, Ranbbie se redressa brusquement et Rogue tira précipitamment sa baguette magique.
Matilde en profita pour se lever à son tour et mit aussitôt la main sur le bras de Ranbbie pour le dissuader de défier Rogue.
— Ranbbie, non…
Mais Ranbbie ne fit pas attention à elle. Ses yeux fusillèrent ceux de Rogue avec une telle intensité qu'il sembla incroyable que Rogue n'en ressente pas la brûlure dans ses yeux noirs et froids.
— Je ne comprends pas ce qui vous pousse tant à vouloir la tuer, dit Ranbbie. Vous savez pourtant aussi bien que moi que Dumbledore ne serait pas d'accord sur cette idée — et n'essayez pas de me contredire.
— Et vous, rétorqua Rogue sur la défensive, sa baguette dirigée fermement vers la poitrine de Ranbbie, qu'est-ce qui vous pousse tant à vouloir mourir pour la sauver si vous ne l'aimez pas plus qu'il ne le faut ?
— Je le fais pour Emily… répondit Ranbbie dans un souffle, plus pour lui-même que pour quiconque d'autre.
Alors Matilde retira sa main de sur son bras, comme si Ranbbie venait tout juste de se transformer en un gros insecte particulièrement répugnant, tandis qu'une sensation d'aigreur enflait en elle. Ainsi donc, Ranbbie se fichait bien d'elle, comme tout le monde dans cette école ! S'il voulait la sauver, c'était uniquement en relation avec Emily, et non parce qu'elle comptait véritablement pour lui… Une fois de plus, Matilde se sentit comme une vulgaire petite fille insignifiante d'aucune importance. Depuis le début de son incarcération dans ce château, on n'avait cessé de la traiter de telle manière. Maintenant c'en était trop ! Une envie immense de se révolter se faisait sentir douloureusement en son intérieur, mais elle se força néanmoins à garder son sang-froid. S'il advenait qu'elle explose contre Ranbbie, elle risquerait de perdre les dernières chances qui lui restaient pour arriver enfin à échapper à la mort.
— Que vous êtes pathétique, Hedlund, commenta sarcastiquement Rogue en hochant la tête.
Ranbbie le regardait d'un œil mauvais.
— Je suis peut-être pathétique, comme vous dites, mais vous m'aviez posé une question et je vous ai répondu en toute franchise. Maintenant c'est à vous de répondre, professeur Rogue, insista-il. Qu'est-ce qui vous incite tant à vouloir tuer Matilde, celle que vous aimez profondément…
Une brusque détonation survint et Ranbbie fut projeté brutalement contre le mur, manquant d'accrocher Matilde au passage.
— Non ! s'écria-t-elle en se ruant vers lui.
Rogue, la baguette encore fumante du sortilège qu'il venait de jeter sur Ranbbie, rugissait de toutes ses forces, ses yeux projetant des éclairs rouges.
— Je ne suis pas amoureux d'elle ! C'est une idiote ! C'est une insolente !
Effondré par terre au pied du mur, Ranbbie repoussa rudement Matilde et se releva avec peine. Matilde remarqua avec horreur qu'une longue entaille profonde rayait sa poitrine et que du sang écarlate maculait sa chemise lacérée par le sortilège de Rogue. Mais Ranbbie ne paraissait pas s'en soucier. Avec témérité, il s'avança vers son adversaire en sortant rapidement sa baguette magique à son tour et, avant que Rogue ne puisse faire le moindre geste, il prononça la formule :
— Expelliarmous !
La baguette de Rogue lui échappa alors des mains et voltigea en décrivant un arc par-dessus le lit pour ensuite atterrir avec un bruit sec, à l'autre bout de la chambre.
Matilde resta à genoux sur le sol, pétrifiée. N'ayant plus aucune envie de se précipiter entre eux pour essayer de dissuader Ranbbie d'engendrer une bêtise, elle se contentait de les observer avec une terrible appréhension.
— Hedlund, dit Rogue, les bras en l'air dans l'encadrement de la porte, ne faites rien d'irréfléchi…
Ranbbie pouffa d'un rire mauvais.
— Parce que vous, vous agissez en réfléchissant, peut-être ?
Il leva sa baguette à la hauteur des yeux de Rogue et celui-ci laissa soudain paraître du remord dans le fond de ses yeux sombres. Il semblait regretter amèrement son récent geste impulsif.
— Vous n'avez pas à vous inquiéter, murmura Ranbbie, le regard reflétant la démence, sa poitrine continuant de saigner de façon alarmante, puisque ce que je m'apprête à faire est très soigneusement réfléchi…
— Vous allez faire quoi ? demanda Rogue.
Quoique qu'il essayât visiblement de garder son flegme, une nette frayeur se lisait sur son visage.
— Venger la mort d'Emily… répondit Ranbbie.
Et sa main qui tenait fermement sa baguette sous le nez de Rogue ne tremblait pas.
Maintenant n'allez pas me dire que Rogue ne mérite pas d'être un peu martyrisé à son tour après tout ce qu'il a fait subir à Matilde... :P À moins que vous éprouviez soudain de la compassion pour lui... ? Prochain chapitre : Ranbbie en délire ^vv^
