Désolée pour le retard ! J'étais particulièrement fatiguée aujourd'hui. La correction a été longue... Je crois avoir trop fêté hier soir... :P Mais surtout, n'arrêtez pas d'insister sur moi pour la suite. (Je parle en partie pour HarryPotter 1221...) Vous ne me gênez pas du tout lorsque vous manifester votre impatience dans vos reviews. Au contraire, j'en ai grandement besoin. J'aime beaucoup ! Ça me motive énormément et plus vous insistez, plus j'ai hâte de vous envoyer la suite ! =)
Merci à Zeehva et Alexa Jools pour avoir mis ma fic dans vos favoris !
(Le monde de Poudlard appartient à J.K. Rowling)
Bonne lecture à vous que j'aime tant ! :)
Chapitre 41
Sur le parquet ensanglanté
— Mais qu'est-ce que vous faites ? s'étrangla Matilde qui essayait de se libérer vainement. Vous devez aider Ranbbie ! C'est pour ça que je vous ai détaché !
Rogue la maintenait clouée au sol et la regardait avec fureur. Ses cheveux gras dégoulinaient de sang, lui maculant le visage.
— Comment avez-vous osé… ? siffla-t-il entre ses dents. Comment avez-vous osé ?
Il lui pressait les poignets si vigoureusement contre le parquet sanglant qu'elle ne parvenait plus à sentir ses doigts. La Baguette de Sureau lui glissa alors de sa main.
— Écoutez, gémit Matilde, désespérée, c'était seulement pour inciter Ranbbie à cesser de vous tourmenter… Je n'avais pas le choix d'avouer que vous m'aviez embrass… Aaargh !
Rogue l'avait saisie à la gorge avec raideur. De sa main à présent libre, Matilde lui agrippa ses longs doigts implacables.
— Je veux que ce soit clair entre nous, murmura Rogue, à peine audible, son visage menaçant à quelques centimètres de celui de Matilde. Ne vous faites pas d'idées… Vous êtes totalement insignifiante pour moi, rien de plus qu'une petite insolente, et je n'ai aucun sentiment amoureux…
Matilde l'interrompit d'un rire incrédule étouffé.
— C'est ça ! Et je suppose que vous m'avez embrassée par simple caprice ?
Rogue resserra son étreinte brusquement et ses ongles s'enfoncèrent dans la chair de son cou.
— Je… vous… déteste…, scanda-t-il et le même sentiment d'affliction qui avait paru dans son regard juste après l'avoir embrassée revint crisper les traits de son visage.
Matilde suffoqua. Elle ne pouvait plus émettre aucun son. Il était en train de l'étrangler sur place. Elle ne pouvait plus respirer. Même en l'implorant du regard, l'expression de Rogue restait sans aucune trace de pitié et elle sut alors qu'il ne lâcherait pas prise. C'était manifeste : il désirait douloureusement qu'elle meure à l'instant…
Alors, dans une tentative due au désespoir, Matilde lâcha la main implacable de Rogue, lui empoigna les cheveux et les tira de toutes ses forces restantes. L'effet escompté fut immédiat. Desserrant ses doigts d'autour de son cou, Rogue, dans un imperceptible grognement surpris, lui lâcha le poignet et lui agrippa la main. Aussitôt, Matilde, de son autre main, péniblement engourdie jusqu'au bout des doigts, ressaisit la baguette de Dumbledore sur le sol et la pointa sur la tête de Rogue en s'écriant avec toute la volonté qu'elle était capable :
— Stupéfix !
Avec un immense soulagement, le sort fonctionna du premier coup. Rogue s'écroula lourdement sur elle, sa tête tomba dans le creux de son épaule et son corps devint flasque, immobile.
Tremblante de tout son corps, Matilde reprenait difficilement son souffle, ses poumons oppressés sous le poids de son professeur de potion. Elle était complètement bouleversée. Comment pouvait-il encore vouloir la tuer alors qu'elle le savait amoureux d'elle ? Dans le fond, la réponse évidente n'était pas bien loin : il la haïssait… parce qu'il l'aimait… mais qu'il ne voulait pas l'aimer… et que c'était pour ça qu'il la haïssait… parce qu'elle lui suscitait des émotions qu'il devait répugner de ressentir… et qu'il la rendait entièrement responsable pour ça… comme avec Emily… Elle le soupçonnait même de se ficher complètement de sauver ou non la vie de Dumbledore. Apparemment, tout ce qu'il lui importait, était que Matilde, comme Emily, meurt, en espérant qu'elle emporte avec elle tous ces sentiments d'amour qu'il se refusait furieusement d'éprouver.
Tandis que Ranbbie continuait à perdre lentement son sang à son côté et que Rogue respirait tranquillement, la tête reposant près de sa poitrine enflammée, elle se demanda combien de temps il lui restait à vivre. Elle avait échappé encore une fois à la mort, mais maintenant que les deux seules personnes susceptibles de pratiquer cette autre expérience qui, apparemment, pouvait la sauver ne se trouvaient plus en état de l'aider, elle ne voyait plus du tout comment elle pourrait réussir à s'en sortir. Par surcroît, en ce moment même, Harvey était sûrement en train de la rechercher précisément dans tous les sous-sols du château, grâce au Baron Sanglant, indubitablement.
Rogue devenait trop lourd sur elle. Le repoussant tant bien que mal, fébrilement, Matilde parvint à s'extraire de sous lui et rampa dans le sang de Ranbbie, avec nausée, jusqu'au mur de la garde-robe. Là, elle s'y appuya un moment pour tenter de reprendre des forces et de réfléchir. Mais l'horrible spectacle des deux hommes gisants sur le parquet couvert de sang l'empêchait de se concentrer. Il était cruel de devoir supporter une telle scène macabre devant les yeux. Maintenant, elle était certaine que cette vue ensanglantée la hanterait jusqu'à la fin de sa vie. Au moins, pensa-t-elle sombrement, ça ne serait pas pour longtemps… Et suite à cette pensée lugubre, elle eut l'impression que sa douleur à la poitrine, comme un poison onctueux, envenimait le restant de son corps secoué de tremblements.
Soudain, elle entendit la porte au salon s'ouvrir et seule la panique qu'elle éprouva sur le coup parvint à lui redonner suffisamment d'énergie pour se relever debout, la baguette brandie.
— N'avancez pas ! hurla-t-elle en s'imaginant que Harvey allait surgir dans la chambre et tenter un deuxième essai pour la tuer et s'emparer de la Baguette de Sureau.
Mais ce n'était pas lui qui apparut, haletant, dans l'embrasure de la porte restée grande ouverte.
C'était le professeur McGonagall.
Les yeux écarquillés par l'horreur, une main devant la bouche, elle étouffa un cri terrible devant le spectacle sanglant qui s'offrit sans réserve devant elle. Puis elle tourna un visage livide vers Matilde qui hésitait à rabaisser ou non sa baguette.
— C'est… c'est donc vrai… balbutia McGonagall. Anarcus avait raison… Vous êtes effectivement devenue folle…
Pour un instant, Matilde se demanda qui pouvait bien être Anarcus, mais elle se rappela aussitôt qu'il s'agissait du prénom de Harvey, pour l'avoir déjà lu une fois sur son horaire scolaire.
— Je… je ne suis pas folle, répliqua Matilde en s'efforçant de garder son flegme.
— Mais par tous les diables ! scandalisa le professeur McGonagall d'une voix perçante. Si vous n'êtes pas folle, alors pourquoi avoir tué…
— Je ne les ai pas tués ! Et ils ne sont pas morts ! coupa Matilde.
McGonagall la regarda avec incrédulité effrayée.
— Enfin… reprit Matilde, évasive, Rogue ne l'est pas… Quant à Ranbbie… je ne sais pas…
Elle baissa les yeux sur tout le sang qui jonchait le sol autour des deux corps immobiles. Lorsque qu'elle ramena ses yeux sur McGonagall, celle-ci avait ressorti sa baguette magique et la pointait fermement sur elle.
— Ce n'est pas moi qui ai tué Ranbbie, répéta Matilde en reculant vers le mur, resserrant les doigts sur la baguette de Dumbledore. C'est Rogue ! C'est lui qui a…
Le professeur McGonagall l'interrompit d'un rire sceptique, puis répliqua sèchement :
— Vous ne croyez tout de même pas que je vais avaler une telle sornette ? Le professeur Rogue… tuer Hedlund… ? Mais c'est vraiment n'importe quoi !
— Mais je dis la vérité…
Mais ces mots semblèrent avoir été la goutte de trop qui fit déborder le vase. La fureur marbra le visage de McGonagall de taches rouges et sa baguette laissa échapper quelques étincelles menaçantes à son bout.
— Non… Non, Miss Beauregard… dit-elle d'une voix frémissante de colère. Depuis le début vous prétendez n'avoir dit que la vérité. Mais à présent que j'apprends que vous avez attaqué le professeur Harvey, Mr. Hedlund, ainsi que le professeur Rogue…
— Je ne…
— Vous avez trahi ma confiance, Beauregard ! rugit-elle. Et celle de Dumbledore ! Après tout ce que nous avons fait pour vous… Finalement, ça ne m'étonnerais pas que vous auriez volontairement mis Dumbledore dans cet état irrémédiable…
— Non ! s'écria Matilde en reculant de plus belle vers le mur.
Les yeux flamboyant de rage du professeur McGonagall la terrorisait.
— Je n'ai jamais voulu que Dumbledore se retrouve dans cet état…
Et avant que McGonagall n'explose une nouvelle fois de fureur, Matilde s'empressa d'ajouter avec une conviction désespérée :
— Je peux encore le sauver !
Elle sentit les larmes lui monter aux yeux mais les refoula. Cependant, la main du professeur McGonagall, celle qui tenait fermement sa baguette magique, se mit à trembler, de même que la mince ligne que dessinaient ses lèvres, comme si elle était sur le point de pleurer, elle aussi.
— Amenez-moi à l'hôpital Ste Mangouste, continua Matilde, profitant du moment où McGonagall ne paraissait plus encline à l'interrompre. Amenez-moi là-bas et il y a encore une chance que je parvienne à le sauver…
Mais McGonagall hocha lentement la tête et resserra ses doigts sur sa baguette. Les entrailles de Matilde se glacèrent lorsqu'elle murmura :
— Vous n'irez plus nulle part, Miss Beauregard… C'est fini… c'est fini…
Elle leva sa baguette dans les airs. Aussitôt, Matilde se jeta par terre et évita de justesse le jet de lumière rouge qui vint heurter le mur derrière elle. À ce moment-là, une voix paniquée retentit dans la chambre :
— Non ! Minerva, malheur, ne la tuez pas !
À plat ventre, à nouveau baignée dans le sang de Ranbbie, Matilde releva la tête et aperçut Harvey, les cheveux en broussaille, sa cape orangée voltigeant derrière lui alors qu'il se ruait sur le professeur McGonagall.
— Ce n'était pas mon intention, répliqua celle-ci d'un ton sec, en le repoussant impérieusement d'une main. Je voulais simplement la neutraliser.
Matilde se remit rapidement sur pied et crispa ses doigts sur la baguette de Dumbledore. Harvey poussa un cri d'horreur lorsqu'il remarqua les deux corps immobiles sur le parquet sanglant.
— Nom d'une gargouille ! Ce n'est quand même pas elle qui a fait ça ? dit-il en pointant successivement du doigt Matilde et les corps inanimés de Rogue et de Ranbbie.
Mais avant que le professeur McGonagall ne lui réponde quoi que ce soit, Matilde orienta sa baguette sur Harvey et, sans réfléchir, affirma d'une voix ferme :
— Oui, c'est moi qui ai fait ça ! Et si vous osez vous approcher de moi, Harvey, je vous jure que je vous ferez subir le même châtiment qu'à eux !
— Miss Beauregard ! s'indigna McGonagall avec des yeux ronds.
Matilde avait espéré que ces paroles feraient fuir Harvey, mais celui-ci ne fit qu'éclater d'une sorte de rire surpris mêlé d'incrédulité. Le pas légèrement vacillant, il s'avança lentement vers elle, en tirant sa longue baguette de sous sa cape orangée. Son nez était parfaitement intact et rien ne laissait paraître qu'elle l'avait cassé quelques heures auparavant.
— Très audacieux, commenta-t-il.
— Anarcus, faites attention, recommanda le professeur McGonagall en allongea la main vers lui pour le dissuader d'avancer trop près.
— Elle a raison, Harvey, enchérit Matilde, je peux être très dangereuse. Vous n'avez pas idée…
Elle s'efforçait de rendre le ton de sa voix le plus menaçant possible, bien que tout son corps tremblât d'effroi dans sa longue robe humide et collante de sang.
— C'est ça, lança-t-il d'un air sceptique en enjambant les deux corps sur le sol.
Il continuait d'avancer vers elle, ses yeux bleu électrique glacials fixés dans les siens. Matilde s'accula sur le mur, près la garde-robe.
— Professeur McGonagall, dit-il sans un regard derrière lui, je m'en occupe. Allez chercher l'infirmière Pomfresh tout de suite. Il se peut qu'il y ait encore des chances de rescaper Hedlund et Severus.
— Je… enfin… balbutia McGonagall, visiblement mal à l'aise, comme si elle redoutait de laisser Harvey seul avec Matilde. Je crois plutôt qu'un sortilège du Patronus fera l'affaire…
Puis, tandis que Matilde s'interrogeait sur ce sortilège qu'elle n'avait jamais entendu parler, le professeur McGonagall agita sa baguette magique et fit jaillir la forme brumeuse et argentée d'un chat qui s'engouffra précipitamment par la porte et disparut dans le désordre du salon.
McGonagall vint les rejoindre ensuite et Harvey, sans cesser de guetter le moindre mouvement de Matilde, parut soudain mécontent. Du coin des lèvres, comme si Matilde ne pouvait pas l'entendre, il lui murmura :
— Je pouvais très bien m'en occuper tout seul…
— Ne soyez pas ridicule, Anarcus, répliqua McGonagall d'un ton abrupt, et neutralisez-la donc en attendant que surviennent les renforts.
Matilde comprit alors que le chat argenté devait sans doute livrer un message aux autres professeurs. Elle se trouvait donc prise au piège dans la chambre de Rogue, devant McGonagall qui encourageait Harvey d'un regard pressant alors que ce dernier, à en juger par son expression irritée, n'avait aucune envie d'obéir. Matilde le savait, il aurait préféré que McGonagall ne soit par restée pour avoir pu profiter d'un moment de solitude avec elle. Il aurait été ravi de réussir enfin à lui arracher la Baguette de Sureau qu'elle tenait fermement dans sa main droite.
— Mais qu'attendez-vous donc ? demanda le professeur McGonagall avec impatience.
— Stupéfix !
C'était Matilde qui avait brusquement crié la formule avant même d'avoir pris conscience qu'elle avait ouvert la bouche et agiter du même coup sa baguette magique en direction de Harvey. Cependant, avec exaspération profonde, rien ne se produisit et Harvey n'esquissa même pas un geste pour tenter de parer son sortilège nul et non avenu. D'un air moqueur, il lui adressa son sourire carnassier et sous le regard perplexe de McGonagall, il leva sa propre baguette, probablement pour lui démontrer encore une fois comment un sortilège se devait d'être proprement effectué.
Mais Matilde n'abandonna pas la partie. Avant qu'il ne prononce sa formule, elle s'écria de nouveau :
— Stupéfix !
Et cette fois-ci, le sourire de Harvey se figea sur son visage et s'effondra dans un tourbillon de cape orangée aux pieds du professeur McGonagall. Celle-ci réagit prestement mais Matilde s'était déjà ruée sur elle pour lui arracher sa baguette de force.
— Ne bougez plus ! ordonna Matilde, pantelante.
Sans parvenir à camoufler son expression de triomphe, elle pointait les deux baguettes simultanément sur le professeur McGonagall.
— À présent, conduisez-moi à Ste Mangouste !
Mais des bruits de pas précipités résonnèrent soudain dans la pièce adjacente et le cœur de Matilde manqua un battement. Instinctivement, sans cesser de menacer McGonagall de sa propre baguette, elle dirigea la Baguette de Sureau vers la porte grande ouverte menant au salon puis attendit une fraction de seconde avant que l'infirmière Pomfresh surgisse dans la chambre. Aussitôt, elle manifesta la même expression d'horreur que McGonagall avait exprimé un peu plus tôt devant la scène sanglante dont une forme inerte de plus s'ajoutait aux deux autres, immobiles, trempant dans la mare écarlate de sang de Ranbbie.
— Où sont les autres ? demanda McGonagall d'un ton inquiet.
C'est alors que Madame Pomfresh remarqua Matilde et la Baguette de Sureau dirigée droit sur elle.
— Minerva, dit-elle, terrifiée, vous aviez mentionné dans votre message que vous la teniez…
— Je sais, interrompit le professeur McGonagall avec agacement, mais comme vous pouvez le constater, Anarcus et moi avions eu quelques petits désagréments.
— Ah… je vois…, dit Madame Pomfresh en regardant Matilde avec appréhension.
Puis pour répondre à la question de McGonagall, elle ajouta :
— Filius et Pomona ne vont pas tarder à arriver.
— Bien, dit McGonagall qui parut satisfaite, dans ce cas, nous allons les attendre tranquillement.
Matilde sentit l'irritation monter en elle.
— Mais cessez donc de faire comme si je n'étais pas là ! s'emporta-t-elle en brandissant les deux baguettes en direction des deux femmes. C'est énervant, à la fin !
Elle regarda Madame Pomfresh.
— Vous, occupez-vous de Ranbbie, ordonna-t-elle rigoureusement. Il n'est peut-être pas trop tard pour le sauver… Tandis que vous (elle ramena ses yeux sur le professeur McGonagall qui avait haussé les sourcils) emmenez-moi tout de suite à Ste Mangouste !
Mais aucune des deux femmes ne bougea.
— Sur-le-champ ! vociféra Matilde.
Madame Pomfresh sursauta violemment.
— Là ! Maintenant !
— Je vous ai déjà dit que vous n'irez nulle part ! dit le professeur McGonagall d'un ton catégorique.
Alors Matilde sut que la tâche ne serait pas aisée avec elle. En raison de son air buté, elle paraissait ne jamais devoir changer d'avis. Découragée, elle implora donc Madame Pomfresh qui se trouvait toujours debout, pétrifiée dans l'embrasure de la porte.
— Vous, s'il vous plaît, dites-moi où se trouve l'hôpital Ste Mangouste.
— À… à Londres… bien sûr… bredouilla l'infirmière en jetant de furtifs coups d'œil anxieux sur la Baguette de Sureau avec laquelle Matilde la menaçait.
Soudain, d'autres pas précipités se firent entendre dans le salon et les professeurs Flitwick et Chourave surgirent en trombe dans la chambre de Rogue en bousculant Madame Pomfresh. Après une rapide constatation de l'ampleur des dégâts sur le parquet en sang, tous deux braquèrent instantanément leur baguette sur Matilde.
— Non ! gueula celle-ci avec accablement. Mais laissez-moi donc tranquille ! Je veux seulement aller à Ste Mangouste !
Une main agrippa fermement son poignet gauche. Aussitôt, Matilde balança le bras pour éviter que McGonagall ne reprenne possession de sa propre baguette et ce qui se produisit ensuite la renversa de stupeur. Il y eut une forte détonation et les professeur Flitwick et Chourave, ainsi que l'infirmière Pomfresh, furent subitement projetés dans les airs pour atterrir ensuite dans trois des quatre coins de la chambre. Seul Madame Pomfresh remua faiblement contre la table de chevet qu'elle avait renversée dans sa chute. Les deux autres restèrent immobiles dans leur coin, tout comme Ranbbie, Rogue et Harvey.
Sidérée, Matilde regarda la baguette de McGonagall dans ses mains en essayant de comprendre ce qui venait de se passer.
— Redonnez... redonnez-moi ma baguette, Miss Beauregard, dit McGonagall d'une voix faible.
Matilde la regarda. Elle avait l'air fortement ébranlée.
— Donnez-moi ma baguette, s'il vous plaît...
Elle lui tendit une main hésitante et Matilde recula d'un pas en orientant à nouveau les deux baguettes vers elle avec précaution. Elle voulut lui redemander de la conduire à Ste Mangouste mais McGonagall écarquilla les yeux en s'écriant :
— Non ! Ne faites pas ça ! Je vous en pris !
Effrayée de subir le même sort que ses collègues, elle recula et culbuta malencontreusement contre la masse orangée de Harvey. Sa tête frappa alors la porte de la garde-robe dans un bruit sourd et elle s'effondra à son tour, sur le dos, les bras en croix sur le parquant, assommée, perdant subitement conscience sur le coup.
Un silence lugubre tomba dans la pièce. Debout au milieu de tous ces corps gisant autour d'elle, Matilde se sentit étrange. Elle devait être en train de rêver, de faire un cauchemar… Cette vision incroyable, absurde et ridicule ne pouvait pas avoir de sens avec la réalité. Pourtant, elle était bien éveillée…
Elle secoua la tête. Tout cela devait cesser avant qu'elle ne devienne folle — si du moins elle ne l'était pas déjà — et la seule personne qui pouvait mettre fin à tout ça était incontestablement Dumbledore. Lui seul avait le pouvoir d'arranger les choses, de les dissuader tous de la tuer. Et elle avait la ferme conviction que la Baguette de Sureau parviendrait sans problème à le remettre sur pied. Seulement, elle devait trouver le moyen de se rendre à Ste Mangouste. Or, elle n'avait aucune idée de l'endroit exacte où se trouvait l'hôpital, ni par quel moyen elle pourrait s'y rendre.
Soudain, un éclair de génie lui traversa l'esprit : les Sombrals ! Elle se souvenait de ce que Ranbbie lui avait dit à leur sujet lorsqu'elle en avait aperçu deux par la fenêtre de ses appartements, volant gracieusement au-dessus de la cime des arbres. Si c'était vrai qu'ils avaient un excellent sens de l'orientation, elle pourrait alors se diriger droit vers la forêt, en trouver un, le chevaucher et lui demander de la conduire gentiment à Ste Mangouste…
Matilde se mit alors à rire amèrement dans le silence de la chambre.
C'était stupide comme plan. Complètement absurde et dépourvu de sens logique qu'un sinistre cheval ailé puisse réellement comprendre un seul mot avec lesquelles elle tenterait de communiquer avec lui. Mais néanmoins, Matilde s'y accrocha. Sinon, que pouvait-elle bien faire d'autre ? Espérant que Ranbbie ne s'était pas joué d'elle au sujet des Sombrals, elle se tourna vers la garde-robe de Rogue et s'empara d'une lourde cape de voyage qu'elle étala sur ses épaules. Elle enfila ensuite une paire de bottes noires et crasseuses, beaucoup trop grandes pour elle, mais elle ne pouvait pas se permettre de faire un détour à ses appartements pour récupérer ses propres bottes. C'était trop risqué. Elle pourrait tomber une fois encore sur Rusard et sa chatte démente, Miss Teigne.
L'infirmière tremblait dans son coin et Matilde la soupçonna de faire simplement semblant d'être inconsciente, trop apeurée pour oser se lever et de devoir l'affronter. Cependant, Matilde ne la blâma pas. Pour quelqu'un qui ne savait pas ce qui s'était passé exactement, il était normal qu'on la craigne. Elle se trouvait au beau milieu d'un champ de corps immobiles et baignés dans le sang. Franchement, il y avait de quoi dans cette atmosphère sépulcrale à effrayer le plus grand des sorciers.
Mais Ranbbie était le seul à susciter une grande inquiétude chez Matilde. Même si elle éprouvait de l'amertume envers lui depuis qu'il s'était comporté avec Rogue comme un aliéné, elle ne pouvait cependant pas se résoudre à le laisser là, imbibé de son sang qu'il continuait à perdre lentement, terriblement. Elle n'osait pas vérifier si son pouls battait toujours. Elle était effrayée de découvrir s'il était bel et bien mort. Elle songea alors qu'elle ferait mieux de réanimer Rogue pour qu'il tente de faire quelque chose pour lui, au cas où l'infirmière se trouverait dans l'incapacité de soigner sa griève blessure.
Mais bien évidemment qu'elle prendrait des précautions avant de se lancer dans la réanimation de Rogue ! Il ne fallait pas qu'il se jette à nouveau sur elle pour l'étouffer de ses mains. Elle en portait encore les marques bleuis à son cou, ainsi que de petites incisions rougeâtres aux endroits où il lui avait enfoncé ses ongles dans sa chair.
Faisant le tour de chaque corps inanimés, ses pieds flottant dans ses grandes bottes qui répandaient le sang de Ranbbie partout dans son sillage, elle ramassa toutes les baguettes qu'elle put trouver. Madame Pomfresh tressaillit violemment à son approche et Matilde décida alors de ne pas insister. Elle alla se poster ensuite dans l'encadrement de la porte, la main pleine de baguette magique, puis de l'autre, elle dirigea celle de sureau vers Rogue. Lorsqu'il se réveillerait, elle pourrait aisément déguerpir sans qu'il tente de lui envoyer un sort puisqu'il n'aurait aucune baguette à sa disposition. Et s'il osait se ruer sur elle encore une fois, elle le menacerait de toutes les baguettes. Rogue était au courant des résultats désastreux qu'elle pouvait engendrer avec une baguette autre que celle de sureau — elle ne savait pas comment le savait-il d'ailleurs, mais elle s'en fichait. Il serait alors forcé à se résigner…
Après avoir pris une grande inspiration, elle lança :
— Finite Incantatem !
Rogue resta immobile. Irritée, Matilde songea qu'il était ironique que la baguette la plus puissante au monde ne fonctionnait pas à tous les coups ! Néanmoins, elle renvoya la formule avec plus de volonté :
— Finite Incantatem !
Rogue ne bougea toujours pas. Soudain, une petite voix tremblante se fit entendre près de la table de chevet renversée :
— Ce n'est pas la bonne formule…
Matilde se retourna. L'infirmière avait ouvert les yeux et l'observait d'un air apeuré, recroquevillée sur elle-même au pied du mur.
— S'il a été stupéfixé, c'est Enervatum qu'il faut dire et non Finite Incantatem…
— Ah bon… dit Matilde, abasourdie qu'elle s'avise soudain à l'aider. Heu… merci, ajouta-t-elle maladroitement avant de reporter son attention sur Rogue. Enervatum !
Enfin, Rogue s'agita brusquement par terre et le premier mouvement qu'il fit, fut de se précipiter directement sur Ranbbie. Matilde le regarda lui tâter le cou, sûrement en quête d'une faible pulsation, cherchant à savoir s'il était toujours vivant, puis, d'un geste fébrile, il passa sa main sous sa cape trempée de sang mais, apparemment, il ne trouva pas ce qu'il y cherchait désespérément…
Alors Matilde se sentit soudainement stupide. Comment allait-il arriver à soigner Ranbbie s'il n'avait pas sa baguette magique ?
C'est seulement à ce moment que Rogue, avec un cri étranglé, remarqua enfin tous les corps des professeurs, éparpillés autour de lui. Son regard balaya l'horrible scène qui s'étendait dans toute sa chambre, puis ses yeux noirs ne tardèrent pas à s'arrêter sur Matilde.
Dans l'encadrement de la porte, cette dernière n'avait pas bougé. Elle restait bêtement aussi immobile que toutes les formes inertes sur le parquet ensanglanté et regardait silencieusement Rogue, perplexe.
— Vous ! s'exclama-t-il, le visage blêmissant.
— Il… il est encore vivant ? demanda Matilde d'une voix timide. Parce que si c'est le cas, je vous échangerai volontiers votre baguette contre ma liberté de quitter ces lieux sans que vous tentiez à nouveau de me tuer…
Rogue fut sans voix, toujours aussi déconcerté de se retrouver dans une telle situation horrible.
— Mais il va falloir d'abord me la décrire pour que je puisse l'identifier parmi les autres, poursuivit-elle en désignant l'amas de baguette qu'elle tenait dans sa main gauche.
— C'est… c'est vous qui avez fait ça ? interrogea Rogue à voix basse.
Il scrutant de nouveau la pièce autour de lui. L'infirmière Pomfresh n'avait pas bronché, n'osant pas parler, se contentant de les observer sans faire de bruit.
— En quelque sorte, répondit laconiquement Matilde.
Le visage de Rogue passa alors instantanément du blanc au rouge alarmant. Il tendit la main devant lui.
— Donnez-moi ma baguette, ordonna-t-il.
— Vous devez me promettre avant tout que vous ne tenteriez pas encore de me tuer.
— Donnez-moi ma baguette, répéta-t-il d'une voix forte et froide.
Il se releva lentement, les yeux étincelant, menaçant.
Prise d'effroi, Matilde recula dans le salon jonché de livres, trébuchant à chaque pas à cause de ses bottes trop grandes. Son cœur s'était remis à battre à toute vitesse.
Selon vous, a-t-elle bien fait de réanimer Rogue... ? La suite demain sans fautes ! ;)
