Ha ha ! Voyez-vous que ça marche quand on me harcèle pour la suite avec impatience ? Je suis tellement motivée que je parviens à me lever très tôt le matin pour vous envoyer la suite avant que ma journée remplie commence. Et sachez que ça ne me gêne pas. Je le fais par amour pour vous ! xD Vos reviews me font tellement plaisir !

Merci à toi, Matsuyama, pour ton commentaire constructif. Je me suis empressée de corriger ça. S'il y en a d'autres qui me trouvent des choses à corriger, ne vous gênez surtout pas, parce que si j'ai écrit cette fic, c'était principalement pour apprendre à écrire un roman. Alors je suis très ouverte aux critiques constructives. :)

(L'hôpital Ste Mangouste appartient à J.K. Rowling)

Je vous souhaite une bonne lecture ! :)

Chapitre 43
L'hôpital Ste Mangouste

Jamais Matilde ne s'était déplacée à une telle vitesse folle. Le Sombral filait résolument dans la nuit, ses longues ailes battant à peine tandis qu'elle fermait les yeux et enfouissait son visage dans la crinière soyeuse du cheval pour se protéger du vent qui lui sifflait aux oreilles, et par la même occasion, éviter un affreux vertige en regardant en bas. La large et longue cape de Rogue claquait violemment derrière elle et l'air froid lui flagellait les bras et ses pieds nus, étroitement serrés autour de l'encolure et les flancs osseux de la bête. Elle espérait de tout cœur que le voyage ne serait pas trop long. Elle sentait déjà ses jambes s'engourdir et elle n'osa pas changer de position, terrifiée à la pensée qu'elle pourrait malencontreusement basculer dans le vide.

Mais le Sombral continua à voler ainsi pendant plusieurs heures d'atroces souffrances. Le visage toujours enfoui dans la crinière du cheval sans jamais oser ouvrir les yeux une seule fois, Matilde était venue à ne plus sentir du tout ses membres, tant son corps était frigorifié jusqu'aux os. La seule partie de son corps qui n'avait pas gelée, était sa poitrine qui continuait à la brûler d'une douleur cuisante et elle appréhendait avec effroi le moment où elle finirait par s'évanouir et de relâcher du même coup ses muscles figés dans le vent hivernal…

Le Sombral changea brusquement de direction en pointant sa tête vers le sol et elle manqua de chuter par-dessus son encolure. Les yeux à présent grands ouverts, le cœur battant à tout rompre, alors qu'elle se cramponnait fermement au cheval, elle distingua, sous le ciel rougeâtre de l'aube, les phares rouges des voitures qui défilaient sur les innombrables routes, serpentant dans la ville de Londres, tels des insectes lumineux, et les lueurs jaune pâle qui se filtraient à travers les fenêtres des immeubles.

Le Sombral descendait en piqué, droit sur les trottoirs. Matilde referma étroitement les yeux en resserrant son étreinte sur l'animal et attendit le choc brutal de l'atterrissage. Mais elle ne le sentit pas. Le Sombral se posa avec toute la délicatesse d'une plume, sur une large allée bordée de magasins. Au travers les vitrines illuminées, on pouvait reconnaître plusieurs Pères-Noël accompagnés de guirlandes, de sapins scintillants et de nombreux jouets multicolores. Avec toutes ces péripéties accablantes qui s'étaient succédées sans relâche, Matilde avait oublié que Noël arrivait dans quelques jours…

Le corps douloureux, entièrement meurtri par le froid, elle se laissa glisser à terre. Mais dès l'instant où ses pieds touchèrent le sol, ses jambes se dérobèrent sous son poids et elle s'effondra mollement dans la neige. Elle resta ainsi, étendue à plat ventre, écoutant distraitement les bruits du trafique de Londres, se mêler au son du sifflement du vent qui s'était imprégné dans le fond de ses tympans à force de lui avoir mutilé les oreilles de façon acharnée tout le long de son périple dans les airs. Puis elle sentit qu'on tirait sur sa cape : le Sombral essayait encore une fois de lécher le sang sur sa robe. Relevant la tête, Matilde chercha à apercevoir un quelconque édifice qui ressemblerait à un hôpital, mais elle ne vit que des bâtiments se révélant n'être que d'ordinaires magasins, décolorés par la clarté orangée des réverbères.

— Mademoiselle, dit soudain une voix de femme, quelque part au-dessus d'elle. Mademoiselle, est-ce que ça va ?

Une femme quadragénaire avec une tuque blanche à pompon, portant un manteau en peau lainée, se pencha sur Matilde d'un air inquiet, et l'aida à se relever.

— Je vais bien, répondit faiblement Matilde en s'appuyant sur elle.

Tout son corps était secoué de violents tremblements et elle arrivait à peine à ressentir l'extrémité de ses membres. Le Sombral était toujours près d'elle, rejetant sa longue crinière noire en arrière d'un secouement de tête de dragon. Il la regardait de ses yeux blancs et luisants, et curieusement, la femme ne fit pas attention à l'animal. Elle observait Matilde avec une expression horrifiée.

— Mon Dieu ! s'exclama-t-elle. Mais tu es gelée… et couverte de sang…

— Je vais bien, répéta Matilde, je vais bien…

Mais la femme ne l'écoutait plus.

À l'aide ! hurla-t-elle brusquement à qui pouvait bien l'entendre, sa voix semblant résonner dans toute la ville de Londres. À l'aide ! S'il vous plaît ! Quelqu'un !

— Non, s'écria Matilde, taisez-vous ! Je vais bien, je te dis !

Elle s'éloigna de la femme dans l'intention de lui montrer qu'elle pouvait très bien se tenir debout toute seule, mais ses jambes, complètement engourdies, flanchèrent de nouveau sous son poids et elle retomba à genoux dans la neige.

— J'appelle une ambulance, déclara fermement la femme en tirant un portable de sa poche.

— Non, ce ne sera pas nécessaire, je me rendais justement à un hôpital !

Mais encore, la femme ne l'écoutait pas et, d'un geste fébrile, elle s'apprêta à composer le 9-1-1. Mais au moment où son doigt enfonçait le 9 sur le clavier de son appareil électronique, avec une soudaine énergie due à l'affolement, Matilde se releva et lui arracha le portable des mains. La femme la regarda d'un air surpris.

— Mais qu'es-ce que tu fais ?

— Je n'ai pas besoin d'une ambulance, scanda Matilde, irritée.

— Mais enfin, regarde-toi. Tu es gravement blessée, ça se voit. Allez, donne-moi ça, dit-elle en esquivant un geste pour reprendre son portable, je veux seulement t'aider…

— Si vous voulez m'aider, dit Matilde en refusant de lui redonner son appareil électronique, vous n'avez qu'à me dire où se trouve l'hôpital.

— L'hôpital ? Quel hôpital ?

— L'hôpital Ste Mangouste. Vous connaissez ? Elle devrait être dans le coin…

La femme parut déconcertée.

— Heu… je ne connais pas d'hôpital Ste Man… Comment dis-tu ? Ste Mangouste ? En fait, je n'ai jamais entendu parler qu'un hôpital se tenait dans le coin…

Évidemment qu'elle n'était pas au courant, songea Matilde avec exaspération. Ce n'était pas une sorcière. Elle ne pouvait donc pas l'aider…

Un fracas tonitruant retentit et toutes deux se retournèrent. Le Sombral avait fait tomber une poubelle située devant un bâtiment en briques rouges dont la façade à l'aspect miteux indiquait : Purge & Pionce Ltd. Apparemment, il avait dû s'occuper à fouiller le fond de la poubelle en quête de déchets comestibles.

— Le vent, sans doute, murmura la femme en regardant la poubelle renversée.

Son contenu s'étalait dans la neige devant elle, et elle ne remarquait pas la présence du Sombral qui secoua de nouveau sa tête reptilienne en grattant la neige sous ses sabots.

Matilde ne savait plus quoi faire. Comment pouvait-elle espérer trouver un hôpital de sorcier au beau milieu d'une ville Moldue ? Elle devait sûrement être bien cachée comme on avait dissimulé le qua la gare de King's Cross. Peut-être s'agissait-il encore de traverser un mur quelque part ? Mais elle n'allait quand même pas se heurter sur tous les murs dans le coin dans l'espoir qu'il y en ait un qui consentirait à s'ouvrir pour la laisser passer ! Ce serait stupide ! Elle était déjà assez esquintée comme ça, ce n'était pas la peine d'en rajouter. Elle tremblait de toute part en claquant des dents et avait l'impression que des millions d'aiguilles glacées lui transperçaient la peau. D'ailleurs, elle n'était même pas certaine que le Sombral l'avait bel et bien emmenée devant l'entrée secrète de l'hôpital Ste Mangouste. C'était un animal, après tout. Et ce ne serait donc pas impossible qu'il ait atterri au hasard dans une ville autre que Londres…

— Tu as vu ? dit la femme, ahurie, en désignant du doigt un emballage de chip que le Sombral léchait avidement au milieu des ordures jonchant la neige. Ça bouge tout seul…

Matilde imagina ce qu'on devait ressentir en voyant un emballage de chip bouger de lui-même et s'empressa d'aller ramasser le déchet sur le sol.

— Ce n'est rien, rassura-t-elle alors que le Sombral essayait de le ressaisir dans ses mains. Ce n'était qu'une souris…

— Je n'aime pas cet endroit, dit la femme, parcourue d'un frisson. Ça me fout la trouille chaque fois que je passe devant…

Matilde leva les yeux vers les mannequins sinistres et démodés que présentaient les vitrines de Purge & Pionce Ltd. Un écriteau suspendu derrière les portes givrées signalait : « Fermé pour rénovation ».

— Il a déjà été ouvert ?

— Jamais depuis que je suis emménagée dans le coin. C'est toujours fermé pour rénovation.

Alors Matilde laissa tomber l'emballage de chip et contempla avec intérêt la façade en briques rouges du magasin et les mannequins écaillés, disposés au hasard derrière les vitrines, la perruque de travers. Ce pourrait-il que ce soit l'entrée secrète de l'hôpital Ste Mangouste ?

— Dis, tu me redonnes mon portable ? demanda la femme dans le dos de Matilde.

— Heu… oui… tout de suite…

Elle se retourna et le lui tendit. Le Sombral s'était éloigné un peu plus loin et fouillait à présent une nouvelle poubelle près d'un banc de parc.

— Tu n'as même pas de bottes, fit remarquer la femme en remettant son portable dans la poche de son manteau. Je ne peux quand même pas te laisser dans cet état ! Il n'y a rien que je peux faire pour toi ? Je peux t'appeler un taxi si tu veux. Il saura sûrement où se trouve l'Hôpital Ste Mangouste…

— Non ça va, coupa Matilde.

Elle s'approcha de la vitrine où un mannequin de femme très laid semblait la regarder sous ses faux-cils à moitié décollés, affublé d'une robe-chasuble en nylon vert, et posa ses mains sur la vitre qui se manifesta, naturellement, bien résistante.

— Qu'est-ce que tu fais ? interrogea la femme qui était restée sur le trottoir derrière elle, ne s'étant toujours pas résignée à la laisser tranquille.

Matilde ne répondit pas, feignant de ne pas l'avoir entendue. Mais dès qu'elle aperçut son reflet dans la vitrine, là où son souffle avait dessiné un cercle de buée sur le verre, elle ne pouvait plus en vouloir à la femme de s'inquiéter tant pour sa santé. Elle était dans un état épouvantable : ses cheveux ébouriffés, entremêlés de brindilles de bosquet, cernaient son visage égratigné de partout. Ses lèvres étaient craquelées par le froid et des éclaboussures de sang séché parsemaient ses joues et son nez, sans parler des horribles ecchymoses qu'elle avait au cou, à l'endroit où Rogue lui avaient enfoncé ses ongles dans le but de l'étrangler. Le sang de Ranbbie était toujours bien visible sur sa robe et sur ses bras, lui donnant l'aspect d'une tueuse en série qui venait tout juste d'éventrer sa dernière victime, et il lui sembla alors impossible que la femme n'eût pas encore appelé la police.

— Qu'est-ce que tu fais ? répéta cette dernière un peu plus fort, en s'approchant de Matilde.

— Je regarde le mannequin, répondit sobrement celle-ci.

Elle savait que c'était l'entrée de l'hôpital. Elle le sentait. Il lui suffisait seulement de découvrir le code. Ça ne devait pas être aussi difficile que de traverser la barrière du Quai 9 ¾.

— Mais pourquoi regardes-tu le mannequin comme ça ? Tu es gelée ! Cours vite chez toi pour te réchauffer ! Je te le répète, je peux appeler un taxi pour toi et ça ne me gênerait pas de payer…

Matilde ne l'écoutait pas. Elle faisait travailler frénétiquement ses méninges. Tout pouvait être possible dans le monde de la magie. Tout… Alors elle regarda de nouveau le mannequin dans les yeux et parla d'une voix mal assurée :

— Salut… Heu… Je suis bien à l'hôpital Ste Mangouste ?

— Ça y est, elle est folle ! déclara la femme en aparté derrière elle. J'appelle la police…

Mais avant que Matilde ne songe à se retourner pour empêcher son geste, le mannequin hocha très légèrement la tête et son cœur fit un bond périlleux dans sa poitrine.

— Par où dois-je entrer ? s'empressa-t-elle de demander avec vigueur.

Mais le mannequin resta immobile derrière la vitre. Peut-être ne pouvait-il pas parler ? En tout cas, ce fut la femme derrière elle qui lui répondit d'un ton incrédule :

— Te rends-tu compte que tu es en train de parler à un mannequin ?

Ignorant la remarque de la femme, Matilde se précipita sur les portes givrées du bâtiment et tira de toutes ses forces sur les poignées. Les portes étaient implacables. Elle sortit alors sa baguette magique — prenant soin de s'assurer qu'il s'agissait bien de celle de sureau — et pointa la serrure.

Alohomora !

Mais elle n'entendit pas de déclic. Habituée au fait qu'il lui fallait parfois plusieurs essais avant que sa baguette daigne à lancer un sort, elle s'écria de nouveau :

Alohomora !

Toujours aucun déclic.

— Mais enfin, dit la femme qui l'observait d'un air troublé, tu te prends pour une magicienne ou quoi ?

— Fichez-moi donc la paix, lui lança Matilde, irritée, sans avoir pu se retenir.

Elle retourna devant le mannequin affublé d'une robe-chasuble en quête d'un indice qui lui révélerait l'entrée de l'hôpital.

— Mais enfin, en voilà des manières ! s'emporta la femme. Tout ce que j'essaie de faire, moi, c'est de t'aider ! Et toi…

— Je n'ai pas besoin d'aide, répliqua Matilde d'un ton agacé.

Elle rangea sa baguette avec les autres dans la poche de sa cape, appuya une fois encore ses deux mains sur la vitrine et releva les yeux dans ceux du mannequin.

— Je veux entrer à Ste Mangouste, articula-t-elle en guettant le moindre mouvement du mannequin.

Mais il ne bougeait toujours pas.

— Mais je peux t'aider à te rendre à Ste Mangouste, s'écria la femme d'un ton cinglant. C'est dimanche, je ne travaille pas. Je suis entièrement disposée à t'aider…

— Je veux voir Dumbledore ! déclara Matilde d'une voix sonore, couvrant la voix de la femme qui commençait sérieusement à lui taper sur les nerfs.

Alors, au même moment où la femme exaspérante lui demandait qui était Dumbledore, le mannequin hocha de nouveau la tête et fit un furtif signe de ses doigts joints. Les mains de Matilde s'enfoncèrent alors brusquement au travers la vitre, comme si le verre avait soudainement fondu à cette endroit, mais elle ne vit pas ses mains réapparaître de l'autre côté de la vitrine. Avec un petit cri de surprise, elle recula en retirant ses mains du verre. Elle se retourna ensuite instinctivement vers la femme et vit alors le reflet de sa propre stupeur dans son expression. Cependant, la femme resta bouche bée lorsque Matilde se ressaisit instantanément pour reposer lentement ses doigts sur la vitre avec précaution.

— Arrête ! cria la femme avec effroi. Ne fais pas ça !

Mais Matilde, une fois encore, ne fit pas attention à elle. Elle venait enfin de découvrir l'entrée de l'hôpital Ste Mangouste. Alors, tandis que la femme poussait des hurlements terrifiés dans son dos, elle traversa la vitrine comme s'il s'agissait d'un rideau d'eau fraîche et lorsqu'elle se trouva de l'autre côté, les hurlements se turent subitement et une accueillante chaleur l'enroba, lui faisant prendre brusquement conscience à quel point elle était gelée. Ses doigts et ses pieds nus restaient douloureusement engourdis par le froid.

Devant elle, il y avait maintenant un hall d'accueil qui n'avait rien à voir avec un magasin de vêtements démodés. Des rangées de chaises en bois étaient occupées par de nombreuses personnes qui patientaient, lisant tranquillement de vieux magasines ou journaux. La plupart des patients semblaient normaux, mais certains firent frissonner Matilde. Un sorcier assis au bout du deuxième rang, le visage couvert de cloques verdâtres, tenait sa longue langue violacée dans ses mains pour éviter qu'elle ne traîne par terre, et dans un coin, une petite sorcière replète reniflait bruyamment, le visage et les bras entièrement recouvert de nez. Il y avait aussi un vieux sorcier à l'air renfrogné dont les coins de sa bouche frémissaient de temps en temps pour laisser échapper d'étranges essaims de bulles roses et bleues.

Bien qu'elle fût couverte de sang, personne ne fit attention à Matilde lorsqu'elle s'avança silencieusement vers une femme blonde à l'allure austère, assise derrière un comptoir où il était écrit : « Renseignement ». Derrière elle, parmi un amoncellement d'affiches et d'avis qui recouvraient la quasi-totalité du mur, un grand portrait représentant une sorcière aux longues boucles argentées l'observa d'un air intrigué.

— Je peux vous aider ? demanda la femme blonde et Matilde détourna aussitôt les yeux du portrait.

— Heu… oui… répondit-elle timidement. Je viens voir Dumbledore…

— Je suis désolée mais Albus Dumbledore ne prend pas de visiteur, répliqua sèchement la femme blonde dans une imitation frappante du professeur McGonagall. À moins que vous ayez une autorisation sur parchemin ? ajouta-t-elle en haussant les sourcils.

— Heu…, dit Matilde, prise de court. Heu… non… pas vraiment, mais…

— Suivant !

Un homme à la carrure d'un gorille la bouscula brusquement et s'adressa à la femme blonde d'une étonnante petite voix aiguë inopinée :

— C'est cette praline que j'ai mangée…

Matilde n'écouta pas le reste de son histoire. Outrée, elle n'arrivait pas à croire qu'elle avait supporté un tel voyage pénible à dos de Sombral pour en arriver là. Mais elle ne devait pas se laisser décourager pour autant, pas à présent qu'elle était si près de son but ! Que cette femme rigoureuse le veuille ou non, elle se rendrait à la chambre de Dumbledore !

— Rendez-vous au troisième étage, dit la femme blonde à l'homme à la carrure de gorille.

— Écoutez, lui dit Matilde, déterminée, dès que l'homme lui céda le champ libre devant le comptoir. Pouvez-vous au moins me dire dans quelle chambre se trouve…

— Encore vous ? s'étonna la femme d'un air agacé en l'interrompant froidement. Mais je viens de vous mentionner que les visites ne sont pas admises…

— Je sais, coupa Matilde. Mais peut-être consentirez-vous au moins à…

— Suivant !

De nouveau, Matilde fut bousculée par quelqu'un d'autre.

« Vieille chipie ! » fulmina-t-elle mentalement.

Puis elle remarqua le plan affiché au mur près du comptoir. Il indiquait que pour les accidents matériaux, c'était au rez-de-chaussée qu'il fallait se rendre, et pour les blessures par créatures vivantes : premier étage. Virus et microbes magiques : deuxième étage ; empoisonnement par potions et plantes : troisième étage. Et enfin, pathologie des sortilèges : quatrième étage. C'était sûrement au quatrième étage que ce trouvait Dumbledore !

Sans tarder une minute de plus, elle se précipita à travers la double porte qui se situait à droite du comptoir, puis aboutit dans un long couloir étroit où arpentaient quelques sorciers et sorcières vêtus d'un sarrau vert qui la regardèrent d'un air soupçonneux, alors que d'autres ne firent tout simplement pas attention à elle. De nombreux portraits qui devaient indubitablement représenter d'anciens médecins s'alignaient le long des murs et l'endroit était éclairé par de curieux globes de cristal remplis de chandelles scintillantes, flottant légèrement à quelques centimètres du plafond.

— Vous semblez être une victime d'un croup, si je ne m'abuse, dit soudain un sorcier à la barbe en pointe, représenté dans un portrait près de Matilde.

— Heu… c'est quoi un croup ?

— Vous ne connaissez pas les croups ? s'indigna le sorcier à la barbe en pointe.

— Non, et pour tout vous dire, je m'en fiche un peu. J'ai des choses plus importantes à faire que de parler de croups en ce moment.

Et elle pressa le pas.

— Plus importantes que de vous souciez de votre santé ? cria le portrait alors qu'elle trouva l'escalier qui accédait aux étages supérieurs, derrière une seconde porte double.

Elle se hâta de grimper les marches branlantes et fut vite exaspérée de découvrir d'autres portraits de médecins accrochés aux murs qui ne cessèrent de l'interpeller pour lui diagnostiquer toutes sortes de maladies absurdes et de lui proposer des remèdes des plus insolites jusqu'à ce qu'elle parvienne, les jambes empreintes d'un nouveau début d'engourdissements, au palier du quatrième étage.

— Je vous le répète, cria un sorcier aux cheveux gris et broussailleux, particulièrement obstiné par rapport aux autres — il avait suivi Matilde de portrait en portrait, bousculant leur occupant légitime, jusqu'au quatrième palier —, je suis convaincu que des Botrucs ont fait leur nid dans vos cheveux et que c'est pour ça que vous vous réveillez chaque matin avec des égratignures en plus ! Et votre teint bleui…

— J'ai atterri dans un bosquet, répliqua Matilde avec colère avant de pousser la porte du service de pathologie des sortilèges.

Le couloir étroit qui se présenta devant elle était exactement semblable à celui du rez-de-chaussée, excepté qu'il était moins fréquenté par les médecins vêtus du sarrau vert. De nombreuses portes s'alignaient sur les murs, et avec un pincement au cœur, Matilde remarqua qu'il n'y avait pas la moindre fenêtre qui s'y découpaient, compliquant amèrement les choses. Elle n'allait tout de même pas ouvrir chaque porte, violant ainsi l'intimité des patients jusqu'à ce qu'elle tombe enfin sur la bonne chambre, celle de Dumbledore… !

— Ici, vous êtes au service de pathologie des sortilèges, mentionna un autre portrait qui représentait une sorcière à l'air réfléchi avec un genre de bagnolet de fine mousseline sur la tête. Le service des blessures par créatures vivantes est au premier étage…

— Je sais, répondit sèchement Matilde qui commençait à en avoir assez des portraits qui parlent. Je ne suis pas venue ici en tant que malade. Je viens rendre visite à quelqu'un !

— Fort bien, répliqua la sorcière au bagnolet, d'un air offensé, inutile de vous exprimer sur ce ton impertinent, mademoiselle !

— Désolée, dit froidement Matilde avant d'apercevoir une porte près du portrait sur laquelle une plaque en cuivre indiquait : « Service de pathologie des sortilèges ».

Elle poussa la porte.

La petite pièce était faiblement éclairée par une étroite et unique fenêtre aménagée tout en haut du mur qui faisait face à la porte. De timides rayons de soleil levant s'y filtraient, teintant d'une couleur orangée la surface d'un comptoir derrière lequel une sorcière moyenâgeuse se tenait. Près de l'entrée, assis sur des chaises en bois, trois sorciers patientaient en lisant des revues de Sorcière-Hebdo.

— Vous savez que vous êtes au service de pathologie des sortilèges ? demanda la sorcière moyenâgeuse, en observant Matilde s'avancer vers elle.

— Oui, répondit cette dernière, en s'efforçant de paraître polie cette fois. Je suis seulement venue vous demandez dans quelle chambre on peut trouver Dumbledore.

— Pourquoi ?

Matilde avait espéré qu'elle répondre simplement à sa question sans la relancer d'une autre mais, apparemment, cela aurait été trop facile.

— Heu… parce qu'il est important que je le vois…

— Je suis désolée, mais Albus Dumbledore n'est pas en mesure de recevoir de la visite…

— N'est pas en mesure ? répéta Matilde en fronçant les sourcils. Qu'est-ce que ça signifie ?

— Tout simplement qu'aujourd'hui, les visites ne sont pas admises dans la salle où repose Albus Dumbledore, répondit aimablement la femme moyenâgeuse.

— Vous voulez dire que, encore hier, il pouvait recevoir de la visite mais que spécialement aujourd'hui, il ne peut plus… ?

Matilde eut l'impression que son estomac se remplissait de plomb à mesure que la sorcière derrière le comptoir lui répondait :

— Eh oui, c'est comme ça. Je ne sais pas pourquoi mais, il y a encore à peine une heure et demie, on m'a formellement interdit d'accepter toute forme de visite dans la chambre de Dumbledore. Sans doute pour des raisons précises mais je ne les connais pas…

Mais Matilde les connaissait bien ces raisons précises : Rogue s'était incontestablement empressé d'entrer en communication avec Ste Mangouste pour tenter de l'empêcher de s'approcher de Dumbledore. Il était peut-être même présent dans l'établissement en cet instant et il attendait le meilleur moment pour bondir sur elle et la tuer du même coup. Encore une fois, Matilde se traita de parfaite imbécile, en réalisant trop tard qu'elle n'aurait jamais dû clamer à tout le monde qu'elle allait à Ste Mangouste…

— … vous aurez plus de chances si vous reviendriez demain, termina la sorcière en la contemplant d'un air navré.

Prise de nausée, Matilde secoua la tête.

— Non… non, pas demain… tout de suite… S'il vous plaît, vous n'avez qu'à me dire derrière quelque porte se trouve Dumbledore…

— Mais je ne peux pas…

— C'est important !

— Écoutez, mademoiselle, ce n'est pas parce que je ne le veux pas, dit la femme avec sérieux, c'est parce que je risquerais de perdre mon…

— Je suis venue lever le maléfice ! s'écria Matilde d'une voix sonore.

La femme parut alors interloquée. Les trois sorciers assis sur les chaises en bois tenaient toujours leur revue de Sorcière-Hebdo devant leur nez, mais ils ne lisaient plus. Comme la femme derrière le comptoir, ils regardaient Matilde avec hébétude. Puis la voix glaciale que Matilde exécrait le plus au monde résonna brusquement dans la petite pièce :

— Ça suffit, Miss Beauregard ! À présent, vous allez gentiment me suivre tandis que je vous ramène à Poudlard…

La suite demain sans faute ! :) Et je vous promets beaucoup d'action...