Ah non ! Ah non ! Ah non ! Je n'arrive pas à croire qu'on soit déjà rendu à ce chapitre. La fin me menace déjà d'arriver trop vite...

Mais je suis tout de même contente de vous envoyer cette suite qui j'espère vous plaira parce que c'est le GRAND chapitre d'action ! =)

Je veux vous remercier encore - et oui et toujours ! - pour vos reviews tellement encourageantes qui ont fait en sorte que je peux commencer à écrire mon premier roman en me basant sur vos commentaires. :) Souhaitez-moi bonne chance, j'en aurai toujours besoin ! :D

Merci encore à Flaye's qui vient d'ajouter aussi ma fic dans ses favoris !

(L'hôpital Ste-Mangouste appartient à J.K. Rowling)

Maintenant : Bonne lecture ! :)

Chapitre 44
Baguettes et décombres

Matilde se retourna, horrifiée. Rogue était debout dans l'encadrement de la porte, une main glissée sous sa longue cape, serrant immanquablement sa baguette magique, à l'affût. Pour une fraction de seconde, elle crut qu'il la regardait d'un air inquiet, étant donné l'état épouvantable qu'elle présentait avec ses multitudes de blessures au visage et son teint bleui par le froid. Mais c'était sûrement son imagination qui lui jouait des tours puisque ses yeux noirs ne tardèrent pas à se remettre à briller de leur éternelle malveillance.

— Suivez-moi, dit-il.

Matilde s'était déjà concocté à la hâte un nouveau plan dans sa tête lorsqu'elle fit semblant de se résigner à suivre Rogue dans le couloir, jetant un dernier coup d'œil aux trois sorciers et à la sorcière moyenâgeuse derrière le comptoir. Tous avaient gardé leur expression ahurie et perplexe.

Rogue s'arrêta devant la porte double qui donnait accès à la cage d'escalier et se tourna vers elle.

— Donnez-moi toutes vos baguettes, exigea-t-il.

Le fusillant du regard, Matilde plongea la main sous sa cape et Rogue s'empressa de tirer la sienne par précaution. Elle suspendit alors son geste, méfiante.

— Vous m'aviez dit que vous n'oseriez pas me défier tant que je détiendrai un tas de baguettes dangereuses entre mes mains, rappela-t-elle tandis que deux sorciers vêtus du sarrau vert des médecins poussaient la double porte derrière Rogue sans leur manifester le moindre intérêt.

Rogue retroussa les lèvres en un rictus méprisant.

— Et vous, dit-il d'une voix onctueuse, oseriez-vous me défier ?

Ils échangèrent un regard noir. La main gelée de Matilde se referma au hasard sur l'une des baguettes dans le fond de sa poche et pria de toutes ses forces pour que celle-ci soit n'importe laquelle excepté celle de Dumbledore. Rogue leva sa baguette d'une façon menaçante.

— Cessez de jouer, Miss Beauregard. Vous savez bien que cela ne sert à rien de résister. Résignez-vous !

— Je me résignerai lorsque j'aurai eu enfin la chance de sauver Dum…

— Vous ne pouvez rien faire pour lui ! trancha Rogue.

— Alors prouvez-le moi, lança Matilde, désespérée, amenez-moi dans sa chambre et laissez-moi essayer. On verra bien…

— Non.

— Pourquoi ? demanda Matilde avec force.

— Parce que c'est ainsi ! répondit Rogue laconiquement.

— Ce n'est pas une bonne réponse !

Au même moment, une porte à leur droite s'ouvrit et la tête d'un médecin apparut dans l'entrebâillure.

— S'il vous plaît, dit-il d'un air irrité, c'est un hôpital ici. Il y a des patients qui aimeraient dormir.

— Désolé, dit froidement Rogue et Matilde profita de la distraction pour sortir rapidement sa baguette magique et l'agiter vivement en direction de la poitrine de Rogue.

Soulagée de constater que la baguette qu'elle serrait dans ses doigts frigorifiés appartenait à McGonagall et non à Dumbledore, elle vit le résultat qu'elle escomptait se réaliser. Sans avoir eu besoin de prononcer une quelconque formule, suite à une détonation de tonnerre, Rogue culbuta à travers la porte double derrière lui, et dans une chute spectaculaire, il disparut en bas des marches branlantes. Puis, suite à une succession d'affreux bruits sinistres qui laissaient sous-entendre un déboulement particulièrement douloureux jusqu'au palier du troisième étage, prestement, Matilde pointa la baguette de McGonagall sur le médecin qui n'avait rien manqué de la scène et qui, pétrifié dans l'encadrement de la porte, parut horrifié, la mâchoire pendante.

— Dites-moi où se trouve Dumbledore ! ordonna Matilde avec toute l'autorité dont elle était capable. Où est-il ?

— Heu… il… il est…

— Mais qu'est-ce qui se passe ? retentit alors une voix que Matilde reconnut pour être celle de la femme moyenâgeuse, ébranlée par la détonation qu'elle venait d'entendre.

Matilde fit volte-face. Comme la femme du comptoir, plusieurs autres sorciers avaient passé leur tête dans l'entrebâillure des portes du couloir. Certains avaient l'air intrigués, d'autres semblaient apeurés, et Matilde vit un sorcier doté d'une paire d'oreilles semblables à celles d'un âne lui lancer avec colère :

— Ce n'est pas un peu fini tout ce tapage ? Si on ne peut plus faire la grasse matinée alors çà !

Le cœur de Matilde se mit à lui tenailler les côtes. Elle devait trouver Dumbledore et vite, avant qu'on ne tente de l'immobiliser. Elle se retourna vers le médecin au teint livide, qui lui avait paru disposé à lui répondre avant qu'il ne soit interrompu par la femme moyenâgeuse, et s'empressa de lui reposer la question :

— Dumbledore ! Dans quelle chambre est-il ?

Mais avant qu'il n'ouvre la bouche, quelqu'un s'écria « Expelliarmus ! » et la baguette de McGonagall lui glissa des mains comme si elle avait été rattachée par un fil invisible.

— Mademoiselle, ici, si vous voulez des informations, il vous suffit simplement de se rendre au rez-de-chaussée et de vous adresser au comptoir des renseignements, dit sèchement un médecin à l'air mauvais en faisant rouler entre ses doigts la baguette qu'il venait de lui arracher de force. Toutes formes d'agressivité est formellement interdite dans cette établissement et…

— Je veux seulement voir Dumbledore ! s'écria Matilde, au bord de la crise de nerf. Ce n'est pourtant pas compliqué à comprendre ! Il est quelque part derrière l'une de ces portes et si personne ne consent à me dire où est-il, je vais être obligée de le découvrir par moi-même en ouvrant toutes les portes l'une après l'autre !

Ça suffit !

Après un regard éloquent à deux de ses collègues à l'allure costaude, qui l'avaient rejoint aussitôt, le médecin à l'air mauvais s'avança vers Matilde d'un pas décidé. Plusieurs patients s'étaient aventurés dans le couloir, avides de divertissement. D'un geste convulsif, Matilde sortit une seconde baguette de sa poche et le médecin à l'air mauvais s'arrêta instantanément, sur ses gardes.

— Vous allez me dire où est Dumbledore, dit-elle lentement, entêtée.

Soudain, des hurlements horrifiés résonnèrent depuis l'escalier et Matilde comprit qu'on avait dû découvrir à l'instant le corps amoché de Rogue.

— Vite ! Dites-moi où est Dumbledore ! répéta-t-elle en ressentant un début de panique accélérer sa respiration d'un coup.

Mais le médecin ne l'écoutait plus. Un tumulte d'exclamations apeurées et paniquées explosait au même moment dans le couloir et d'autres médecins et patients surgirent de toutes parts, l'air terrifié. En dessous, à l'étage inférieur, les hurlements horrifiés se décuplaient.

Saisissez-la ! cria une voix et les deux médecins à l'allure costaude se ruèrent sur Matilde, la baguette levée.

Mais ils n'eurent pas le temps de lancer le moindre sort puisque Matilde agitait déjà sa baguette vers eux. Les deux médecins furent alors projetés au plafond et retombèrent lourdement sur trois autres médecins qui avaient également sorti leur baguette magique. Ils se débattirent ensuite pour se relever aussitôt, mais trois globes de cristal remplis de chandelles leur fracassèrent sur la tête, dans un bruit de verre brisé. L'un des deux médecins à l'allure costaude resta étendu sur le sol, inconscient.

Expelliarmus ! cria un autre médecin et, une seconde fois, la baguette que Matilde tenait à la main lui échappa comme un savon.

— Nous la tenons ! s'écria le médecin à l'air mauvais en se précipitant sur elle, accompagné par une horde de ses collègues.

Mais Matilde, sous le regard incrédule de ceux-ci, tira une troisième et longue baguette de sa poche, et une explosion assourdissante fit trembler les murs du couloir.

Non ! hurla une femme derrière elle alors que tous ceux qui s'étaient tenu dans la trajectoire de la détonation de la baguette de Harvey — y compris cinq patients — tourbillonnèrent brusquement dans les airs, puis vinrent heurter de plein fouet une partie du mur qui s'écroula étonnamment sous le choc.

Dans la poussière blanche et épaisse qui s'en émana aussitôt, Matilde ne perçut aucun mouvement dans les débris de plâtre. Elle s'élança alors en avant, ramassant le plus de baguettes magiques qu'elle pouvait trouver sur son passage tandis que plusieurs portes claquèrent à son approche. Elle entendit hurler des « Stupéfix ! » et évita trois jets de lumière rouge qui la manqua de peu. Elle fit alors volte-face et agita toutes ensembles, à l'aveuglette, les quatre baguettes qu'elle avait ramassées, dont celle de Harvey. Sous la force du résultat quadruplé, elle eut tout juste le temps d'entrevoir une dizaine de silhouettes s'élever dans les airs, catapultées jusqu'au plafond, avant de se retrouver elle-même projetée à une quinzaine de mètres, tout au bout du couloir. Sur le coup de son impact brutal avec le sol, elle échappa toutes les baguettes qui roulèrent en tous sens parmi les chandelles et les globes de verre brisé. Abasourdie, elle se hâta de se redresser en position assise, ignorant la douleur fulgurante à sa nuque, et à la vue d'un autre nuage de poussière blanchâtre qui plongeait la totalité du couloir dans une opacité absolue, alors que des gémissements, des plaintes terribles et des hurlements épouvantés résonnaient alentour, elle prit soudain horriblement conscience de ce qu'elle était en train de faire : elle détruisait un hôpital… Elle avait peut-être même tué des gens innocents déjà…

Mais elle ne devait pas s'arrêter là. Il ne fallait pas abandonner la partie. Elle devait trouver Dumbledore… Toussotant dans la poussière étouffante du plâtre des murs, Matilde se mit à ramper dans les décombres, tâtant de temps à autre quelques chandelles, bris de verre qui lui coupèrent les doigts en les effleurant malencontreusement, et morceaux de cadre provenant de portraits représentatifs de médecins. Brusquement, elle sentit une résistance : regardant derrière elle, à travers la poussière, elle discerna la forme floue de quelqu'un qui tentait de la tirer en arrière, exerçant une forte pression insistante sur le pan de la longue cape de Rogue. Étranglée par l'étoffe de voyage, d'un geste à tâtons, Matilde tira une nouvelle baguette de sa poche et visa la silhouette qui ne lâchait pas prise.

— Lâchez-moi, dit-elle, la voix étouffée sous la suffocation de sa cape, lâchez-moi sinon je vais devoir vous lancer un sort… et je n'en ai vraiment pas envie…, ajouta-t-elle d'un ton crispé.

Elle avait peur de déclencher un nouveau écroulement de mur, terrifiée à l'idée d'engendrer la mort de quelqu'un — si toutefois elle n'avait pas déjà provoqué la mort de plusieurs, mais elle ne voulait pas y penser…

Mais avec une profonde affliction, elle vit la silhouette lever ce qu'elle discerna clairement être sa baguette magique, et elle n'eut donc guère le choix d'agiter précipitamment la sienne pour éviter qu'il ne le fasse avant elle.

Mais rien ne se produisit. La baguette ne laissa pas échapper l'habituelle détonation de toutes les autres baguettes...

Expelliarmus ! s'écria alors l'homme, toujours cramponné à la cape de Rogue, et Matilde réalisa avec horreur que la Baguette de Sureau venait tout juste de lui filer d'entre les doigts.

L'homme attrapa la baguette de Dumbledore au vol et leva de nouveau sa propre baguette. Aussitôt, Matilde tira de toutes ses forces sur sa cape et la silhouette menaçante, subitement déséquilibrée, tomba à la renverse sur le côté avec un grognement de surprise. Mais il s'était déjà relevé lorsqu'elle tenta de fuir, à l'aveuglette, dans la poussière blanche, toussotant et chancelant dans les débris de mur.

Stupéfix ! cria l'homme.

Matilde se jeta sur le côté dans les décombres à temps pour voir passer, comme un éclair rouge, le sortilège qui lui siffla à l'oreille gauche avant de disparaître dans la blancheur de la poussière dense, à l'autre bout du couloir.

L'homme poussa un juron furieux.

— Où te caches-tu, misérable bâtarde !

Avec un immense soulagement, Matilde fut heureuse de constater qu'il ne pouvait pas la distinguer à travers la poussière du plâtre. Immobile, à plat ventre sur quelque chose d'étrangement mou, elle retenait son souffle ainsi qu'une douloureuse envie de tousser qui lui piquait la gorge. Elle attendait, alerte, une main serrée sur la dernière baguette qui lui restait dans le fond de sa poche.

— Elle est ici, dit soudain une faible voix tout près de Matilde.

Le quelque chose d'étrangement mou s'anima alors sous elle et les pas précipités de l'homme qui détenait la baguette de Dumbledore s'approchèrent dangereusement de sa position.

Sans réfléchir, Matilde se leva, s'élança et agita sa dernière baguette magique dans la direction des bruits de pas. Il y eut une affreuse détonation tonitruante qui se répercuta comme un coup de canon. Le sol se mit à trembler horriblement sous ses pieds et un grand bruit d'éboulement résonna dans tout le couloir, suivi d'un long cri en diminution progressive, comme si quelqu'un tombait présentement dans le vide… La poussière opaque s'estompa alors rapidement et Matilde se figea d'horreur devant la vue qui s'offrit devant ses yeux : à présent, le couloir étroit ne possédait plus aucun mur de fond. Au lieu de ça, une ouverture béante révélait un ciel d'hiver d'un blanc éclatant qui fit pénétrer son vent glacial dans toute la longueur du couloir. Mais ce qui horrifia davantage Matilde en plus d'avoir provoqué la chute inévitablement mortelle de l'homme de quatre étages de haut, était que ce dernier détenait la Baguette de Sureau, et que sans celle-ci, tout espoir de sauver la vie de Dumbledore était maintenant anéanti à tout jamais…

— Halte ! s'écria brusquement une voix d'homme autoritaire, retentissant dans le dos de Matilde. Lâchez votre baguette et retournez-vous lentement !

Avec une impression de vide, comme si toutes ses entrailles avaient soudainement disparu comme celles de Dumbledore, Matilde se soumit aux ordres. Elle laissa tomber la baguette de Ranbbie sur le sol avec un bruit sec, et se retourna lentement comme demandé.

Un groupe de sorciers et sorcières armés de baguette magique s'entassaient dans les décombres. Ce n'étaient pas des médecins. À en juger par leur accoutrement qui faisait un peu penser à d'étranges soldats, il devait s'agir d'une sorte de police sorcière. Des corps inanimés, inquiétants, jonchaient le plancher du couloir parmi les débris de mur, de cristal, de chandelles et de portraits dont l'occupant légitime frissonnait d'effroi. Au moins, songea Matilde, il n'y avait pas de trace de sang apparente et cela la soulagea un peu.

— Matilde Beauregard, Parguenaise déclarée, cita l'un des policiers au premier rang, d'une voix cassante, vous êtes arrêtée pour avoir fait usage de Magie Noire pour…

Mais Matilde n'écoutait pas. Les yeux écarquillés, le cœur bondissant frénétiquement dans la douleur ardente de sa poitrine, elle venait d'apercevoir la Baguette de Sureau, là, immobile devant une porte arrachée de ses gonds, à quelques pas d'elle. L'homme avait dû l'échapper avant de basculer dans le vide. Mais comment s'en saisir alors qu'une brigade de police la tenait prise au piège ?

— … convoquée au Magenmagot…, poursuivait le policer à la voix cassante, mais il s'arrêta soudain de parler et Matilde vit tout de suite ce qui l'avait interrompu.

Un nuage noir à la consistance étrange, comme une encre flottante, surgit de nulle part derrière le groupe de policiers et se rabattit dans tout le couloir, aussi rapidement qu'une panne de courant. Matilde se retrouva alors brusquement dans le noir total. Puis on s'agita devant elle.

— Qui a fait ça ? dit une voix de policière effarée.

— C'est de la poudre d'Obscurité Instantanée du Pérou !

— C'est la Parguenaise qui a dû en répandre…

— Mais non, idiot. Elle était devant nous alors que l'Obscurité est apparue derrière nous !

— Dans ce cas, la Parguenaise a un complice…

Aaaargh !

Matilde entendit le bruit de quelqu'un qui s'effondre par terre et quelques mouvements manifestement alarmés.

— Qui est là ? demanda un policier flegmatique.

— Aïe !

Une nouvelle agitation s'en suivit.

— Ce n'est rien, assura précipitamment la voix qui avait signalé sa douleur. Quelqu'un m'a seulement marché sur le pied…

Il y eut un silence alerte, puis un autre policier hurla avant de s'effondrer à son tour dans un bruit de verre fracassé.

Les autres policiers se mirent alors à s'énerver dans l'obscurité. Matilde saisit sa chance. Elle se laissa tomber par terre et s'élança à tâtons dans la recherche de la Baguette de Sureau. À deux reprises, elle ressentit une douleur fulgurante au bout de ses doigts lorsqu'elle plongeait malencontreusement sa main dans un globe de cristal brisé et elle procéda alors avec un peu plus de prudence.

— Que personne ne lance de sort ! ordonna le policier à la voix cassante. Nous risquerions d'atteindre l'un de aaaargh…

Stupéfix ! cria un policier d'un ton paniqué.

Un autre corps tomba alors lourdement à la suite de celui du policier à la voix cassante.

— Pas de sortilège, il a dit !

— Mais…

— Aaaargh !

Aaaargh !

Et tandis que Matilde poursuivait sa fouille dans les décombres, aveuglément, le cœur battant à tout rompre, les hurlements se succédèrent effroyablement autour d'elle. Puis, au même moment où un autre policier criait avant de s'écrouler dans un bruit mat, sa main se referma enfin sur la baguette de Dumbledore. Serrant fermement les doigts sur ce morceau de bois pour être sûre de ne plus jamais devoir le perdre une seconde fois à l'avenir, elle se releva en vacillant sur les morceaux de mur et s'appuya sur une porte branlante en se demandant ce qui allait bien survenir ensuite… Elle ne savait toujours pas où on avait caché Dumbledore et l'idée de le rechercher dans toutes les salles derrière les portes s'avouait déjà à l'échec, puisque l'obscurité opaque et gênante de la supposée poudre du Pérou persistait toujours dans le couloir.

Un silence inquiétant et glacial flotta dans l'atmosphère un moment. Puis des bruits de pas s'avancèrent calmement vers elle, crissant sourdement sur les débris de plâtre.

« Ça y est, songea Matilde avec désespoir, je suis fichue. Je vais y passer comme tous les policiers qui se sont effondrés par terre et la baguette de Dumbledore ne pourra pas me sauver… à moins de réussir le sortilège Stupéfix du premier coup… »

Elle tenta alors un essai :

Stupéfix !

La personne sembla battre en retraite dans un bruit étouffé d'étoffe, puis le silence retomba. Avait-elle réussi ? Elle tendit l'oreille mais elle n'entendit que sa propre respiration haletante. Soudain, il y eut un léger craquement et une main d'homme se referma sur la sienne, celle qui tenait la Baguette de Sureau, et la plaqua contre la porte branlante.

— Non…, gémit Matilde, terrifiée.

Elle sentit alors la respiration saccadée de l'homme — qu'elle redoutait à n'être nul autre que Rogue —, souffler à trente centimètres de son visage, puis le bout d'une baguette lui effleurer doucement la joue, le menton, la gorge, puis glisser le long de sa poitrine pour venir s'enfoncer douloureusement dans le creux de son ventre. Matilde laissa échapper un cri de douleur. Les doigts implacables qui lui serraient la main redoublèrent subitement de force et elle dut faire de considérables efforts pour ne pas lâcher la baguette de Dumbledore.

L'obscurité avait commencé à s'estomper lentement, mais elle ne pouvait toujours pas discerner le visage de Rogue, toujours très proche du sien.

— Professeur, s'il vous plaît, supplia Matilde dans une tentative désespérée, je veux seulement sauver Dumbledore… Pourquoi n'aurais-je pas le doit ? Ça n'a aucun sens… Vous ne souhaitez donc pas que Dumbledore se rétablisse ?

Rogue colla son corps contre le sien et Matilde sentit son souffle chaud lui caresser l'oreille lorsqu'il lui murmura d'une façon veloutée :

— Non… Je ne souhaite pas, pour tout l'or du monde, que Dumbledore se rétablisse, charmante Parguenaise… Je veux qu'il meurt… qu'il meurt, et toi avec…

Cette déclaration lui fit l'effet d'un coup de poignard reçu en pleine poitrine. Aussitôt, Matilde balança le genou entre les jambes de Harvey et le frappa de toutes ses forces comme elle l'avait fait avec Rusard. Avec un cri étranglé, Harvey lui lâcha instantanément la main et se replia sur lui-même. Elle s'empressa alors de pointer sa baguette sur sa forme sombre qui apparaissait peu à peu dans l'obscurité atténuante du couloir et s'écria :

Stupéfix ! Stupéfix ! Stupéfix !

Elle répéta follement la formule autant de fois qu'il le fallait, jusqu'à ce que Harvey s'écroule enfin dans les décombres.

Pantelante, Matilde resta un moment, la baguette en l'air, les yeux fixés sur la silhouette recroquevillée de son professeur de défenses contre les forces du Mal, jusqu'à ce que l'obscurité atténuante lui permette d'apercevoir la couleur orangée de sa cape et de ses cheveux blonds presque blancs, plus ébouriffés que jamais.

Un faible gémissement apeuré attira son attention. Au milieu de tous les corps immobiles, elle discerna un petit médecin qui tremblotait en regardant successivement Matilde et l'extrémité de la Baguette de Sureau.

Elle profita alors de l'occasion.

— N'ayez pas peur, je ne vous ferai pas de mal, lui dit-elle gentiment en s'approchant de lui, enjambant les corps inertes des policiers. Vous n'avez qu'à me dire où se trouve Dumbledore…

Muet de frayeur, le petit médecin pointa d'un doigt tremblant la porte au numéro 23, à la gauche de Matilde.

Un brusque sentiment d'excitation éclata dans le fond de son estomac. Elle se précipita vers la porte à peine écorchée par les explosions survenues du bout de ses baguettes magiques, et tourna la poignée. La porte se révéla verrouillée.

Alohomora ! cria-t-elle en visant la serrure du bout de la Baguette de Sureau.

Il y eut un déclic instantané et elle se hâta d'ouvrir la porte et de la refermer derrière elle dans un claquement sonore.

Enfin, elle le vit ! Dumbledore était couché sous les couvertures épaisses d'un lit blanc, situé près d'une unique petite fenêtre. À travers la vitre poussiéreuse, un faible rayon de soleil fuyant donnait l'impression qu'une pâle lueur argentée émanait de Dumbledore, comme un halo. Matilde arrivait à peine à croire qu'elle arrivait enfin à l'achèvement de son cauchemar.

Comme hypnotisée, elle s'approcha lentement du lit. Son cœur battit la chamade lorsqu'elle leva la Baguette de Sureau au-dessus de Dumbledore. Mais pour un instant, elle appréhenda que rien ne se produirait lorsqu'elle prononcerait la formule. Et si elle c'était vrai qu'elle ne pouvait réellement rien y faire pour lui ? Elle s'imagina alors Rogue lui lancer des « je vous avais prévenue » tandis que Harvey, triomphant devant son échec, brandissant sa baguette devant elle, la tuait à l'aide du sortilège de mort pour ensuite s'emparer de la Baguette de Sureau.

Matilde secoua la tête pour chasser ses terribles pensées. Non. Elle était certaine que son sortilège fonctionnerait. Elle le sentait. Levant de nouveau la baguette au-dessus du lit, elle lança enfin la formule qui lui semblait être la plus adéquate :

Finite Incantatem !

Non seulement le sort fonctionna du premier coup — la Baguette de Sureau laissa échapper une germe d'étincelles argentées à son extrémité dès qu'elle eût prononcé ses mots —, mais elle ressentit au même moment une énorme sensation de fraîcheur, telle qu'elle n'avait jamais ressentie aussi intense auparavant, envahir la douleur cuisante de sa poitrine. Durant un court instant, Matilde crut qu'elle était finalement guérie de son statut de Parguenaise, mais son feu interne revint aussitôt reprendre sa place entre ses côtes, et Dumbledore ne remua pas.

Ce fut un silence de mort durant quelques minutes, puis il y eut soudain des bruits de pas précipités. La porte de la pièce s'ouvrit à la volée et Rogue entra en courant.

— Non, gémit-il, haletant.

Il apparut en panique, le côté gauche de sa tête ruisselait de sang et son teint était livide, luisant de sueur.

— Vous n'avez pas… vous n'avez pas… Dumbledore… il… vous…

Il semblait incapable de s'exprimer normalement. Matilde n'avait jamais vu le professeur Rogue aussi hagard et terrifié. Il menaçait même de s'évanouir.

— Je viens de lever le maléfice, dit Matilde, sans savoir vraiment pourquoi elle sentait le besoin de le lui avouer.

Rogue eut alors un violent haut-le-cœur et vacilla dangereusement. Matilde le regarda hocher la tête fébrilement, avec une expression d'horreur qui ne lui ressemblait pas du tout.

— Dans ce cas, pourquoi ne se réveille-t-il pas ? demanda-t-il d'une voix assourdie, en s'appuyant le dos sur le mur, comme pour s'empêcher de s'effondrer sous le choc.

— Parce qu'il faut un médecin pour lui reconstruire ses entrailles, répondit Matilde le plus naturellement du monde. À présent que le maléfice est levé, c'est maintenant possible…

Rogue hochait toujours la tête d'un air terrifié. Puis, il leva sa baguette d'un geste tremblant et regarda Matilde droit dans les yeux.

— Vous… vous auriez dû mourir… vous auriez mourir !

Matilde fut pétrifiée dans le silence qui s'en suivit, ponctué de faibles gémissements et de plaintes étouffées dans le couloir au-delà de la porte restée ouverte. Tous deux se dévisageaient avec effroi : Rogue le teint plus blafard que jamais, Matilde n'osant pas faire un geste, la baguette de Dumbledore pendante au bout de sa main, craignant que cela l'inciterait à la tuer plus rapidement.

Puis, brusquement, à la grande surprise de tous, Harvey fit irruption dans la pièce, la baguette magique brandie. La baguette de Rogue lui échappa alors des doigts et atterrit aussitôt au vol dans ceux de Harvey.

À suivre... J'ai vraiment hâte d'avoir vos commentaires là-dessus ! X)