Booooon ! Enfin ! Je publie le chapitre 46 ! Non mais vraiment ! Je savais qu'il allait me prendre du temps à corriger celui-là mais à ce point ? o0 J'ai mis toute la journée à le corriger et - contrairement aux autres - à y apporter quelques changements et ajouts ! Je suis épuisée ! Mais heureuse de vous le faire parvenir enfin ! :) C'est le chapitre qui m'a pris le plus de temps à écrire (un temps fou ! par rapport aux autres...). Même qu'il m'a fait souffrir un peu, pas mal... Eh oui... Après tous ces chapitres que j'ai passé à faire souffrir Matilde, voilà que dans celui-ci, c'est elle qui m'a fait souffrir avec toutes ses questions que j'ai dû lui répondre du mieux que possible. Mais je ne la plains pas trop, la pauvre... J'ai quand même été une belle auteure sadique pour elle, non ? XP

Bon, assez parlé. Je vous laisse à ce chapitre (le plus long) qui devrait être en mesure de répondre à toutes vos questions ! Enfin, je l'espère bien... Sinon en grande partie... :P

En passant, j'ai encore pleuré en lisant vos compliments du dernier chapitre. Merci beaucoup !

(Ce monde magique appartient à J.K. Rowling)

Bonne lecture ! ^^

Note : Merci immensément à Matsuyama pour avoir pris le temps de corriger ce chapitre.

Chapitre 46
Le plan échoué

Un soleil éblouissant flottait devant les yeux de Matilde lorsqu'elle les ouvrit. Elle se sentait bien, au chaud, et ne ressentait plus aucune douleur. Sa respiration était régulière, paisible. Était-elle enfin morte ? Délivrée de toutes tortures ?

Elle cligna des yeux. Ce n'était pas un soleil. C'était une lampe qui projetait un cercle de lumière dorée sur un plafond obscure, l'aveuglant un peu. Une lampe qui lui était familière…

Soudain, tous les événements survenus avant son évanouissement lui revinrent en mémoire et elle se redressa en sursaut dans son lit. Les grandes fenêtres de l'infirmerie de Poudlard laissaient paraître un ciel d'un bleu éclatant. Tous les lits blancs autour d'elle étaient inoccupés, et un silence posé régnait dans le plus grand calme de la salle.

— Bonjour, Matilde.

Elle tourna précipitamment la tête. Assis sur une chaise de bois, contre une table de chevet garnie d'un énorme bouquet de fleurs bigarrées et d'une multitude de friandises, se trouvait Dumbledore qui lui souriait dans sa longue barbe argentée, les mains jointes sur sa robe bleu pervenche.

— Vous… ? s'étrangla Matilde en le regardant d'un air sidéré. Vous êtes… vous êtes…

— En effet, je suis guéri, acheva Dumbledore, enjoué.

Matilde eut envie de le toucher, de s'assurer que ce n'était pas une illusion, que Dumbledore se trouvait véritablement devant ses yeux. Mais elle resta immobile, dressée dans son lit.

— Grâce à toi, ajouta Dumbledore, toujours souriant.

Matilde le regarda fixement durant un bon moment, puis elle s'écria :

— Ranbbie ! Ranbbie est mort ! Je n'avais pas prévu qu'il mourrait à ma place ! Je ne savais pas que ça faisait partie du…

— Calme-toi, Matilde, interrompit Dumbledore en tendant vers elle une main apaisante, tout va très bien.

D'un geste instinctif, Matilde porta sa main sur sa poitrine. Elle n'était plus affublée de sa robe de bal. On l'avait vêtue d'une chemise de nuit d'un bleu pastel, boutonnée jusqu'à son cou, et plus aucune coupure ou blessure n'était visible sur ses mains et sur son visage.

— Est-ce que je suis guérie, moi aussi ? demanda-t-elle.

— Assurément, répondit simplement Dumbledore.

— Expliquez-moi… Expliquez-moi ce qu'il s'est passé à Ste Mangouste. Je ne comprends pas… Mes pouvoirs se seraient-ils transmis en Ranbbie ? Il serait mort à ma place ?

Dumbledore soupira.

— En quelque sorte…

— Mais comment… Je veux dire… On ne m'avait pas prévenue que quelqu'un devait s'offrir en sacrifice pour éviter que je succombe sous mes Forces Obscures…

— Je l'ignorais moi-même jusqu'alors, admit Dumbledore d'un ton serein. C'est le professeur Rogue qui l'ait découvert, lors de la soirée du bal, grâce à Mr Hedlund.

— Comment ?

— Lorsque tu as, une fois de trop, fait usage de tes Pouvoirs Fortifiés lors de cette soirée, le professeur Rogue s'est précipité sur toi, t'a stupéfixée — pour suspendre ta douleur, bien sûr —, et s'est empressé de te soumettre au test…

— Au test ? répéta Matilde, les sourcils froncés, interrompant Dumbledore. Le même auquel j'ai échappé avant le bal ? Celui pour lequel déboutonner ma chemise était indispensable ?

Fortificus Maleficus Revelio. Cette incantation a pour but de déceler une quelconque Force Maléfique qui résiderait en la personne soupçonnée. Elle consiste à détecter et à attirer ces Forces sous la lisière de la peau, signalant ainsi leur présence. C'est pour ça qu'il te fallait déboutonner ta chemise…

Il marqua une pause, le temps de la regarder d'un air d'excuse, puis reprit d'une voix calme :

— Après l'incident des trolls et du renseignement crucial au sujet de ta sensation ardente au creux de ta poitrine, le professeur Rogue a tout de suite appréhendé le pire : que tu aies subrepticement pratiqué la magie sans baguette. Et ses craintes ont alors été confirmées suite à l'incantation effectuée sur toi, dans le parc de Poudlard.

— C'est Harvey qui m'a incitée à pratiquer mes Forces Obscures, attesta Matilde sur la défensive. Il disait que j'arriverais à conjurer le maléfice que j'avais jeté involontairement sur vous à l'aide de cette Magie Noire. Mais en fait, il se jouait de moi. C'était une ruse pour venir à bout de s'emparer de votre baguette magique. Il patientait jusqu'à ce que je ne sois plus en mesure de me défendre avec mes Forces Obscures…

Dumbledore sourit tristement.

— Oui, en effet, c'est très ennuyeux. J'aurais dû me douter qu'une telle baguette en ta possession ne serait pas restée sans soulever le moindre regard convoiteur. Seulement, je n'avais pas prévu me retrouver à Ste Mangouste pour un séjour si prolongé. Bien sûr, ajouta-t-il par peur de paraître discourtois, ce n'était pas de ta faute. C'était plutôt de la mienne… Il se trouve que mon plan a échoué… Je m'attendais à me remettre rapidement sur pieds et m'assurer personnellement que tout se déroule pour le mieux lors de tes cours à Poudlard. Mais hélas, ce ne fut pas le cas… Et le professeur Harvey a profité de l'occasion, semble-t-il.

— Il est mort…, murmura Matilde, parcourue d'un frisson à l'évocation de ces mots.

Il y eut un silence. Au dehors, une fine neige légère s'était mise à tourbillonner joyeusement, de l'autre côté des grandes fenêtres.

— Tu as été très courageuse, Matilde, dit Dumbledore avec douceur.

Matilde laissa échapper une exclamation de dédain.

— Tout ce que je souhaitais, c'était que cette mésaventure cesse enfin. Pourquoi Rogue ne voulait pas me laisser essayer de vous sauver ?

— Parce qu'il suivait mes ordres, répondit Dumbledore posément.

— Pardon ? s'exclama Matilde, incrédule. Rogue suivait vos ordres ?

— Suite à notre premier duel, expliqua Dumbledore, j'ai perçu toute l'ampleur de tes Pouvoirs Fortifiés et j'ai su alors, à ce moment là, à quel point ces Forces en toi étaient redoutables, qu'elles ne présageaient rien de bon. Je me suis donc empressé d'en faire part au professeur Rogue dont les connaissances et les conseils en matière de Magie Noire m'ont toujours été précieux…

— Vous n'auriez pas pu en parler à quelqu'un d'autre ? demanda Matilde d'une voix teintée de reproches.

— Bien sûr, le professeur Harvey, étant désigné pour enseigner la défense contre les forces du Mal, aurait été également bien placé pour élucider mes songes. Cependant, il ne m'inspirait guère confiance — j'ai d'ailleurs demandé au professeur Rogue de le tenir à l'œil — mais tu comprendras qu'il m'est de plus en plus difficile de trouver un professeur de défense contre les forces du Mal à chaque début d'année scolaire… Anarcus Harvey m'avait semblé posséder toutes les qualités requises pour ce poste. Dommage que sa dépendance au whisky Pur Feu le rendait si toqué et dangereux. À présent, je me retrouve encore confronté à la pénible et fastidieuse tâche de trouver un nouveau professeur de défense contre les forces du Mal, et au milieu de l'année scolaire en plus ! C'est une première.

— Pourquoi devez-vous toujours trouver un nouveau professeur de défense contre les forces du Mal à tous les ans ? interrogea Matilde. Ils deviennent tous fous à la fin de l'année ?

— Le poste est maudit, répondit Dumbledore d'un ton neutre, sans révéler plus d'informations sur le sujet. Mais pour en revenir à tes Pouvoirs Fortifiés, reprit-il en renouvelant un air navré, j'ai avoué mes inquiétudes au professeur Rogue, lui disant à quel point tu étais dangereuse, et qu'il fallait absolument s'armer de beaucoup de vigilance. Non parce que tu paraissais malsaine, s'empressa-t-il d'ajouter devant l'expression outrée de Matilde, mais bien parce que tu renfermais une puissance déroutante qui relevait de pure Magie Noire. J'ai donc fait promettre le professeur Rogue d'assurer la sécurité des élèves s'il advenait que tes Pouvoirs Fortifiés prennent le contrôle sur toi, et que s'il arrivait le cas, de t'empêcher impérativement d'essayer de réparer tes méfaits causés par tes maléfices incontrôlés.

— Mais pourquoi ? s'indigna Matilde.

— Parce que la Magie Noire ne peut que causer du tort.

— J'ai tout de même sauvé la vie du professeur McGonagall, lança-t-elle avec défi.

— Oui, c'est vrai, admit Dumbledore d'un ton aimable, mais cela aurait été très différent si tu avais tenté de lui faire réapparaître ses entrailles, par exemple.

— Je ne l'aurais pas fait sur le coup, objecta Matilde, irritée. Je me serais exercée avant, comme je l'ai fait en vain, avec acharnement, tout le long des semaines passées pour réussir à faire réapparaître un jour vos entrailles à vous.

— Je n'en doute pas. Mais si j'ai demandé au professeur Rogue qu'il garde un œil sur toi, c'était justement pour éviter ce genre d'embarras. Sans quoi, Mr Hedlund n'aurait pas eu à sacrifier sa vie pour sauver la tienne.

Matilde sentit alors une sensation de culpabilité lui contracter l'estomac.

— Mais c'était Harvey qui…

— Je sais, je sais, interrompit Dumbledore. Tu as été victime d'un leurre. Encore une fois, Matilde, ce n'est pas de ta faute. Le professeur Harvey a très bien su te convaincre qu'il savait des choses que j'ignorais et que tu pouvais avoir entièrement confiance en lui.

— Oui mais n'empêche, reprit Matilde avec hargne, lorsque j'ai appris la vérité, que Harvey n'était rien d'autre qu'un fou obsédé par votre baguette, Rogue ne m'a pas crue, comme d'habitude.

— Le professeur Rogue, rectifia Dumbledore.

— Il s'est moqué de moi et a fait la sourde oreille quand j'ai tenté de lui expliquer que c'était la Baguette de Sureau qui pouvait vous sauver, poursuivit Matilde comme si Dumbledore ne l'avait pas interrompue. Selon Rogue, il n'y avait pas d'autre solution que de me tuer pour annuler le maléfice qui vous privait de vos entrailles.

— Et il s'avère qu'il n'a pas tout à fait eu tort. Il est vrai qu'en te sacrifiant avant que tes Pouvoirs Fortifiés ne te détruisent, j'avais effectivement des chances de me dépêtrer du maléfice…

— Et vous auriez laissé faire ça ? Vous auriez laissé Rogue me tuer ?

— Le professeur Rogue, s'il te plaît, Matilde. Non, bien évidemment, certifia Dumbledore avec sincérité, jamais l'idée de tuer pour sauver ma propre vie m'aurait effleuré l'esprit. Je préfère de loin me laisser mourir…

— Ranbbie disait la même chose, releva Matilde à mi-voix, que vous ne seriez pas d'accord qu'on me tue, que vous préféreriez mourir. Mais Rogue… je veux dire, le professeur Rogue, se reprit-elle devant le regard de reproche que lui lança Dumbledore, ne voulait pas l'entendre…

Un nouveau silence s'installa un moment, puis Dumbledore respira profondément.

— Tu sais pertinemment comme moi, Matilde, pour quelle raison en particulier le professeur Rogue s'est agrippé au prétexte permettant de te tuer…

— Vraiment ? répondit-elle en haussant les sourcils.

— Oui, assura-t-il, et heureusement, il s'est rendu compte à temps qu'un tel acte malsain lui était impossible à accomplir…

— Pas assez vite, selon moi, répliqua Matilde d'un ton amer. Il a tout de même failli me tuer à plusieurs reprises, vous savez.

— Et tu lui as néanmoins sauvé la vie, fit remarquer Dumbledore en arborant un sourire, la regardant par-dessus ses lunettes en demi-lune.

Matilde se mit alors à tordre un pan de ses couvertures blanches, mal à l'aise.

— C'était pour sauver la mienne aussi… marmonna-t-elle. Et la vôtre…

Puis, après un silence gêné, elle demanda d'un air agacé :

— D'ailleurs, comment pouvez-vous toujours être au courant de tout ? C'est embêtant, à la fin…

Dumbledore éclata de rire mais ne répondit pas. Puis Matilde le fit rappeler :

— Vous ne m'avez toujours pas expliqué... Comment le professeur Rogue a-t-il découvert que me délivrer de mes Forces Obscures requérait un sacrifice ?

— Ah oui, c'est vrai, répondit Dumbledore posément, je m'apprêtais à te l'expliquer, en effet… Eh bien, lorsque le professeur Rogue a lancé l'incantation du Fortificus Maleficus Revelio sur toi, le soir du bal, Mr Hedlund se trouvait tout près. L'apparition de tes Pouvoirs Fortifiés sous la lisière de ta poitrine a dû l'intriguer grandement puisqu'il n'a pas pu résister à l'envie d'y toucher. Ce qu'il s'est produit ensuite s'est révélé d'un curieux résultat des plus inattendus…

— Il a aspiré une partie de mes pouvoirs, murmura Matilde en portant de nouveau la main sur sa poitrine, et c'était donc pour ça que lorsque je me suis réveillée à l'infirmerie ensuite — dans ce lit en fait, remarqua-t-elle —, ma douleur s'était apaisée considérablement, bien qu'elle était toujours présente et cuisante…

— Exactement.

— Ainsi donc, à partir de ce moment, poursuivit Matilde pour qui tout s'éclaircissait dans sa tête à présent, le professeur Rogue savait que ma mort n'était plus inévitable, car il avait maintenant découvert la façon possible de me délivrer de mon sort. Mais il refusait — avec raison, bien sûr, je comprends — de procéder à un sacrifice pour éviter que je meure, contrairement à Ranbbie qui paraissait vouloir se lancer à cœur joie dans l'expérience. J'ai alors entendu de l'autre côté de ce rideau (elle désigna le rideau olivâtre qui était replié contre le mur à côté de sa tête de lit) les voix des professeurs Rogue et McGonagall discutant du fait qu'il fallait absolument que je meure, que c'était la seule solution pour arriver à lever le maléfice qui pesait sur vous. Alors là, tout est clair : le professeur Rogue préférait que je meure pour vous sauver plutôt que de laissait Ranbbie mourir pour me sauver moi à votre place. Son choix était fixé. Et le professeur McGonagall avait semblé approuver les idées meurtrières du professeur Rogue…, ajouta-t-elle sombrement.

— Le professeur McGonagall n'a jamais approuvé quoi que ce soit en rapport avec l'idée de te tuer, Matilde, rétorqua Dumbledore. La seule erreur qu'elle a fait, a été de t'inciter à continuer la pratique de tes Pouvoirs Fortifiés sans baguette. En dehors de ça, je peux t'assurer qu'elle s'est vite associée à Mr Hedlund et a tenté de dissuader le professeur Rogue de concrétiser ses plans.

— C'était donc pour ça qu'elle était allée le libérer… Elle n'acceptait pas que le professeur Rogue ait enfermé Ranbbie quelque part dans le château pour l'empêcher de me sauver la vie… Je me demande si Ranbbie était vraiment conscient que pour me sauver, l'expérience consistait à se donner en sacrifice…

— Oh si, il l'était, assura Dumbledore avec tristesse, contrairement au professeur McGonagall… Apparemment, Mr Hedlund lui aurait délibérément caché ses véritables intentions…

— C'était une sorte de suicide alors ? estima aussitôt Matilde. Il disait qu'il le faisait pour Emily… Et le professeur McGonagall croyait qu'il était amoureux de moi… Elle se trompait carrément…

— Elle a simplement perçu que Mr Hedlund agissait par amour… Et c'est ce qu'il faisait…

— Ranbbie a fait justement bien des choses par amour cette nuit-là, se souvint Matilde, le regard s'obscurcissant. Il a résolument torturé le professeur Rogue… pour se venger… Vous savez certainement ce que le professeur Rogue a fait d'impardonnable à cette Emily ?

Dumbledore acquiesça d'un simple signe de tête et Matilde le regarda d'un air incrédule.

— Décidément, vous savez vraiment tout, s'étonna-t-elle en hochant la tête. En tout cas, je crois bien que Ranbbie s'est amplement vengé de la mort de son Emily… Il était devenu fou, méconnaissable. Jamais je n'aurais pensé une seconde qu'il puisse être si malveillant…

— C'est la Magie Noire qu'il a assimilée en lui lorsqu'il t'a touchée dans le parc qui a dû l'avoir poussé dans cet état troublant, devina Dumbledore d'un air songeur. Il semblerait que tes pouvoirs aient amplifié considérablement son côté malsain…

— Ça expliquerait des choses, en effet…

Le château paraissait étrangement silencieux. Aucun bruit de pas ou d'agitation se faisait entendre de l'autre côté des portes de l'infirmerie, ni au-dessus de sa tête, à l'étage supérieure. Matilde pensa que tout le monde devait être parti pour les vacances de Noël à l'heure qu'il était. À la perception de retourner enfin chez elle, son cœur se mit à flotter d'extase, mais elle avait encore quelques questions à élucider avant de penser à faire sa valise.

— Pour revenir au professeur Rogue…

— Oui ? répondit Dumbledore.

Il se tournait les pouces d'un air serein.

— S'il voulait à tout prix m'empêcher de me rendre dans votre chambre à Ste Mangouste pour tenter de lever le maléfice, c'était parce que vous lui aviez demandé de m'empêcher de faire usage de mes Forces Obscures pour réparer mes fautes, c'est bien cela ? Parce que vous aviez peur que mes tentatives de sauvetages auraient eu un effet dévastateur et contraire à mes intentions ?

— Oui, avoua simplement Dumbledore.

— Mais le professeur Rogue savait que je ne pouvais plus me risquer de faire usage de mes Forces Obscures sous peine de succomber. Et par ailleurs, il savait aussi que c'était à l'aide de votre baguette que je prévoyais vous sauver. Alors pourquoi voulait-il toujours m'empêcher, par tous les moyens, de me rendre à votre chambre ?

— Parce qu'il se serait avéré, répondit Dumbledore, toujours d'une voix calme, que lors d'un cours de potion, l'un de tes sortilèges aurait mal tourné et que le professeur Rogue aurait pris note de l'effet désastreux que cela aurait par conséquent engendré…

— Le sortilège Aguamenti ?

Il affirma d'un signe de tête.

— Et le professeur McGonagall, continua-t-il, tout comme le professeur Rogue, et ainsi quelques autres de mes collègues, en auraient pris note également lors de leur cours…

— Je ne comprends pas…

— Simplement qu'il arrivait souvent qu'avec une trop grande concentration mal orientée, tu venais à canaliser malencontreusement le côté Noir de tes Pouvoirs Fortifiés plutôt que d'arriver au résultat escompté.

— Oui mais je m'étais entraînée laborieusement à lancer mes sorts, affirma Matilde avec agacement, et j'arrivais plutôt bien à les maîtriser à la fin. Ranbbie aurait pu le témoigner…

— Mais le professeur Rogue — et il faut le comprendre, Matilde — appréhendait qu'au moment où tu aurais lancé le sortilège que tu avais désigné pour me guérir, rien ne se serait produit et qu'alors tu aurais essayé à le forcer à fonctionner comme tu l'avais fait avec le sortilège Aguamenti et avec quelques autres sorts — en particulier le Evanesco. Il y avait là trop de risques que tes Pouvoirs Fortifiés n'aboutissent qu'à me réduire complètement en cendres…

— Mais le sort a fonctionné, objecta Matilde sur la défensive.

— Oui, le sort a fonctionné, répéta Dumbledore en hochant la tête, et j'en remercie le ciel que Severus Rogue n'ait pas réussi à t'empêcher de m'approcher.

— Pourtant, il savait que je détenais la baguette la plus puissante au monde… ou peut-être ne le croyait-il pas… ?

— Si, il le croyait — bien qu'il en était sceptique au début. Mais il a fini par le croire. Simplement parce qu'il se doutait bien qu'il te fallait posséder une baguette toute-puissante pour supporter tes Pouvoirs Fortifiés.

— Mais ça ne tient pas debout alors… s'acharna Matilde en fronçant les sourcils, perplexe. S'il savait que la baguette était bel et bien celle de sureau, la baguette la plus puissante au monde, alors pourquoi le professeur Rogue n'avait-il pas confiance en son pouvoir pour vous sauver ?

Dumbledore sourit tristement devant sa mine déconcertée.

— Pour les mêmes raisons énoncées un plus tôt, bien sûr : parce que le professeur Rogue avait décelé tes difficultés à lancer tes sorts.

— D'accord, d'accord… Mais expliquez-moi donc cela d'abord : si votre baguette est la baguette la plus puissante au monde, demanda Matilde d'un ton irrité, pourquoi ne fonctionnait-elle pas à tous les coups avec moi ? Je veux dire… C'est moi qui suis si nulle en magie ou quoi ?

Dumbledore se redressa alors sur sa chaise, l'air soudain mal à l'aise.

— Enfin, j'attendais patiemment que tu me poses cette question-là… Mais avant tout, j'aimerais bien me faire pardonner pour t'avoir fait subir tout ce cauchemar en l'enceinte de Poudlard, dit-il sans détour, et par la même occasion, j'aimerais souligner encore une fois que tout est entièrement de ma faute.

Matilde garda le silence.

— Si la Baguette de Sureau ne se soumettait pas entièrement à toi lorsque tu lançais tes sortilèges, Matilde, déclara-t-il d'un air navré, c'était tout bonnement parce qu'elle n'a jamais changé de maître.

Matilde eut alors l'impression qu'une énorme pierre lui tomba dans l'estomac.

— La… la baguette n'a jamais… ? Mais alors… je vous aurais attaqué pour rien ? Puisque de toute façon la baguette n'a jamais… n'a jamais…

Elle avait de la difficulté à respirer, complètement choquée. Ainsi donc, elle avait dû affronter la colère des professeurs, se soumettre aux accusations et punitions injustes, tenir tête aux nombreux sarcasmes et quolibets des élèves, braver des trolls, s'arracher de justesse des griffes de Harvey, survivre aux nombreuses tentatives meurtrières de Rogue, détruire le quatrième étage d'un hôpital, et enfin, lutter jusqu'au bout pour parvenir à lever le maléfice sur Dumbledore, ce qui, en somme, n'avait servi à rien ! Puisqu'elle n'avait jamais possédé la Baguette de Sureau ! La baguette n'avait jamais changé de maître ! Dumbledore s'était trouvé dans un état critique pour rien ! Rien !

Matilde crispa ses poings sur ses couvertures en lin et leva des yeux noirs de fureur dans ceux de Dumbledore. Celui-ci soutint calmement son regard.

— Si tu m'attaquais une deuxième fois, comme je te sens sur le point de le faire, je l'aurai totalement mérité…

— Comment est-ce possible ? demanda-t-elle sèchement. Vous m'aviez certifié que pour s'approprier la Baguette de Sureau, il fallait vaincre son possesseur. Or, c'est ce que j'ai fait ! Pourquoi ne s'était-elle pas soumise à moi ?

— Parce que pour la posséder pleinement, il fallait me l'arracher de force, et contre ma volonté.

Mais c'est ce que j'ai fait ! répéta-t-elle d'une voix glapissante, énervée. Je vous ai attaqué ! Vous vous êtes effondré ! Vous n'avez quand même pas fait semblant d'avoir perdu vos entrailles, bon sang !

— Non, bien sûr que non, assura Dumbledore, toujours sur un ton posé. Tu m'as véritablement pris par surprise, et au moment où je m'y attendais le moins. En revanche, je savais que tu te cachais derrière mon armoire et j'ai simulé ne pas le savoir. Elle est là toute la différence : je n'ai pas pu réprimer mon espérance que tu y parviennes. Tu t'es donc emparé de ma baguette alors que c'est ce que j'avais espéré ardemment que tu fasses. Tu comprends, Matilde ? La baguette ne s'est jamais soumise à toi simplement parce que tu ne l'avais pas saisie contre ma volonté. C'est donc pour cette raison que la baguette ne fonctionnait pas à tous les coups, que ses pouvoirs se révélaient pour toi encore plus lamentables que ceux d'une baguette ordinaire.

Mais il y avait encore des choses qui restaient incohérentes.

— Alors si les pouvoirs de la baguette refusaient de se manifester pleinement pour moi, interrogea Matilde dont la tête avait commencé à tourner légèrement, comment expliquez-vous que j'ai néanmoins réussi à vous lever le maléfice ? C'est bien moi qui vous ai levé le maléfice, non ? ajouta-t-elle, soudain dubitative.

— Oui, c'est bien toi qui l'as fait, confirma Dumbledore en lui envoyant un sourire de gratitude. Après ton évanouissement, le professeur Rogue a exigé des guérisseurs qu'on renouvèle instantanément toutes les tentatives consistant à reconstruire mes entrailles…

— Et ça a marché comme je l'avais prévu, continua Matilde en s'imaginant la scène quelques peu absurde dans sa tête. Les médecins ont recréé des entrailles humaines, les ont greffées dans votre ventre, et le maléfice n'était plus là pour les détruire à nouveau…

— Les guérisseurs, rectifia Dumbledore aimablement. Ce ne sont pas des médecins qui travaillent à Ste Mangouste mais bien des guérisseurs

— Peu importe, dit nonchalamment Matilde en reportant son attention sur Dumbledore assis près de son lit. Vous ne m'avez toujours pas expliqué le phénomène qui s'est produit lorsque je vous ai levé le maléfice, insista-t-elle. Pourquoi soudainement la Baguette de Sureau a fonctionné pleinement lorsque j'ai lancé la formule du Finite Incantatem ? Je me rappelle de la sensation intense que j'ai ressentie dans ma poitrine à ce moment là.

— La réponse est simple, Matilde, répondit Dumbledore. Lorsque tu as pointé la baguette sur moi, la baguette a tout de suite reconnu en moi son maître légitime. Tu comprendras qu'elle avait intérêt à sauver son maître pour espérer retourner un jour entre ses mains…

Matilde laissa échapper une exclamation d'incrédulité.

— Vous parlez comme si la baguette avait des sentiments, comme si elle pouvait penser par elle-même.

— C'est la baguette qui choisi son sorcier, pas le contraire, dit Dumbledore en souriant, et c'est connu de tous les sorciers.

Matilde ne répliqua pas. Un peu confuse, elle continuait à le regarder fixement.

— Cette sensation que tu as ressentie en toi, reprit Dumbledore, au moment où tu as lancé le sortilège sur moi, c'est la sensation que tu aurais dû ressentir à toutes les fois que tu effectuais un sort. C'est pour ça qu'il était important que tu possèdes légitimement la Baguette de Sureau. Elle t'aurait vite débarrassée du côté Noir de tes Pouvoirs Fortifiés.

— Je l'ai tout de même ressentie un peu, cette sensation, marmonna Matilde en jouant avec un trou dans l'une de ses couvertures, lorsque je réussissais mes sorts…

— Oui mais d'une façon bien pâle. Je ne sais pas si tu as remarqué, Matilde, que cette sensation s'était complètement absentée de tes sortilèges effectués suite à la soirée du bal. La baguette n'agissait plus assez puissamment après cela, et tes Pouvoirs Fortifiés dépassaient de loin ceux de la baguette à ce moment-là. Mais au risque de me répéter, poursuivit Dumbledore d'un ton de nouveau plein d'excuses, pourras-tu jamais me pardonner les erreurs que j'ai commises ?

Il y eut un nouveau silence. Dumbledore observait Matilde avec peine profonde, les yeux brillants.

— Bah… Ce n'est pas grave, assura-t-elle, un peu gênée, en baissant le regard sur ses doigts qu'elle avait entortillés au travers le trou agrandi de sa couverture. Il y a quand même un avantage à ce que la baguette ne se soit jamais pliée à moi… Je n'aurai pas à endurer un autre combat avec vous pour que vous la récupériez, puisqu'elle est restée en votre possession… Et de toute évidence, poursuivit-elle alors que Dumbledore esquissait un sourire derrière sa longue barbe argentée, l'important est que tout s'est bien terminé… Mises à part peut-être la mort de Ranbbie et la démolition du service de Pathologie des Sortilèges à Ste Mangouste… et la mort des policiers également… et la mort du médecin… heu… je veux dire… du guérisseur qui a sombré de quatre étages de haut à cause de moi et… enfin… marmonna-t-elle, embarrassée. Finalement, c'est plutôt une fin tragique… Je serai punie par le ministère, n'est-ce pas ?

— En fait, pour ne rien te cacher, le ministère reste un peu perplexe face à tout cela. Disons que j'ai eu droit à beaucoup de fils à retordre pour les empêcher de t'envoyer à Azkaban. Tu as démoli une grande partie de Ste Mangouste, certes, mais le ministère reconnaît aussi que c'est grâce à toi que j'ai eu ma vie sauve et en dépit des dégâts considérables portés à l'établissement, avec grandes chances, personne n'en est mort. Seulement plusieurs blessés, mais ils s'en remettent déjà bien.

— Mais le guérisseur qui a tombé de quatre étages de haut ? Il est mort, non ?

— L'un des Tireurs d'élite de baguette magique — un membre de la brigade de police magique — a amorti sa chute de justesse.

— Ah bon… Mais les policiers… ? Harvey… ? Ranbbie… ?

Dumbledore allongea la main et tapota le bras de Matilde d'un geste réconfortant.

— Je ne te donne pas le droit de porter le fardeau de la mort de ces personnes, Matilde, dit-il avec gravité. C'est moi qui le porterai. Tu n'es responsable de la mort de personne.

— Alors je n'irai pas à Azkaban ?

— Non, répondit-il. La seule sentence que tu écopes est l'interdiction à vie d'utiliser une baguette magique à nouveau.

Matilde lui sourit timidement. Elle se sentait déjà mieux. Elle s'était attendue à pire…

— Tiens donc, dit Dumbledore d'un ton jovial, comme pour essayer de la distraire un peu, en regardant toutes les friandises entassées sur la table de chevet près de l'énorme bouquet de fleurs, on dirait bien que Miss Sarah Aubrey et Mr Francis Melrose t'ont laissé quelques présents…

Il tendit la main et se saisit d'une carte faite d'un parchemin jauni.

— Et je crois bien que le professeur McGonagall a tenu à vous remettre une lettre d'excuse…

Mais Matilde n'écoutait pas vraiment. À présent, elle n'avait plus qu'une seule envie.

— Je peux retourner chez moi, maintenant ? demanda-t-elle à mi-voix.

— Bien sûr, répondit Dumbledore d'un air joyeux en reposant la carte parmi les friandises, nous partirons cet après-midi si tu le désires. Je t'accompagnerai par Portoloin car le Poudlard Express est parti depuis déjà plusieurs jours.

Le cœur de Matilde bondit d'allégresse. Retourner chez elle la rendait si heureuse qu'elle avait l'impression que même un voyage prévu par Portoloin n'entamerait en rien son moral au beau fixe.

— Et étant donné que je ne suis plus considérée comme une Parguenaise, interrogea-t-elle aussitôt, et que je ne peux plus utiliser une baguette magique, je ne suis plus obligée de continuer mes études à Poudlard, n'est-ce pas ?

— Non. Tel que promis, si c'est ce que tu désires, tu n'es plus obligée d'y retourner. Tu es libre de choisir ta vie, à présent.

Matilde se sentit encore plus légère. Très légère. À un tel point qu'il lui semblait possible de s'envoler jusqu'au plafond si elle le voulait. Enfin, elle avait le droit de retourner chez elle, de reprendre sa vie bien à elle. Elle allait quitter enfin ce monde magique aberrant et sinistre qui ne lui avait fait endurer que des cauchemars depuis qu'elle avait reçu cette lettre d'invitation à la mi-novembre, et elle ne serait pas obligée d'y revenir ! Quelle joie ! À présent elle était libre ! Libre ! Elle avait envie de faire des cabrioles sur le plancher de l'infirmerie, tant elle était heureuse et pleine d'enthousiasme. Elle voulait aller tout de suite faire sa valise.

— Dragées surprises ? demanda soudain Dumbledore d'un ton enjoué.

Il avait sorti le petit sac violet rehaussé d'un cordage jaunâtre de sa poche et le tendait résolument vers Matilde. Celle-ci éclata de rire.

— Pourquoi pas ? dit-elle en prenant le sac violet des mains de Dumbledore.

Alors, sous le regard pétillant du vieil homme, elle se saisit d'une dragée colorée en rouge — sa couleur de bonbon préférée — et la glissa dans sa bouche.

— Bizarre, commenta-t-elle en la faisant rouler sur sa langue. On dirait… on dirait… un goût de tomate au poivron rouge…

Et ce fut au tour de Dumbledore d'éclater de rire.

Cela aurait fait une belle fin si j'avais fini mon histoire là, non ? :P Mais ne vous inquiétez pas, il reste encore deux autres chapitres... Mais en attendant, j'attends de savoir vos impressions sur celui-ci. ^^ Je tremble en attendant le verdict... :P Merci à vous !