Salut !
Je suis vraiment désolée pour se retard considérable dans la publication de ce chapitre. Je voulais le faire paraître hier comme je l'avais prévu mais, apparemment, mon ordinateur ne voulait pas. Je ne sais pas ce qu'il lui a pris mais il m'a littéralement planté là ! Et là j'ai capoté ! J'ai crié : ''Ah non ! Pas maintenant ! Pas alors qu'il ne me reste que deux chapitres à publier ! Il n'aurait pas pu toffer deux jours de plus ?'' Mais c'était ça qui était ça... J'ai donc dû faire réparer mon ordi durant toute la journée d'hier. Mais maintenant il est réparé, et c'est avec joie que je vous envoie enfin la suite ! :)
Je suis contente d'avoir répondu à toutes vos questions... sauf quelques-unes mais ça ne va pas tarder. Ne vous inquiétez pas, je n'ai pas oublié Rogue... :P
Merci à toi, Crusoe, pour avoir ajouté ma fic parmi tes favoris !
Et je veux remercier encore Matsuyama qui m'a aidée à rendre Dumbledore encore plus vrai lors du chapitre précédent en réparant quelques tournures de phrases. ^^
(Ce monde magique appartient à J.K. Rowling)
Bonne lecture ! ^^
Chapitre 47
Chère Emily…
La valise de Matilde était prête, laissée par terre devant la porte de sa chambre — la chambre, songea-t-elle aussitôt, puisque ce n'était plus sa chambre. Elle ne reviendrait plus à Poudlard. Elle était décidée à oublier cet endroit qui n'aurait jamais été sa place de toute façon. Elle avait rangé tous ses vêtements, soigneusement pliés dans sa valise, mais avait omis d'y mettre son uniforme de Poudlard et tous ses livres de sorcellerie. Elle ne voulait rien apporter chez elle en souvenir de ce monde trop extravagant pour elle.
Assise devant la glace de son ancienne coiffeuse, elle examinait son reflet. Ses longs cheveux auburn lui tombaient en cascade sur les épaules. Débarrassés de toutes brindilles, ils avaient repris leur éclat naturel. Aucune trace de lutte ou de combat n'était visible sur sa peau. Madame Pomfresh avait fait du beau travail pour lui avoir fait disparaître toutes ses blessures et égratignures. Rien ne laissait paraître qu'elle avait passé au travers d'une affreuse mésaventure. Quoiqu'encore un peu blême, elle avait perdu son teint bleui par le froid et elle pouvait désormais ressentir le bout de ses doigts et ses pieds. Elle était comme neuve.
Seulement, il n'y avait qu'une seule blessure que l'infirmière n'avait pas pu lui faire disparaître… Et cela exaspérait Matilde…
En plein milieu de sa poitrine, à l'endroit exacte où Ranbbie l'avait touchée pour la dernière fois avant de mourir, la trace de sa main était toujours visible, rouge et lisse, comme une brûlure cicatrisée qui, selon l'infirmière Pomfresh, ne s'effacerait jamais. Il n'était pas rare, avait expliqué Dumbledore, que les blessures causées par la Magie Noire restaient incurables. Matilde allait donc passer le restant de sa vie avec cette abominable cicatrice en forme de main de Ranbbie, qui lui rappellerait constamment sa mésaventure dans le monde de la sorcellerie.
Il restait encore une heure à tuer avant d'aller rejoindre Dumbledore dans le hall d'entrée. Matilde se leva et reboutonna sa chemise lilas de façon à cacher une grande partie de sa cicatrice, mais le bout de l'empreinte rougeâtre des doigts de Ranbbie restait toujours visible dans le haut de sa poitrine, dépassant du col. Après un dernier coup d'œil dans la glace en soupirant d'amertume, elle empoigna sa valise et sortit au salon.
La neige tournoyait encore, joliment, à l'extérieur et un silence lugubre flottait dans la pièce. Le seul mouvement qu'il y avait au salon était la dame représentée dans le grand tableau au-dessus de la cheminée. Baignant paisiblement ses doigts dans l'eau de la fontaine au bord de laquelle elle était assise, elle regardait Matilde d'un air mélancolique. Puis le regard de Matilde tomba sur le bureau dans le coin de la pièce, sur lequel les parchemins de Ranbbie reposaient toujours, soigneusement disposés en une pyramide bien nette, contre son encrier et sa plume mordorée.
À ce moment, la vue du visage de Ranbbie se calcinant au-dessus d'elle lui revint en mémoire et elle secoua aussitôt la tête pour la faire partir. Il fallait qu'elle occupe son temps, qu'elle évite de repenser à ces images qui allaient sûrement la hanter toute sa vie.
Ses yeux s'attardèrent un instant sur l'étagère remplie de livres à la reliure vert et or, mais l'envie n'y était pas. Puis elle regarda à nouveau la pile de parchemins de Ranbbie.
« Pourquoi pas ? », pensa-t-elle alors en s'approchant du bureau. Pourquoi ne pas s'occuper à découvrir en quoi Ranbbie travaillait pour le ministère… du temps qu'il était encore en vie… ?
Elle se saisit donc de l'un des rouleaux sur le dessus de la pile et le déroula. C'était une forme de lettre. Mais une lettre qui était sans aucun rapport avec le ministère, puisqu'elle était adressée à Emily…
Intriguée, Matilde lut la lettre en entier :
Chère Emily,
Je suis désolé d'avoir dû interrompre ta dernière lettre aussi brusquement, mais tu comprendras bien pourquoi en apprenant la raison. J'espère au moins que tu me croiras…
Aujourd'hui, une invasion de troll est survenue à Poudlard. C'est Matilde qui les a aperçus depuis la fenêtre du salon. Pour l'instant, on ignore tous comment et pourquoi six trolls sont entrés par infraction au château mais une chose reste sûre, selon le professeur McGonagall : ces trolls ne sont pas arrivés ici de leur plein gré.
J'ai donc dû venir en aide aux professeurs pour neutraliser les trolls qui s'étaient déjà dispersés dans tous les étages, comme s'ils suivaient des ordres précis... D'habitude, les trolls restent en groupe...
Après avoir clairement demandé à Matilde de ne pas bouger de ses appartements, je suis monté au troisième étage car des bruits de tonnerre retentissaient au-dessus de ma tête. Et, par la barbe de Merlin, je savais que l'odeur des trolls de rivières était nauséabonde, mais à ce point… ? C'est l'odeur qui a précédé le troll au bout du couloir et je te le jure, j'ai dû faire de gros efforts pour ne pas vomir.
Sans prétention, ça n'a pas été très difficile de vaincre le troll. Tout le monde sait que chez les trolls, c'est leur tête qui constitue leur point faible. Je n'ai donc eu qu'à léviter sa propre massue dans les airs et de l'assommer avec, en un rien de temps.
Puis d'autres bruits se sont fait entendre en bas et je me suis alors précipité vers le rez-de-chaussée. Mais je suis tombé d'abord sur Harvey en prise avec un troll et j'ai dû l'aider avant de poursuivre mon chemin. C'est fou comme il m'a semblé mal habile avec les trolls. C'est même un peu louche dans son cas, puisqu'il enseigne la défense contre les forces du Mal, mais bon...
Mais voilà que je tombe sur un spectacle des plus déroutants au rez-de-chaussée : six élèves de première année, les professeurs McGonagall, Chourave, Flitwick, Rogue, et… (devine qui !) Matilde ! Matilde était au centre de l'attention, dans un couloir vide. Je veux dire par là qu'aucuns trolls n'étaient de la partie, mais l'odeur laissait notamment présager qu'il y avait bel et bien eu des trolls un peu plus tôt dans ce couloir. Alors j'ai demandé si tout allait bien et avant d'avoir pu interroger Matilde au sujet de sa présence inopinée hors de ses appartements, Rogue m'a empoigné par la gorge. Et je ne dis pas de conneries ! Il m'a littéralement pris par la gorge, devant tout le monde, et m'a reproché brutalement d'avoir laissé Matilde seule dans ses appartements. Si le professeur McGonagall n'était pas intervenue, Rogue m'aurait assurément tué.
Bien évidement, j'ai explosé de rage après avoir ramené Matilde dans la tour. Je l'ai sermonnée sévèrement. Mais la révélation qu'elle m'a faite ensuite m'a quelque peu ébranlé. Apparemment, ce serait Harvey qui l'aurait poussée à descendre de ses appartements pour venir affronter les trolls. Vraiment… Mais ne savait-il pas à quel point il était dangereux pour Matilde d'utiliser sa Magie Noire ? Et pour détruire des trolls, en plus ! Tu te rends compte, Emily ? Matilde m'a avoué avoir tué deux trolls ! Deux trolls ! C'est épouvantable ! C'est en grande partie de ma faute aussi. J'aurais peut-être mieux fait de l'enfermer dans sa chambre ou quelque chose du genre… Et pour couronner le tout, elle m'a confirmé mes pires craintes en m'avouant qu'elle ressentait à présent une sensation étrange aux creux de sa poitrine. Même si elle a tenté de me rassurer sur le fait que cette sensation n'était rien, moi je suis certain que ça a quelque chose à voir avec ses Pouvoirs de Parguenais. Il va falloir lui faire passer des tests bientôt.
Matilde est présentement assise sur le divan et elle semble anxieuse. Elle n'est pas stupide. Elle sait bien qu'elle vient de faire une gaffe en affrontant les trolls. Et sa sensation à la poitrine doit l'effrayer…
Le professeur McGonagall est passée la voir tout à l'heure et elle m'a informé sur ce que je redoutais... Eh oui, Emily, tu l'as certainement deviné : Matilde continuait à tous les soirs de pratiquer sa Magie Noire. La pauvre... Harvey la persuadait qu'elle réussirait à sauver Dumbledore si elle continuait à s'entraîner, et elle l'a cru. Il faut cependant absolument qu'elle cesse ses pratiques sinon elle va mourir. Pourtant, elle n'a pas l'air de se rendre compte que ses Pouvoirs Fortifiés sont véritablement néfastes pour elle. En tout cas, il faut que je redouble de vigilance. C'est donc pour ça qu'à partir de ce soir (et ne m'en veut pas trop Emily) je vais devoir passer toutes les nuits avec elle, seulement pour m'assurer qu'elle ne se remette pas dans ses pratiques de Magie Noire. Et je te promets que je ne tenterai rien avec elle. Tu sais bien que je n'aime que toi…
Ah oui, j'oubliais… Rogue est aussi passé tout à l'heure. Il est venu porter la baguette de Matilde qu'elle avait laissée tomber quelque part dans le château en allant affronter les trolls. Il lui a dit de ne plus jamais s'en séparer. Puis il a renouvelé ses menaces envers moi en me disant que si j'avais le malheur de laisser Matilde seule encore une fois, j'allais le regretter amèrement.
Et avant qu'il ne sorte de la tour, tu sais ce que j'ai décelé dans son regard ? De la jalousie ! De la pure jalousie ! Il savait que je devais dorénavant passer toutes mes nuits avec elle et cela le mettait en furie malgré lui !
Je tiens ta vengeance, Emily, tu vas voir, je la tiens ! Étant donné que je t'ai déjà fait part de tous les détails concernant ses pensées décelées lors du cours de potion ce jeudi passé, tu sais déjà à quel point il est amoureux d'elle...
Bon, je dois te laisser, Matilde veut à présent aller se coucher. Elle ne sait pas encore qu'elle va devoir passer toutes les nuits avec moi à partir de ce soir. Elle protestera, c'est sûr. Je t'en tiendrai au courant.
Sur ce, je te souhaite une bonne nuit.
Ton amant qui t'aimera toujours,
Ranbbie
Le cœur de Matilde battait en tous sens comme une balle de caoutchouc. Quelles pensées Ranbbie avait-il décelées dans la tête de Rogue lors de son cours de potion, ce jeudi passé ? Certes, c'était des sentiments amoureux, mais la perceptive d'en découvrir les détails lui déclenchait un sentiment d'excitation au creux de l'estomac. Elle devait savoir. Il fallait qu'elle sache !
Elle laissa tomber la lettre sur le bureau et prit aussitôt un autre parchemin au hasard, au-dessus de la pyramide, qu'elle déroula fébrilement sous ses yeux avides. Comme la précédente, la lettre s'adressait à Emily, comme une sorte de journal intime. Matilde ne tarda pas à la lire, elle aussi, en entier :
Chère Emily,
Rogue est au courant maintenant que je maîtrise très bien la Legilimancie. Il me bloquera indubitablement la prochaine fois que je tenterai de plonger de force dans son esprit. Mais ça valait bien le coup de le lui faire sous-entendre. Si tu avais vu son expression faciale ! Je te raconte :
Cette nuit, Matilde s'était réveillée en sueur, suite à un cauchemar. Elle pleurait et répétait qu'elle allait mourir. Évidemment, je l'ai rassurée en lui disant qu'elle était en sécurité à Poudlard et elle s'était vite rendormie. Mais selon moi, elle s'était plutôt évanouie…
Sur le coup, j'ai vraiment cru qu'elle n'avait fait qu'un cauchemar banal. Mais voilà que ce matin, elle m'avoue que sa douleur à la poitrine a véritablement un lien avec sa tuerie de trolls, et qu'elle appréhende de mourir de la même manière qu'elle les a tués. Elle me révèle également que lancer des sorts la soulage de sa sensation de brûlure. C'était donc pour ça qu'elle m'accablait avec ses innombrables Lumos la veille. Pourquoi n'y avais-je pas pensé avant ? Je suis si bête parfois… J'ai donc tout de suite accouru auprès du professeur McGonagall pour lui signaler tout ça.
Oh Emily, j'ai tellement peur qu'elle meure ! Tu sais bien que je fais tout mon possible pour la sauver. Et si j'échouais ? Me pardonnerais-tu ?
J'ai croisé Rogue en chemin vers le bureau du professeur McGonagall. Et comme j'aurais pu le prévoir, il était furieux que j'aie osé laisser Matilde seule, encore une fois, dans ses appartements. Je me suis donc hâté de lui expliquer la situation avant qu'il ne tente à nouveau de m'étrangler, et il s'est alors précipité dans la tour Nord pour la soumettre au test sur-le-champ, nous permettant de s'assurer que Matilde ne refermerait pas de Magie Noire en elle. Mais hélas, l'analyse est remise après le bal. C'est de ma faute. Apparemment, je me serais trop laissé aller. J'ai causé du malaise à Rogue, je l'ai provoqué…
Lorsque je suis retourné dans la tour Nord, accompagné par le professeur McGonagall, Rogue avait dû l'avoir terrifiée encore une fois, puisque Matilde se tenait debout devant la fenêtre de sa chambre, à distance de lui. Pauvre Matilde. Elle n'avait aucune envie de déboutonner sa chemise devant Rogue. La présence de Madame Pomfresh aurait été largement plus rassurante pour elle, mais tu sais sûrement comment fonctionne le sortilège Fortificus Maleficus Revelio… C'est une incantation qui demande beaucoup de connaissances en Magie Noire. Or, ce ne relevait en aucunement des compétences de l'infirmière. Il n'y avait que Rogue qui puisse psalmodier une telle incantation.
Matilde rougissait sur son lit et Rogue devait sûrement la trouver aussi belle que je ne la trouvais moi-même. Je pouvais aisément percevoir son désir ardent de la voir se dévêtir enfin devant ses yeux…
Et ce fut à ce moment-là que je n'ai pas pu me retenir... Je l'ai profondément embarrassé devant Matilde et le professeur McGonagall, en lui révélant que j'avais décelé ses sentiments. Il est alors devenu livide et m'a sauté à nouveau à la gorge. Le professeur McGonagall était dans l'une de ses colères noires. Elle l'a engueulé férocement au salon après avoir réussi à le faire lâcher prise sur mon cou à l'aide d'un maléfice Cuisant...
Tiens donc, Matilde vient de ressortir de sa chambre. Merlin qu'elle est belle ! Avec sa robe lavande et ses cheveux joliment remontés sur sa nuque, ce sera difficile de résister…
Mais non, Emily, tu n'as pas à t'en faire. Je te répète que je n'aime que toi. Mais n'empêche… Ça devient de plus en plus difficile de résister parce que Matilde, comme je l'ai toujours un peu craint, est en train de tomber un peu amoureuse de moi sans vraiment s'en rendre compte. Je le décèle bien dans ses pensées présentement. D'ailleurs, elle vient tout juste de me demander si j'avais envie d'être son cavalier officiel pour le bal. Évidemment que j'ai répondu que non. Ce ne serait pas professionnel de ma part. Bien que j'aurais pu accepter, simplement pour accroître la jalousie de Rogue. Mais je me dis qu'en invitant Matilde pour un chaste petit slow sur la piste de danse, un moment donné au courant de la soirée, ferait bien l'affaire pour réussir à le pomper un peu...
Cependant, j'espère qu'en serrant Matilde de nouveau contre moi ne revigorera pas l'émotion dangereuse que j'ai eu le malheur de ressentir ce matin, lorsqu'elle s'est réveillée dans mes bras…
Oh Emily ! Si l'amour que j'ai pour toi n'avait pas été plus fort que moi, je l'aurais embrassée… Je l'aurais embrassée à l'instant ! J'ai tellement honte… Et par conséquent, il y a des moments où je me surprends à compatir aux douleurs de Rogue… Je devrais peut-être me faire un gros chaudron de potion calmante moi aussi…
Je sais ! Je perçois tes reproches ! Je n'aurais jamais dû la charmer comme j'ai essayé de le faire malgré moi depuis ma première rencontre avec elle. Mais je t'en ai déjà parlé. Bien qu'elle soit très différente de toi… pourtant… elle te ressemble tellement ! C'est sa façon de rougir peut-être… ou sa couleur de cheveux… ou son côté têtu qui me ramène souvent à penser à toi... Tu le sais bien, ne le nie pas, tu l'étais toi-même énormément ! Têtue ! Combien de fois j'ai essayé de te dissuader de donner tout ton temps aux autres ? Combien de fois j'ai essayé de t'empêcher de toujours aller aider les malheureux alors que…
Pardon… Je ne voulais pas revenir là-dessus... Je sais que tu le regrettes à présent… Enfin, Rogue s'est vite chargé de te le faire regretter… Rogue !
Bon, je dois y aller, Matilde me presse. Il y a près d'une heure qu'elle m'attend pour se rendre au bal. Je te raconterai tout à mon retour. J'ai bien hâte de voir la réaction de Rogue lorsqu'il verra Matilde. Il ne pourra certainement pas s'empêcher de la trouver belle dans sa longue robe. Il ne le montrera pas sur son visage imperturbable, mais moi je le percevrai aisément… Et je m'apprête à le turlupiner un peu ce soir…
À bientôt, mon amour,
Ranbbie
Abasourdie, Matilde relut le quatrième paragraphe au bas de la lettre. Ranbbie l'aurait embrassée ? Et il avait dû faire des efforts pour ne pas tomber amoureux d'elle ? Parce qu'elle ressemblait d'une certaine manière à Emily ? Pendant un instant, Matilde s'imagina Ranbbie en train de l'embrasser passionnément dans son lit ce soir là, la serrant dans ses bras, lui caressant doucement les cheveux. Alors son cœur se serra étrangement derrière la cicatrice en forme de main sur sa poitrine, puis elle secoua la tête vigoureusement pour chasser cette image mentale de ses pensées. Ranbbie était mort à présent…
Elle posa la lettre sur le bureau auprès des autres parchemins. Jetant un coup d'œil à sa montre, elle s'empara d'une autre lettre qu'elle déroula. Il ne lui restait plus beaucoup de temps avant l'heure de son rendez-vous dans le hall d'entrée, mais elle ne pouvait refouler l'envie de se replonger à nouveau dans la lecture des écrits de Ranbbie.
La lettre qu'elle tenait dans ses mains était beaucoup plus courte que les deux précédentes, et elle sembla avoir été rédigée d'une façon effrénée. Il y avait tant de tâches d'encre que Matilde eut de la difficulté à y déchiffrer certains mots.
Chère Emily,
Je viens de découvrir comment parvenir à sauver Matilde... Il suffit d'aspirer ses Pouvoirs de Parguenais simplement en lui touchant la poitrine suite à l'incantation du Fortificus Maleficus Revelio... Mais c'est également un sacrifice… Il faut que je me donne à la mort à sa place... Mais je vais le faire, Emily, je vais le faire ! Parce que je me dois de tenir la promesse que je t'ai faite ! Je n'abandonnerai pas Matilde ! Je vais la sauver ! Je vais me rendre jusqu'au bout comme toi tu l'aurais sûrement fait à ma place... Et je te rejoindrai ensuite… Nous serons de nouveau heureux ensemble…
Mais je suis présentement enfermé dans mes appartements... C'est Rogue qui m'a enfermé... Et il m'a pris ma baguette... Il ne veut pas que je me donne en sacrifice pour elle... Il a autre chose en tête présentement : il veut la tuer ! Tu te rends compte, Emily ? Il veut la tuer comme il a fini par te tuer, toi ! Et son futile prétexte est que, selon lui, en la tuant avant que ses Pouvoirs Fortifiés ne le fassent, le maléfice que Matilde a lancé sur Dumbledore se brisera. Mais il n'a aucune certitude que cela fonctionnera vraiment… C'est un risque à prendre... Et même si ça fonctionnait, tout le monde sait que Dumbledore ne serait pas d'accord avec une telle idée infâme... Mais moi, je sais très bien que Rogue saute sur l'occasion de la tuer uniquement parce qu'il n'en peut plus de l'aimer. Il croit peut-être qu'en la tuant, il soulagerait ses souffrances…
Vraiment, tu n'a pas à t'inquiéter, Emily... Je ferai tout mon possible pour sauver Matilde... Et si Rogue refuse de m'aider (parce qu'il me faut absolument quelqu'un qui sache lancer l'incantation du Fortificus Maleficus Revelio pour y parvenir) je me retournerai vers Harvey... Il est professeur de défense contre les forces du Mal, n'est-ce pas ? Il sait sans doute comment formuler une telle incantation…
C'est McGonagall ! Elle vient d'entrer… Je te reviens plus tard…
Et Ranbbie n'avait pas pris le temps de signer. Le professeur McGonagall avait dû exiger qu'il se rende dans son bureau immédiatement.
Le cœur de Matilde lui faisait mal. Cette lettre qu'elle tenait entre ses mains tremblantes était les derniers écrits de Ranbbie. Il avait été si courageux de l'avoir sauver. Elle n'osait pas s'imaginer ce qu'il lui aurait arrivé sans lui. Elle serait morte, sans doute… Et elle n'allait jamais pouvoir lui dire merci...
Essuyant ses larmes, elle consulta de nouveau sa montre et vit qu'il ne lui restait que quinze minutes avant l'heure de son rendez-vous avec Dumbledore dans le hall d'entrée. Mais elle ne voulait pas partir d'ici sans découvrir les détails concernant les pensées amoureuses de Rogue. Elle devait savoir. Et le parchemin renfermant les réponses devait se trouver quelque part à la base de la pyramide, puisque Ranbbie avait parlé de son cours de potion du jeudi passé. Elle étala donc les parchemins sur la surface du bureau et entreprit de les dérouler un à un, à la recherche de l'apparition du nom de Rogue. Elle tomba bien assez tôt sur la lettre qu'elle cherchait. Le parchemin en question était plus long que les autres. Ranbbie avait raconté à Emily toute sa journée du jeudi passée en compagnie de Matilde, décrivant ses cours, exprimant particulièrement à quel point les cours d'histoire de la magie étaient restés tout aussi pénibles que dans le temps où il était encore étudiant à Poudlard. Puis, au bas du parchemin, le nom de Rogue apparaissait plusieurs fois. Le cœur battant frénétiquement, Matilde se mit à lire scrupuleusement :
… puis j'ai eu droit à un cours de potion enseigné par Severus Rogue. Par Merlin, je n'avais pas oublié à quel niveau Rogue était méprisant et amer. Toujours le même. Il n'a pas changé d'une miette et il ne changera jamais non plus d'ailleurs. Même que… il n'a pas tardé à se trouver une nouvelle victime… si tu vois ce que je veux dire…
Surtout, ne t'affole pas, Emily ! Je te le jure, je ne laisserai pas Rogue renouveler ses méfaits du passé. Il t'a volé la vie, mais je ne le laisserai pas voler la vie de quiconque d'autre. C'est la promesse que je te fais, Emily, et je la tiendrai ! Je sais que c'est ce que tu aurais fait à ma place…
Voilà, si Matilde n'avait pas été si concentrée sur son philtre de confusion lors de son cours de potion, elle aurait remarqué les fréquents coups d'œil furtifs que Rogue n'a cessé de lui lancer par-dessus ses copies d'examens. Et moi, (bien que Rogue l'ignore complètement) maîtrisant très bien la Legilimancie, je me suis amusé à m'introduire en douce dans ses pensées dès que ses yeux hasardaient à croiser les miens. Et ça n'a pas été difficile, puisque ses pensées émanaient de lui avec une telle intensité que c'en était même un peu inquiétant. Et tu sais ce que j'ai découvert en lui ? De l'obsession ! Et un désir charnel des plus troublants…
Bref, il est amoureux d'elle, Emily, complètement fou de Matilde ! C'est aberrant, n'est-ce pas ? Ou peut-être pas… Dans le fond, Matilde a dû lui sourire une fois comme tu l'as fait, toi, un jour, ou bien elle aurait manifesté un quelconque signe qui aurait pu faire penser Rogue qu'elle éprouverait des sentiments soupçonneux à son égard. Ou encore, comme moi, il t'aurait simplement un peu reconnue à travers elle. Mais Matilde, elle, ne l'aime pas. Elle a peur de lui, elle me l'a dit. Je me demande bien ce que Rogue a bien pu déceler en elle pour ainsi tomber en amour fou avec elle...
En attendant, lors de son cours, j'ai tout découvert de ce qu'il considère être sa redoutable faiblesse : son amour obsessionnel, son désir cuisant de la toucher, de l'embrasser, ses multiples fantasmes, et sa hargne aussi. Parce que, crois-le ou non, même si cela semble un peu absurde, Rogue déteste Matilde presqu'autant qu'il en est amoureux. Il sait bien qu'il n'a aucune chance avec elle et que même s'il faisait des efforts pour tâter la moindre parcelle d'une chance en se comportant un peu plus aimablement avec elle, ce serait toujours voué à l'échec. Il semblerait qu'il manque cruellement de confiance en lui de ce côté-là... De toute façon, il est évident qu'il ne veut pas l'aimer pour tout l'or du monde car il se voit actuellement prisonnier d'un sentiment des plus indésirables et cela le perturbe énormément. Il va donc se réduire à essayer d'étouffer cette émotion par tous les moyens, et j'appréhende beaucoup qu'il y arrive de la même manière qu'il y est parvenu avec toi…
Mais encore là, ne t'inquiète pas, Emily. Je te répète que je tiendrai ma promesse : en plus de protéger Matilde de son état de Parguenaise, je la protégerai également de Rogue, tout en trouvant un moyen efficace de me venger de ta mort si prématurée. Je t'ai toujours assuré qu'il le payera cher, et je n'y manquerai pas...
Ton amant qui t'aimera toujours,
Ranbbie
Matilde se sentait étrangement vide alors qu'elle prenait le chemin menant au rez-de-chaussée, traînant sa grosse valise derrière elle dans un bruissement sourd. Elle avait fini par se rendre compte d'elle-même que Rogue l'aimait obsessionnellement, mais le fait que Ranbbie le lui avait confirmé par écrit en y incluant les détails la déroutait bizarrement. Elle se rappela le moment où Rogue l'avait embrassée impétueusement dans sa chambre. Il l'avait enlacée étroitement contre lui, comme pour avoir voulu saisir pleinement sa seule chance de l'avoir dans ses bras, lui qu'aucune femme n'avait peut-être jamais regardé dans les yeux autre que pour lui reprocher sa malveillance. Il était malheureux, voilà tout…
Esquissant un sourire d'incrédulité, Matilde se surprit à penser de la même façon qu'Emily, le jour où celle-ci avait souri à Rogue pour lui témoigner sa compassion. Il l'avait ensuite tuée… mais indirectement, songea Matilde, sentant tout à coup le besoin de le défendre. Il n'avait sûrement pas eu conscience de ce qu'il faisait. Il avait simplement essayé en vain de réprimer ses sentiments amoureux, en s'évertuant de la haïr plutôt que de l'aimer…
Tournant un angle de mur, Matilde se remémora la scène à Ste Mangouste, le moment où elle s'était écroulée sur le sol, se tordant de douleur, juste après avoir fait dévier le sortilège de mort sur Harvey. Rogue l'avait alors pointée de sa baguette magique, avait hésité, mais ne l'avait pas tuée… Il avait préféré choisir de lui sauver la vie…
À l'instant, une curieuse sensation envahie Matilde. Elle ralentit un peu le pas et posa machinalement les doigts sur sa cicatrice en forme de main. Si Ranbbie n'était pas intervenu, c'était Rogue qui mourrait à sa place pour la sauver. Elle se souvint du geste que ce dernier avait esquissé pour lui aspirer ses Pouvoirs Fortifiés. Elle se souvint également de l'expression crispée et douloureuse qu'il avait laissé paraître sur son visage. Parfaitement conscient des conséquences, il avait décidé de la sauver lui-même de son état de Parguenaise, prêt à se donner en sacrifice pour elle, et cela signifiait beaucoup pour Matilde. Et tandis qu'elle descendait l'escalier de marbre dans le hall en direction de la double porte d'entrée en chêne massif, une envie inexorable de bifurquer dans le couloir menant aux cahots enfla intensément en elle.
Dumbledore n'était pas encore arrivé. Pouvait-elle se permettre de passer voir Rogue un court instant ? Se promettant qu'elle n'y serait pas longtemps, elle laissa sa valise devant la porte d'entrée et s'élança vers les sous-sols du château.
La suite demain, je vous le promets ! C'est le dernier chapitre et c'est aussi mon préféré... ^^
