Bonjour à tous et à toutes ! :)
Je suis si contente et si triste à la fois de vous envoyer enfin le tout dernier chapitre qui clôtura l'histoire de Matilde. Mais avant de vous laisser entamer cette dernière lecture, il est très important pour moi de faire mes remerciements :
Tout d'abord, je remercierai jamais assez tous ceux qui m'ont encouragée tout le long de la publication de cette histoire avec des reviews tellement agréables à lire, remplies de commentaires aimables, de compliments qui m'ont fait énormément chaud au cœur et de remarques constructives qui vont m'aider grandement dans la rédaction de mes prochaines histoires.
Merci à Matsuyama, noumea, Charlotte Marmotte, HarryPotter1221, DoePatronus7, 06Caprica, Marechal Hellen J. Marian, Name8 Cheg8, Missfanficdu57, Flaye's, Elodays, Eladora, Faan'Taaas'Tiiique, Emma Came, MoonyAngie2, Loupio-Duff, algore-i, Roselia001, fidjet, Jude June, Lauras, Cline, Crusoe, Jeanne, Kiitsu, La girafe, Marina, athina, Tam83
Merci à ma sœur et à ma mère de s'être plongées dans mon histoire jusqu'au bout !
Merci à vous tous qui avez mis cette histoire dans vos favoris, dans vos Storys Alerts, ainsi que de m'avoir mise dans vos auteurs Favoris et Auteurs Alerts !
Et sans oublier, merci à vous tous, même vous lecteurs anonymes, d'avoir lu ma fic jusqu'à la fin ! ''La Parguenaise'' a présentement 278 reviews et un Hits de 20,664 ! Je suis impressionnée ! :) Merci encore immensément à vous !
Quelques réponses à vos questions : Le mot Parguenais est un mot que j'ai inventé tout bonnement sur le coup. Il ne signifie hélas rien. Pour tout vous dire, il m'a fallu bien du temps à m'habituer à ce mot (parce que je ne l'aimais pas au début mais puisque ma fic ne devait que contenir qu'une dizaine de chapitres pas plus, je m'étais dit ''Bah, ce n'est qu'un exercice d'écriture après tout...'') Mais comme vous vous en êtes rendus compte, l'histoire de Matilde m'est apparue bien assez vite comme beaucoup plus qu'un simple exercice d'écriture et étant donné que j'avais fini par m'habituer au mot Parguenaise, je n'ai pu le changer par la suite... Voilà ! ^^
Quant à savoir si j'écrirai d'autre fics ? Eh bien je peux vous dire tout de suite qu'après cette expérience enivrante d'avoir publié cette fic qui semble avoir eu un certain succès, je brûle déjà d'envie d'en écrire une autre. Même que malgré moi, j'ai déjà une suite possible qui m'est toute apparue d'un coup dans ma tête en rapport avec La Parguenaise. Peut-être que je me suis trop attachée à Matilde... Ou bien parce qu'il y a encore quelques mystères de non résolus dans cette histoire que j'aimerais bien élucider... Mais je ne peux pas vous promettre rien ! Parce que présentement, j'ai commencé à consacrer tout mon temps à mon roman fantastique que j'ai bien envie de publier d'ici quelques années. Je vous tiendrai au courant si vous le voulez bien. Mais en attendant, ajoutez-moi dans vos ''Autors Alerts'' si ce n'est pas déjà fait, et bien sûr, si vous avez aimé ma façon d'écrire, parce qu'il se peut grandement que je me remette à écrire quelques petites fics en parallèle avec mon projet. Et si vous avez des idées, ne vous gênez pas ! ^^ Pour ceux qui ne sont pas membres, je suis désolée, je ne sais pas comment je pourrais faire pour entrer en contact avec vous. Je ne peux quand même pas afficher mon adresse hotmail sur cette page... ? Si vous avez des suggestions, autre que de devenir vous-même membre de ce fabuleux site d'histoires fantastiques, j'en serai ravie !^^
Bon, là j'ai beaucoup parlé... Je me doute déjà qu'il y en a plusieurs qui ont sauté cette longue note d'auteur pour passer tout de suite au chapitre final. :P En tout cas, j'espère que ce chapitre sera à la hauteur de vos attentes, parce que moi, personnellement, c'est mon chapitre préféré, même s'il... enfin... vous jugerez par vous même ! ^^ J'attends vos commentaires finaux avec impatience ! ^^
Merci encore à vous tous, fidèles lecteurs, que j'aime tellement ! J'ai adoré écrire cette histoire et je suis tellement heureuse qu'elle a su vous divertir !
(Ce monde magique appartient à J.K. Rowling que je remercie grandement, d'ailleurs, pour avoir inventé toute cette magie)
Bonne lecture !
Chapitre 48
Un adieu douloureux
Pour une dernière fois, Matilde arpenta les couloirs sombres et humides des sous-sols de Poudlard, en direction du bureau de Rogue. En temps normal, hormis pour les cours, elle n'aurait jamais eu le courage de se rendre d'elle-même, volontairement, dans les cachots, là où demeurait l'homme sarcastique et odieux qui ne lui avait jamais inspiré — jusqu'alors — autre chose que de l'effroi et de l'exécration. D'autant plus qu'elle ne savait pas trop bien ce qu'elle venait faire dans ces lieux. Elle sentait simplement qu'elle devait s'y rendre. Elle avait besoin de revoir cet homme avant de réintégrer sa vie bien à elle, dans son petit village loin de l'Écosse, loin du monde magique.
Lorsqu'elle arriva devant la porte métallique rouillée du bureau de Rogue, elle s'immobilisa un moment. Elle eut soudain l'impression curieuse que ses entrailles se ratatinaient dans son ventre. Pourtant, elle n'avait plus du tout peur de Rogue. Elle savait que maintenant, avec le retour de Dumbledore, il n'avait plus aucun prétexte pour la tuer. D'ailleurs, il n'avait pas réussi à le faire lorsque l'occasion s'était présentée à Ste Mangouste. Son amour pour elle avait été trop fort. Il avait préféré lui sauver la vie, et c'était précisément ces mots qui ne cessaient de résonner en boucle dans la tête de Matilde : Rogue avait préféré lui sauver la vie…
Matilde poussa la porte avec un grincement sinistre. Les mêmes bocaux remplis de bestioles mortes et hideuses, flottantes dans le formole, surchargeaient les étagères qui recouvraient les murs. La pièce était plongée dans la pénombre. Les seules sources de lumière venait des quelques flammes bleuâtres, crépitant sous un gros chaudron vaporeux à l'avant du bureau, et de la braise flamboyante qui illuminait faiblement l'âtre de la cheminée. Saisie brusquement par l'habituel froid mordant du cachot, Matilde s'entoura de ses bras pour tenter de se réchauffer et sursauta lorsque la voix glaciale de Rogue s'éleva de l'ombre :
— On ne vous a pas appris à frapper avant d'entrer, Miss Beauregard ?
Matilde scruta les vapeurs du chaudron et vit alors Rogue apparaître derrière, une fiole à la main. À la lueur des flammes bleuâtres, son visage encadré de deux longs rideaux de cheveux noirs et graisseux arborait inlassablement son expression d'impassibilité, qui eut le don d'agacer Matilde en cet instant. Évidemment, il continuait, obstinément, à cacher ses véritables sentiments pour elle. Matilde laissa échapper un rire incrédule.
— Décidément, lui dit-elle en hochant la tête, tu ne changeras jamais, toi…
Rogue, qui venait de verser quelques gouttes du contenu de sa fiole dans sa mixture vaporeuse, lui envoya un regard menaçant par-dessus son chaudron.
— Mais qu'est-ce qui vous autorise à soudainement me tutoyer, Miss Beauregard ? Je vous rappelle que je suis toujours votre professeur et que vous me devez…
— Justement, interrompit Matilde en s'approchant de lui, confiante, tu n'es plus mon professeur. Je ne reviendrai pas à Poudlard après Noël.
Elle fixa Rogue droit dans les yeux, à l'affût d'une quelconque réaction favorable de sa part, mais il ne fit que hausser les sourcils d'un air indifférent.
— Et en quoi cela vous autorise à me tutoyer ? interrogea-t-il d'un ton sarcastique. Que je reste ou non votre professeur, vous me devez toujours le respect, non ?
Matilde ne répondit pas. Elle observa Rogue se diriger tranquillement vers son armoire à ingrédients, sa cape noire ondulant derrière lui, laquelle le faisait ressembler plus que jamais à une chauve-souris géante, et ne put réprimer un sentiment d'amertume envers le fait qu'il ne paraissait pas du tout consterné par son départ. Pourtant, il était amoureux d'elle, elle le savait. Il aurait dû éprouver au moins un soupçon de tristesse, ou même de l'affliction à l'idée qu'il ne la reverrait plus jamais. Mais il s'entêtait encore et toujours à ne rien laisser paraître, à tout ravaler ses émotions, les barricadant en lui. Et alors que Rogue rejoignait son chaudron, les bras chargés de bocaux et de plantes bizarres, Matilde se demanda s'il n'allait pas tout simplement finir par craquer un jour ou l'autre, à force de toujours étouffer ses sentiments, les bloquer, comme un Parguenais qui accumule toute sa magie à l'intérieur de lui durant des années jusqu'à ce qu'il explose…
— J'imagine que vous n'êtes pas seulement venue ici pour m'apprendre votre départ définitif de Poudlard, dit Rogue en déposant ses ingrédients sur son bureau dans un tintement de verre, car si c'est le cas, eh bien, je n'ai rien à vous dire à part vous souhaiter bonne chance dans votre vie de Moldue.
— Merci, répondit Matilde froidement, soutenant le regard mauvais de Rogue. Mais en effet, je ne suis pas venue seulement pour ça. Je voulais te… vous remercier pour m'avoir…
— Épargnez-moi vos cérémonies, Miss Beauregard, trancha Rogue. Je n'ai rien fait qui puisse bénéficier de vos remerciements.
— Ne soyez pas idiot. J'ai vu votre geste…
— Ne me traitez pas d'idiot ! répliqua-t-il sèchement, déjà en colère. Surveillez votre langage sinon…
— Sinon quoi ? coupa Matilde, agacée. Vous allez m'enlever des points ? Ou bien me flanquer une retenue peut-être ? Je ne suis plus votre élève, monsieur Rogue !
Rogue n'aurait pas eu une expression différente si on l'avait soudain giflé. Derrière son chaudron qui continuait à laisser échapper ses vapeurs jusqu'au plafond, il darda Matilde d'un regard plus menaçant que jamais.
— Sortez de mon bureau, ordonna-t-il avec lenteur.
— Non, répondit Matilde, téméraire.
— Sortez de mon bureau ! répéta Rogue.
— Non, répondit une nouvelle fois Matilde en se croisant les bras.
— Vous osez… ?
— Je ne sortirai pas d'ici avant que vous ayez écouté ce que j'ai à vous dire.
Rogue sembla sur le point d'exploser, de se ruer sur elle et de tenter à nouveau de la tuer, mais il resta néanmoins immobile, dans les vapeurs de son chaudron, une veine palpitant sur sa tempe, ses yeux crachant des éclairs rouges. Et cela n'intimidait en rien Matilde. Le fait de savoir pertinemment qu'il était amoureux d'elle — bien qu'il faisait tout pour le cacher — lui procurait un sentiment d'hardiesse inébranlable.
Rogue se pencha vers elle à la manière d'un serpent redoutable, ses longs doigts fins s'étalant sur la surface de son bureau.
— Et qu'est-ce que vous avez à me dire, Miss Beauregard ? demanda-t-il d'une voix basse qu'il s'efforçait de garder calme malgré la fureur palpable qui émanait de lui.
— À Ste Mangouste, commença Matilde, désinvolte, lorsque je me suis effondrée par terre dans ma douleur après avoir dévié le sortilège de Harvey sur lui, je vous ai vu. Vous aviez ramassé votre baguette sur le sol et l'aviez pointée sur moi ensuite…
— Et alors… ?
— Et alors, vous ne m'avez pas tuée. Vous avez préféré choisir de m'offrir la vie sauve…
— Je ne vous ai pas sauvé la vie, contesta Rogue avec froideur, c'est Hedlund qui s'en est chargé lui-même.
Ses yeux noirs se baissèrent sur la partie restée visible de la marque rougeâtre en forme de main, imprimée sur la poitrine de Matilde, et celle-ci remonta machinalement le col de sa chemise.
— C'est vrai, admit-elle, mais si Ranbbie n'était pas arrivé à temps, je me trompe ou bien c'est l'emprunte de votre main que j'aurais eu droit sur ma poitrine à la place de la sienne ?
Lentement, les yeux de Rogue remontèrent dans ceux de Matilde et la fusillèrent. Il n'avait pas l'air du tout de vouloir répondre.
— Alors ? insista-t-elle, le fixant intensément, je me trompe ?
Rogue eut un petit mouvement de tête, comme s'il chassait une mouche exaspérante, puis il se redressa et empoigna un couteau d'argent que Matilde n'avait pas remarqué sur le bureau parmi les bocaux d'ingrédients et de plantes bizarres. Elle se raidit d'appréhension.
— J'avais une dette envers vous, voilà tout, avoua-t-il avec dédain.
— Une dette ? répéta Matilde en guettant du coin de l'œil le couteau qu'il serrait dans sa main droite.
— Oui, une dette, reprit Rogue de sa voix glaciale. Vous avez détourné le sortilège de mort qui m'était destiné — et cela en courant un très grand risque puisque vous aviez osé faire usage de vos Pouvoirs de Parguenais une fois de plus — et comme je ne supporte pas les dettes, poursuivit-il en saisissant de sa main gauche une plantes dotées d'étranges tentacules safranées, j'ai donc pensé que nous serions quittes en vous sauvant la vie en retour.
Il se mit alors à couper les tentacules végétaux en rondelles fines avec véhémence et Matilde respira profondément.
— D'accord, je comprends, dit-elle, bien qu'elle doutât de la véritable raison qui l'avait poussé à la sauver plutôt que de la tuer. Mais n'empêche, poursuivit-elle d'un ton reconnaissant, vous étiez prêt à vous sacrifier pour moi, à mourir pour moi. Et cela n'est pas rien ! C'est un geste énorme que vous vous apprêtiez à faire et c'est pourquoi je tiens à vous remercier de tout cœur…
Rogue l'interrompit d'un imperceptible rire moqueur, les yeux rivés sur sa plante safranée qu'il continuait de couper avec vigueur.
— Ne rejetez pas ma gratitude, s'indigna Matilde.
Cessant brusquement son activité, Rogue leva son visage froid vers celui de Matilde, une expression d'indéniable malveillance imprégnée dans le fond de chacun de ses yeux noirs.
— Vous allez me turlupiner encore longtemps comme ça, Miss Beauregard ? lança-t-il abruptement. Si vous n'avez plus rien à me dire de pertinent, je vous prierais de me laisser tranquille et de retourner enfin chez vous ! Vous me nuisez dans l'élaboration de ma potion !
Matilde sentit son sang lui monter à la tête et un bruit sourd lui palpita dans les oreilles. Elle serra les dents. Rogue ne défaillirait jamais, songea-t-elle avec affliction. C'était incontestable, il continuerait jusqu'au bout à lui faire croire — et à se faire croire également — qu'il la détestait, même si ses sentiments amoureux venaient à ne jamais s'éteindre un jour. Il était trop fort, trop tenace, imperturbable. Matilde se surprit alors à vouloir à tout prix lui extirper de force le fond de ses pensées véritables, lui faire violence pour qu'il avoue enfin son amour pour elle, comme Ranbbie avait essayé de le faire en vain avant de s'effondrer dans son propre sang.
— Embrassez-moi ! lança-t-elle soudain sous la forme d'un ordre, avant même qu'elle prenne conscience des mots qui semblèrent s'être échappés de sa bouche d'eux-mêmes.
Le couteau d'argent que tenait Rogue dans sa main droite tomba alors sur le sol dans un bruit métallique. En l'espace d'une seconde, Rogue devint livide, puis un air à la fois sidéré et dérouté passa sur son visage cireux.
— Q-quoi… ? balbutia-t-il.
Puis, avec l'impression que quelqu'un d'autre parla à sa place, Matilde répéta avec fermeté, sans ciller, s'étonnant elle-même d'avoir eu l'audace de le faire.
— Embrassez-moi !
Rogue la contempla un moment, les yeux écarquillés de stupeur, puis il se détourna d'elle brusquement dans un mouvement de cape pour faire face à son armoire à ingrédients derrière son bureau, adoptant une position fermée. Apparemment, il avait du mal à assimiler ce que Matilde venait de lui demander.
Un long silence troublé s'installa entre eux, enflant dans la pénombre de la pièce. La mixture du chaudron avait commencé à bouillonner ardemment, crachant à présent d'énormes panaches de vapeur grise, de plus en plus denses. Bientôt, Matilde eut de la difficulté à discerner la silhouette de Rogue qui lui faisait toujours résolument dos.
— Professeur, risqua-t-elle, est-ce que ça va ?
Rogue ne répondit pas. Il resta immobile devant l'armoire.
Alors Matilde, avec précaution, contourna le bureau et s'approcha lentement de lui. Elle fut à deux pas de Rogue, lorsque celui-ci fit brusquement volte-face, faisant tourbillonner les vapeurs épaisses qui l'entouraient.
— Ne vous approchez pas de moi ! s'écria-t-il, la main tendue devant lui comme pour dissuader Matilde de faire un pas de plus. Je vous avertis, jeune fille, poursuivit-il d'une voix basse et tremblante, si vous osez me toucher ou de… de… quoi que ce soit d'autre… je vous le ferai regrettez amèrement !
Matilde ne put se retenir d'éclater de rire.
— Voyons professeur, je n'ai aucune intention de vous sauter dessus, rassurez-vous…
Rogue parut d'abord choqué. Puis il devint écarlate de fureur.
— Sortez ! vociféra-t-il en pointant la porte, ses yeux noirs flamboyant. Sortez de mon bureau !
Il s'avança vers Matilde qui recula aussitôt, plus par prudence que par effroi.
— Non, refusa-t-elle catégoriquement, toujours aussi déterminée.
D'un geste rageur, Rogue sortit sa baguette magique de sous sa cape et la pointa directement sur Matilde qui s'arrêta contre la cheminée, face à lui.
— Si vous ne… Si vous ne sortez pas d'ici… Je… Je…
Rogue sembla avoir de la difficulté à respirer. Matilde voyait sa poitrine se soulever au rythme de sa respiration saccadée.
— Vous allez me tuer ? demanda-t-elle, sceptique.
Rogue acquiesça d'un signe de tête fébrile.
— Oui, peut-être bien, oui, dit-il d'un étrange glapissement qui ne lui était pas familier.
Matilde sourit d'un air incrédule.
— Arrêtez-donc, dit-elle avec douceur. Vous savez très bien que vous en êtes incapable. Vous vous en êtes rendu compte comme moi à Ste Mangouste au moment où vous aviez eu l'occasion de le faire. Ce n'est pas seulement en raison de votre dette envers moi si vous aviez préféré me sauver la vie…
Elle marqua une courte pause. À travers les vapeurs denses, la main de Rogue qui serrait sa baguette magique s'était mise à trembler. Puis Matilde, hardie, continua :
— … c'est parce que vous m'aimez…
— Taisez-vous ! hurla Rogue, le visage déformé par une affliction terrible. Taisez-vous !
Il leva sa baguette.
— J'ai le droit à une dernière volonté, n'est-ce pas ? s'empressa de lancer Matilde avant qu'il ne prononce toute formule. Ce n'est pas ce que vous aviez vous-même sollicité à Harvey avant qu'il ne vous envoie son sortilège de mort ?
— Je ne vous enverrai pas de sortilège de mort, murmura Rogue.
Matilde ressentit une vague de soulagement, même si au fond d'elle, elle le savait bien.
— En revanche, si vous ne sortez pas de mon bureau immédiatement, reprit Rogue, menaçant, dans un murmure à peine audible dans le bouillonnement sonore du chaudron, je suis bien capable de vous infliger les pires souffrances et je ne vais pas me gêner. Je peux bien me le permettre, puisque je ne suis plus considéré comme votre professeur, et que vous n'êtes plus mon élève non plus. Et ne me mettez pas au défi, ajouta-il en pesant bien ses mots.
Avec le sentiment que tout son corps se remplissait présentement d'une eau aussi bouillante que la mixture du chaudron, Matilde estima alors préférable d'arrêter son jeu à l'instant. Il serait dangereux de continuer. Elle s'était imaginé que Rogue aurait cédé, l'aurait prise dans ses bras et n'aurait pas hésité à l'embrasser à nouveau, comme il l'avait fait avec tant de fougue — d'autant plus qu'il aurait pu profiter du fait qu'elle n'était plus son élève, justement. Mais c'était comme rêver en couleur. Il ne changerait jamais. Il resterait toujours le même : malveillant et outrageant. Elle devait se rendre à l'évidence.
Alors, blessée, avec l'impression amère d'avoir échoué dans quelque chose qu'elle tenait à cœur, Matilde lui envoya un sourire dolent avant de lui dire :
— Bien… D'accord… Je m'en vais…
Puis elle se dirigea lentement vers la sortie, la tête basse.
— Et tâchez de ne plus jamais remettre les pieds ici ! lui lança Rogue avec mépris.
Elle s'arrêta. Puis, sans se retourner, fixant la porte à quelques pas devant elle, elle répliqua avec colère :
— Ce n'est pas vous qui allez m'empêcher de revenir si je décide soudain que finalement ma place est à Poudlard.
Si elle avait prononcé ces mots, c'était uniquement pour essayer de le provoquer une nouvelle fois, comme une sorte de vengeance, bien évidemment. Elle n'avait aucune réelle intention de retourner à Poudlard après Noël.
Et vu que Rogue ne répondait pas, elle se retourna pour lui refaire face. Les vapeurs de la potion en devenir s'étaient estompées en raison des flammes bleuâtres qui avaient fini par s'éteindre sous le chaudron. À présent, il n'y avait plus que la faible lueur de la braise flamboyante du foyer qui perçait la pénombre écrasante de la pièce. Rogue, la baguette pendante au bout de son bras, n'avait toujours pas bougé de sa position. Debout devant la cheminée, il avait réaffiché son masque d'impassibilité, bien qu'il ne pût cependant s'empêcher de pâlir sous ses longs cheveux gras. Tous deux se dévisagèrent en silence.
— Je ne suis pas dupe, Miss Beauregard, dit-il enfin. Je sais bien que vous ne reviendrez pas à Poudlard. D'abord parce que vous n'avez plus le droit d'utiliser une baguette magique, et deuxièmement, vous y avez vécu suffisamment d'horreurs pour songer à revenir.
Matilde resta silencieuse. Puis, avec hargne profonde, Rogue ajouta avec insistance :
— Allez-vous-en, Miss Beauregard, allez-vous-en !
Mais elle secoua la tête et sentit les larmes lui picoter le coin des yeux. Elle ne voulait pas partir maintenant. Elle en était incapable. Il y avait quelque chose de plus fort qu'elle qui la retenait encore ici.
Rogue la regarda alors d'une expression d'incrédulité mêlée d'agacement.
— Mais pourquoi refusez-vous donc de partir ? demanda-t-il.
— Oh, mais je vais partir, assura Matilde en s'approchant de lui d'un pas hésitant. Seulement…
— Seulement quoi ? interrogea Rogue en brandissant sa baguette.
— Seulement… reprit-elle en s'arrêtant à un mètre de lui, j'ai besoin que vous me regardiez dans les yeux et que vous m'avouiez sans ciller que vous n'éprouvez que de l'hostilité envers moi.
Suite à ces mots, elle essaya de refouler ses larmes mais elle n'y parvint pas. Sous les yeux indifférents de Rogue, son visage s'embrasa. Elle se demanda s'il n'allait pas lui accorder sa requête. Cependant, elle espérait déjà à moitié qu'il refuse. Il en serait bien capable de lui cracher à la figure qu'il la haïssait pour mourir, de lui mentir — de se mentir. Et alors là, Matilde aurait un mal fou à l'accepter…
Sans corrompre l'expression d'impassibilité sur son visage, Rogue abaissa sa baguette.
— Très bien, dit-il froidement, si c'est ce qu'il vous faut pour que vous consentiez enfin à sortir de ma vie, je veux bien vous accorder cette faveur.
Matilde sentit son cœur se resserrer lorsqu'elle le vit ranger sa baguette dans sa poche avec raideur, s'avancer ensuite vers elle d'un pas décisif, la toisant avec mépris, sa cape voltigeant dans son sillage. Il s'arrêta à sa hauteur. Matilde soutint ses yeux noirs avec appréhension, retenant son souffle. Il allait le faire. Il allait le faire, et aisément en plus. Elle regretta aussitôt sa demande irréfléchie. Elle aurait mieux fait de lui réclamer à nouveau un baiser au lieu de ça.
Comme de fait, sans ciller, ses yeux noirs transperçant ceux de Matilde comme deux lames acérées, il lui déclara fermement de sa voix basse, plus froide que jamais :
— Je vous exècre, Miss Beauregard. Je ne renferme que de l'aversion envers vous. Je vous déteste, je vous hais. Bref, vous n'avez jamais été autre chose à mes yeux qu'une petite ingrate impertinente, insolente et effrontée qui n'a jamais su susciter en ma personne d'autre sentiments que du dégoût et de la répulsion totale ! Voilà ! J'espère avoir été assez clair avec vous, Miss Beauregard !
Incapable de se détacher du néant qu'exhalaient à présent ses yeux, Matilde se laissa donc gagner par ses pleurs, complètement atterrée. Voilà, pensa-t-elle, il avait été capable de le lui dire en face. Et le pire dans tout ça, c'était qu'il avait été douloureusement crédible.
Matilde déglutit avec difficulté.
— Bon… eh bien…, dit-elle d'une voix brisée, s'évertuant à étouffer ses sanglots dans sa gorge. À présent que c'est effectivement clair… que vous me détestez vraiment… que je me suis trompée en croyant que vous m'aimiez… je… je vais partir… et ne plus jamais revenir… jamais… revenir…
Mais au moment où elle esquiva un mouvement de recule pour se retourner vers la sortie, Rogue l'empoigna brusquement par le bras. Surprise, elle ramena son regard dans le sien. Toujours affublé de son visage indéchiffrable, il la dévisagea longuement, vrillant successivement chacun de ses yeux, jusqu'à la rendre mal à l'aise. Puis, comme la fois d'avant, de façon totalement inattendue, Rogue lui glissa une main sur sa nuque et l'embrassa.
Ce fut immédiat : avec l'impression d'un puissant courant électrique lui traversant le corps d'un trait, Matilde s'accrocha à lui comme si sa vie en dépendait, lui rendant son baiser avec autant d'ardeur et d'impétuosité que lui. Enfin, il cédait ! Elle ne savait pas trop pourquoi il avait choisi ce moment en particulier afin de l'embrasser passionnément, tout juste après l'avoir cruellement offensée, mais elle s'en fichait. Tout ce qui comptait à présent, était que Rogue se trouvait finalement dans ses bras, lui avouant par ses gestes caressants tout l'amour intense qu'il continuait à éprouver indéfectiblement pour elle, pour Matilde.
Puis Rogue cessa de l'embrasser et l'étreignit étroitement contre son corps, lui attirant la tête dans le creux de son épaule. Il fut secoué de sanglots. Matilde ferma les yeux. Le visage enfouit dans les cheveux graisseux de Rogue, elle compatissait à sa douleur. Qu'il n'ait pu réprimer pour une seconde fois ses désirs inexorables de la serrer dans ses bras et la sentir contre lui constituait pour Matilde une sorte de victoire ineffable malgré elle, alors que pour lui, ce devait représenter une horrible défaite envers soi-même. Elle ne comprenait toujours pas exactement pourquoi s'était-il épris d'amour pour elle, mais, en revanche, elle comprenait un peu que, pour des raisons qu'il était le seul à connaître — qu'elle ne connaîtrait peut-être jamais d'ailleurs —, il puisse refuser de l'aimer même si cela menaçait de rester en vain. Il s'évertuait à la haïr pour lui avoir fait naître ce sentiment redoutable en dedans de lui. Et Matilde se devait de le respecter…
— Je ne reviendrai jamais si c'est ça que vous voulez, chuchota-t-elle à son oreille, sentant du même coup son cœur se serrer douloureusement.
Rogue tressaillit, mais ne répondit pas.
Avec douceur, Matilde s'écarta de lui, de façon à le regarder en face, et il resserra convulsivement son étreinte, comme s'il avait peur qu'elle disparaisse soudainement. Il avait les yeux cernés de rouge, le visage baigné de larmes, mais il ne pleurait plus. Encore une fois, Matilde reconnut l'affliction sur son visage, mêlée d'une certaine frayeur. Il restait muet. Tous deux s'observèrent en silence durant de longues minutes, toujours enlacés l'un à l'autre, puis Rogue l'embrassa à nouveau.
Mais cette fois-ci, l'impétuosité avait disparu. C'était avec une douce tendresse qu'il l'embrassait à présent, une main derrière son dos, les doigts de l'autre entrelacés dans sa longue chevelure.
Matilde se trouva quelque peu déconcertée. Mais que faisait-il ? Était-il en train de se laisser enivrer dans ses émotions ? Renonçait-il enfin à la détester maintenant qu'il savait qu'elle allait quitter Poudlard et ne plus jamais revenir ? S'il continuait ainsi, la voir partir risquerait de lui infliger une telle douleur, encore pire que celle qu'il éprouvait en ce moment. Et Matilde donc !
Plus elle accueillait les baisers de Rogue en y répondant avidement, plus l'envie de quitter Poudlard s'estompait considérablement. Elle ne put alors s'empêcher d'espérer de rester auprès de lui, osant songer qu'il l'accepterait peut-être dans sa vie maintenant qu'il ne manifestait plus aucune résistance à cet amour irréductible, éprouvé pour elle. Mais tandis qu'elle se sentait sombrer de plus en plus profondément dans cette émotion grandissante, interdite et dangereuse, ce fut au prix d'un effort colossal que Matilde dut se convaincre que Rogue resterait toujours Rogue et que penser faire une vie avec lui était absurde, tiré par les cheveux. C'était incontestablement prévisible qu'il allait reprendre de sitôt ses habitudes hostiles dès que Matilde sortirait de son bureau, agissant comme si rien ne s'était passé entre eux, affirmant inlassablement qu'il n'était amoureux de personne. C'était sa façon d'être. C'était plus fort que lui. Apparemment, pour Rogue, les gens qui ne pouvaient pas contrôler leurs émotions étaient faibles et aimer ainsi Matilde consistait sa plus importante faiblesse.
Profitant à pleine bouche d'un dernier baiser de Rogue, Matilde dut s'admettre qu'il était temps. Il devait déjà faire un bail que Dumbledore l'attendait dans le hall d'entrée. Ce fut donc avec toute la force d'une volonté fébrile qu'elle parvint à repousser Rogue, doucement, et le regarder de nouveau en face. Ce dernier ne manifesta pas de résistance. Toujours silencieux, il la contempla d'un regard dont la malveillance coutumière avait été remplacée par une expression qui pouvait bien se décrire comme un chagrin amère. Il était toujours étrange pour Matilde de voir un Rogue éprouver de telles émotions humaines, qui le rendaient si méconnaissable. Depuis la première fois qu'elle l'avait vu, assis derrière la table des professeurs lors de sa cérémonie à la Grande Salle, elle ne l'avait vu que comme un être froid et inhumain, dépourvu de sentiments autre que la perversion et les sarcasmes. Alors que là...
Rogue observait toujours Matilde muettement, ses bras lui entourant la taille, sans esquisser le moindre geste dans le but de desserrer son étreinte. Matilde ne savait pas trop quoi lui dire exactement, mais se força néanmoins à briser le silence, d'une voix frêle :
— Je… je dois y aller…
Mais Rogue n'eut aucune réaction à part peut-être un léger mouvement de tête subtil, et ses bras ne se desserrèrent pas pour autant.
— Dumbledore m'attend… continua Matilde d'un ton nuancé d'insistance, je dois y aller… Je dois retourner chez moi à présent…
L'air contrarié qu'afficha Rogue sur son visage larmoyant effraya un peu Matilde, mais lorsqu'elle s'écarta de lui le plus doucement que possible, avec soulagement, il ne montra toujours pas de résistance.
Elle recula alors lentement vers la porte, retenant Rogue par les yeux. Toujours immobile, il ne paraissait pas sur le point de se ruer sur elle pour l'embrasser de nouveau, mais elle prenait quand même ses précautions. Non parce qu'elle avait peur qu'il lui fasse du mal ou quoi que ce soit, mais bien parce qu'elle savait que s'il l'embrassait encore une autre fois, elle risquerait de ne plus parvenir à le repousser cette fois-ci. Le cœur tambourinant furieusement entre ses côtes, elle devait d'ailleurs faire de gros efforts pour ne pas elle-même se perdre à retourner auprès de lui. Elle n'avait jamais ressenti une émotion aussi forte jusqu'à maintenant. C'était comme si tout son corps réclamait cupidement les bras de Rogue. C'était absurde ! Complètement absurde !
Et Rogue ne bougeait toujours pas, l'affliction incrustée dans chaque ride de son visage illuminé par la braise du foyer. Matilde lui accorda un dernier regard, puis elle s'arracha enfin à ses yeux pour se retourner vers la sortie, refoulant une nouvelle avalanche de larmes. Mais dès l'instant où elle franchit l'embrasure de la porte, son cœur bondit en même temps que résonna la voix de Rogue derrière elle :
— Attendez !
Elle se retourna si brusquement qu'elle tituba contre une étagère surchargée de centaines de bestioles visqueuses dans le formol. L'un des bocaux vint se fracasser sur le sol avec un bruit de verre brisé, répandant son contenu près de la porte, mais ni Rogue, ni Matilde n'y porta attention. Tous deux se regardèrent avidement. Puis Rogue s'avança vers elle de quelques pas hésitants, l'air tourmenté, ses yeux tristes restant fixés sans vaciller sur elle.
— Vous… vous ne reviendrez pas… ? demanda-il d'une voix rauque.
Après un instant de silence, Matilde fit non de la tête, bien que son cœur voulût lui hurler le contraire.
Rogue ferma les yeux un court moment et respira profondément. Immobile devant la porte, Matilde attendit patiemment qu'il ajoute quelque chose d'autre, mais il se contenta de la contempler encore, en silence.
— Bon… eh bien… dit-elle avec un pâle sourire, je crois qu'il est temps, maintenant, de nous dire adieu…
Puis, après une longue hésitation, elle regagna la porte.
— Non, attendez ! cria une nouvelle fois Rogue avant que Matilde ne disparaisse dans le couloir. Je… je…
Mais il fut incapable d'aller plus loin. C'était comme si les mots qu'il voulait prononcer étaient trop énormes pour arriver à passer la frontière de sa gorge.
Alors Matilde, debout dans l'encadrement de la porte, une main posée sur la poignée, pencha la tête de côté et le regarda avec tendresse.
— Moi aussi, Severus… moi aussi…, murmura-t-elle.
Et elle referma délicatement la porte métallique sur elle, avec la désagréable impression que toute cette aventure rocambolesque qu'elle venait de vivre dans ce monde magique, qu'elle n'arriverait sans doute jamais à oublier, ne pourrait pas simplement s'arrêter là… comme ça…
Fin
Et vous, qu'est-ce que vous en pensez ?
