Chapitre 5 : L'oscilloscope des sentiments.
Tu as commencé à me faire la tête. Et je n'ai pas compris pourquoi. Sur le moment, tu m'en avais voulu. Enormément. J'ai essayé de comprendre pourquoi, d'un coup, tu ne me parlais plus, et à chaque fois, tu disais « Tout est dit ! ». Variante : « Tu sais très bien pourquoi, ne fais pas semblant de ne pas savoir ! ». Et moi, complètement perdue, n'ayant pas analysé la situation, j'étais pommée. Je ne comprenais pas. Puis, après maints essais vains de discussion, quelqu'un me donne une lettre de ta part. Et là, tout s'effondre. Je n'ai pas le courage de relire cette lettre, à présent, mais je la garde précieusement entre les deux pages de ce journal. Je relis si souvent ta lettre ! Les pliures en deviennent de plus en plus fragiles, et c'est toujours avec cette délicatesse qu'on utiliserait pour caresser les ailes d'un papillon aux ailes de cristal que j'ouvre ta missive.
Au fond, je suis sûre que tu tenais à moi, car sinon, tu ne m'aurais pas fait parvenir cette lettre. Et même si sur le coup, j'ai trouvé ça lâche que tu ne me la donnes même pas en main propre, j'ai pris du recul. Et je me suis excusée. Tu as réfléchis quelques temps, qui m'ont paru des années, et tu m'as pardonné. Pour la première fois.
Notre amitié est revenue pendant… Un mois. Ensuite, tu trouvais que je faisais toujours la même erreur, et tu m'as encore tourné le dos. C'est alors que la meilleure amie de Kalifa me donne un espoir. Elle me dit qu'elle serait toujours là pour moi. Que j'étais sa petite sœur de cœur. Qu'elle serait toujours de mon côté. Alors, elle m'aide à retrouver Luffy, qui me pardonne, une troisième fois.
Le troisième trimestre est maintenant entamé, et cette fois-ci, tu me fais la tête. Mais, cette fois, je n'ai concrètement aucune idée d'où ça peut venir. Et je ne le sais toujours pas, depuis.
Et arriva ce soir où ton grand frère, Ace, m'appela. Voyant son nom apparaître sur mon portable, je suis assez surprise, puis il m'annonce que tu as disparu. Qu'il est avec des policiers, et que si j'avais le moindre renseignement sur où il était allé, je devais le donner. Sur le moment, rien ne vient.
C'était la veille de mon examen écrit, pour rentrer dans une école spécialisée dans l'archéologie.
Puis je repense à tes paroles du jour même : « Oui, mais tu sais, la vie c'est qu'une connerie. Le bonheur n'existe pas… ». Enfin, je ne me souviens plus très bien de tes paroles. Juste que tu parlais du suicide, et ayant été dans une période proche de celle-ci, je ne comprenais pas tes paroles. Comment pouvais-tu parler de ça aussi ouvertement ? Aussi facilement ?
Je pensais que tu ne savais pas de quoi tu parlais.
Prise de remords, je suis en train de m'imaginer tous les scénarios possibles et inimaginables. Recroquevillée sur mon lit, je suis effondrée en larmes, je ne cesse de murmurer ton nom et des excuses inaudibles.
Maintenant, lorsqu'on se parlait, ce n'était plus que dispute. Et lorsqu'une fois, tu m'as semblé apte à en parler, du pourquoi du comment, on m'a sèchement dit « Non mais arrêtez avec vos disputes ! VOS GUEULES ! ». Et depuis, je me suis faite plus petite encore. Toi, tu semblais être d'accord avec eux, et, une fois de plus, je me suis assise dans un coin de la cour, cherchant l'endroit où je savais que l'on ne me retrouverait pas.
La fin de l'année arriva inévitablement, et malgré le soleil qui radoucissait le climat, il n'en n'était pas de même pour les mœurs. Nos disputes étaient fort rares, car j'étais toujours seule. Mais, parfois, je voulais prendre le taureau par les cornes, et je m'avançais vers toi. Mais, tu partais dès que tu me voyais arriver ou bien tu m'ignorais totalement. Et, encore aujourd'hui, je ne sais pas ce qui était le plus douloureux des deux.
Je ne suis plus que boule de nerfs. J'ai maigri, et ma taille est maintenant bien plus fine. Mais, ce que je souhaite, ce dont j'ai besoin pour mon bonheur, est ton amitié. Juste ceci. Qui est tant et si peu à la fois.
Nous voici donc, vendredi, une semaine avant le brevet. Ce soir se déroule un bal. Une idée que je trouve assez ridicule, mais je pense y aller, pour faire quelques photos.
Aujourd'hui, j'ai réussi à rester dans votre groupe sans que tu ne partes. Nous jouions à « Action, Chiche ou Vérité », et l'on me demande quelque chose sur un amoureux, tel qu'il soit. Hors, pour voir où sont tes limites, je dis un critère dans lequel tu rentres. Là, tu exploses, et annonce que tu avais fait un rêve dans lequel je t'avouais que je t'aimais. Tu te mets à hurler, et j'essaie, en vain, de te faire comprendre que je disais ça pour rire. Puisque tu ne veux pas m'écouter, j'attends que l'on aille à la cantine. Là, je te dis que je ne t'aime pas.
Enfin, si, en amitié, mais c'est bien tout.
Puis, suspicieux, tu annonces me croire. Pendant la conversation, je suis amenée à dire que je suis adoptée. J'ai un peu raconté la situation de ma naissance, et là, tu t'énerves encore plus que ce matin. Tu n'arrêtes pas de me dire que ma naissance est horrible et que je ne devrais jamais dire mon histoire.
Enfin ! Si je renie mes origines, si je ne parle pas de mon passé, je ne suis plus rien ! Et puis, quand tu dis que ma naissance est horrible, je comprends que tu n'aurais jamais voulu me rencontrer. Et là, mon cœur, qui était déjà bien blessé, prend un coup. Un autre. Encore.
Mais, inlassablement, je ne sais pourquoi, je me force à le recoller. Je sais que le temps sera mon allié. Après tout, je ne vais sans doute pas mourir demain !
