Chapitre 7 : L'après brevet.

Mais, ces petits moments de complicité retrouvés n'ont pas durés très longtemps. Le lundi d'après, une nouvelle dispute, pour un sujet qui m'échappe, éclate. Mais, je devais me concentrer sur autre chose que ma vie personnelle. Je n'ai pas le loisir de réfléchir à autre chose qu'à des inéquations, les différents narrateurs, ou encore le Front Populaire.

Donc, après les examens (histoire des arts et le brevet), je suis plus détendue, mais un peu triste aussi. Le collège est fini, je tourne une page. Comme si ma vie était un livre. Je me souviens de ceci…

« Tout ce qui a un début, a une fin. Les journées se transforment en nuit. L'été s'estompe pour l'automne. Nous savons dans nos cœurs que tout ce que nous souhaitons ne serait autrement. Dans un monde fixé dans le temps, il ne peut y avoir ni début ni fin… ».*

Le brevet achevé, nous devons faire une attente interminable pour rendre les livres et avoir nos bulletins, ainsi que d'autres papiers (attestation du B2I, ASSR 1 et 2, certificat de fin de scolarité). Mais, alors que la file d'attente a l'air plus de grossir que l'inverse, l'amie de Kalifa semble vouloir connaître le résultat de son affectation. Je propose donc à ma grande sœur, de cœur, d'y aller ensemble. Puis, elle me rejette, avec simplement une réponse négative. Et, alors qu'elle m'avait dit qu'elle détestait cette fille, quand celle-ci [Hina] lui propose d'aller voir les résultats des affectations, elle « jappe » tel un petit toutou, et la suit en souriant.

Ouch.

Encore un coup. Mais celui-ci fait bien plus mal que ceux avec Luffy. Pourquoi ? A vrai dire, je n'ai pas de réelle raison. Je pense que, comme je connais Luffy depuis maintenant 5 ans, je ne peux pas lui en vouloir. C'est mon ami, et c'est tout. Ma raison sait que l'on s'est disputé et qu'il me boude, mais dans mon cœur, je sais qu'il sera toujours mon ami.

Quelle horrible contradiction.

Enfin, en ce jour, où j'ai fini le brevet de maths, nous avons, nous, tous les troisièmes, un large buffet. Cette année, le nouveau directeur nous gâte, décidément.

Même si la nourriture semble délicieuse, je touche à peine au buffet. Mon assiette n'est même pas à moitié pleine. Je picore tranquillement en écoutant les conversations fortes intéressantes de mes voisines.

Le repas est terminé, et, un par un, les élèves partent. Un léger pincement au cœur me prend. En quelque sorte, nous, tous les troisièmes, étions une grande famille, et voir les membres de sa famille s'éloigner, grandir, est douloureux.

Je me balade donc dans ce grand collège, où j'ai passé des heures. De contrôles. D'exercices. De rires aussi. De pur bonheur.

Je pense que tout ceci va me manquer.

Il est maintenant 19h, et je suis face à un gros dilemme. Boa m'a proposé de venir à une soirée pour fêter « la fin du brevet ». Sauf qu'il y aura Luffy. Et la meilleure amie de Kalifa. Et Kalifa elle-même. Et Marco. Et plein d'autres personnes. Nous serons sûrement une dizaine.

Je peux, soit me morfondre ici, soit passer la soirée avec eux, tout en devinant facilement que je serai mise à l'écart. Mais la perspective d'être seule, à pianoter devant mon ordinateur, me persuade d'y aller.

J'arrive donc chez Boa, où je vois tout le beau monde dans la grande piscine. Je suis arrivée un peu en retard, je ne suis donc pas vraiment dans l'ambiance. Vous barbotez tous, et plongez, ou riez.

Marco et Kalifa partent chercher une pizza, en amoureux. Toi, Luffy, depuis que tu m'as vu, ta mâchoire semble s'être resserrée. Sinon, Boa ne fait même pas semblant d'être contente de me voir. Puis, la meilleure amie de Kalifa [une des raisons pour laquelle je suis venue], qui m'avait un peu forcé la main, en me disant qu'elle resterait avec moi, a oublié complètement sa promesse : elle ne faisait que tenir la chandelle entre les deux tourtereaux. Je ne me rappelle même pas si elle m'a dit bonsoir.

La soirée se déroule plus ou moins bien, jusqu'au moment du repas. Boa avait prévu des brochettes, et je m'assure du feu : en effet, la meilleure amie de Boa me dit « Oui, mon père fait souvent des grillades, j'assure ! ». C'est pour cela qu'elle a brûlé les premiers morceaux de viande. Je prends alors le relai, voyant la catastrophe arriver, et n'aimant pas le gaspillage. Le repas se déroule, dans l'ensemble, dans la bonne humeur.

Je veux dire que tout le monde a bien rigolé, sauf quand Luffy et moi nous sommes lancés quelques « piques ». Il me semble qu'il n'a pas digéré ma présence, ce qui me donne mal au cœur.

Après le repas, nous faisons hurler le poste de musique de Boa. A mon plus grand étonnement, je suis assise, dans un coin de la pièce. Lors de cette soirée, ils dansèrent, et nous fûmes amenés à jouer aux loups-garous de Thiercelieux¤, ainsi qu'à « Action ou vérité ».

Et, inlassablement, Luffy ne cessait d'exposer notre inimitié. Soit en me tuant aux loups garous, qu'il soit sorcier ou loup, soit en disant qu'il ne s'approcherait jamais de moi à l'autre jeu… Je ne souhaite pas retranscrire tous tes mots, car je ne suis pas sûre de leur exactitude et de leur contenu. Et, au fond, je pense que je ne veux pas m'en rappeler.

Je me souviens juste que tu as refusé de dormir à côté de moi, et que lorsque j'ai avoué ne pas aimer les histoires de peur [en vérité, j'aime beaucoup les raconter ou les lire, mais pas les écouter], tout le monde m'a ainsi mis à l'écart.

J'ai donc fait semblant de dormir, et, cette nuit a été la plus longue de ma vie.

Entendant des histoires, qui m'ont plus fait rire qu'autre chose, vous vous endormez un par un, paisiblement, et maintenant, seul le serpent de Boa est éveillé.

Puis, au matin, tout le monde part. Je ne reverrai aucun d'eux, nos lycées sont divers. Puis, Luffy, quand je te vois faire la bise à tout le monde pour les saluer, toi, tu ne me dis même pas « au revoir ». C'est ce qui finit d'achever le lien qui me retenait à toi. Il existe toujours, mais il est maintenant transparent, si je devais en faire une métaphore.

Je rentre chez moi. Ça y est. C'est les vacances. Mais j'attends vainement mon sentiment de bonheur arriver. D'habitude, quand les cours sont finis, je suis assez contente : j'ai fini une année, et j'ai encore plein de choses à apprendre : mais il faut parfois faire des « breaks ».

Donc, n'ayant d'autre activité, j'écris ce journal. J'ai noirci des pages et des pages, pour une seule personne. Toi, Luffy. Mais, quand je t'imagine, je te revois toujours avec ce grand sourire barrant ton visage, et ta bouche débitant bêtise sur bêtise, mais contenant souvent un brin de vérité.

Maintenant, je n'ai plus que ton souvenir. Je t'ai perdu, à jamais.


¤ : Les loups-garous de Thiercelieux est un jeu de société. Le but est, pour les villageois, de tuer les loups garous, et inversement. Mais, heureusement, certains villageois ont des pouvoirs : la voyante peut observer la carte d'un autre joueur, la sorcière possède une potion qui permet de ressusciter et une autre qui empoisonne un joueur, le salvateur peut protéger quelqu'un, la petite fille peut observer, en cachette, les loups-garous. Chaque nuit, à tour de rôle, les loups garous et les villageois qui ont des pouvoirs se réveillent, et agissent. Au matin, il peut y avoir un, plusieurs, ou aucun mort(s). Puis, on désigne une personne qui nous semble être loup garou. Grâce aux votes des habitants, la personne soupçonnée d'être loup garou se fait exécuter et sa carte est dévoilée.

C'est un excellent jeu, qui a eu deux extensions, et parfois, je trouve ça inutile [sauf pour Cupidon, ou le loup garou blanc, par exemple. Cupidon se réveille la première nuit pour désigner deux amoureux et le loup garou blanc se réveille une nuit sur deux : c'est un traître, qui peut tuer un loup, et son but est de finir le jeu seul. Les amoureux ont le même but].


Encore merci à qui a corrigé ce chapitre !