Chapitre 18 : Naomi. - Kieran.
J'étais étonnée de voir qu'il faisait plutôt beau ce matin. Il y avait à peine quelques nuages dans le ciel et le soleil brillait. Il ne faisait certes pas très chaud, mais cette légère brise n'était pas désagréable. Et ça tombait bien, parce que j'avais prévu un pique-nique avec Emily sur une colline près de la mer. Puisqu'on ne retrouvait notre guide qu'en début d'après-midi, j'avais pensé qu'il serai très romantique de pique-niquer ensemble.
Emily avait eu l'idée qu'on s'offre chacune une chose petite, qui tenait dans une main et qui ne coûtait presque rien. Juste quelque chose qui montrerait à quel point on tient à l'autre et qu'on peut se faire plaisir avec une bricole. J'avais trouvé un petit porte-clefs en argent en forme d'appareil photo. C'était un peu ridicule, c'est vrai, mais ne dépenser presque rien pour un objet, ce n'était pas facile.
On arrivait presque à destination et Emily commençait déjà à s'émerveiller devant ce magnifique paysage. On aurait cru voir une enfant de sept ans devant un sapin de Noël entouré de cadeaux. Le fait qu'elle porte un pull Mickey la rendait encore plus adorable qu'elle ne l'était déjà et son bonnet brun en laine donnait à son visage un côté angélique.
Elle prenait une photo toutes les trente secondes environ (voire même plus rapidement encore) et je savais qu'elle essayait de prendre des photos de moi quand je ne regardais pas. Quand elle eut pris en photo à peu près chaque parcelle de l'endroit où on marchait, elle vint prendre ma main sans vraiment y faire attention, comme si c'était la chose la plus naturelle au monde.
Lorsque je trouvai l'endroit parfait pour entamer notre déjeuner, je déposai la grande nappe sur le sol pour qu'on puisse s'assoir. J'ouvris ensuite le panier et lui tendis immédiatement la bière Irlandaise que j'avais fait commander la veille. Elle avait l'air assoiffé et but donc sa bière presque d'une seule traite. Elle s'émerveilla ensuite devant la contenance du panier. Elle se servit quelques amuses-bouche et je ris lorsque je vis qu'elle engloutissait le pique-nique à vitesse grand V. Elle s'arrêta net lorsqu'elle vit que je la contemplais.
"Désolée." dit-elle en reposant l'un des apéritifs dans le panier. "C'est tellement bon, c'est plutôt dur de résister."
"Tu n'as pas à t'excuser, c'est là pour ça après tout !"
"Ça n'empêche que j'ai l'impression d'être un goinfre."
"Chérie…" commençai-je. "Tu es un goinfre !"
Elle poussa un petit cri et me frappa légèrement à l'épaule. Elle posa ensuite sa bière et m'immobilisa sur le sol en agrippant mes poignets et en s'asseyant sur mes hanches. Je n'arrivai pas à contrôler mon rire et elle empira le tout en commençant à me chatouiller sur l'abdomen. Des larmes coulaient le long de mes joues tant mon rire devenait incontrôlable et je la suppliai de me relâcher pour que je puisse respirer correctement. Elle se rassit ensuite à mes côtés tout en gardant son regard posé sur moi, un sourcil relevé.
Le reste du pique-nique était assez calme, aucune de nous deux ne souhaitant briser le silence qui nous entourait. Seul le bruit des vagues se faisait entendre, ce qui rendait ce moment encore plus romantique.
"C'est vraiment magnifique comme endroit, Naoms. Merci." dit-elle en posant sa main sur la mienne, caressant le dessus avec ses doigts.
Je décidai de l'embrasser passionnément pour lui faire comprendre que rien n'était trop beau pour elle. Et comme à chaque fois, des millions de feux d'artifices explosèrent en moi.
On marchait sans précipitation en direction de l'hôtel, là où devait nous attendre notre guide pour l'après-midi. Je contemplai le bracelet qu'Emily m'avait offert tandis qu'elle s'amusait avec le porte-clefs que je lui avais trouvé. J'avais dit à Emily que ce n'était pas juste, car il était évident que le bijou qu'elle m'avait offert était bien plus cher que mon cadeau. Elle m'expliqua alors qu'il appartenait à sa grand-mère, et qu'elle avait voulu m'en faire cadeau car sa couleur lui rappelait celle de mes yeux.
"Et si tu réfléchis bien, j'ai appliqué ce qu'on avait dit à la lettre !" dit fièrement Emily. "Je n'ai absolument rien dépensé."
"Ce n'est pas de la valeur marchande que je te parle, Em, mais de la valeur sentimentale." rétorquai-je.
"Ce qui est à moi est à toi, non ? Je veux que tu le portes parce que j'adore ce bracelet. Pas simplement parce qu'il se marie magnifiquement avec tes yeux, aussi parce que ma grand-mère m'a dit qu'il devra appartenir à la femme que j'aime."
"Je croyais que tu avais ce bracelet depuis le lycée ?"
"Oui."
"Et ta grand-mère savait déjà à l'époque ?"
"C'était l'une des premières personnes à savoir, oui. Elle a toujours été très compréhensive à ce sujet. Sans elle, je ne pense pas que j'aurais eu le courage d'affronter ma mère et de m'affirmer telle que je suis."
"En un sens, c'est donc elle que je devrais remercier ?" demandai-je. "Pas seulement pour le bracelet, mais aussi pour avoir fait de toi cette personne magnifique."
"Tu y es aussi pour quelque chose, tu sais." ajouta-t-elle en se blottissant dans mes bras tout en continuant de marcher.
"Ah oui ?"
"Sans toi, je serais probablement encore en train de coucher à droite à gauche…" avoua-t-elle en soupirant.
"C'est du passé, Em."
"Je sais. Je t'aime."
Une demie-heure de marche plus tard, on se retrouva devant l'hôtel, là où notre guide, Kieran, devait nous rejoindre. Je ne savais pas à quoi il ressemblait, aussi m'avait-il précisé au téléphone qu'il aurait une pancarte avec nos noms dessus pour qu'on le reconnaisse.
Je vis près de l'entrée un homme brun, barbu et la cinquantaine, avec effectivement un écriteau dans les mains qui disait "Naomily". Croyant d'abord avoir mal lu, je me rapprochai plus de lui, suivie par Emily, et m'aperçus qu'il avait bel et bien écrit cela.
"Kieran MacFoeinaiugh ?" demandai-je pour attirer son attention.
Je l'avais apparemment surpris et coupé de sa rêverie, car il fit un léger bond sur place.
"Naomi Campbell ?" répondit-il, non sans un sourire.
"Fitch, Campbell-Fitch." corrigeai-je en lui serrant la main.
"Oui." acquiesça-t-il d'une voix monotone. "Et vous devez être Emily ?"
Ils se serrèrent la main et je ne pus m'empêcher de lui demander pourquoi "Naomily" ?
"Ma fille m'a demandé de faire preuve d'un peu d'imagination pour cette visite, alors j'ai pensé que…" hésita-t-il en regardant son panneau. "Vous savez, Naomi et Emily… Naomily ! C'est la contraction des deux quoi !"
Je ris lorsque je vis à quel point il avait du mal à expliquer son jeu de mots. Il était plutôt touchant à vrai dire.
Après cela, on se retrouva assez rapidement en route pour la visite et Emily ne put s'empêcher d'engager la conversation avec lui. Elle lui demanda d'abord des nouvelles d'Adele, et ils engendrèrent leur conversation sur notre rencontre avec elle, ainsi que quelques anecdotes sur la brunette.
On s'arrêta au sommet d'une colline qui donnait sur les montagnes environnantes. Kieran mêla alors à son récit, faits historiques et petites histoires familiales, ce qui nous permit de nous imaginer à quoi ressemblait ce coin en hiver. Il y avait un petit ruisseau qui coulait à quelques mètres de nous, et Emily n'avait pu s'empêcher de nous éclabousser tous les deux.
Il nous emmena aussi au bord de la mer (impossible de s'y baigner, car elle était glacée !) et la vue était imprenable. Sans arrêter son récit, Kieran s'empara de quelques galets pour les projeter dans l'eau, tentant de faire des ricochets, mais en vain. Il nous décrit les différentes sortes d'animaux (peu nombreux) présents à la fois dans la mer, mais aussi les prairies de Kerry. Cet endroit devait effectivement être agréable à vivre et je pense qu'Emily serait d'accord avec moi pour revenir ici encore une fois au moins. La visite toucha rapidement à sa fin et Kieran nous invita toutes les deux à manger chez lui; ce qui nous permettrait à la fois de revoir Adele, mais aussi de goûter à quelques spécialités irlandaises cuisinées par sa fille.
On fut reçu chaleureusement chez les MacFoeinaiugh, car Adele mourrait d'envie de nous revoir. Elle nous avoua qu'elle était un peu débordée, car Kieran ne l'avait prévenue qu'on viendrait que quelques minutes auparavant. On se relaxa donc dans le salon tandis qu'Emily décida d'aller aider Adele en cuisine.
"Vous êtes déjà allé en Angleterre ?" demandai-je en me positionnant confortablement dans le fauteuil et en acceptant volontiers la cigarette qu'il m'avait tendu.
"Oui." commença-t-il en allumant la sienne. "J'y ai habité pendant plusieurs années à vrai dire. Dix ans à Londres et cinq ans à Bristol."
"C'est de là qu'on vient à vrai dire."
"Vraiment ? C'est une ville charmante; c'est là que j'ai rencontré la mère d'Adele. Irlandaise d'origine elle aussi, on a fini par retourner au pays quelques années plus tard et puis… Adele est née."
"Excusez mon indiscrétion, mais… Votre femme…"
"Est morte." répondit-il.
"Excusez-moi, je… Je ne voulais pas-"
"Ce n'est rien, tu ne pouvais pas savoir. C'était il y a longtemps maintenant, quand Adele n'était encore qu'une gosse. Mais c'est du passé tout ça, il faut aller de l'avant… Même si des fois, je sais que ce n'est pas facile pour elle… Je suis difficile à vivre, il faut dire !"
Je lui souris pour lui faire comprendre ma compassion, même si je savais très bien que la compassion, il en avait sûrement déjà assez eu. Je n'aimais pas non plus qu'on s'apitoie sur mon sort lorsque je parlais de mon père, je me contentai alors de changer subtilement de sujet en lui demandant le métier qu'il avait exercé en Angleterre.
"Crois-le ou non, j'ai enseigné la politique dans un collège londonien, puis quand je me suis aperçu que ce n'était vraiment pas ma vocation, je me suis mis à défendre les causes qui me tenaient à coeur, en général pour la paix dans le monde et toutes ces conneries…"
Je laissai encore échapper un rire et pris une autre bouffée de cigarette, lorsque je sentis deux mains se poser sur mes épaules. Reconnaissant instantanément Emily, je levai la tête et rencontrai ses magnifiques yeux noisettes. Elle embrassa ma joue avant d'annoncer que le dîner était servi.
Je savourai mon saumon fumé (une recette apparemment originaire d'Irlande) tout en discutant politique avec Kieran. Il était vraiment très intéressant et passionné dans ses propos. Dans une autre vie, ma mère serait tombé raide dingue de lui. Et si…-
"Vous devriez venir quelques jours en Angleterre !" proposa Emily.
"Ah oui, excellente idée !" ajoutai-je.
"C'est-à-dire qu'on n'a pas vraiment les moyens…" répondit Kieran.
"Papa, on n'a pas pris de vacances cet été, et j'ai économisé assez d'argent pour qu'on puisse se payer l'aller-retour."
"Euh-"
"Papa !" protesta-t-elle encore.
"On pourrait vous héberger quelques jours aussi, si vous le souhaitez." surenchérit Emily.
"On n'aimerait pas déranger-"
"Vous ne dérangerez pas du tout !" le coupai-je. "Notre maison est assez grande pour vous accueillir, et si vous supportez les bavardages nocturnes de ma femme, ça ne devrait pas poser de problème."
Emily répondit par une légère tape sur mon épaule, tandis que Kieran et Adele riaient doucement.
"Cette proposition mérite réflexion." dit Kieran.
"Ça veut dire oui." chuchota Adele en ne s'adressant qu'à nous.
"Bien," commença l'homme après un léger silence. "qui veut une bière ?"
On avait passé encore quelques jours avec eux, car Emily semblait apprécier la présence d'Adele et je devais dire que je m'entendais très bien avec Kieran. On passait presque toutes nos soirées dans un pub très sympa de la région; il y avait un thème différent tous les soirs, et la soirée karaoké avait été de loin notre préférée. Emily avait à présent sur son téléphone une vidéo d'Adele et moi chantant "Singing in the rain", et j'avais la nette impression qu'elle n'était pas prête de la supprimer. Apparemment, on avait tous fini bourrés ce soir-là et les photos qu'elle avait pris valaient le déplacement.
On avait décidé de passer les trois derniers jours seules, non pas parce qu'on en avait soudainement assez de les voir (au contraire, je me demandais même comment il allait être possible de revenir en Angleterre sans qu'ils nous manquent atrocement), mais plus parce qu'Emily comme moi avions besoin de nous retrouver juste à deux, car une lune de miel servait à ça, après tout !
On avait passé presque une journée entière dans la suite de l'hôtel, incapable de retirer nos mains l'une de l'autre. Ce marathon du sexe avait été assez épuisant (mais je ne m'en plains pas !) et on avait toutes les deux bien besoin d'une véritable nuit de sommeil. On passa donc le dernier soir à simplement dormir, chacune enveloppée dans l'étreinte de l'autre, rêvant au magnifique futur qui nous attendait.
A/N: laissez-moi vos commentaires et dîtes-moi ce que vous avez pensé de ce chapitre ? :)
