Comme indiqué précédemment, le dernier tête-à-tête consacré cette fois-ci à Nate. L'occasion pour Marty de finir de faire le point sur l'affaire Johnny Torrio. Bonne lecture ^-^!

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UNDER COVER


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Chapitre 24

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La tentative de suicide de son voisin toujours frais dans sa tête, Deeks se changeait les idées dans une occupation éloignée de toute réflexion personnelle. A savoir se plonger depuis près de deux heures dans des démarches administratives nécessitant son expertise. Pour cela, il avait pu compter sur son entourage du moment. A croire que l'expression indiquant que la nature n'aimait pas le vide avait réellement du sens.

- Bonjour, Marty !

- Bonjour, Nate.

Dans le cycle des visites quotidiennes vouées à le tenir occupé, Nate était du matin. Il ne restait à ses cotés qu'une demi-heure, parfois un peu plus. Moment d'échange que Deeks attendait chaque jour avec un mélange de crainte et d'impatience.

- C'est quoi ? lui demanda l'agent en pointant le dossier ouvert sur lequel il remplissait un formulaire de requête pour le tribunal.

- Un dossier de divorce à l'amiable.

Décontenancé par cette réponse, le psychologue assermenté de l'agence le questionna du regard.

- Je m'en occupe pour l'une des étudiantes infirmières. Avec son lourd prêt d'étude, c'était bête qu'elle s'impose les services d'un avocat payé une fortune pour résoudre une simple séparation de corps avec son conjoint.

Pouvant comprendre, Nate n'en oublia pas le reste de la pile de dossiers posée sur sa tablette.

- Et ça ?

- Hum… ? Nous avons la rédaction d'un testament, une demande d'entrée sur le territoire pour une grand-mère cubaine et une infraction routière à contester.

- C'est nouveau ?

- Pas vraiment. Juste habituellement, je m'y attèle l'après-midi.

- Attend. Tu veux dire que ce ne sont pas les seuls cas dont tu t'occupes ?

- Non. Il y en a eu quelques autres depuis que ça a commencé.

- Deeks… ?

- Quoi ? Je suis toujours un avocat assermenté. Et contrairement à l'avis répandu, je n'ai pas cessé de plaider parce que j'étais mauvais.

- Ce n'est pas que tu sois apte à t'en occuper qui me surprend. Je m'inquiète plutôt que tu ne profites pas comme il faudrait d'un repos nécessaire pour te remettre de ton épreuve.

- Il ne s'agit-là que de démarches administratives simples. Et crois-moi, m'offrir le moyen de me vider la tête m'est bien plus profitable que de tourner en rond comme un lion en cage.

- Et comment cela a-t-il débuté ?

- C'est Callen…. lui répondit Deeks, presque absent.

- Il prend des commissions ?

- Quoi ?

- Pour les clients qu'il t'envoi ?

- Non, en rit-il ! Il n'y est pas mêlé directement. C'est juste que… Comme je m'ennuyais ferme, il a commencé à m'apporter de la paperasse à gérer pour lui. Et puis, une chose en entrainant une autre. En discutant avec une infirmière sur le sujet de mon occupation, j'ai découvert qu'elle avait besoin de conseils juridiques. Je me suis proposé de répondre à ses questions… Et sans que je m'en rende compte, il se peut que j'ai depuis, comme ouvert une sorte de consultation gratuite chaque début d'après-midi.

Car s'il ne maitrisait pas encore suffisamment les particularités du code de l'armée pour postuler au JAG. Il n'avait aucun mal à apporter son aide sur des affaires courantes spécifiques à n'importe quels civils.

- C'est une occupation comme une autre, je devine. conclu Nate en s'installant dans le fauteuil.

- Et une occupation sponsorisée par les secrétaires du service qui fournissent généreusement les fournitures utiles. se moqua-t-il gentiment de lui-même, en manipulant la chemise cartonnée qu'il refermait pour mieux se concentrer sur son visiteur.

Sa pile de dossiers loin de lui, Deeks observa Nate. Durant ses premières visites, ils n'avaient pas une fois abordé les sujets du moment. Parlant plutôt de tout et de rien, histoire de s'apprivoiser. La seconde semaine, ils avaient commencé à aborder en détail les faits récents. Rien que les faits. Descriptions globalement toujours froides et dénuées de sentiments. Cela convenait plutôt à Deeks pour l'instant, même s'il savait qu'il lui faudrait bien s'ouvrir pour de bon, un jour ou l'autre. Comme l'avait si bien dit le psy croisé au matin : A quoi bon tenter une thérapie, si c'était pour se cacher derrière de multiples rôles de composition ?

Alors que Deeks se concentrait sur son visiteur et le but même de sa visite quotidienne, Nate l'aborda sur un tout autre sujet.

- Marty.

- Hum ?

- En arrivant, j'ai entendu dire qu'il venait d'y avoir de l'action du coté de ton couloir.

- Oh. On t'en a déjà parlé ?

- Disons qu'un confrère m'a fait part de l'utilité d'apprendre aux agents du NCIS des méthodes inculquées aux membres du LAPD. Quelque chose à en dire ?

C'était une bonne question, ça. Avait-il quelque chose à dire pour expliquer la raison de son attitude du matin ? Mise à part, peut-être, le besoin de retrouver l'adrénaline du boulot dont on l'avait privé depuis son hospitalisation ? Ou plus simplement, la nécessité de se lancer dans l'inconnu pour mieux se rassurer sur sa capacité à toujours maitriser l'inattendu ? Une ironie quand tous ces derniers jours il n'avait plus maitrisé grand-chose…

Toutes ces pensées immédiates lui paraissant bien trop… poussées et révélatrices. Deeks se contenta d'une réponse adaptée au premier niveau de lecture de la question posée.

- Disons qu'il est possible que j'ai moi-même ajusté la formation de base du LAPD à mes propres réflexes d'auto-défense.

Bien essayé, pensa aussitôt Nate.

Il n'était pas aveugle. Il l'avait bien vu choisir ses mots et non répondre sans s'auto analyser au préalable. Mais à trop prendre garde, il n'en laissait pas moins échapper des informations toutes aussi riches d'enseignement. Et en l'occurrence, évoquer ses réflexes d'auto-défense avait du sens. Après tout, Marty Deeks ne portait-il pas quasi en permanence un masque. Tantôt celui de l'enfant de 4ans prenant tout à la légère. Tantôt Shaggy [1], l'idiot de service, fidèle et courageux bien que tout l'effraye. Deux rôles de composition parmi des dizaines, derrière lesquels le détective surdoué dissimulait sa principale crainte : Que son interlocuteur puisse découvrir avoir le pouvoir de le blesser. Une attitude qu'on devinait aisément, née de son enfance, quand il souhaitait certainement cacher la douleur physique et morale perçue par les coups de son père. Restait à savoir s'il agissait de la sorte pour se protéger lui-même ou plus désintéressé encore, pour protéger l'autre du regret de l'avoir ainsi blessé.

Nul doute donc, que sa capacité à passer d'une personnalité à l'autre d'un simple claquement de doigt était né de sa maltraitance infantile. Un masque pour cacher la souffrance à son père. Un autre, pour camoufler sa tristesse face aux étrangers du quotidien. Et un troisième, plus subtile encore, pour dissimuler son désespoir à sa mère… Des réactions défensives ayant prises toute leur ampleur à l'âge adulte. Mais à trop se camoufler derrière tous ces rôles ne s'était-il pas perdu en eux ?

Ses réflexions menaient Nate à se demander, si seulement une personne de l'équipe avait eu la chance de côtoyer plus d'un instant, le véritable Marty Deeks. Certainement pas Kensi, en tout cas. La jeune femme était bien trop égocentrique et aveugle aux blessures qu'elle infligeait aux autres en raison de sa propre peur de l'abandon, pour qu'il ait ainsi pris le risque de se dévoiler entièrement à elle. Peut-être Hetty… ? Mais encore fallait-il pour le lui permettre, que Marty Deeks ait conservé une petite place à Martin Brandel. Que ce dernier n'ait pas été entièrement éliminé par tous les autres...

Soupirant lourdement, le psychologue croisa ses jambes et observa droit dans les yeux son patient. Comme répondant à son désir transparent de vouloir plus que jamais avancer dans leur échange, Deeks le surpris à peine par sa question.

- Je peux être honnête avec toi, Nate ?

- J'espérais que tu le sois depuis le premier jour.

- Je veux dire… Exprimer les choses sans filtres, ni censures. Sans que tu ne me juges comme un détraqué ? Ou pire un psychopathe devant être enfermé ?

- Je te garanti que je ne te juge pas comme tel.

- Je n'ai pas encore parlé ?

- Lâche le morceau, Deeks. J'ai largement conscience que tu me balades depuis le départ. Mais tu n'es pas le premier à jouer à ça. Nombreux de ceux qui acceptent naturellement de me parler sont les pires de mes patients. Vous voulez vous confier. Mais pensez que faire acte de bonne volonté suffit, sans jamais réellement vous ouvrir. Vous êtes bien pire que ceux plus réfractaires, qui refusent toute approche jusqu'à finir par hurler au détour d'un couloir où ils terminent acculés. Ils y déchargent alors toute leur rancœur dans une semonce bien tournée. Et la vérité lâchée, ils passent à autre chose et tout va bien pour le meilleur des mondes.

- Alors que les volontaires ?

- Parlent et parlent indéfiniment, sans jamais rien dire sur eux-mêmes… Ca ne te rappelle personne ?

Deeks s'octroya une seconde pour réfléchir sérieusement au danger d'être « trop » honnête. Ne risquait-il pas de tout perdre à se confier sans aucun filtre ?

- Sérieux, Deeks. Tout ce que tu peux me dire restera entre nous.

- Sauf que Hetty a cette faculté de toujours obtenir ce qu'elle veut.

Sachant pertinemment de quoi il parlait, Nate su comment répondre à cette crainte toute légitime.

- Vouloir connaître la note d'une rédaction, ne nécessite pas de devoir la lire.

- Joliment tourné.

- Alors ?

- Alors, je n'ai aucun regret. lâcha-t-il finalement.

- Sur quoi ?

- Tout. Mes choix. Avoir accepté de bosser en double infiltration, pour le compte de la police de Sacramento. Avoir battu au sang Kensi, pour la sortir de la villa. Avoir tiré sur Sam ou les urgentistes, pour les sauver du pire. Avoir profité de tous ces dommages, pour consolider ma couverture.

- Les tortures ?

- Je m'en serais bien passé, si c'est la question. Mais ce n'est pas comme si j'avais eu le choix. Je voulais vivre !

- Vivre à tout prix ?

- Non. Vivre libre.

- Je…

Clairement, Nate ne comprit pas la subtilité.

Peut-être était-ce en raison de la tentative de suicide du matin qui le poussait à réaliser que la vie pouvait encore être vécue, même si l'on ne pouvait y avoir le rôle qu'on espérait y tenir. Toujours est-il que Deeks, désireux d'en finir, se fit plus explicite. Définitivement, le temps était venu pour lui de vider son sac.

- Devenir un témoin sous protection m'aurait fait tout perdre.

- Je vois.

Et le seul moyen de ne pas être un témoin sous protection…

- Raison pour laquelle, tu ne regrettes pas plus d'avoir tué Johnny Torrio.

- C'est cela.

- Tu en as ressenti du plaisir ?

- Oui.

- De l'envie ?

- Indéfinissable …

- Était-ce la première fois pour toi ? Que tu ressentais ces émotions lors d'une mise à mort ?

- Non.

Au réponses courtes et plus sincères qu'elles ne l'avaient jamais été jusqu'ici, Nate commençait à comprendre la crainte de Deeks à l'idée qu'il puisse le prendre pour un tueur de sang froid, digne de son personnage de Nick Hawkins. Mais même si l'agent psychologue du NCIS ne connaissait pas encore très bien le lieutenant de police. Il avait toujours perçu en lui un homme sain, peu enclin à posséder du pouvoir sur les autres. Aussi camouflé soit-il derrière ses multiples personnalités, Nate avait l'intime conviction que Deeks n'agissait jamais dans un processus d'agression. Mais plus surement dans un instinct de protection pour lui-même ou son prochain. Devenir avocat, puis policier, pour finalement tuer l'ennemi en toute fin utile… Tous ses actes, ses choix, criaient l'évidence que son but premier était de vouloir protéger les victimes toujours plus en amont. Une motivation bien trop louable pour que cela puisse le perturber. Il était donc certain qu'ils ne grattaient pas vers la bonne source du problème à l'origine du profond malaise qui le dévorait.

Sachant qu'à l'approche d'une vérité, il valait mieux faire des ronds tout autour, pour laisser au patient le temps de s'accoutumer à la proximité dangereuse d'une révélation. Nate dévia légèrement ses questions.

- Tu ne penses pas qu'en agissant ainsi, tu as surtout privé les victimes de Johnny Torrio d'un procès ? Il est souvent plus facile de se reconstruire en sachant son bourreau commuer ses fautes en prison.

- Crois-moi sur parole. Ils ne sont pas si nombreux ceux désireux de voir leur agresseur ou violeur derrière des barreaux. Car cela n'amène qu'une seule certitude : La possibilité qu'ils en sortent un jour ou gèrent leur vendetta de leur cellule. Torrio vivant, il n'aurait jamais été emprisonné. Son réseau était trop dense. Aucun juge n'aurait vécu suffisamment longtemps pour l'inculper. Et quand bien même… Il n'aurait eu aucun mal à se venger sur chaque témoin apte à le faire plonger. De fait, les cibles de Johnny Torrio seront bien plus libres et sereines suite à sa mort.

- Toi le premier ?

- Moi le premier.

- Donc tu répondais à ce besoin en le tuant ?

- Avec du recul, c'est l'idée que ça donne. Comme ce serait mentir de ne pas avouer que je lui en voulais littéralement à mort de m'avoir torturé. Mais au risque de bousculer les théories de tout le monde. J'étais techniquement plus dans l'optique de sauver ma peau tant que je le pouvais, en agissant ainsi. Parce que ma capacité à réfléchir était plutôt limité aux instincts de survis là-bas.

- Nous en sommes tous conscients, Deeks. Mais agir n'empêche pas de ressentir. Qu'as-tu pensé au moment où tu l'étouffais et qu'il se débattait ?

- Que je pouvais bien crever, s'il partait avec moi.

Jouant le jeu de la transparence, Deeks ferma ses yeux pour se replonger dans ses souvenirs.

Il le voulait mort à un point qu'il pensait ne jamais égaler. Quoi qu'il lui en coute. Alors insensible à la douleur, il y avait mis toutes ses forces, toute sa volonté, tout son poids…

Au loin, il pouvait entendre la voix posée de Nate commenter la scène qu'il revivait dans son esprit avec un degré de détails inégalé.

- T'es-tu senti puissant ?

- Non. Fort. Plus fort que lui, que son autorité. Il me croyait sous sa coupe. Il avait tort. Depuis bien longtemps, je ne l'avais plus été.

Alors, ils y étaient. ENFIN ! La transition c'était faite naturellement. Sans heurt, ni blocage.

Car à cet instant, Nate savait que ce n'était plus tout à fait de Johnny Torrio dont ils parlaient.

- Tu te souviens du moment où il a perdu ce contrôle qu'il avait sur toi ?

- L'eau. Cela a tout emporté.

- Quand l'as-tu compris la première fois ?

- Quand ma mère m'a emmené découvrir l'océan et ses si grandes vagues. Le temps était mauvais, mais on pouvait y voir des surfeurs en action. C'est en les observant que j'ai compris. Quelque soit notre force physique, notre statut social ou l'opinion que l'on a de soi-même, nul ne peut les défier par la confrontation directe. L'océan, il se moque bien de qui vous êtes ! Ses vagues, elles vous projettent, elles vous enferment… En pleine tempête, la seule manière d'y survivre est de se laisser emporter, puis composer avec elles. L'homme peut être faible ou fort. La puissance… Seuls les éléments, comme l'océan, la possède.

- Et tu as aimé cette puissance.

- J'ai été attiré par elle, comme un papillon par la lumière. J'ai aimé la liberté qu'elle offrait… Il n'a plus jamais eu la capacité de briser mes espérances, depuis lors. Parce lui non plus, n'était rien face à l'océan. Rien qu'un amas de chaire et de sang qui obstruait ma vision de l'immensité. Inutile de préciser que lorsqu'il l'a réalisé, sa colère n'a cessé d'augmenter envers moi.

- Qu'a-t-il fait ?

- Quand il a comprit que c'était l'océan qui me permettait de m'évader, il a voulu me prouver que l'eau était l'incarnation du mal. Et a souhaité m'en dégouter.

- Comment ?

- Tentative de noyade… dans la baignoire… Mais cela n'a pas marché ! Pas plus qu'avec ce jet d'eau, dans l'entrepôt… Il ne comprenait pas qu'en agissant ainsi, il ne faisait que conforter ma vision des choses, me renforcer… L'homme n'est rien face à la puissance de l'eau. L'accepter et composer, c'est s'en libérer.

Peu surpris de constater que ses deux figures paternelles : Gordon Brandel et Johnny Torrio fusionnaient de plus en plus dans l'esprit de Deeks Nate continua de le diriger tout doucement vers l'extraction de cette vérité qu'il frôlait sans cesse, sans toutefois l'exprimer complètement. Le « il » était « Ils » et tous deux le savait pertinemment. Mais Marty avait besoin de se l'entendre dire, pour comprendre son besoin de passer à la prochaine étape.

- Alors, quand il essayait de te tuer… Plutôt que l'eau... C'est lui que tu as combattu ?

- On ne combat pas l'amour qu'on nous offre.

Sachant qu'il n'était plus nécessaire de l'interrompre, Nate lui laissa le temps d'assimiler le sens de ses propres mots. Son « problème » était tristement si simple.

- …

- On ne combat pas son père. On y survit.

Rouvrant ses yeux clairs, le visage grave, Marty Deeks eut bien du mal à refreiner ses larmes. Comme attendu. A son tour, il avait comprit. Une soudaine évidence, qui rendait la conclusion de son infiltration bien plus cruelle.

- Ses tortures… Elles étaient pour lui aussi à la hauteur de son affection pour moi. Mais contrairement à Gordon… Il m'estimait. Ca se voyait tellement dans ses yeux. Il m'aimait. Il m'aimait vraiment. D'un amour paternel que jamais… jamais Gordon n'a eu pour moi… Et… Et malgré ça… Je l'ai tué… ? Alors que j'avais une seconde chance, je l'ai… éliminé… Je l'ai perdu…

- …

- Encore.

Soupirant tout doucement à cette vérité crue que Deeks avait enfin exprimée, et si bien résumée par le biais de cet unique mot : « Encore ». Nate savait qu'il leur faudrait par la suite aborder ce qui se cachait derrière l'intonation employée pour le prononcer. Comment faire accepter à un homme adulte qu'il n'était pas responsable du fait que les deux seules figures paternelles qu'il avait croisé dans sa vie aient montré leur affection pour lui par le seul biais de la violence, au point de le forcer à exprimer son propre amour réciproque par un assassinat. Certes dans les deux cas, Deeks n'avait fait que se protéger, n'agissant pas avant d'avoir atteint la limite de ce qu'il pouvait endurer. Mais cela n'effaçait pas cette vérité implacable : Si Johnny Torrio avait vu en Nick Hawkins un fils spirituel. Marty Deeks avait lui aussi retrouvé en Johnny Torrio, une image paternelle. D'autant plus accessible qu'elle se modelait sur la base d'une violence qu'il avait côtoyé enfant.

- Que dois-je en conclure, Nate ?

Croisant son regard avec celui de son patient, l'agent Getz lui retourna un sourire paisible et rassurant, sachant qu'il n'y avait qu'une réponse à offrir. La même quelque soit la pourriture qu'on pouvait avoir pour père biologique ou affectif.

- Qu'il te faudra simplement en faire ton deuil… Encore.

Au hochement de tête accompagné de larmes silencieuses, Nate su qu'il avait vu juste. De tous les maux supportés, Deeks souffrait avant tout de la perte d'un père. Aussi courte ait été leur relation, le type d'infiltration qu'il pratiquait poussait le jeune homme à s'investir à 200%, dans ses rôles au point de s'y oublier parfois. Et à sa réaction à cette révélation, il était évident que leur lieutenant de police n'avait pas réalisé être à ce point affecté par l'homme qu'il avait traqué et tué, avant cette prise de conscience.

Finalement désireux de ne pas rester sur cette note déprimante, Nate fit en sorte de lui redonner le sourire. Et pour cela, rien ne serait plus facile.

- Il te manque ?

- Pas un instant.

Sachant bien que Marty pensait toujours à son père et/ou Johnny Torrio, Nate l'en détourna une bonne fois pour toute.

- Non. L'océan.

- Si tu savais. A chaque seconde ! pleurnicha aussitôt, Deeks.

Une réponse si évidente que Nate se permit d'en rire. Il n'y avait aucun doute que l'équilibre psychique de leur flic ne craignait rien, tant que la fin du monde n'aurait pas eu raison de l'océan pacifique.

- Explique-moi pourquoi, Marty.

NCIS - LA

Quand Nate sortit de la chambre d'hôpital, pour laisser place à un infirmier venant chercher Deeks pour ses soins quotidiens. Il retrouva une silhouette de petite taille attendant patiemment comme chaque jour, dans un coin reculé où personne ne pouvait l'apercevoir.

- Alors ?

- L'armure a enfin été percée.

- Et ?

- Il ira bien.

- Je n'en ai jamais douté.

Prenant une gorgée du café tout juste obtenu de la machine, Nate s'assit aux cotés d'Hetty.

- Gardera-t-il des séquelles de cette affaire ?

- Vous voulez vraiment le savoir, Hetty ?

- Oui.

Redoutant le pire, la femme se sentait parfois trop âgée pour supporter de voir à nouveau un homme bien perdre l'esprit sous le poids de la violence dont il avait été victime.

- Pas une seconde des tortures et souffrances qu'il a subies n'a jamais traumatisé le Lt. Deeks. Et ce… Que ce soit dans son enfance ou lors de ses multiples infiltrations, dont cette dernière particulièrement extrême.

La surprise étant de taille, Hetty se fit plus attentive.

- Ecoutez. Marty fait partie de ces hommes qui savent pour quoi ils se battent. Comme il connaît la nature de ses monstres intérieurs. Il n'en a pas peur. Il connaît aussi bien les frontières à ne pas dépasser que ses propres limites. Si bien qu'il les affronte en toute conscience de sa capacité à leur faire face. Au risque d'être réducteur. J'ajouterais que son désir de rendre justice est une raison nécessaire et suffisante au maintien de son équilibre mentale. Ce que ce jeune homme pleure en son cœur depuis des jours sans le savoir, n'a rien à voir avec la douleur ou le traumatisme des violences subies. Il doit juste faire face à la perte d'un père qu'il n'a pas eu loisir de connaître aussi bien qu'il l'aurait voulu.

- Ai-je bien compris ce que vous me dites ?

- Vous n'avez pas à le juger, Hetty.

- Loin de moi cette idée. Je suis juste… déstabilisée par la nature de l'information.

- Désolé. Si vous vous attendiez à devoir traiter un agent victime de PSPT, il n'en sera rien.

- Et vous m'en voyez ravie.

Au regard échangé, il était certain que ce sentiment-là était partagé.

NCIS - LA

Le soleil couché depuis bien longtemps, Deeks se trouva à errer dans les couloirs. Fait rare le concernant, plus habitué récemment à passer ses soirées avec Kensi. Mais ce soir, sa partenaire l'avait appelé pour l'informer qu'une affaire en cours la retiendrait finalement toute la nuit. Évidemment. Il avait fallut que cela arrive pile, le jour où Nate avait réussi à lui retourner le cerveau tel un pan-cake sur une poêle.

Soupirant lourdement à l'idée même qu'il ait pu inconsciemment s'attacher à ce fou de Johnny Torrio, Deeks ne fit guère attention à son entourage. Du moins jusqu'à ce qu'une voix de sa connaissance l'interpelle.

- Lieutenant ! C'est inhabituel de vous voir trainer à mon arrivée. Habituellement, vous m'offrez votre présence peu avant mon départ… comme ce matin. Je sais que je vous ai manqué, mais…

- J'avais besoin de me dégourdir les jambes. Et commencez pas à me faire les yeux ronds. Depuis ce matin, j'ai largement eu le temps de me remettre de mes « défaillances ».

A sa réplique bougonnée avec soin, l'infirmière n'eut d'autre réflexe que d'éclater de rire.

- C'est ça… moquez vous de moi avec ça.

Suivant la barre de maintient filant le long des couloirs - parce que non, il n'était toujours pas un total inconscient, bien qu'il ait encore oublié ses béquilles près de son lit - il poursuivit son chemin à petit pas. Dieu qu'il avait hâte de retrouver une totale autonomie au plus vite.

- Je ne me moque pas, lieutenant. Je suis même plutôt impressionnée par votre persistance. Vous être digne de nos plus courageux G.I.

- Vous exagérez mamzelle. Je ne suis vraiment rien de plus qu'une flicaille galeuse. Rien qui ne puisse subir la comparaison avec nos héros de guerre…

Alors qu'elle regardait le patient poursuivre sa marche, montrant tant de détermination dans cet acte simple, Hortense n'osa pas le contredire. Le ton de sa voix, à sa réponse lâchée, s'était montré si… mélancolique et résigné. Elle savait qu'elle n'aurait pas son écoute à cet instant. Elle avait bien trop l'habitude de ce genre d'attitude. Pourtant… Avait-il seulement conscience de la place qu'il avait prise dans le service tout entier depuis son arrivée ?

Ne retrouvant pas en ce patient broyant du noir, le jeune homme plein de charme, flirtant avec elle chaque matin, l'infirmière en conclue surtout amusée que si nombre de leurs pensionnaires n'étaient pas du matin… Il était évident que ce spécimen venu de la police de L.A. n'était lui clairement pas du soir.

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A suivre.


[1] Shaggy (en vo) est le personnage de Sammy (en vf) dans Scooby Doo auquel Deeks est régulièrement comparé dans la série. La référence étant quasi omniprésente dans les fanfics anglaises et de plus en plus récurrente dans la série, je voulais le glisser ici, dans sa version vo ^-^

Cette histoire s'apprêtant à baisser le rideau. Sachez qu'il ne reste plus qu'une partie composée de 5 updates à venir (dont 3 chapitres 100% Densi). Histoire de finir la construction de leur relation et franchir l'ultime étape de leur nouvelle intimité partagée )

mimi yuy